Chapitre 16 Une robe rose

Jack s'engagea dans l'escalier menant à la cale, le cœur lourd et grimaça en imaginant sa jolie Lizzie dans les bras de Will. Ça avait du arriver lorsqu'elle était restée sur le Hollandais Volant après que Beckett l'ait poignardée et qu'elle ait vendu son âme à Will pour échapper à la mort. Troublé par cette pensée, il déboucha une bouteille de rhum avec hargne, il laissa le liquide ambré lui brûler la gorge et s'assit sur un tonneau, luttant contre sa rage.

 

Elle lui avait menti, toutes ces années passées, elle n'avait fait que lui mentir. Les yeux fermés, Jack se souvint du jour où elle était venue vers lui, où elle lui avait affirmé l'avoir choisi et finalement elle avait couché avec ce maudit poulpe de Will Turner, ce forgeron de malheur qui…

 

Jack s'immobilisa brutalement à cette pensée. Un forgeron. Comme Dominic. Avec un cri de rage il se leva brutalement, la main sur le pistolet. Si elle avait été devant lui, il l'aurait tuée. Dominic était né peu de temps après qu'ils se soient retrouvés. Fébrilement, Jack se mit à compter, il se trompa plusieurs fois tant il avait peur que la trahison d'Elizabeth soit encore pire que ce qu'elle était déjà. Six, neuf, douze, quatorze. Non Dominic était né quatorze mois après qu'il l'ait retrouvée. Ce n'était donc pas Will le père… A moins que ? Se pouvait-il qu'en tant que fils du Capitaine du Hollandais Volant à moitié poulpe il reste plus longtemps dans le ventre de sa mère ? Mais alors il aurait eu des tentacules non ?

 

Jack poussa un gémissement et rebut une nouvelle gorgée de rhum. Lui qui avait mis tellement de temps à faire confiance, à aimer, à accepter l'idée qu'il aimait, voilà que celle en qui il avait tout placé l'avait elle aussi trahi. La respiration courte, le cœur brisé, Jack revit tous ses échecs, ses solitudes… Cutler, Anne. Surtout Anne et ses si jolis yeux bleus couleur de la perle qu'il portait attachée à ses cheveux. Elle l'avait rejeté, lui avait dit qu'elle en aimait un autre. Elle aussi était une aristocrate, comme sa Lizzie. Elle aussi lui avait fait croire qu'elle l'aimait mais tout ça n'était qu'un leurre. Il rebut une large rasade de rhum et se souvint brutalement de sa mère à qui il refusait de penser depuis de nombreuses années. Une phrase surtout qu'elle aimait à lui répéter, lorsqu'elle évoquait sa mésalliance avec son père. « Le crapaud et la blanche colombe sont trop différents. Le crapaud reste dans les eaux croupissantes et verdâtres tandis que la colombe déploie ses ailes et peut s'envoler aussi loin qu'elle veut ... »

 

Il était le crapaud. Lizzie la colombe. Il l'avait lassée et elle s'était donnée à Will. Le cœur lourd, Jack pensa à toutes les années écoulées, tout ce temps durant lequel elle aurait eu l'occasion de lui parler de Will sans le faire. Elle l'avait trompé, elle lui avait menti. Le pas de Gibbs le dérangea et Jack grogna avec agacement.

 

« Jack on a besoin du cap.

- Le cap… Monsieur Gibbs… Le cap est que nous allons à Tortuga ou n'importe où !

- Mais …. Et Elizabeth ?

- Elizabeth. Cracha Jack avec mépris. Elizabeth est sûrement en train se vautrer dans je ne sais quels draps ou alors avec son précieux Will !!! »

Gibbs, interloqué, se rapprocha.

« Je peux savoir ce qui te prend ? »

Jack lui lança un long regard blessé avant de se décider à répondre d'une voix tremblante de rage.

«  Il se passe qu'alors que je la croyais morte Madame Sparrow couchait avec le Capitaine du Hollandais Volant !! »

Gibbs le regarda stupidement.

« Quoi, elle est sur le Hollandais Volant ? »

 

Jack exaspéré leva les yeux au ciel.

«  Pas en ce moment Gibbs … Quand Cutler l'a tuée, enfin je me comprends.

- Ah …. Là … Bah elle aussi te croyait mort et t'as fait pareil. »

Jack outré le fixa.

« Je n'ai pas couché avec Will. Rétorqua-t-il l'air pédant.

- Non mais tu t'es payé du bon temps à Tortuga

- Pas du tout. Répondit Jack, brutalement moins assuré.

- Bien sur que si tu te rappelles pas cette rouquine qui voulait te faire un cadeau ? Tu l'as emmenée dans les chambre et … »

Jack, brusquement mal à l'aise, le coupa net.

« On ne parlait pas de moi mais de Lizzie et de ce poulpe. Sans compter le fait qu'elle ne m'a rien dit, pire elle m'a menti …

- Bah pasque toi tu lui as dit peut être ? »

 

Jack baissa la tête rapidement, réfléchissant à toute allure avant de grimacer.

«  Et tu lui avais dit avant que tu ne l'aimais pas et puis Will l'a peut-être forcée…

- Des excuses toujours des excuses. » Marmonna Jack.

Gibbs secoua la tête et lui posa la main sur l'épaule en un geste familier.

« Jack … Je te connais et je la connais. Pendant toutes ces années elle t'a été fidèle…

- Rien ne le prouve !

- Et toi aussi … Tu devrais peut être lui donner une chance de s'expliquer.

- Je te remercie de tes conseils Gibbs mais la barre attend !!! »

 

Gibbs haussa les épaules d'un air découragé, il songea que Jack était buté avant de reprendre le chemin du pont. Derrière lui, Jack réfléchissait. Certes Lizzie avait couché avec Will. Mais elle le croyait mort. Et Gibbs n'avait pas tort lorsqu'il disait qu'il avait fait la même chose. Enfin failli plus exactement, une bête erreur de prénom. Scarlett n'avait pas apprécié qu'il l'appelle Lizzie et l'avait laissé cuver après une gifle magistrale. Et puis Will avait changé aussi, il lui avait bien dit que Jack était mort. Peut-être qu'il l'avait forcée… Peut-être qu'elle n'avait rien dit à cause de ça…

 

Jack but une nouvelle gorgée de rhum et se remémora les années passées. Gibbs disait vrai. Tout ce temps Elizabeth était resté avec lui, lui avait donné deux beaux enfants, partagé chaque nuit son lit, combattu à ses côtés… Elle l'avait choisi une première fois, face à Will et elle ne lui avait jamais fait défaut. Jack soupira lourdement et s'efforça de se calmer. Lizzie méritait peut être une chance, une chance de s'expliquer. Et elle restait sa femme. Et la mère de ses enfants. Et par-dessus tout celle qu'il aimait…

 

La démarche chancelante et la bouteille à la main, Jack rejoignit Gibbs sur le pont et le regarda avec désinvolture.

«  Monsieur Gibbs que faites-vous donc ? Je vous ai ordonné d'aller à Port Royal je crois !!! Alors on se bouge, allez allez … »

A la barre, Gibbs sourit un bref instant et le regarda avec soumission.

« Mais tu avais dit …

- Rien du tout. On va à Port Royal et on sauve ma donzelle. S'exclama Jack.

- A tes ordres Jack !

- Et si besoin est je veux avoir le plaisir de la tuer moi-même. » Grinça Jack entre ses dents.

 

Sans attendre de réponse, il s'éloigna. Il claqua la porte de sa cabine et s'allongea sur le lit, levant sa bouteille de rhum vers le mur avant de boire. Il s'était fait arracher trop de choses, il s'était vu trop souvent rejeté, abusé, trahi… Il écouterait Lizzie. Mais il ne la laisserait pas le trahir, il ne laisserait plus personne le faire. Avec un soupir fatigué, Jack leva sa bouteille de rhum et espéra pour la première fois que Will ait bien violé sa Lizzie ou qu'il l'ait forcée ce qui revenait au même car toute autre explication lui briserait le cœur. Une fois de plus.

 

()()

 

Pendant ce temps, Kiara engoncée dans une des « merveilleuses » robes roses que sa mère lui avait offert et dont la coupe très sage ne laissait pas entrevoir le moindre centimètre de sa peau pâle tombait nez à nez avec une fille. Se remémorant les paroles de son père, Kiara s'avança vers elle et lui tendit la main.

« Tu dois être Julia Machin. »

Julia leva ses yeux d'azur sur elle et la dévisagea avec crainte avant de décider qu'une gamine en robe rose était somme toute la chose la plus rassurante qu'elle ait vue depuis le début de son périple.

« Oui… »

 

Kiara la dévisagea sans la moindre gêne, la toisant sans s'en rendre compte comme les servantes de Sao Feng l'avait fait pour elle. Julia était fine, presque autant que sa mère et elle-même et son visage avait un petit quelque chose de familier que Kiara ne réussit pas à identifier. De l'autre côté, Julia sourit en voyant le col blanc de dentelle de la robe de Kiara.

«  Ta robe est ravissante. Simple mais très jolie. » Dit timidement Julia, songeant que chez elle, cette robe aurait été parfaite pour une servante, enfin après tout elle était sur un navire pirate, il ne fallait pas s'attendre à ce que ces derniers fassent preuve de raffinement.

Kiara grimaça fugacement avant de lui servir son plus beau sourire.

« Elle te plait ? Et bien je te l'offre… Viens. »

 

Julia la suivit avec hésitation et observa la cabine dans laquelle Kiara la conduisait avec réticences.

«  Tu as quel âge Julia ?

- Je .. Sais… Euh dix-neuf ans ou peut être vingt.

- Tu ne connais pas ton âge ? S'étonna Kiara avec ironie.

- Si … Si bien sûr mais j'ai passé tant de temps sur mer puis chez ce poulpe. Frissonna brièvement Julia. Que j'ai perdu le compte des mois…

- Oh tu as rencontré le Hollandais Volant ? » S'exclama Kiara avec une étincelle dans le regard tout en se débarrassant de la robe qu'elle portait.

 

Julia détourna pudiquement le regard et rougit.

«  Je sais pas… enfin oui j'ai vu son … son capitaine.

- Oh il faut me raconter ça !!! Est-il si horrible qu'on le dit ? » Demanda Kiara en lui tendant la robe.

Julia la prit avec hésitation et grimaça en la sentant encore chaude du corps de Kiara.

«  Il l'est…. »

Kiara, penchée sur son armoire, se tourna vers elle.

«  Et bien mets la au lieu de rester avec tes haillons ! Au fait je suis Kiara Sparrow, la fille de Jack. »

Julia hocha machinalement la tête comme on le lui avait appris et chercha du regard un paravent où dissimuler sa nudité.

« Dépêche-toi. » Ordonna Kiara, en passant avec agacement une autre robe tout aussi fade que la première d'un bleu foncé.

Elle soupira en sentant le tissu rêche contre sa peau et regretta les soieries de Sao Feng.

 

Derrière elle, dissimulant sa nudité comme elle le pouvait, Julia passa la robe et grimaça lorsque la robe se coinça au niveau de la poitrine.

« Elle est un peu petite.

- Et bien suffit de déchirer un peu ici… » S'écria Kiara, ravie d'avoir une bonne raison de déchiqueter la robe qu'elle détestait.

Julia n'eut pas le temps de protester que déjà Kiara tirait d'un coup sec sur le col et dévoilait sa peau blanche jusqu'à la naissance de sa poitrine.

«  Et bien tu es bien dotée par la nature ! » S'exclama Kiara avec un soupçon de jalousie.

Julia lui sourit avec indulgence, après tout la gamine était gentille et paraissait presque normale au regard de tous ceux qu'elle avait rencontré depuis son départ des Indes. Certes sans éducation mais normale.

« Tu es encore trop jeune pour en avoir beaucoup… »

Kiara s'immobilisa et lui lança un regard noir.

«  J'ai dix-huit ans. Je ne suis plus une enfant. »

Julia, sincèrement surprise, la toisa.

«  Oh je t'en donnais quatorze ou quinze…

- Comme tout le monde. » Grommela Kiara avant de sortir en claquant la porte.

 

Une fois dehors la jeune fille soupira lourdement, en rage. C'était tout le temps ainsi. Tout le monde la prenait pour une enfant et refusait de la traiter en femme. Enfin presque … Sao Feng l'avait traitée différemment. A cette pensée, Kiara rougit brutalement et se remémora le corps lourd du pirate pesant sur le sien avant de se précipiter sur le pont. Elle avait besoin d'air.

 

()()

 

Restée seule Julia regarda autour d'elle, osant à peine se tourner vers le miroir pour y voir son reflet. Avec un soupir, elle passa ses doigts dans ses longs cheveux blonds que le soleil avait encore éclaircis avant de s'asseoir prudemment sur un coin du lit qu'occupait Kiara.

Jack ouvrit à la volée la porte de Kiara et s'arrêta net en la voyant là.

«  Ah …. Vous avez rencontré ma fille.

- Oui…oui … Bredouilla Julia, qui luttait contre l'envie de couvrir sa poitrine de ses bras.

- Cette robe est à elle … Que lui avez-vous fait !

- Rien… rien votre fille est sortie.

- Je parlais de la robe. Soupira Jack avec exaspération.

- Elle, elle s'est déchirée… Mentit Julia, rouge de honte.

- C'est la préférée de ma Lizzie. Murmura Jack avant de se reprendre. La bleue vous aurait mieux convenue avec des yeux pareils… »

 

Julia se recroquevilla dans un coin et plaqua sa main sur sa poitrine, réalisant brusquement qu'elle se trouvait seule avec un pirate, à demi nue de surcroît. Jack la toisa, lisant facilement sur son visage les pensées qui l'animaient.

« Je ne vous toucherai pas. Je n'ai que faire d'une aristocrate peureuse qui pleurniche et qui s'introduit sur mon navire pour me voler. »

Julia laissa échapper un léger soupir de soulagement.

« Alors qu'allez-vous faire de moi ?

- Vous gardez jusqu'à Port Royal où je négocierais votre libération. »

Julia déglutit.

« Je ne sais pas si mon oncle vous donnera beaucoup de … d'argent.

- Tous les trésors ne sont pas d'or ou d'argent. Répondit Jack avec un sourire en coin. En attendant soyez la bienvenue sur le Black Pearl. Vous risquez d'y rester un certain temps. » Dit-il avant de sortir, la laissant seule une fois de plus.

Chapitre 15                                                                                           Chapitre 17

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