Cérémonie funèbre

Résumé : Dans un ancien domaine d'Ecosse, une jeune fiancée, Rosalyn se trouve aux prises avec sa belle mère et se fait une curieuse amie

Genre :  Mystère, Tragédie

 

Rating : K+

 

Note : Ahhh les belles mères..... J'avoue que Sonia est vraiment...

Cérémonie funèbre

Une moue boudeuse sur les lèvres et le visage morne, Rosalyn Tuschingman découvrit le décor que sa future belle-mère avait choisi pour le mariage de son fils ( et accessoirement celui de Rosalyn)

« Voyez-vous ma chère, ce modeste manoir est dans ma famille depuis quinze générations et Henry, feu mon très cher époux aurait sans nul doute voulu voir notre Thimoty s’y marier. » Déclara Sonia Fixton d’un ton affecté.

Rosalyn lui répondit par un sourire tiède sans se donner la peine de flatter l’orgueil de la belle-mère en se répandant en protestations sur la magnificence du manoir en question ainsi que l’autre s’y attendait à coup sûr.

 

Ce qui causa une moue de souffrance sur le visage de Sonia, ses lèvres sèches et parcheminées commencèrent à trembler comme si elle était sur le point de pleurer. Sauf que Rosalyn n’était pas comme son fiancé, disposée à supporter tous les caprices de sa belle-mère. Sonia leur avait imposé ce manoir perdu en Écosse à des kilomètres de tous leurs amis comme décor pour leur mariage. Du point de vue de Rosalyn, elle n’avait donc pas à encore en plus attendre d’elle qu’elle fasse mine de trouver cela magnifique alors qu’elle rêvait depuis son enfance d’une cérémonie toute simple dans l’église où elle allait entendre la messe depuis sa naissance.

«  L’autel serait disposé ici », expliqua Sonia, cherchant à susciter de l’intérêt, voire de l’admiration chez sa future bru.

 

Une expression toujours aussi maussade sur le visage, Rosalyn regarda l’allée bordée de roses ( d’un rose pâle typiquement anglais, cela allait de soi, une autre couleur eut été vulgaire !). Cette dernière menait jusqu’à une terrasse de teck montée pour l’occasion qui ouvrait sur une forêt de sapins et autres résineux dont la cime était recouverte par une brume légère ainsi qu’il était coutumier de le voir en Écosse.

«  Très romantique » Ironisa Rosalyn.

Sans percevoir l’ironie, Sonia lui prit familièrement le bras et lui montra le manoir.

«  Vous savez Rosalyn c’est ici qu’Henry et moi avons passé notre lune de miel » Lui expliqua-t-elle

Rosalyn retint un soupir agacé, si elle ne coupait pas court immédiatement, Sonia allait sans doute la gratifier de l’une de ses innombrables histoires de jeunesse, glorifiant son cher Henry et sa capacité hors du commun dans les affaires qui leur avait permis de faire fructifier les maigres avoirs laissés par le père de Sonia, un aristocrate ruiné. Aussi la jeune femme tapota-t-elle la main de Sonia

«  Je sais Madame, vous me l’avez déjà expliqué »

 

Sa belle-mère renifla avec mépris et Rosalyn retint une exclamation de lassitude tandis que Sonia reprenait d’un air pincé.

«  Je pensais que l’histoire d’une famille qui sera la vôtre dans quelques jours vous intéresserait un peu Rosalyn. Enfin, je me vois dans l’obligation de rapporter votre grossier comportement à mon cher Thimoty, mieux vaut s’assurer qu’il a bien conscience de ce dans quoi il s’engage. »

Bouche bée devant cette tirade, Rosalyn la regarda s’éloigner, sans réaction alors qu’elle comprenait que l’autre venait délibérément de l’insulter.

 

Agacée, elle passa une main dans ses cheveux blonds et pour la centième fois, se demanda ce qu’elle était venue faire dans ce guêpier. Elle avait rencontré Thimoty deux ans plus tôt alors qu’elle travaillait comme assistante dans une agence de placement de personnel de maison. Le début de leur relation avait ressemblé à un conte de fée. Thimoty se comportait en tout point en prince charmant, l’emmenait au théâtre ou au restaurant et lui offrait des cadeaux de prix qui la faisait se sentir importante, elle, la petite fille des quartiers pauvres qui s’était hissée dans l’échelle sociale à force de travail acharné et de volonté farouche. Cette même volonté qui avait bien du mal à admettre de devoir plier devant celle de Sonia. La redoutable Sonia, la sorcière comme elle l’appelait parfois lorsqu’, excédée par les lubies de sa belle-mère, elle déversait ses griefs auprès de Jenny, son amie d’enfance.

 

«  Mais enfin Rose à quoi joues tu ? Lui demanda brusquement Thimoty en la gratifiant d’un regard contrarié. Mère est bouleversée.

- Il n’y a pourtant pas de quoi. Répondit la jeune femme, excédée. Je n’avais juste pas envie d’entendre pour la centième fois le récit de sa merveilleuse nuit de noce avec ton père

- Ces souvenirs comptent beaucoup pour Mère, c’est tout ce qui lui reste de père. Elle veut juste que tu vives la même chose qu’elle….

- Non elle veut revivre ses noces à travers nous. Pas une seule fois elle ne s’est souciée de nos souhaits !

- Mais… J’ai toujours su que je me marierais ici. Objecta Thimoty. Quant à la manière dont tu traites Mère je dois te dire qu’elle est particulièrement … »

Rosalyn n’attendit pas la fin de sa phrase (du reste elle la connaissait déjà … le prince charmant étant avant tout le fils charmant comme elle l’avait découvert avec amertume durant ces derniers mois)

 

«  Comment ça tu as toujours su que tu te marierais ici ? Et depuis quand ? Et pourquoi ne pas me l’avoir dit nom de dieu ! S’exclama Rosalyn en s’allumant une cigarette

- Pas ici ! La gronda Thimoty. Mère a horreur de ça et du reste je pensais que tu avais cessé cette désagréable habitude.

- Et bien non tu vois. Rétorqua Rosalyn avec humeur. Quand à cette habitude, dois-je te rappeler que tu ne la trouvais pas si gênante lorsque nous nous sommes connus ? Précisa-t-elle, cherchant à évoquer le souvenir des longues nuits passées à faire l’amour que ponctuaient généralement la fameuse cigarette

- Mère trouve que cela est vulgaire de fumer pour une femme. Principalement lorsqu’elle est blonde alors je t’en prie Rose fait un effort pour te retenir devant elle. »

Cette fois Rosalyn lui lança un regard furibond

«  Et puis quoi encore ? Est-ce qu’elle souciée de l’endroit où je souhaitais me marier elle ? S’est-elle seulement inquiétée de savoir si moi aussi je n’avais pas un endroit rempli de souvenirs que je souhaitais rendre plus cher encore à mon cœur ??? » Explosa-t-elle, imitant inconsciemment les inflexions bourgeoises de sa belle mère

Thimoty la regarda d’un air patient

«  Est-ce le cas ?

- Oui ça l’est.

- Et quel est cet endroit Rose ? Lui demanda t ‘il avec calme.

- La chapelle de mon quartier. » Répondit Rosalyn d’un ton boudeur.

 

Contrairement à ce qu’elle espérait, Thimoty éclata de rire avant de secouer la tête avec incompréhension.

«  Franchement Rose, sans vouloir te peiner, cet endroit est minable... Il n’y a aucune comparaison possible avec Hallforks.

- Tu le trouves peut être minable mais c’est là d’où je viens, lui rappela Rosalyn d’une voix vibrante de colère. A moins que tu ne me trouves moi aussi minable ?

- Rose… Soupira Thimoty d’un air ouvertement ennuyé. Ce n’est pas le moment, le traiteur nous attend puis l’organiste va arriver. »

Furieuse cette fois, Rosalyn s’écarta

«  Tu n’as qu’à les voir avec ta mère, je suis certaine que ses goûts seront moins minables que les miens. Et tant que tu y es tu n’as qu’à répéter la cérémonie avec elle, ainsi je pense que sa plongée dans les souvenirs sera complète.

- Rosalyn ! Cela suffit, tu es odieuse !

- La médiocrité n’est jamais agréable, Sonia te le dira » rétorqua Rosalyn en s’éloignant à grands pas en direction de la forêt, ignorant son fiancé qui tempêtait dans son dos, lui ordonnant de revenir.

 

Rosalyn marcha d’un pas vif à l’aveuglette et s’éloigna de plus en plus de la maison. Elle finit par pousser un soupir de soulagement en se découvrant définitivement hors de vue. Là, elle jeta un regard aux arbres qui l’entouraient et soupira tout en s’allumant une nouvelle cigarette. Rosalyn tira une profonde bouffée et laissa la nicotine faire son effet avant de sourire tristement. Plus elle y pensait, plus elle était persuadée que ce mariage était une erreur. Elle aimait Thimoty bien entendu, il était tellement parfait qu’il eut fallu être difficile pour ne pas l’aimer, mais leur relation était à présent dépourvue de la passion des premiers mois et suivait un cours tranquille et traditionnel. Sans surprise (hormis celle, désagréable de l’ascendant de Sonia sur son fils) comme si leur avenir était déjà tout tracé. Rosalyn avait presque fini sa cigarette lorsqu’une voix s’éleva derrière elle.

 

«  Bonjour »

Surprise, Rosalyn haussa le sourcil devant l’accoutrement de la jeune femme qui lui faisait face. On aurait dit un habit moyenâgeux. Elle songea à lui en faire la remarque avant de se rappeler avoir lu sur une brochure que l’Écosse abritait nombre de groupe de doux rêveurs qui cherchaient à recréer les conditions de vie des siècles passés ; l’inconnue devait sûrement faire partie de l’un d’entre eux.

«  Bonjour » répondit elle donc poliment, espérant que l’autre s’en contenterait.

 

Contrairement à ce qu’elle espérait, la jeune femme lui fit un grand sourire

« Je m’appelle Agatha , lui annonça-t-elle

- Rosalyn, se présenta à son tour cette dernière attendu qu’il était difficile de faire autrement.

- Vous venez d’arriver ? Lui demanda Agatha

- Ça ne vous regarde pas mais oui, je viens d’arriver, grimaça Rosalyn.

- Ça n’a pas l’air de vous réjouir. » Remarqua Agatha.

 

Rosalyn laissa échapper un soupir las et avant qu’elle ait eu le temps d’y réfléchir, elle commença à expliquer

«  Ce n’est pas ça… C’est que je suis ici pour me marier et oh et bien j’aurais préféré le faire ailleurs voilà tout, sans compter que ma belle-mère m’énerve prodigieusement. » Ajouta-t-elle avec un grimace en s’allumant une nouvelle cigarette.

Agatha recula brusquement en voyant jaillir la flamme de son briquet et Rosalyn haussa le sourcil avec surprise

«  Vous vous sentez bien ? » Lui demanda-t-elle inquiète par la pâleur soudaine de la jeune femme. Il ne manquerait plus que celle-ci fasse une attaque ou une quelconque autre chose déplaisante

Agatha déglutit, les yeux rivés sur son briquet

«  Oui, c’est simplement, je n’aime pas trop les flammes... Expliqua-t-elle avant de changer de sujet. Alors vous allez épouser un gars du coin ?

- En quelque sorte… Je suis la fiancée de Thimoty Fixton. »

Voyant l’air d’ignorance de sa compagne, Rosalyn précisa

«  D’Hallforks »

 

Les yeux en amande d’Agatha s’étrécirent brusquement

«  Hallforks ? Je croyais que la famille qui vivait ici ne venait plus jamais ou que le manoir avait été vendu

- Si seulement, soupira Rosalyn, non le manoir est un héritage familial de ma belle-mère, Sonia

- Et elle est apparentée au Duc de Mac Filf ? Demanda brusquement Agatha

- Cela je l’ignore, répondit Rosalyn, et je vous avoue que c’est le cadet de mes soucis.

- Les Mac Filf possèdent la région depuis des siècles, expliqua Agatha

- Oh dans ce cas oui elle l’est certainement, » grimaça Rosalyn en se remémorant les babillages sans fin de sa belle-mère sur la pureté de la souche dont elle était issue. Ses ancêtres étaient nobles évidemment et nul doute qu’elle aurait pu prétendre appartenir à la famille royale d’Écosse si la région en avait encore eu une et blablabla.

 

Agatha sourit étrangement et fit tournoyer ses jupons

«  Quand vous mariez vous ?

- Dans une semaine … Soupira Rosalyn.

- Alors nous aurons l’occasion de nous revoir ! » S’exclama gaiement sa nouvelle amie.

Rosalyn observa les vêtements de paysanne qu’elle arborait fièrement et un léger sourire naquit sur ses lèvres en imaginant la tête de sa belle-mère si une telle fille venait lui rendre visite. La chose était trop tentante pour être ignorée aussi Rosalyn lui adressa-t-elle un chaleureux sourire

«  Venez donc me voir au manoir, vous êtes la première personne à ne pas faire preuve de raideur et de prétention que je rencontre ici.

- J’évite de trop m’approcher du château, répondit immédiatement la jeune fille, mais un peu plus loin il y a une source, je m’y rends souvent, venez donc m’y rejoindre quand le cœur vous en dira. Proposa-t-elle

- Chiche ! S’exclama Rosalyn avant de baisser les yeux sur sa montre. Merde faut que j’y aille sinon je ne serais jamais habillée correctement pour le dîner ! Désolée de vous laisser en plan mais… »

 

Agatha haussa les épaules et lui fit un léger signe de la main avant de s’éloigner en faisant tournoyer ses jupons comme l’aurait fait une gamine. Rosalyn sourit en la voyant et se hâta de rentrer.

 

Contrairement à ce qu’elle avait vaguement espéré, Sonia l’attendait de pied ferme, une moue désapprobatrice sur les lèvres

«  Où étiez-vous donc cela fait des heures que nous vous cherchons Rosalyn ! »

Là où il n’y a pas de vieille emmerdeuse dans ton genre, pensa Rosalyn tout en lui adressant un sourire faux

«  Je me suis perdue »

Sonia leva les yeux au ciel

«  Ce que vous pouvez être stupide ma fille, enfin, je suppose qu’il n’y a rien à attendre de mieux chez une femme de votre genre

- De mon genre ? Releva Rosalyn avec incrédulité.

- Oui vous savez ce que je veux dire … Ne vous formalisez pas mais vous n’êtes qu’une roturière, j’aurais espéré qu’en digne descendant des Mac Filf, Thimoty ferait un choix plus judicieux mais … soupira Sonia

- Tout le monde ne naît pas avec une cuillère en argent dans la bouche Sonia. Remarqua Rosalyn avec acidité.

- Oui mais il existe toujours un moyen de combler partiellement les tares d’une naissance, dommage que vous ne vous soyez pas attachée à les trouver » répondit sa belle-mère en la plantant là.

 

La soirée qui suivit fut à la hauteur de la journée : détestable. Alors que Thimoty refermait la porte de leur chambre sur eux, Rosalyn se tourna vers lui, furieuse

«  Je ne la supporterais pas un jour de plus je te préviens

- Qui cela ? Lui demanda-t-il avec indolence

- Comme si tu ne le savais pas ! S’exclama Rosalyn en s’allumant nerveusement une cigarette. Ta mère bien sûr ! »

Thimoty claqua de la langue avec agacement

«  Je croyais t’avoir demandé de cesser de fumer

- Elle n’est pas là je te signale ! Ragea Rosalyn

- Mais elle va sentir la fumée et s’inquiéter, » rétorqua son fiancé en lui prenant la cigarette des mains pour l’éteindre

 

Tétanisée par la colère, Rosalyn le regarda faire sans protester et il s’approcha d’elle, glissant ses bras autour de sa taille

«  Allons Rose, un bon mouvement… Il ne reste qu’une semaine avant notre voyage de noces »

La jeune fiancée sourit à cette idée et se retourna pour l’embrasser

«  Promets-moi que nous ne parlerons plus d’elle.

- Je te le promets, sourit-il en se penchant pour l’embrasser rapidement. Du reste nous avons bien d’autres choses à discuter

- Oh ? Et quoi donc ? Susurra Rosalyn d’un ton câlin.

- Et bien, ton travail pour commencer.

- Quoi mon travail ? Se hérissa Rosalyn

- Enfin Rose, tu sais bien que tu as ta lettre de démission à poster.

- Ma lettre de quoi ? » S’étouffa à demi la jeune femme en s’écartant.

 

Thimoty secoua la tête avec incompréhension

«  De démission, tu n’auras bientôt plus de temps à perdre dans ces vaines occupations, surtout avec l’arrivée du bébé

- Bébé… bloqua Rosalyn. Mais quel bébé ?

- Celui que nous allons faire évidemment, quel autre bébé ! J’ai parlé avec ton gynécologue et tu es tout as fait apte à en porter un.

- Apte????

- De plus, il ne nous reste que peu d’années pour bâtir notre famille, dois je te rappeler que tu approches la trentaine ma chérie ?

- Très délicat, grinça Rosalyn. Seulement il me semble que c’est une décision qui se prend à deux non ? »

 

Cette fois Thimoty la gratifia d’un regard ahuri qui lui donna envie de le frapper

«  Mais enfin Rosalyn, ça a toujours été évident qu’une fois mariés tu arrêterais de travailler pour te consacrer à nos enfants.

- Ça ne l’était pas pour moi, répondit la jeune femme, suffoquée par son culot.

- Et bien ça l’est à présent non ? Répondit son fiancé d’un ton léger

- C’est une idée de ta mère n‘est-ce pas ? Lui demanda Rosalyn.

- Quoi donc ? Répondit Thimoty qui ôtait ses chaussures

- Que j’arrête de travailler ! S’exclama Rosalyn

- Non c’est une des miennes. Cesse donc de crier ainsi Rosalyn tu te comportes comme une hystérique. » Grimaça l’homme.

Rosalyn le fixa avec aversion

«  Et comment veux-tu que je me comporte ? Tu veux que je laisse tomber mon travail pour t’attendre patiemment à la maison

- Non, pour élever nos enfants. Quand à ton travail ce n’est pas une grosse perte.

- Pas… une grosse perte ? » S’étouffa à demi Rosalyn

 

Thimoty se retourna, affectant un air raisonnable

«  Enfin Rose, porter des cafés et faire des photocopies n’est pas réellement un travail, tu le sais. »

Peinée et furieuse, Rosalyn recula, songeant aux heures passées à rechercher la bonne personne pour la clientèle select de son patron, aux détails qu’il fallait vérifier, aux emplois du temps…

«  Je fais bien plus que ça ! Je pensais que tu le savais

- Si tu veux, ne nous disputons pas pour cela… Demain tu écriras ta lettre de démission et cette histoire sera derrière nous. Répondit-il d’un ton placide

- Mais je ne veux pas démissionner Tim !

- Oh… C’est fâcheux. Répondit-il en serrant les mâchoires, signe qu’il était furieux. Parce que j’ai bien peur que sans cela, il nous faille annuler le mariage. A toi de voir ce qui compte le plus à tes yeux Rosalyn. » Déclara-t-il en se levant .

 

Suffoquée, elle le regarda se diriger vers la porte

«  Où vas-tu ??? 

- Dormir ailleurs, une nuit seule te permettra de réfléchir, j’en suis certain. » Lui jeta-t-il avant de sortir.

Folle de rage, Rosalyn se précipita sur un bibelot précieux et le jeta contre le mur avant de se laisser tomber sur le sol, anéantie.

 

Loin d’atténuer les tensions, la journée du lendemain les exacerba et Rosalyn manqua de s’étouffer lorsque Tim lui demanda où elle en était de sa lettre

«  Je ne l’ai pas encore commencée.

- Oh… soupira-t-il avant de se reprendre pour l’enlacer. Écoute Rose, je sais que nous n’en avons jamais vraiment parlé et j’en suis sans doute responsable, mais, c’est toujours ainsi que j’ai vu notre avenir. Toi, les enfants… Et puis une fois qu’ils seront grands, tu pourras reprendre ton travail si ça te tient autant à cœur »

Rosalyn ne répondit pas et son fiancé baissa les yeux

« Écoute, je suis désolé de ce que j’ai dit, je sais bien que tu fais beaucoup de choses et que tu ne te cantonnes pas à porter des cafés, c’était stupide et inutilement méchant de ma part de te dire une chose pareille. Mais j’ai tellement rêvé de cette vie alors entendre que tu ne ... Que tu n’étais pas d’accord… » Soupira-t-il.

 

Ses excuses adoucirent la colère de la jeune femme et elle le fixa

«  C’est vraiment si important pour toi ?

- Oui…

- Très bien, dans ce cas, je te promets d’y réfléchir. »

Thimoty haussa le sourcil et Rosalyn sentit son cœur fondre

«  Lorsque je serais enceinte, je donnerais ma démission. Pas avant. Est-ce que ça te convient ?

- Ça me convient. Sourit-il en l’attirant contre lui pour l’embrasser. Pardonne-moi pour la nuit dernière Rose. J’ai vraiment … exagéré »

Un sourire aux lèvres, elle l’embrassa légèrement

«  Je t’aime Tim

- Moi aussi chérie » répondit-il.

 

Les choses s’étant arrangées avec son fiancé, il n’en allait hélas pas de même pour Sonia. Finalement au terme d’un nouvel affrontement avec sa terrible belle-mère, Rosalyn se décida à tenter sa chance et s’enfonça dans les bois, curieuse de voir si Agatha serait fidèle au rendez-vous.

 

A sa grande surprise, la jeune fille était bien là, arborant toujours son costume d’un autre âge.

«  Oh bonjour Rosalyn, la salua-t-elle

- Bonjour Agatha », répondit la jeune femme avec un sourire.

Une fois de plus, Rosalyn se laissa aller à bavarder, déballant sa vie devant l’inconnue qui l’écouta avec sérieux.

«  Je suis désolée, finit par s’excuser Rosalyn, un peu gênée. Vous devez en avoir assez de m’entendre me plaindre.

- Pas du tout, sourit la jeune fille en fouillant dans une de ses poches pour en sortir un curieux bracelet en jonc. Tenez c’est pour vous. »

 

Embarrassée, Rosalyn le prit

«  C’est un cadeau, souligna Agatha. Un porte bonheur, portez le sans cesse sur vous. »

Rosalyn sourit avec amusement et le passa à son poignet

«  Dans ce cas, j’aurais bien besoin de ses bienfaits, plaisanta-t-elle. C’est très gentil de votre part Agatha, seulement… je n’ai rien à vous offrir en échange » s’inquiéta-t-elle.

La jeune fille se leva souplement et lui répondit d’un ton léger

«  Ne vous en faites pas pour ça Rosalyn, revenez juste me voir… et portez mon cadeau, lui demanda-t-elle en repartant d’un pas dansant sur le sentier.

- Je le ferais » promit Rosalyn soupçonnant que sa nouvelle amie un peu excentrique devait se sentir bien seule.

Si son fiancé remarqua le bracelet il ne fit aucun commentaire pas plus que sa belle-mère et la société réunie, exception faite dun vieux jardinier au moins aussi vieux que le manoir qui jeta un œil effaré sur son poignet 

«  Vous ne devriez pas porter ça Miss Rosalyn.

- Je porte ce que je veux. » Rétorqua sèchement la jeune femme qui sortait d’un nouvel affrontement avec Sonia et était tout sauf disposée à se faire dicter sa conduite par un domestique.

Le jardinier haussa les épaules

«  Comme vous voudrez, mais faudra pas vous plaindre après » lui jeta-t-il en s’éloignant.

 

Rosalyn oublia vite l’incident, emportée par le tourbillon des préparatifs et de ses disputes avec Sonia. La jeune femme trouvait toutefois le temps chaque jour de rendre visite à sa nouvelle amie dont elle appréciait de plus en plus la compagnie attentive et silencieuse.

 

Les jours passèrent ainsi et Rosalyn se retrouva à l’avant-veille de ses noces. En descendant l’escalier, elle eut la surprise de découvrir son fiancé en costume traditionnel écossais, vêtement qu’elle le voyait porter pour la première fois. Rosalyn se retint à grand peine de rire tandis qu’elle lui prenait le bras

«  Que fais-tu dans un tel accoutrement ?

- Une idée de Mère, elle a invité les connaissances de son père à dîner

- Oh ils doivent avoir au moins cent ans … Plaisanta Rosalyn sous le regard empli de reproches de son fiancé.

- Je t’en prie tâche de bien te tenir ce soir.. La supplia presque son fiancé. Cette soirée est très importante pour Mère

- Oh dans ce cas si elle est très importante pour Mère » Ironisa Rosalyn en pénétrant dans le salon sans attendre son fiancé

 

Là, elle faillit éclater de rire en découvrant que tous sans exception arboraient le costume traditionnel écossais.

«  Et bien ... Je comprends maintenant pourquoi on dit que le ridicule ne tue pas » , grinça-t-elle entre ses dents.

A son entrée, les hommes pourtant âgés se levèrent d’un même mouvement et la bouche de Sonia se tordit en une moue contrariée

«  Rosalyn, je suis surprise de voir que vous nous honorez enfin de votre présence même si votre tenue est disons… aussi tapageuse qu’à l’accoutumée »

La jeune femme baissa les yeux sur sa robe au tissu chatoyant qui lui arrivait au genou et adopta un air surpris.

«  Enfin, reprit Sonia, voici donc Rosalyn la ... Celle que mon fils va épouser.

- Charmante », commenta un vieux monsieur tandis que Sonia reniflait avec mépris.

 

La soirée passa lentement aux yeux de Rosalyn qui dû lutter plusieurs fois contre le sommeil causé par les interminables anecdotes des aristocrates écossais. Elle étouffa un bâillement et Thimoty fronça les sourcils dans sa direction avant d’éclater de rire à la blague éculée que lui racontait son voisin le plus proche. Avec un frisson dans le dos, Rosalyn se demanda s’il avait déjà fait semblant de la même manière avec elle avant d’accepter avec reconnaissance le verre de whisky (écossais, cela allait sans dire) que lui tendait le majordome.

 

Sonia lui lança un regard furieux et Rosalyn la fixa. Elle leva moqueusement son verre dans sa direction tandis que son voisin le plus proche, échauffé par les vins et liqueurs qui avaient arrosés la soirée déclamait brusquement

«  Ah ma chère Sonia, c’est toujours un tel plaisir de voir un mariage Mac Filf se dérouler ici ! Il est heureux que vous vous soyez enfin décidée à briser cette tradition familiale idiote selon laquelle les mâles de la famille devaient épouser leurs femmes ailleurs qu‘à Hallforks. 

- Pas idiote… » Releva un autre vieillard en grimaçant

D’ordinaire, ce genre de tradition matinée très certainement de superstition stupide n’aurait pas intéressée Rosalyn, mais en voyant l’embarras évident de Sonia, elle ne put résister:

«  Que voulez-vous dire Mr Mac Dromer ? Demanda-t-elle à celui qui venait de parler.

- Vous ne savez pas ??? S’étonna le vieil homme.

- Non, répondit Rosalyn en jetant un coup d’œil en direction de son fiancé qui avait l’air aussi surpris qu’elle

- Cela n’a aucun intérêt. » Intervint Sonia à la hâte.

 

Rosalyn serra les dents et adressa à sa belle-mère son sourire le plus courtois et de par le fait également le plus faux

«  Oh je vous en prie Madame, j’ai tellement envie d’en apprendre plus sur la famille qui sera la mienne dans deux jours à peine, minauda-t-elle

- Rose ! S’étonna Thimoty, je suis touché ma chérie »

Après avoir lancé un regard triomphant à Sonia, Rosalyn reporta son attention sur Mr Mac Dromer qui n’en demandait pas tant

«  Dites-nous tout… » le pria-t-elle avec le sourire qu’elle usait pour convaincre les clients les plus méfiants.

 

Mac Dromer se rengorgea et se tourna vers Sonia qui haussa les épaules

«  Allez-y , je vous en prie même si cela n’a aucun intérêt.

- Et bien il faut remonter loin dans l’histoire des Mac Filf, jusqu’en 1248 je crois…

- 1376, le corrigea Sonia d’un ton exaspéré.

- C’est-ce que je voulais dire. Voyez-vous en ce temps-là , les Mac Filf occupaient déjà ce manoir.

- Il est donc si vieux ??? Pas étonnant qu’il sente le renfermé ! » Lâcha étourdiment Rosalyn sur laquelle le whisky commençait à faire effet.

 

Mac Dromer la regarda sans comprendre et Rosalyn s’empressa de s’excuser

«  Je pensais à voix haute, je vous en prie continuez.

- Et bien en 1256 donc ….

- 1376. Corrigea de nouveau Sonia.

- C’est-ce que je disais, donc cette année-là, le Duc Mac Filf a décidé de purifier le village des mauvaises âmes.

- Mauvaises âmes ??? Demanda Rosalyn

- Des sorcières, soupira Sonia en montrant clairement son agacement. Enfin ce qu’il pensait être des sorcières.

- Il y a eu un tas de procès. Reprit le vieil homme. Des dizaines de femmes ont été condamnées à être brûlées vives.

- Mais c’est horrible ! S’exclama Rosalyn qui regrettait à présent d’avoir voulu entendre l’histoire.

- Les femmes ont pleuré, supplié, protesté de leur innocence, mais on dit que le Duc n’a rien voulu savoir.

- Mais quel rapport entre cette horreur et le fait qu’aucun mariage de garçon ne soit célébré ici ??? Demanda Rosalyn.

- Ah ça… Et bien l’histoire dit qu’emporté par sa fougue, le Duc est allé jusqu’à faire condamner sa propre belle fille au bûcher, convainquant lui-même le jury de sa culpabilité.

- Pourquoi ça ne m’étonne pas… grinça Rosalyn avec ironie en fixant Sonia

- Ce n’était pas sa belle-fille, juste une roturière que son plus jeune fils avait commis l’erreur de renverser dans une étable. Intervint sa belle-mère.

- Oh ça excuse tout. Se moqua Rosalyn.

- Bref... Balaya Mac Dromer. Toujours est-il que l’on raconte qu’alors qu’elle était au milieu des flammes du bûcher et hurlait de douleur, la fille s’est soudain élevée dans les airs et s’est penchée sur le Duc pour le maudire, lui promettant que désormais aucun des mâles Mac Filf qui l’avaient si mal traitée ne connaîtrait le bonheur céans ni ne pourrait y prendre épouse. 

- Vous le saviez Mère ? Demanda Thimoty

- Évidemment mais enfin je t’en prie tu ne vas pas ajouter foi à ces histoires. Tu es assez grand pour ne plus croire aux sorcières. »

 

Choquée, Rosalyn se recula dans son siège tandis que Sonia reprenait avec exaspération

«  La voilà toute chose, est-elle superstitieuse en plus de tout le reste ?

- Non pas du tout. Se rebella Rosalyn. Mais je vous remercie toutefois Mr Mac Dromer pour m’avoir raconté la manière dont les ancêtres de mon mari se débarrassaient des femmes qui ne leur plaisaient pas. Je crois que j’ai tout intérêt à ne pas te mécontenter Tim. » Plaisanta-t-elle.

A ces paroles, une partie de l’assemblée éclata de rire et Rosalyn reprit une gorgée de whisky, se préparant ainsi à la dure journée qui ne manquerait pas de l’attendre le lendemain, attendu que Sonia lui ferait très certainement payer ses traits d’esprit.

 

Le lendemain fut effectivement atroce. Pire que tout ce qu’elle avait imaginé. Vraisemblablement remonté par sa mère, Thimoty lui fit reproche sur reproche jusqu’à la pousser à bout et Rosalyn passa sa dernière nuit de célibataire à pleurer et à s’interroger sur sa décision de se marier à un homme aussi prisonnier que l’était son fiancé de l’emprise étouffante de sa mère.

 

Vint le jour du mariage.

 

Les yeux gonflés par sa nuit sans sommeil et ses doutes, Rosalyn accueillit avec un sourire pâle son amie et témoin, Jenny.

«  Tu as l’air épuisée, commenta cette dernière en la voyant

- Si tu supportais Sonia depuis une semaine tu le serais aussi », tenta faiblement de plaisanter Rosalyn.

Jenny ne s’y trompa pas et la prit brutalement par les épaules

«  Allons Rosie, je te connais et je sais qu’il y a autre chose. Que se passe-t-il ?

- Je ne suis plus sûre de vouloir me marier. Soupira Rosalyn. Bien sûr j’aime Tim mais… Mais il veut que j’arrête de travailler, et il a déjà tout décidé et j’ai l’impression que si je me marie, je vais m’enfermer à jamais dans une prison. Ajouta-t-elle d’une voix tremblante.

- Oh chérie, c’est normal, nous avons toutes ce genre d’angoisses. Se moqua affectueusement Jenny.

- Non, tu ne comprends pas. Comme je le disais à Agatha…

- Agatha ? Releva Jenny.

- Une jeune fille un peu bizarre qui vit un peu plus loin, bref, j’ai l’impression de ne pas connaître Tim.

- Rosie, bien sûr que tu le connais, c’est l’homme qui t’a offert des crocus pour ta fête, l’homme qui t’a fait jouir six fois en une nuit...

- Jenny ! Gloussa Rosalyn, je suis sérieuse.

- Moi aussi, c’est l’homme qui a dépensé une fortune pour que votre mariage ressemble à un conte de fée. Certes il aurait pu faire l’impasse sur la vieille sorcière mais elles s’imposent toujours de toute façon, demande à Blanche Neige ou à la Bella au bois dormant » plaisanta Jenny.

 

Déçue par la manière légère dont elle répondait à ses doutes, Rosalyn se crispa.

«  Tu as sans doute raison… rejoins les invités, je vais finir seule. Annonça-t-elle en se regardant dans le miroir, la robe élégante choisie par Sonia la faisant ressembler à une meringue à ses propres yeux

- Tu es sûre ? S’inquiéta Jenny.

- Mais oui, ne t’en fait pas. Se força à dire Rosalyn. J’ai juste envie d’être un peu seule.

- D’accord Rosie, je t’attends là-bas, comme ça je pourrais garder un œil sur Benji et son papa. »

Rosalyn sourit tristement en la voyant s’éloigner. Jenny était maman maintenant… Elle ne voyait plus que son bébé. Elle ne lui en voulait bien entendu pas mais elle se sentait seule.

 

«  Elle n’a rien compris »

Surprise, Rosalyn se retourna et découvrit Agatha

«  Je croyais que vous ne vouliez pas venir ?

- J’ai changé d’avis. Répondit la jeune fille en tournant autour d’elle. Cette robe est horrible.

- Je sais, soupira Rosalyn avec résignation.

- Et ? Comptez-vous passer votre vie à obéir aux Mac Filf ? A passer leurs robes, à porter leurs enfants et à les élever sans rien d‘autre ?» Lui demanda brutalement Agatha.

 

Surprise par sa loquacité soudaine, Rosalyn secoua la tête.

«  J’aime Thimoty

- Mais lui vous aime-t-il assez pour vous laisser être vous-même ? »

Le cœur serré par le doute, Rosalyn ne répondit pas et la jeune fille fixa son poignet en souriant

«  Vous portez mon cadeau, je suis contente… J’en ai un autre pour vous dans ce cas, s’exclama Agatha en sortant un paquet de nulle part. C’est une robe pour votre mariage. »

Surprise, Rosalyn défit le paquet et découvrit une robe de soie au bustier lacé dans le dos et aux amples jupons, le tout était entièrement noir. Troublée, elle la fixa sans bouger tandis que, derrière elle, la jeune fille traçait rapidement un signe dans les airs.

« Mets-la… » Souffla Agatha d’une voix caressante qui n’avait plus rien d’innocent.

Rosalyn sourit, conquise par l’idée qui lui parut soudain excellente et passa la robe

«  Elle te va merveilleusement bien » lui assura Agatha en lui prenant les mains pour les faire tourner toutes les deux.

 

Rosalyn sourit et se regarda dans le miroir. Elle se trouvait belle

«  C’est l’heure, dépêche-toi ! La pressa Agatha

- Tu restes n’est-ce pas ? S’inquiéta Rosalyn le cœur inexplicablement serré à l’idée que sa jeune amie ne l’abandonne.

- Je serais tout près de toi, jusqu‘au bout», promit Agatha

L’instant d’après, Rosalyn cligna des yeux. Elle était seule. Un coup léger ébranla la porte suivi par l’entrée de Jenny

«  Enfin Ros……. Commença-t-elle avant de s’arrêter, médusée. Qu’est-ce que c’est que cette robe ? Tu es devenue folle ? Change toi vite, tu es déjà en retard ! »

 

Rosalyn se contenta de hausser les épaules et ramassa un bouquet de roses rouges. Sans écouter les cris effarés de Jenny elle sortit et s’avança vers l’autel. Un silence consterné salua son apparition. Toujours souriante, Rosalyn s’avança vers Thimoty qui semblait pétrifié sur place tandis que Jenny surgissait en courant derrière elle

«  Je suis navrée, je n’ai pas réussi à l’arrêter, haleta-t-elle

- Mais vous êtes complètement folle ma fille ! Ragea Sonia en l’attrapant par le bras. Allez-vous changer immédiatement !

- Elle t’a assez ennuyée non ? Lui dit Agatha au même moment. Et si tu l’épouses maintenant ça sera comme ça toute ta vie …

- ROSALYN ! Ragea Sonia en la secouant. Vous m’entendez petite idiote ?

- Mais que veux-tu que je fasse d’autre ? » Demanda Rosalyn à Agatha, ignorant totalement Sonia.

 

Cette dernière laissa retomber son bras et la regarda

«  A qui parlez-vous Rosalyn ?

- Échappe-toi ! Viens, suis-moi ! » S’exclama Agatha en lui prenant la main, son rire frais et juvénile résonnant au milieu des murmures consternés des invités.

A son tour, Rosalyn éclata de rire et la suivit, sa main dans la sienne.

«  Rose ! S’écria Thimoty en la voyant passer en courant devant l’autel, pieds nus et sa robe noire flottant dans l’air

- C’est amusant … Je me sens si libre. » S’exclama Rosalyn à l’intention d’Agatha.

La jeune fille lui sourit et lâcha sa main

«  Tu es belle Rosalyn, aussi légère qu’un oiseau, tellement légère que tu pourrais voler… Sers toi de ta robe, regarde, de chaque côté ce sont tes ailes »

 

Rosalyn sourit et baissa les yeux sur sa robe, ses mains en relevant les côtés comme lorsqu’ enfant elle jouait à être princesse.

«  Princesse Rosalyn, sourit Agatha, comme si elle lisait dans ses pensées. Viens, déploie tes ailes… »

Rosalyn sourit et la suivit, gambadant joyeusement dans la verte forêt dans le ciel de laquelle se levait progressivement le brouillard.

«  ROSE ! » Hurla une voix derrière elle.

 

Agatha se troubla un instant puis éclata de rire

«  Tu es belle Rosalyn, la plus belle des mariées…

- Je suis libre, sautilla Rosalyn

- Et légère… Renchérit Agatha en l’entraînant à sa suite. Vole Rosalyn…

- ROSE !!!!!!!!!!!! NON !!! » Hurla Thimoty dans son dos.

A la fois surprise et agacée, Rosalyn se retourna brièvement vers lui

«  Reste là ! Hurla-t-il

- Envole toi où il te coupera les ailes pour toujours », lui jeta Agatha

Rosalyn sourit doucement et se tourna vers lui .

«  Regarde-moi Tim. Je vole. » Lui déclara-t-elle en écartant les pans de sa robe sombre avant de se jeter dans le vide au moment où il tendait la main vers elle.

 

Pendant quelques secondes, Rosalyn eut réellement l’impression de voler puis son corps se fracassa contre les rochers, lui causant une souffrance aussi brève que mortelle

«  Je t’avais promis de rester près de toi jusqu’au bout », chantonna doucement Agatha avant de disparaître pendant que quelques mètres plus haut, Thimoty poussait un hurlement qui semblait ne pas devoir s’arrêter.

 

L’enquête qui suivit détermina que Rosalyn Tuschingman avait été vraisemblablement atteinte d’un coup de folie passager du à une nervosité de future mariée qui avait eu des conséquences dramatiques. Ce qui était certes regrettable mais qui arrivait de temps à autres ainsi que l’avait expliqué Sonia à son fils, sans toutefois réussir à se retenir d’ajouter qu’elle avait toujours senti que Rosalyn était une personne instable et donc fort peu qualifiée pour élever des enfants. Dans un sens, il était donc heureux qu’elle soit morte avant d’en avoir. Thimoty, toujours soumis à l’avis maternel se contenta comme à l’ordinaire des explications de Sonia et s’en fut noyer son chagrin dans un établissement de repos du nord des Highlands.

 

Un an plus tard,

Hallforks

 

Brittany Fisternote adressa un sourire radieux à sa future belle-mère :

«  Réellement Sonia, ce manoir est absolument magnifique. Je suis si heureuse que vous ayez réussi à convaincre Thimoty de nous y marier, même si cela n’a pas été facile… Mais après tout cela peut se comprendre eut égard à ce qui est arrivé à cette pauvre Rosalyn

- Oh vous savez cette fille a toujours été instable, rien à voir avec vous ma chérie… Répondit Sonia en lui tapotant gentiment la main

- Oh, et bien je pense que l’éducation y est pour beaucoup, d’après le peu que Thimoty m’a dit d’elle, j’ai cru comprendre que ses origines étaient plus que modestes, voir obscures… Répondit Brittany d’une élocution soignée

- Oh Seigneur c’est peu de le dire ! S’exclama Sonia. Enfin ne parlons plus de cette pauvre fille, nous avons un mariage à préparer »

 

Brittany secoua ses boucles rousses et sourit

«  Vous avez raison Sonia, le passé est le passé. déclara-t-elle en souriant à la maison Mon dieu Hallforks est réellement superbe… Une demeure de famille je crois ?

- C’est cela, » ronronna Sonia, ravie que la jeune femme que son fils avait rencontré quelques semaines après le fiasco de ses premières fiançailles entre dans leur famille.

Brittany lui sourit avec affectation puis secoua la tête, amusée

«  Quand je pense que Mr Mac Dromer, qui est l’un des amis de Père comme vous le savez, a tout essayé pour me faire renoncer à me marier ici. »

Devant l’air interrogateur et contrarié de Sonia elle expliqua en riant

«  Je vous assure, il a même inventé une sombre histoire de malédiction lancée par une sorcière nommée Agatha O Clary sur son bûcher qui serait selon lui la vraie responsable du suicide de cette pauvre Rosalyn.

- Proprement ridicule, commenta Sonia. J’espère que vous ne croyez pas à ce genre de sornettes d’un autre âge !

- Bien sûr que non, comme si les sorcières existaient ! S’esclaffa Brittany. Tout ceci est proprement ridicule…. N’empêche, ajouta-t-elle en redevenant sérieuse, je suis heureuse qu’il n’ait pas raconté cette histoire devant Thimoty, vous le connaissez il est tellement fragile ! »

 

Sonia lui adressa un regard rempli d’affection et resserra son étreinte autour de son bras

«  Aussi, je pense qu’il n’est pas nécessaire que vous lui racontiez cette désagréable anecdote, inutile de réveiller par ces inepties le souvenir de cette Rosalyn. Quant à moi je veillerais à rayer Mr Mac Dromer de la liste des invités à notre repas de gala, c’est un ami de longue date de ma famille, mais je ne peux cautionner qu’il colporte de telles bêtises

- Comme je vous comprends ! Imaginez l’impact que ce genre de récit pourrait avoir sur un esprit faible !  S’exclama Brittany avant de réaliser la portée de ses paroles. Oh mon dieu Sonia, vous ne pensez pas que…

- Quelle importance ? répondit vigoureusement Sonia. Allons rentrons ma chérie, la fumée de la cigarette de cette organisatrice m’incommode plus que je ne saurais le dire. Je regrette de l’avoir engagée, j’ai toujours pensé qu’il est hautement vulgaire de fumer pour une femme, particulièrement lorsqu’elle est blonde comme celle-ci

- Comme je vous comprends ! » S’exclama Brittany en la guidant vers le patio.

 

Quelques heures plus tard lorsque Brittany rejoignit la chambre qu’elle occupait elle découvrit un petit paquet soigneusement empaqueté sur sa courtepointe

«  Oh Thimoty, » gloussa-t-elle en le déballant avec un sourire.

Sourire qui se fit perplexe en découvrant un bracelet de jonc au lieu des pierres précieuses attendues. Avec un soupir indulgent, Brittany le passa toutefois à son poignet, désireuse de plaire à son fiancé puis s’assit à son écritoire pour rédiger une lettre de démission : à présent qu’elle allait se marier, elle n’avait plus besoin d’occuper ses journées dans des occupations futiles.

 

Plongée dans sa lettre, Brittany ne vit pas la jeune fille qui, perchée dans un arbre la regardait avec satisfaction.

 

Après s’être assurée que ses efforts pour approcher la promise Mac Filf avaient été couronnés de succès et que son cadeau était arrivé à la bonne destinataire, Agatha O Clary glissa légèrement au sol et reprit le chemin de sa chère forêt en chantonnant, ravie à la pensée que grâce à la bêtise de Sonia Mac Filf, dans quelques jours, Hallforks serait à nouveau le théâtre d’une cérémonie funèbre….

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Commentaires: 4
  • #1

    Wizzette (mercredi, 26 octobre 2011 23:43)

    Il est bien cet OS.
    Tu nous donnes bien les informations qu'il faut.
    C'est triste ce qu'il leur arrive.

  • #2

    JessSwann (mardi, 06 décembre 2011 22:39)

    Merci, oui en général j'aime pas le style joyeux mdrrr tu connais mon style pas gai

  • #3

    HollySparrow (samedi, 28 janvier 2012 00:21)

    Oooh j'ai bien aimé, d'ailleurs j'aime bien, dans tes fics originales c'est souvent un peu comme une légende ou une malédiction ^^
    En plus c'est amené petit à petit, c'est super (quand Rosalyn fait "je vole..." ça me fait penser à la fin du film "Black Swann", brrr...

  • #4

    JessSwann (samedi, 28 janvier 2012 09:08)

    Lol merciiii Miss, erf oui c'est vrai que c'est souvent sur le même principe
    Pour la fin ah oui j'y avais pas pensé, m'en fiche j'ai écrit l'histoire avant :)