Chapitre 8 Coup de foudre

Lorsque Rebecca ouvrit les yeux le lendemain de son « entrée dans le monde » comme disaient les filles, la première chose qu’elle ressentit fut une douleur lancinante dans les reins. La jeune fille gémit et se leva avec difficultés. Son entrejambe, écartelé par les désirs des hommes, la brulait et elle passa une main timide sur lui dans l’espoir d’apaiser la souffrance.

«  Tu devrais prendre un bain, Rebecca, l’eau chaude te fera du bien. » Déclara Isabella qui se tenait sur le seuil de la chambre, un verre à la main.

Rebecca se précipita vers elle et s’empara du verre. Elle grimaça un peu à la brûlure du rhum mais se força à continuer, désireuse d’oublier la nuit qu’elle venait de vivre.

«  Je t’ai dit de ne plus m’appeler comme ça Bella, il n’y a plus de Rebecca. » Lâcha-t-elle avec une pointe d’amertume.

 

Isabella soupira et se laissa aller contre le mur.

«  Comme tu voudras Scarlett, mais tu sais, renier ton passé et ta famille n’est pas une solution crois-moi.

- S’en souvenir n’en est pas une non plus. Répondit Rebecca.

- Je suis désolée, murmura Isabella. Tu mérites mieux que cette vie-là. »

Rebecca s’immobilisa, les yeux remplis de larmes et se retourna vers elle.

«  Toi aussi non ? »

Sans attendre la réponse de son amie, la jeune fille se dirigea avec lenteur vers la salle d’eau.

 

()()

 

Vêtue d’une robe largement décolletée à la couleur voyante, Rebecca pénétra dans les appartements qu’occupait Madame Gloria. Pendant une seconde, elle vit la vieille maquerelle telle qu’elle était et se demanda comment elle avait pu être assez bête pour croire que celle-ci la désirait comme fille. Sa réaction face à Jenny aurait dû l’alerter mais elle avait tout négligé face à la promesse de sortir enfin de l’orphelinat. Madame Gloria lui adressa un sourire radieux.

«  Approche Scarlett et assieds-toi. »

La jeune fille obéit tandis que Madame Gloria sortait une bourse de l’un de ses tiroirs.

«  Je tiens à te féliciter ma fille. Non seulement tu as satisfait tes clients mais de plus tu t’es montrée plus qu’appliquée à la tâche. Voici pour toi. » Déclara-t-elle.

 

Rebecca soupesa la bourse, troublée par le peu d’argent qu’elle semblait contenir.

«  Je prends quatre-vingt pour cent de ce que tu gagnes cela paie ton entretien. Nourriture, logement, robes et accessoires. Le reste est à toi, tu peux en faire ce que tu veux. »

Rebecca serra la bourse, surprise par le chiffre qui lui semblait énorme.

«  Tant que ça ?

- Comment crois-tu que je paie l’entretien de cette maison Scarlett ? De plus n’oublie pas qu’ici vous êtes protégées mais si ça ne te va pas, tente ta chance dans la rue, je suis certaine que tu adoreras les matelots ivres du port. »

Rebecca grimaça à la mention des marins et ramassa la bourse.

«  Non ça ira merci. »

 

Madame Gloria sourit et bénit intérieurement les méthodes des sœurs des orphelinats. Les filles qui s’en échappaient étaient invariablement dociles et brisées, à l’instar de Rebecca, elles n’avaient plus rien à perdre.

« Que comptes-tu faire de ton argent ?

- Je ne sais pas. » Répondit Rebecca en se levant.

Madame Gloria leva un œil étincelant sur elle.

«  Si tu veux je te le garde, je fais ça pour beaucoup de filles. »

Rebecca crispa ses doigts sur la bourse.

«  Non merci Madame Gloria. Après tout je l’ai gagné donc je ne vois pas de raison de vous le remettre.

- Oui tu l’as bien gagné…. Pour le reste, Isabella va t’aider à choisir une tenue pour ce soir. »

 

La gorge de Rebecca se serra à la pensée de vivre à nouveau le calvaire de la nuit précédente et elle fixa Madame Gloria.

«  Et si, et si je ne veux plus le faire ? »

Le visage de la maquerelle perdit son expression avenante.

«  Ne plus le faire ?

- Oui, si je voulais, partir. »

Madame Gloria soupira.

« Scarlett, tu n’as pas l’air de comprendre ta situation.

- C’est-à-dire ? » Demanda la jeune fille, une boule dans la gorge.

La maquerelle se pencha sur un coffret qu’elle ouvrit pour en sortir une liasse de papiers.

«  Tu vois ces documents ? Ils font de moi ta tutrice Scarlett, je t’ai adoptée ma fille. Par conséquent, tu te dois de m’obéir jusqu’à ce que je décide de te laisser partir. »

 

Rebecca posa un regard révolté sur les papiers et Gloria éclata de rire.

«  Du reste où irais tu ? A Cornwallis ? Il n’y a plus rien pour toi là-bas, au contraire….

- Que, comment savez-vous ? Bredouilla Rebecca.

- Je me renseigne toujours sur mes filles et les sœurs de Sainte Mathilde ont été particulièrement bavardes à ton sujet. Tu es la fille d’un pirate qui a été pendu comme il le méritait. »

Rebecca ouvrit la bouche pour répondre mais l’autre ne lui en laissa pas le temps.

«  Quand à ta maison de Cornwallis, elle est désormais la propriété de l’orphelinat Sainte Mathilde, ou plutôt était, les sœurs l’ont revendues pour payer ton entretien, de toute évidence, la bourse laissée par l’officier qui t’a amenée chez eux ne suffisait pas à ces rapaces.

- Non….

- Bien sûr que si Rebecca !!

- Mais, je pourrais, je pourrais.

- Retourner là-bas ? Allons ma fille, tout le monde sait qui est ton père maintenant. Le rapport de l’homme de loi des sœurs indique qu’un voisin a juré de brûler lui-même la maison s’il te revoyait dans les parages. »

 

Pétrifiée, Rebecca commença à trembler et Madame Gloria prit une autre liasse de feuilles.

«  Tout est consigné dans ce rapport, si tu le veux je te le donne mais cela ne servirait qu’à te rendre malheureuse Rebecca. »

La jeune fille ne répondit pas, secouée par les sanglots. Un sourire satisfait aux lèvres, Madame Gloria s’approcha d’elle.

«  Allons Rebecca, je suis désolée de t’avoir blessée mais tu ne m’as pas laissé le choix.

- Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Sanglota la jeune fille.

- Tu vas continuer ce que tu as commencé hier soir, souffla Madame Gloria. Tu vas faire payer ceux qui ont tué ton père, c’est à cause d’eux si tu es ici. »

 

Rebecca secoua la tête, révoltée.

«  En leur vendant mon corps !!!

- En faisant en sorte qu’ils te désirent tellement qu’ils finissent par tout perdre à leur tour. Tu es belle Rebecca, sert toi de ton atout. C’est le seul que tu possèdes. »

Bouleversée, Rebecca sortit en courant de la pièce.

 

Une fois la jeune fille partie, Isabella sortit du recoin où elle s’était dissimulée à son entrée.

«  Comment as-tu osé Gloria ! Comment as-tu osé utiliser les confidences que Rebecca m’avait faites pour la retenir ? »

Gloria haussa les épaules et rangea les feuillets de compte qu’elle avait sortis pour impressionner la jeune fille.

«  Je t’en prie Bella, tu savais que je les utiliserais alors ne joue pas les vertueuses. Venant d’une telle catin c’est indécent.

- Tu lui as raconté un tissu de mensonges !!!

- Et alors ? Qu’aurais tu préféré ? Que je lui explique qu’elle n’avait pas d’autres choix que de m’obéir ? C’est mauvais pour la maison une putain qui fait la gueule. »

Isabella recula, outrée.

«  Enfin Gloria, tu as détruit sa vie !!

- Et toi tu m’as aidée à le faire contre des espèces sonnantes. Voilà ta part, catin. » Rétorqua Madame Gloria en lui jetant une poignée de pièces.

Isabella ne bougea pas et Gloria s’approcha d’elle.

«  Fais gaffe Bella, ne t’avise pas de l’ouvrir. En plus ce que j’ai dit à la gamine est sûrement vrai. Et puis tu veux pas finir comme Maria non ? Ce serait bête de finir au bout d’une corde si près du but…. »

 

Isabella blêmit et cracha aux pieds de Gloria avant de ramasser l’or qui payait sa trahison.

«  Au fait, se moqua Gloria. Tu sais comment ils l’avaient surnommée à Sainte Mathilde ? »

Le cœur lourd, Isabella serra les pièces et hocha la tête.

«  Je le sais…

- Dommage qu’ils t’aient pas connue avant. »

 

()()

 

Après cela, Rebecca courut s’enfermer dans sa chambre et pleura longuement sur sa dernière illusion perdue. Elle était coincée. Elle n’avait plus nulle part où aller si tant était qu’elle ait eu un tel endroit un jour. Le cœur lourd, elle pensa à sa mère et soupira.

«  Maman, qu’est-ce que j’ai fait, qu’est-ce que je dois faire ? Pourquoi a-t-il fallu que tu meures !!! » Hurla t’elle.

Sur le seuil, Shana la contempla et soupira.

«  Tu d’vrais pas te m’tte dans cet état-là. »

Rebecca se retourna vers elle, rageuse.

« Mêle-toi de ce qui te regarde ! »

Shana la fixa, troublée.

«  Madame Gloria elle m’a sauvée de la corde. Les soldats y z’allaient me pendre. Alors t’as d’la chance d’être là pasque des tas de filles crèvent dans la rue. » Lui lança-t-elle avant de sortir.

 

Restée seule, Rebecca se laissa retomber sur son lit, en larmes. Finalement Shana avait raison. Elle n’était pas morte. Elle avait survécu jusque-là et elle survivrait encore. La main tremblante, Rebecca agrippa la bouteille de rhum qu’Isabella avait oublié un peu plus tôt dans sa chambre et but le liquide à grands traits.

 

Deux mois plus tard,

 

Le visage fardé de blanc et les lèvres rougies, Rebecca se dirigea mollement vers l’un des fauteuils encore libres et se laissa tomber sur ce dernier. Un sourire aviné lui échappa lorsque Fibs, le cadet d’une des familles les plus importantes de Port Royal se glissa à ses côtés.

«  T’es rudement belle ce soir Scarlett. »

Rebecca posa un regard las sur lui.

«  C’est cinquante sols la pipe et le double pour me prendre, si tu les as pas ne me fais pas perdre mon temps. »

 

Le jeune homme rougit et glissa une main dans son corsage.

«  Tu veux pas me faire crédit Scarlett ? Pour une fois ? »

Rebecca ricana.

«  Va voir Sue plutôt, elle est tellement en manque qu’elle serait prête à payer pour ça. »

Fibs rougit mais obéit.

 

A peine le jeune homme fut il partit qu’Isabella se glissa à côté de Rebecca.

«  Tu bois trop.

- Je baise trop aussi. » Répondit Rebecca.

Isabella, le cœur serré la fixa. Depuis le fameux jour où Gloria avait soi-disant dit la vérité à Rebecca la jeune fille avait changé. Sa fraicheur et sa joie de vivre s’étaient éteintes, remplacées par une distance amère et un sérieux penchant pour la bouteille. Plusieurs fois, Isabella avait été tentée de lui avouer la vérité, mais chaque fois la pensée de Maria et de son sort l’en avait dissuadée. Pourtant, il lui semblait parfois qu’elle n’aurait pas trop de toute une vie pour regretter ce qu’elle avait participé à faire à Rebecca.

 

La jeune fille posa la tête sur son épaule et souffla.

«  Comment peux-tu supporter ça Bella ?

- Je ne le supporte pas, » murmura Isabella.

Une lueur triste se forma dans le regard de Rebecca et elle soupira.

«  Tu sais, quand j’étais à Sainte Mathilde, je me disais toujours qu’un jour je serais comme ma maman mais en mieux, avec des enfants, un mari tout ça….

- Tu les auras un jour.  Rebecca écoute, je…

- M’appelle pas comme ça. » Lui lança Rebecca avant d’aller se pendre au cou d’un client.

Isabella la suivit des yeux avec tristesse tandis qu’elle glissait sa main dans le fut du vieux militaire qui paraissait sur le point de faire une attaque. Son cœur se serra un peu plus en voyant Rebecca l’entrainer vers l’étage.

 

Un mois plus tard

 

Rebecca posa un regard blasé sur les hommes qui attendaient dans le salon et réajusta sa robe. Le temps avait fait son office et la jeune fille pensait de moins en moins à ses parents. Mieux, elle s’y refusait. Ainsi, les nuits lui étaient plus supportables. D’un certain côté, elle reconnaissait que Madame Gloria n’avait pas tort, ici, elle fixait ses prix et faisait cracher le prix fort aux vieux vicelards venus tâter de la chair fraiche. Si elle n’avait pas du coucher avec eux, elle aurait presque trouvé ça agréable.

 

Les yeux maintenant exercés de Rebecca balayèrent le salon sans y découvrir quoique ce soit d’intéressant et elle se préparait à rejoindre Sommer qui cherchait à attirer son attention depuis son entrée lorsque son cœur rata un battement. Les yeux rivés sur l’homme avec qui s’entretenait Isabella, elle referma ses doigts sur le bras d’Alice qui s’apprêtait à monter avec un client.

«  Attends, qui est l’homme avec Bella ? »

Alice soupira, ennuyée, et se retourna.

«  Aucune idée, jamais vu. Mais tu f’rais mieux d’oublier, tu sais que Bella a toujours les meilleurs clients. »

L’homme qui accompagnait Alice grimaça et la jeune catin se tourna vers lui.

«  T’es l’exception mon chou, » le rassura-t-elle.

 

Rebecca l’ignora et s’avança vers le couple. Elle vit l’homme poser sa main baguée sur la cuisse de son amie et son cœur accéléra.

«  Bonsoir. » Déclara-t-elle en tentant d’être aguicheuse mais saisie par une brusque timidité.

L’homme se tourna vers elle et le cœur de Rebecca fit un bond. Il était encore plus beau de près. Elle glissa les yeux sur sa bouche pleine et ses yeux sombres tandis qu’il la fixait, troublé.

«  On se connait ?

- Non, je m’en souviendrai si c’était le cas. » Répondit Rebecca par automatisme.

Sauf que pour la première fois, c’était vrai.

 

L’homme la dévisagea et se troubla un peu plus.

«  Viens t’asseoir. Comment t’appelles-tu ?

- Scarlett, » répondit Rebecca.

Les prunelles sombres de l’homme se posèrent sur sa gorge avant de remonter jusqu’à son visage et il sourit.

«  Si tu me faisais visiter les lieux Scarlett. 

- Suivez-moi. » Murmura Rebecca en glissant sa main dans la sienne sous l’œil sidéré d’Isabella qui chauffait le nouvel arrivant depuis plus d’une heure.

 

()()

 

Rebecca ouvrit la porte de la plus belle chambre, grisée par sa rencontre. L’inconnu lui sourit de nouveau et avança jusqu’au lit.

«  Du rhum ! J’aime le rhum.

- Moi aussi, » répondit-elle au mépris de toutes les règles.

L’homme sourit.

«  Tu me plais toi. Approche. »

Rebecca obéit et sourit alors qu’il laissait couler du rhum entre ses seins avant de les lécher.

«  Délicieuse. »

 

Rebecca ferma les yeux et il la fixa.

«  Tu es sûre qu’on ne s’est pas déjà rencontrés ? Tu as une mère ? Une sœur ?

- Rien de tout ça, mes parents sont morts quand j’étais bébé. Répondit vivement Rebecca qui ne voulait pas penser à Arabella maintenant, surtout pas quand un homme si beau la serrait dans ses bras.

- Etrange, » murmura l’homme avant de l’embrasser.

Le baiser prit Rebecca au dépourvu. La langue chaude de l’homme se noua à la sienne et elle oublia la première règle du bordel. On n’embrassait pas les clients, on leur donnait du plaisir.

 

L’homme s’écarta d’elle.

«  Ta technique n’est pas très au point.

- C’est la première fois qu’on m’embrasse, murmura Rebecca sans réfléchir.

- C’est stupide, les filles de Singapour le font, elles. » Répondit l’homme tout en caressant ses seins.

Rebecca ferma les yeux. Celui-ci, contrairement à tous les autres clients, était doux, presque tendre. Elle sentit ses mains la délacer et sourit.

«  Que veux-tu ?

- Je suis d’avis d’improviser, » répondit l’homme avec un sourire.

 

Le cœur de Rebecca accéléra et elle glissa ses lèvres le long du ventre de l’homme qui gémit.

«  Ca me parait un bon début ma belle…. »

Rebecca sourit alors qu’il la caressait et elle le sentit la basculer sur le lit.

«  Je te préviens trésor, mes finances ne sont pas au beau fixe, j’ai connu des jours meilleurs, par contre… » Souffla t’il en pressant son bas ventre contre le sien.

Rebecca réalisa alors qu’elle avait oublié la seconde règle : toujours demander le paiement avant. Dans la foulée, elle ignora la troisième et gémit alors que l’homme la possédait.

 

()()

 

Allongée et la tête contre le torse de l’homme, Rebecca sourit alors qu’il lui donnait un peu de rhum à boire.

«  Je vais y aller trésor, mais cette nuit fut, inoubliable. »Souffla-t-il.

Rebecca cligna des yeux et se redressa.

«  Tu reviendras ?  Demanda-t-elle, brisant ainsi les cinquièmes et sixièmes règles.

-Ça oui, » murmura l’homme avant de l’embrasser.

Brusquement heureuse, Rebecca se laissa aller en arrière et oublia les autres clients qui attendaient.

 

Le lendemain

 

La tête et le cœur encore chamboulés par son unique client de la veille, Rebecca pénétra dans la grande salle à manger.

«  Toi tu vas avoir de gros problèmes, l’informa Paméla.

- Avec Bella, précisa Sue, personne lui pique son client comme tu l’as fait hier.

- Oh ça va, la salle était bondée, » rétorqua Rebecca.

Les filles roulèrent des yeux tandis qu’Isabella faisait son entrée, la mine sombre. La jeune putain s’assit au bout de la table et s’alluma une cigarette.

«  Bonjour Isabella, » la salua Rebecca, un peu mal l’aise à présent que le jour éclairait d’une lueur sordide la nuit passée.

 

L’air contrarié, Isabella ne répondit pas, elle écrasa nerveusement sa cigarette et sortit sans un mot.

«  J’aimerai pas être à ta place,  commenta Alice.

- Elle va t’en faire baver, » renchérit Pamela.

Rebecca, une boule dans la gorge ne répondit pas.

 

()()

 

Sitôt son déjeuner avalé, la jeune fille se rua à l’étage et attendit patiemment que le médecin, venu ce matin-là en visite, sorte de la chambre d’Isabella. Elle l’évita soigneusement et se précipita dans la chambre de son amie. Là, elle s’immobilisa net.

Les épaules d’Isabella étaient secouées par les sanglots.

 

«  Bella ? Je peux entrer ? »

L’autre s’essuya rapidement les yeux et hocha la tête. Embarrassée, Rebecca déglutit.

«  Excuse-moi pour hier soir, je ne voulais pas.

- Si tu le voulais mais je m’en fiche si tu savais. » Sanglota Isabella.

Emue, Rebecca s’approcha d’elle.

«  Ça ne va pas ?

- Si, si tout va bien, répondit Isabella. Alors ce client ? »

Le visage de Rebecca s’éclaira et elle lui prit les mains.

«  Il est merveilleux !

- Il n’a pas payé c’est ça ? Demanda Isabella avec une pointe d’ironie.

- Non mais, commença Rebecca.

- Pas de mais, la coupa Isabella. Il n’a pas payé ce qui veut dire que tu vas devoir rembourser la nuit à Gloria. »

Rebecca rougit un peu et la fixa.

«  Je m’en fiche, il le valait bien.

- Oh Rebecca, ne fais pas cette erreur je t’en prie….

- Quelle erreur ?

- Tomber amoureuse d’un client, » soupira Isabella.

 

Rebecca rougit et échappa à l’étreinte d’Isabella, toute pitié envolée.

«  Et pourquoi pas ?

- Parce que les hommes qui viennent ici ne tombent jamais amoureux d’une fille comme nous.

- Tu dis ça parce que tu es jalouse, il reviendra, il me l’a promis ! » Cria Rebecca, écœurée par l’attitude d’Isabella.

 

()()

 

Et il revint. Chaque soir pendant une semaine, il retourna voir Rebecca, parfois avec un peu d’argent, parfois sans. Il s’appelait Jack et il était capitaine d’un navire.

«  Un jour quand j’aurais récupéré mon bateau je te prendrais à bord et je te ferais visiter Singapour, » murmura t’il alors qu’il se laissait retomber sur le lit, le souffle court de leur étreinte.

Rebecca sourit et se glissa contre lui.

«  C’est vrai ?

- Foi de Jack Sparrow, trésor. »

Rebecca sourit mais son amant se rembrunit.

«  Seulement avant ça il me faudrait de l’argent, un navire, un équipage tout ça….

- J’ai ça ! » S’exclama Rebecca.

 

Jack posa un regard amusé sur ses cuisses fines et sourit.

«  Je doute que tu aies un navire et un équipage sous ce lit mon ange.

- Mais j’ai de l’argent. »

 

Jack la fixa et Rebecca poursuivit.

«  Et je sais où Gloria cache le sien,

- Ce n’est pas très honnête, observa Jack en souriant.

- Je ne crois pas en l’honnêteté. »

Jack l’embrassa et souffla les yeux dans les siens.

«  Moi non plus, je suis un pirate tu sais Scarlett. »

Rebecca sourit.

«  Ca je l’avais deviné…. »Murmura-t-elle.

 

Jack l’embrassa passionnément et elle gémit sous ses lèvres. Depuis une semaine, elle n’avait vu d’autres clients que lui, il la fascinait, la charmait, la bousculait. Elle avait compris depuis bien longtemps qu’il était un pirate mais finalement elle trouvait ça normal, une sorte de signe du destin. Après tout, elle était issue d’une longue lignée de pirates, donc quoi de plus naturel d’en aimer un ?

«  Beaucoup d’économies ? Lui demanda Jack.

- De quoi partir d’ici et vivre ailleurs, souffla-t-elle.

- Je ne pourrai plus rester ici bien longtemps, » murmura Jack.

Le cœur de Rebecca s’affola à cette pensée et elle se tourna vers lui.

«  Emmène-moi avec toi Jack.

- Mais de quoi vivrait-on ? Je n’ai rien à t’offrir trésor, je ne suis qu’un pauvre pirate. Tu seras mieux ici, au moins tu auras de quoi vivre.» Soupira-t-il à regret

 

Rebecca songea à Madame Gloria et à sa sécheresse de cœur puis plongea son regard dans celui de Jack.

«  Je te l’ai dit, j’ai de l’argent. Et j’en aurais plus encore si tu m’emmènes.

- Scarlett, trésor, mais, sourit le pirate.

- Pas de mais, est ce que tu m’emmèneras avec toi ?

- Oui, souffla Jack. Bugger Scarlett, tu me rends fou… »

La jeune femme sourit alors qu’il couvrait son corps de baisers et songea un instant à lui dire la vérité puis renonça. Après tout, puisque Jack aimait Scarlett, quelle importance avait encore Rebecca ?

Chapitre 7                                                                                                  Chapitre 9

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Commentaires : 2
  • #1

    emeline (lundi, 02 janvier 2012 13:32)

    j'ai hâte de connaitre la suite

  • #2

    JessSwann (lundi, 02 janvier 2012 17:48)

    Héhé la suite est sous entendue , hélas pas de surprise quand on a vu les films :(