La femme de la brume

Résumé : Deux étudiants en physique se voient prêter une maison en Irlande....

Genre :  Mystère, Horreur

 

Rating : T

 

Note : Ma toute première création personnelle, réalisée à partir de l'image de la femme de la brume

La femme de la brume

Le portail de l’antique bâtisse s’ouvrit avec un grincement sinistre dans les rayons éblouissants du soleil à son zénith. Planté devant les grilles, Peter fit un geste théâtral en direction de l’occupante de sa voiture avant de se glisser derrière le volant et de s’engager dans l’allée bordée de peupliers. Ils prirent leur temps et admirèrent sans réserve le jardin à la française à présent défraîchi qui bordait la demeure avant de s’arrêter devant la maison de maître. Deborah se tourna vers Peter et chassa une mèche brune de son front avant de prendre la parole

« Et bien… Pour une maison c’est une maison … » Siffla-t-elle avec admiration

Peter lui répondit avec un sourire puis extirpa son corps souple de l’automobile et se dirigea vers le coffre pour sortir leurs bagages.

 

Deborah descendit à son tour et resta plantée sur le perron, appréciant les lignes harmonieuses de la demeure.

« Et tu dis que le professeur Langton la laisse à notre disposition le temps des recherches ?

- Comment crois-tu que j’ai obtenu les clefs ? » Répondit simplement Peter en faisant tinter le trousseau qu’il venait de sortir de sa poche.

Deborah sourit et prit ses bagages, suivant son compagnon qui ouvrit la porte dont le penne joua avec facilité dans la serrure.

« Pas de grincements sinistres cette fois … Nous sommes sauvés. » Plaisanta Peter

Deborah le suivit et découvrit avec déception le hall qui avait connu des jours meilleurs. Elle plissa le nez et se dirigea vers la première fenêtre qu’elle vit. Elle l’ouvrit en grand et se tourna vers son ami.

« Depuis quand n’a-t-on pas habité cette maison ?

- Oh au moins un an puisque le professeur est depuis ce temps en Égypte pour ses fouilles. »

Elle passa son doigt sur la console et grimaça devant la poussière.

« Le reste de l’équipe arrive quand ?

- Dans cinq jours … Pressée de revoir Marc ? La taquina-t-il gentiment.

- Pas plus que ça … Le laboratoire ?

- Au fond du jardin … Je suggère que nous nous installions déjà dans une chambre. Enfin une chacun… » Déclara Peter en portant sa lourde valise dans l’escalier

 

Songeuse, Deborah le suivit un instant du regard et lutta contre l’envie d’aider le jeune homme un peu maigrichon, consciente qu’il n’apprécierait pas avant de s’engager à son tour dans les larges escaliers.

« Tu sembles bien connaître cette maison …

- Le professeur m’y a reçu un soir … il a tenu à tout me faire visiter. » Souffla avec peine Peter.

Il finit par poser la valise sur le palier avec un soupir de soulagement et épongea son front trempé de sueur sur lequel étaient collés quelques-uns de ses cheveux noirs.

« Si je me rappelle bien les quartiers réservés aux invités sont par là… Dit-il en s’engageant dans un long corridor sombre.

- Dis-moi … il y a des commodités au moins ici ? » S’inquiéta Deborah, grimaçant devant la crasse

Peter ouvrit une porte, la laissant découvrir une chambre spacieuse au couvre lit élimé et à la décoration désuète.

« Mouais … enfin la dernière fois il y avait même l’électricité...Plaisanta-t-il en appuyant sur l’interrupteur faisant jaillir une lumière blafarde. Et apparemment les rats n’ont pas rongés les câbles. »

Deborah lui donna un coup amical dans l’épaule avant d’éclater de rire avec lui, se sentant brusquement ridicule.

« Excuse-moi, c’est juste que se retrouver ici en Irlande… Si loin de tout … et bien .. Je crois que j’ai lu un peu trop de légendes. Finit-elle avec embarras.

- Toi ? L’esprit le plus scientifique de l’équipe tu crois en ces bêtises ?

- Ne soit pas stupide Peter ! Bien sûr que non ! Répondit-elle avec véhémence

- Bon bah … Je te laisse alors… La salle de bain est au bout du couloir… Déclara Peter sans bouger

- D’accord ... Dans un quart d’heure dans le grand hall ? » Répondit elle en le poussant gentiment vers la porte.

 

Une fois que Peter fut sorti de la chambre, elle se laissa tomber sur le lit avant de se redresser brutalement, le nez plissé de dégoût. Elle se leva en grommelant, de plus en plus furieuse après elle-même de s’être portée volontaire pour venir plus tôt afin d’aider à l’installation du matériel qu’ils utilisaient pour leurs recherches en physique. Elle l’avait fait en pensant que Marc serait lui aussi de la partie et une fois qu’elle avait compris qu’elle serait seule avec Peter il était trop tard pour se désister. Elle sortit un peigne de son sac et recoiffa inutilement ses cheveux coupés à la garçonne tout en pestant sur les jours qu’elle allait passer seule avec le jeune homme. Peter était brillant … Très... Peut-être même trop. Elle soupira… Les cinq jours allaient lui paraître longs même si elle devait admettre que Peter était d’une conversation agréable et somme toute assez intéressante... Mais il n’était pas Marc…

 

Quelques minutes après, Deborah descendit souplement le grand escalier et commença à visiter le hall, grimaçant devant le fatras hétéroclite qui le meublait. Avec un vague sourire, elle ramassa une écharpe de soie grise, et se demanda si elle appartenait à la maîtresse du professeur Langton avant de s’amuser à imaginer le vieil homme notoirement homosexuel tenant une femme dans ses bras.

« Pas toucher à ça ! C’est à la femme de la brume ! »

Deborah sursauta et lâcha l’écharpe, une main sur le cœur avant de se retourner vers la vieille femme édentée qui venait de parler. Elle sourit nerveusement et lui tendit la main

« Excusez-moi ... Je… Je l’ignorais. Je m’appelle Deborah Galy et je fais partie du groupe de recherche que le professeur a invité à séjourner ici. »

La femme la regarda d’un air débile et Deborah laissa retomber sa main, priant pour que Peter arrive au plus vite.

« Séjou quoi ? Demanda la femme. Et vous avez pas le droit de prendre ce qui est à la femme de la brume ! J’l’ai dit au docteur un jour elle viendra et elle s’ra furieuse si on a touché à ses affaires. »

 

Deborah rougit brutalement

« Je ... Ne savais pas je vous assure... Mais le pro... Docteur il vous a dit qu’on venait ? » S’inquiéta-t-elle.

La femme la regarda d’un œil torve et stupide et l’impuissance grandit en Deborah. La vieille était visiblement un peu attardée, bourrée de superstitions et elle ne savait comment lui faire comprendre qu’elle n’était pas une voleuse

« Pas toucher aux affaires de la femme de la brume ! « 

Deborah frémit et leva les mains en signe d’apaisement avant de se baisser pour ramasser l’écharpe et aller la remettre où elle l’avait trouvée, mettant ainsi prudemment de la distance entre la femme et elle.

 

A cet instant, elle entendit le pas alerte de Peter dans l’escalier et faillit pleurer de soulagement lorsqu’elle entendit la vieille femme s’adresser familièrement à lui

« Le docteur il a dit de tout préparer pour vous « 

Peter sourit et vint à coté de Deborah. Il passa son bras autour de sa taille et pour une fois la jeune femme ne se déroba pas à son étreinte.

« Merci Martha tout est parfait … » Dit-il en omettant la crasse qui régnait dans la maison et le temps qu’il leur faudrait pour rendre celle-ci habitable.

Martha les regarda par en dessous et grommela une nouvelle fois

« La femme de la brume elle s’ra furieuse… »

Peter leva un sourcil en direction de Déborah qui secoua la tête en signe d’ignorance, faisant teinter ses boucles d’oreilles dorées.

 

Une fois que la vieille Martha fut partie, les deux jeunes gens éclatèrent de rire, se découvrant une nouvelle complicité née de leur incapacité à comprendre les croyances de la bonne.

« La femme de la brume hein… » Se moqua Peter

Déborah, toute crainte envolée, gloussa et lui désigna le morceau de tissu qu‘elle avait ramassé.

« Et elle a laissé son écharpe ...

- Qui est bien sûr d’un gris de brume…

- En fait elle n’est pas tout à fait grise... Plutôt beige avec des reflets grisés. Commença Deborah.

- Oh et bien avant que tu ne te décides à opter pour la rubrique mode … Je te suggère que nous allions passer un coup d’eau savonneuse dans le laboratoire… Entre autres… »

Deborah sourit avant d’obtempérer et les deux jeunes gens passèrent l’après-midi à ranger. Ils ne s’arrêtèrent que lorsque le soir déclina, la faible lueur des ampoules basse tension ne leur procurant plus assez de lumière pour continuer.

 

Ils se retrouvèrent après le dîner dans l’imposante bibliothèque, une bouteille de bordeaux tirée de la cave du Professeur entre eux deux. Deborah, les articulations douloureuses d’une saine fatigue observa Peter à la lueur du feu tandis qu’il débouchait la bouteille.

« Tu es sur que le Professeur ne nous en voudra pas de nous servir ainsi ?

- Pourquoi tu as peur qu’il soit comme la femme du brouillard et qu’il se mette en colère ? Se moqua Peter. Aucun risque crois-moi…

- La femme de la brume. » Rectifia machinalement Deborah.

Son regard se posa sur la silhouette androgyne, presque féminine de son compagnon et se demanda fugacement s’il avait été l’amant du Professeur.

 

Peter sourit et s’assit dans un des fauteuils confortables en tendant un verre à Deborah dont les yeux de noisette brillaient d’une chaude lumière.

« Si tu le dis … »

Deborah porta lentement le verre à ses lèvres, savourant le vin.

« Et tu sais quelque chose sur cette femme ?

- Quelle femme ?

- Tu sais … celle dont la vieille servante a parlé… La femme de la brume … » Demanda Deborah

Peter haussa les épaules.

« Sans doute encore une ancienne superstition des habitants… Du reste je croyais que c’était toi l’experte en légendes… » Se moqua-t-il gentiment

 

Deborah poussa un soupir exaspéré et s’extirpa de son fauteuil. Elle se dirigea vers la bibliothèque largement pourvue et consulta machinalement les titres des ouvrages du Professeur Langton. La plupart d’entre eux traitait de l’Égypte et de ses nombreuses facettes et Deborah consultait les titres en buvant son verre à petites gorgées, écoutant machinalement Peter qui développait leur projet.

« Et donc je pense sincèrement que si nous utilisions la force provoquée par l’impulsion…

- Oh ! S’écria Deborah sans se soucier de l’interrompre en découvrant un livre paraissant ancien coincé entre deux traités d’Égyptologie

- Quoi ? » Demanda Peter en s’approchant d’elle.

Deborah lui jeta un regard navré avant de lui désigner le livre qui traitait des légendes du pays.

 

Peter soupira avec indulgence et tira avec précaution le livre, soulevant au passage un tas de poussière. Il fit signe à Deborah de s’asseoir et feuilleta les pages

« Voyons si on trouve ta mystérieuse femme… »

Deborah, le regard brillant, le fixa

« Alors ?

- En effet … il en est question. Déclara Peter en prenant une voix sépulcrale pour lire

La femme de la brume est l’une des plus anciennes légendes, remontant au temps des dieux païens et des légendes celtes. Pour eux, la brume était constituée par la femme, qui la faisait naître à partir de ce qui semble être un foulard de soie ou une écharpe... Les femmes la craignaient tout en l’admirant car on dit qu’elle est très belle et enfouit sa beauté sous les voiles de sa brume. Dans d’autres versions la femme de la brume est dépeinte comme cruelle et changeante peut-être parce que l’eau et le feu s’accouplent pour la créer, la rendant instable et insaisissable... Cependant toutes les croyances s’accordent pour dire qu’elle enlève des hommes de leur foyer pour les prendre comme concubins, rendant leurs femmes aliénées avant de rejeter le corps des malheureux qu‘elle a conduits dans son monde. Elle est condamnée à errer jusqu’à ce qu’elle trouve un homme capable de calmer ses ardeurs... “

Peter éclata de rire

« Quel fatras d’inepties ! »

Deborah gloussa à son tour, soulagée par sa réaction

« Pas étonnant que Martha ait l’air si perturbée avec de telles croyances… »

Les deux amis rirent de concert avant d’aller se coucher, plongeant dans un sommeil sans rêve.

 

Les jours suivants se déroulèrent tranquillement, rythmés par les visites de Martha qui évitait autant que possible de parler à Deborah. Finalement, le quatrième jour de leur séjour la vieille femme la regarda

«  Devriez fermer toutes les fenêtres c’ te nuit..

- Pourquoi cela Martha ? Demanda Peter secrètement amusé

- Pasqu’y doit y ‘ avoir de la brume et qu’la femme là-bas elle pourrait bin vouloir récupérer son écharpe »

Peter, luttant contre son fou rire, la regarda et déclara d’un ton apaisant

« Ne vous en faites pas Martha on fermera bien tout. »

La vieille femme haussa les épaules et tourna la tête

« C’est ça ..Y’ se moquent de la vieille Martha... N’empêche que la femme de la brume elle était là avant et s’ra là après… »Grommela-t-elle en s’éloignant d’un pas pesant.

Une fois qu’elle eut disparu, les deux chercheurs éclatèrent de rire, stupéfaits que de telles superstitions aient encore cours…

 

Le soir tomba et chacun alla se coucher après un dîner léger, arrosé d’un verre de vin. Deborah était heureuse que cette journée se termine, pressée de retrouver Marc. Peter quand à lui, voyait s’éloigner à regrets la complicité qu’ils avaient tissée durant ces quelques jours passés ensemble. Les heures s’égrenèrent lentement et les deux amis dormaient profondément lorsque vers trois ou quatre heures, un claquement sourd réveilla Peter.

 

Grommelant après Deborah qui étant sans doute sortie fumer une de ses innombrables cigarettes et avait mal refermé la porte fenêtre, Peter enfila un T-shirt et un pantalon et descendit en s’étirant, les muscles engourdis par le sommeil qui l’avait si cruellement déserté. Il vérifia toutes les portes avant d’apercevoir une faible lueur dans la bibliothèque.

« Deborah ? Qu’est-ce que tu fous ? » Demanda-t-il en ouvrant la porte.

 

Une femme d’une blondeur exquise, vêtue d’une sorte de sari gris se retourna à son entrée et lui sourit. Peter déglutit, cherchant à savoir qui était cette inconnue dont les yeux aussi verts que les prairies d’Irlande le dévisageaient avec curiosité. Il s’éclaircit la voix tout en songeant qu’il n’avait jamais vu de femme aussi belle que celle là

« Excusez-moi … je ... Je pensais que c’était quelqu’un d’autre, une amie… »

Elle s’approcha de lui sans dire un mot. Elle laissa traîner son écharpe sur le sol, la soie grise glissant sur le riche tapis arabe. Un bref instant Peter songea à l’histoire qu’il avait lue à Deborah quelques jours auparavant avant de sourire de sa bêtise. Il suivit, fasciné, la progression de la femme et se décida à parler

« Vous ne devriez pas porter cette écharpe … c’est celle de la femme de la brume… »Déclara-t-il avant de se traiter mentalement d’imbécile

 

La femme sourit une nouvelle fois et posa une main sur son torse, son regard plein de promesses. Peter sentit son sang bouillonner et chassa résolument toute pensée de son esprit

« Je sais … ne t’en fait pas… » Murmura-t-elle avant de poser ses lèvres sur les siennes

Peter répondit avec ardeur. Ses mains glissèrent sur le vêtement, et frôlèrent des formes vagues, mouvantes comme si la femme était insaisissable. Il tenta de refermer ses bras autour d’elle mais elle se dégagea en riant

« Pas encore … »

Peter rougit violemment, honteux de ce qui lui arrivait, de la manière dont il s’était jeté sur cette inconnue qui n’avait pas plus de consistance d’un rêve. Après tout … peut être en était-ce un … songea-t-il en souriant. La femme, lui donna un nouveau baiser aussi léger qu’une caresse et lui indiqua la porte de bibliothèque, restée ouverte.

« J’ai envie de faire l’amour avec toi … mais pas ici... Pas maintenant… dehors dans la lande… » Murmura-t-elle à son oreille

Peter rit doucement, persuadé d’être dans son rêve et sortit de la maison, s’attendant à se réveiller à tout moment. La femme sourit avant de s’éclipser.

 

Peter attendit des minutes qui lui parurent des heures. Il trouvait la situation de plus en plus amusante et s’attendait à se réveiller lorsque la femme mystérieuse revint, l’embrassant une nouvelle fois.

« Viens… »Murmura-t-elle en enroulant l ‘écharpe de soie autour de son visage, ne laissant visible que ses yeux à la manière des femmes musulmanes.

Peter la suivit, amusé par la traîne que semblait former dans leur sillage le foulard. Ils marchèrent longtemps, et finalement parvinrent à une plaine verdoyante. La femme se tourna vers Peter, ses yeux verts rendus encore plus brillants par le reflet du soleil naissant sur l’herbe et l’embrassa à nouveau.

« Aime-moi… » Supplia-t-elle

Peter, le corps cognant à tout rompre, allongea le corps blanc de sa mystérieuse amante dans l’herbe et défit le tissu gris qui l’enveloppait toute entière, pressé de découvrir ce qu’il cachait. Peter embrassa une nouvelle fois la femme tandis qu’autour d’eux, le vêtement flottait dans le ciel, la brume envahissant peu à peu le paysage... Aucun d’entre eux ne s’en aperçut et Peter crut mourir en possédant la visiteuse de ses rêves…

 

*

 

Marc klaxonna joyeusement, signalant leur arrivée. A ses côtés, Bertrand éclata de rire devant son impatience

« Allez... Tu t’inquiètes pour Deborah avoue … tu avais peur de la laisser seule avec Peter »

Le visage de Marc se crispa un bref instant avant de se détendre

« Peter ... Ce gringalet... »Se moqua-t-il

D’un bond il s’extirpa de la voiture, bientôt imité par Bertrand et Cyssi, les deux autres étudiants de leur programme

« Bien sûr que si tu es jaloux. Se moqua Bertrand. N’est-ce pas Cyssi ? »

La jeune femme brune secoua ses lourdes boucles avec exaspération

« Je croyais que nous étions venus travailler…

- Oui Madame le Professeur. Se moqua gentiment Marc avant de monter rapidement les marches du perron et d’appeler. Deborah ! Peter ! Montrez-vous crapules !! »

 

Le silence leur répondit et Cyssi sourit devant l’inquiétude qui assombrit le visage de Marc.

« Ils doivent être au labo... Suggéra-t-elle.

- Ou … dans une chambre... » Se moqua Bertrand.

Avec un haussement d’épaules, Marc se précipita au premier, se mettant en devoir d’ouvrir rapidement toutes les portes des chambres. Bertrand et Cyssi échangèrent un regard amusé avant de le suivre. Ils trouvèrent Marc bloqué devant une porte, pale d’effroi. Bertrand sourit et s’approcha

« Alors mon vieux qu’as-tu vu? Une araignée? » Se moqua-t-il avant de regarder dans la pièce.

Son rire mourant dans sa gorge.

« Cyssi … Descend et appelle une ambulance… Ordonna-t-il d’une voix tendue

- Quoi ? C’est une blague ? Demanda-t-elle d’une voix tremblante en jetant un coup d’œil à Marc, toujours prostré. Qu’est-ce qu’il y a là-dedans ?

- Deb… » Souffla Bertrand en entrant dans la pièce, le cœur soulevé à la vue des rigoles de sang qui s’écoulaient des orbites désormais vides de la jeune femme.

 

Cyssi passa la tête avant d’hurler de manière hystérique en découvrant son amie, les yeux crevés, se balançant spasmodiquement au son d’une mélodie inaudible. Bertrand revint sur ses pas, lui assenant une violente gifle.

« Reprend toi ! Appelle le médecin et emmène Marc loin d’ici… Essaie de dénicher Peter aussi … »

 

Bertrand n’attendit pas de réponse et s’approcha de Deborah, lui frôlant la main

« Debby … C’est moi c’est Bertrand ... Les secours vont arriver. Qu’est ce qui s’est passé ? Où est Peter ? »

La jeune femme tourna son regard aveugle dans sa direction et Bertrand retint à grand peine une envie de vomir

« La femme de la brume… Elle est venue, jamais toucher à ses affaires, jamais ... Partie avec Peter !! » Hurla-t-elle hystérique

Le cœur se tordant de pitié, Bertrand lui prit doucement la main et pria pour que les secours arrivent rapidement. Il ignorait combien de temps il pourrait supporter la vue de ce qu’était devenue son amie

« Quelle femme Deb ?

- La femme de la brume … elle est venue chercher son écharpe et Peter !!!!!

- Chut…. Elle est partie à présent … L’apaisa-t-il. Dis-moi … tu connais cette femme ? C’est elle qui t’a fait ça ?

- Dit .. Comme ça ... Convoitera plus ses affaires… elle est partie, la femme de la brume ! »

Bertrand esquissa une moue d’incompréhension avant de soupirer de soulagement en entendant les sirènes de l’ambulance.

 

Les infirmiers avaient emmené Deborah depuis longtemps et Bertrand tout comme Marc étaient épuisés. Ils ne savaient plus que répondre aux policiers. Peter avait disparu et jusqu’à présent aucune information n’était venue éclaircir ce qui était arrivé à Deborah, la jeune étudiante s’accrochant à une histoire rocambolesque de femme des brumes…

Les policiers choisirent de faire évacuer le secteur, remettant au lendemain leurs recherches concernant Peter

« Mais vous ne pouvez pas le laisser ! » S’insurgea Bertrand

Le policier le regarda avec patience et expliqua

« Ça servira à rien… Vous voyez là-bas ? Demanda-t-il en désignant la lande

- Oui je vois mais …

- Et bien dans une heure la brume sera tellement épaisse qu’on y verra plus à un mètre…Alors on reprendra demain… »

Bertrand soupira, exténué

« Mais …

- Écoutez... Le terrain est dangereux, se serait folie de s’aventurer par un tel brouillard… C’tait déjà le même la nuit dernière alors si votre ami y est ... Bah il se débrouillera bien jusqu’à demain, il a sûrement trouvé un abri. »

 

Bertrand soupira d’impuissance avant de voir la silhouette frêle d’une vieille dame remontant l’allée.

« Regardez ! Elle sait peut-être quelque chose ! »

Les policiers se rendirent près d’elle mais la bonne déclara ne rien avoir vu et promit de rester pour fermer la maison.

 

Martha regarda les policiers et les invités s’éloigner dans le crépuscule et grommela d’un air navré

« J’leur avais dit pourtant de bien fermer les portes… »

La vieille jeta un œil sur le meuble où se trouvait la veille l’écharpe et soupira en voyant l’emplacement vide

« Faut pas toucher aux affaires de la femme de la brume. »

Sur ces mots, elle referma la lourde porte de la maison avant de s’éloigner le long de l’allée de peupliers se pressant de rentrer chez elle tandis qu’au loin, deux grands yeux verts semblaient la regarder et que la brume commençait à s’étendre telle une écharpe de soie grise…

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Commentaires: 2
  • #1

    Wizzette (dimanche, 30 octobre 2011 22:11)

    C'est un bel OS, original.

  • #2

    JessSwann (mardi, 06 décembre 2011 22:38)

    Merci :) C'était mon tout premier