Chapitre 2 Dernier abordage

Reece passa deux jours enfermé dans sa cabine, n’en sortant que pour s’occuper de Rebecca. Durant ces deux jours, l’ancien second de la redoutable Laura Smith réfléchit longuement à la décision qu’il avait prise à leur retour de Cornwallis. Sun, lui, ne disait rien et Reece était conscient qu’il lui laissait ainsi la possibilité de revenir en arrière. De ne pas honorer sa promesse de laisser La Fleur de la Mort aux mains expertes de son second.

 

Durant ces deux jours, Reece pensa beaucoup à Laura. La Fleur de la Mort avait été sa vie, sa liberté…. Mais d’une certaine manière le navire avait aussi été sa prison. A cause de son choix, de son existence de pirate, Laura avait renoncé à sa fille, Arabella. Un choix qu’elle avait toujours porté comme un poids même si elle savait que c’était la meilleure chose à faire pour Bella… Puis, comme si cela ne suffisait pas, Reece et Laura avaient dû se séparer de Rebecca. Une fois encore pour son bien. Et Laura avait à nouveau pleuré…. Arabella l’avait sans doute ignoré, mais Reece, lui, savait que si Laura lui avait confié Rebecca c’était pour que l’enfant ait une vie meilleure. Pour qu’elle ait le choix qu’elle n’avait pas eu. Devenir pirate ou alors rejoindre le rang et devenir une femme respectable. Sauf qu’Arabella était morte, comme Laura. A présent, Reece ne pouvait plus ignorer ses responsabilités de père. Du reste il ne le voulait pas.

 

Leur visite à Cornwallis lui avait ouvert les yeux. Rebecca était malheureuse en mer. Ou plutôt, Rebecca n’était pas heureuse….. Mais à neuf ans comment pouvait-on être heureux lorsqu’on menait une vie d’errance ? Comment être heureux sans amis ? Sans les joies des petites tracasseries d’enfant ? C’était d’ailleurs la raison pour laquelle Laura avait abandonné Arabella la première fois. Pour que sa fille ait une chance de construire une vie. Et Reece, aussi attaché qu’il soit à La Fleur qui lui rappelait tellement sa chère Laura, n’avait pas le cœur de priver Rebecca de la vie à laquelle elle avait droit. Puisque la vie de Rebecca était à Cornwallis, il lutterait contre son désir d’océan et de Laura…. Après tout, il avait assez vécu sa vie de pirate qui, sans Laura, lui paraissait plus fade de jours en jours. Et le bonheur de Rebecca n’avait pas de prix…. Or, s’il ne s’en était pas rendu compte avant, il comprenait désormais que Cornwallis rendait sa fille heureuse. Ou du moins plus heureuse que La Fleur, et Reece voulait agir en bon père. Même si pour cela il devait renoncer à tout ce qui faisait sa vie.

 

Le matin du second jour, Sun interrompit ses réflexions avec une nouvelle que Reece interpréta comme un message de Laura, une sorte d’accord pour la décision qu’il avait déjà prise.

«  Capitaine, il y a un problème avec les voiles. Elles, elles se sont déchirées. » déclara Sun d’une voix tremblante.

Reece, lui, n’y vit qu’un signe du destin, une sorte de message d’outre-tombe de sa chère Laura. Les voiles magiques, tissées par des sirènes, qui permettaient jusqu’alors à La Fleur de demeurer invisible aux yeux du monde s’étaient déchirées…. Il y vit une approbation de Laura quant à la vie qu’il s’était choisie…..

«  Et bien nous ferons sans.

- Capitaine… Tenta Sun.

- Libre à toi de les faire réparer une fois capitaine, mais pour mon dernier abordage, je veux que tous connaissent la puissance de Laura…. » Souffla Reece.

Sun grimaça mais Reece lui lança un regard décidé.

«  Je suis capitaine….. Je le suis toujours, pour l’instant.

- Bien, » S’inclina le second.

 

Après ça, le moment de rendre un dernier hommage à Laura ne tarda pas. Sa décision prise, Reece fit face au navire dont l’argent lui permettrait de commencer une vie ailleurs…

«  Papa…. »

Reece se tourna vers Rebecca et sourit.

«  Va dans ma cabine mon ange et surtout ferme la porte. »

Rebecca, un peu inquiète, obéit et Reece se tourna vers son destin.

«  Pour toi Laura…. » Murmura-t-il avant de lancer son dernier abordage.

 

()()

 

L’affrontement fut sanglant, violent, privé de la protection des voiles, La Fleur reçut pour la première fois de son histoire le feu des canons de l’ennemi. Pourtant, Reece ne renonça pas. Le sabre haut et le cœur rempli de Laura, il fit face aux assaillants.

 

La bataille fut aussi brève que dévastatrice. De toute évidence, Reece s’était mal préparé. Le regard assombri par une rivière de sang il fit face au Capitaine du navire.

«  Grâce » supplia Reece à la vue de ses hommes exsangues.

Le capitaine le toisa tandis que ses hommes envahissaient La Fleur.

 

Reece frémit et échappa aux soldats. Il venait de voir un homme entrer dans sa cabine. Le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, Reece se précipita vers le jeune lieutenant qui était entré

«  Pitié………. Ma fille. » murmura t’il alors que l’homme saisissait le bras d’une Rebecca terrifiée.

 

Le lieutenant soutint son regard et Reece courut vers Rebecca.

« Je l’ai enlevée » gémit-il.

Le lieutenant soutint son regard tandis que Rebecca s’affolait.

«  Papa….

- Je l’ai enlevée, ce n’est pas ma fille…Ayez pitié. » Implora-t-il, conscient que l’autre connaissait son mensonge.

 

Le regard du lieutenant s’altéra et il hésita.

«  Elle a neuf ans. » souffla Reece.

Alors, le regard du lieutenant se voila et il soupira.

«  Laissez-nous » Ordonna t’il aux hommes qui s’étaient précipités à la suite de Reece.

Les soldats partirent et Reece se tourna vers l’homme.

«  Merci…..

- Faites vite. » lui enjoignit le lieutenant avant de détourner pudiquement le regard.

 

Reece songea au poignard qu’il gardait toujours sur lui…. Le lieutenant ne le regardait pas, ils étaient seuls… Peut-être que s’il le blessait, il pourrait ensuite s’enfuir avec Rebecca…

«  Papa » gémit la petite en s’accrochant à lui.

Reece soupira. Il ne pouvait pas faire ça, il ne pouvait pas tuer un homme sous les yeux de sa fille. Le cœur lourd, il s’agenouilla devant elle.

« Écoute-moi Rebecca…. C’est très très important… Il va falloir être courageuse. »

Rebecca cilla et ses yeux se remplirent de larmes.

«  Comme quand maman est morte ? »

La gorge étranglée, Reece hocha la tête.

«  Comme quand maman est morte… Rebecca, le lieutenant qui est là, comment vous appelez vous ? » Demanda-t-il à l’homme.

 

Ce dernier tourna un regard empli de pitié sur l’homme et l’enfant.

«  Norrington, James Norrington. »

Reece hocha la tête et se tourna vers Rebecca.

«  Le lieutenant James Norrington va t’emmener sur son bateau Rebecca, il faudra l’écouter, tu crois que tu peux faire ça ?

- Mais et toi papa ?

- Ne t’en fais pas pour moi, murmura Reece.

- Mais moi je veux rester avec toi !

- C’est impossible Rebecca, pardonne moi. » sanglota Reece avant de la serrer contre lui.

 

James Norrington posa un regard triste sur le couple enlacé et soupira.

«  Les hommes vont bientôt revenir. »

Reece relâcha Rebecca et se força à lui sourire.

«  Je t’aime Becca, n’oublie jamais.

- Papa….

- Il faudrait mieux s’en tenir à la version que vous m’avez donnée… Le Capitaine n’a aucune pitié pour les pirates. » intervint James sans oser soutenir leurs regards.

Reece se raidit et se tourna vers lui.

«  Rebecca ne dira rien…. S’il vous plait, vous….

- Je m’occuperais d’elle » le coupa presque grossièrement James.

 

Reece serra une dernière fois sa fille contre lui et se redressa.

«  Ecoute le lieutenant Norrington d’accord ? C’est comme un jeu, tu fais comme si je n’étais pas ton papa d’accord ? »

Rebecca posa un regard triste sur lui. Elle savait que ce n’était pas un jeu….

«  Oui, d’accord.

- C’est bien Becca, tu es une gentille petite »

 

A cet instant, la porte s’ouvrit sur le capitaine du navire de la Navy qui posa un regard froid sur les occupants de la pièce.

« Que se passe-t-il ici ? »

James se redressa.

«  Ce sale pirate a enlevé cette enfant Capitaine ! »

Reece vit Rebecca se raidir et la fixa d’un air alarmé.

«  C’est vrai, je l’ai enlevée, je pensais en tirer une rançon mais c’est la fille d’une domestique. »

Le capitaine posa un regard méprisant sur Rebecca et haussa les épaules.

«  Je n’ai pas de temps à perdre avec ça, occupez-vous en James, on dirait que les gamins perdus sont devenus votre spécialité. » se moqua t’il.

 

Les épaules du lieutenant tressaillirent mais il se contenta d’une réponse neutre.

«  A vos ordres Capitaine. »

L’homme renifla avec mépris et se tourna vers Reece.

«  Quand à ça, mettez-le aux fers avec les autres en attendant le gibet. »

Les yeux de Rebecca s’emplirent de larmes et James posa une main ferme sur son épaule.

«  On ne pleure pas » lui souffla t’il.

Impuissante, Rebecca vit les hommes mettre les fers aux poignets de Reece qui lui lança un regard rassurant. Il la fixa jusqu’à ce qu’elle soit hors de vue….

 

Lorsque les hommes le jetèrent sans ménagement dans la cellule où se trouvaient déjà ses compagnons survivants, Reece songea avec tristesse qu’il ne respecterait jamais la promesse qu’il s’était fait de ramener Rebecca chez elle…. Sun, blessé à la jambe, le regarda avec horreur.

«  Où est la petite ? »

Reece soupira, les larmes aux yeux.

«  Un officier qui avait du cœur a accepté de la sauver.

- Dommage qu’il en ait pas fait autant pour nous. » grommela Sun pour dissimuler son soulagement.

 

()()

 

James Norrington se tourna vers la petite fille. Depuis qu’on avait emmené le capitaine pirate, enfin son père, elle n’avait pas prononcé un seul mot.

«  Assied toi. Rebecca, c’est ça ?

- Oui » répondit elle du bout des lèvres sans bouger.

James posa un regard las sur elle. La loi était formelle, les pirates devaient être pendus jusqu’au dernier. Y compris les enfants. Mais comment aurait-il pu laisser faire une chose pareille ?

«  Quel âge as-tu ?

- Neuf ans.

- Et … où est ta mère ?

- Elle est morte. » murmura Rebecca d’une voix chevrotante.

 

James déglutit. Pauvre enfant… Sa mère était morte et son père le serait bientôt….

«  Qu’allez-vous faire à mon papa ? Et à Sun ? Et aux autres ? » Demanda Rebecca.

James évita son regard.

« Je ne sais pas Rebecca, ce n’est pas moi qui décide. » Choisit-il de répondre.

Rebecca secoua la tête et le fixa.

«  Je ne reverrais jamais mon papa c’est ça ? »

James sentit une boule lui remonter dans la gorge et soupira.

«  Je suis désolé Rebecca, je ne peux pas faire plus.

- Menteur…. » Murmura l’enfant avant de se détourner.

 

James la suivit des yeux et son cœur se serra à la vue de ses épaules tremblantes. Il leva la main pour la consoler avant de renoncer. Elle avait raison… Son père allait être pendu et il n’avait pas de mots pour lui expliquer que le devoir d’un soldat passait avant les larmes d’une petite fille….

 

()()

 

Trois jours plus tard,

 

James Norrington se dirigea d’un pas rapide vers la cellule où avaient été transférés les pirates dans l’attente de leur exécution. Là, il s’arrêta devant Reece. L’homme leva des yeux rouges sur lui et se précipita aux barreaux.

«  Rebecca ! Comment va-t-elle ? »

James évita son regard. Il ne pouvait tout de même pas lui dire que depuis trois jours, sa fille passait son temps à pleurer et refusait toute nourriture. Reece avait beau être un pirate, il n’en était pas moins un père. Un père meilleur que le sien s’il pouvait en juger par les sillons inquiets qui couvraient le visage de Reece.

«  Elle va bien, je lui ai dit que vous alliez devoir vous absenter et qu’en attendant, des sœurs s’occuperaient d’elle. »

 

Reece sourit tristement.

«  Vous mentez mal Lieutenant, mais je vous remercie d’essayer. C’est très charitable de votre part.

- Je dis vrai pour les sœurs…. Il y a ici une maison où elles s’occupent de nombreux enfants et elles ont accepté de prendre Rebecca. » expliqua James sans toutefois mentionner la bourse qui avait accompagné sa demande.

Une fois de plus Reece ne s’y trompa pas et il sourit avec tristesse.

«  Un orphelinat…. Je suppose que c’est mieux que la corde ou la rue. Je vous remercie Lieutenant Norrington. »

 

James regarda le pirate qui tentait vaillamment de retenir ses larmes. Il prit sa décision sans réfléchir… L’homme serait pendu le lendemain même s’il l’ignorait encore et… jamais il ne reverrait sa fille.

«  Ecoutez, Rebecca n’y est pas encore. Je peux… Je suppose que je peux faire un crochet ce soir et vous l’amener. »

Le visage de Reece s’éclaira.

«  Pour lui dire adieu….

- Oui » souffla James qui admirait malgré lui la dignité du pirate.

Reece le regarda.

«  Merci, vous êtes peut être un soldat, mais vous avez le cœur bon, j’ai peur que cela ne vous mène pas très loin hélas…. »

James se crispa. Les paroles de Reece faisaient trop bien écho à celles de son père. « Une chiffe molle James ! Voilà ce que tu es, une chiffe molle et un imbécile qui déshonore toute sa famille. »

L’amiral avait beau être mort depuis des années, James n’oublierait jamais ses paroles.

«  J’essaie juste d’agir avec honneur. » murmura t’il.

En cet instant, sa justification ne s’adressait pas à Reece mais bien à son père, le pirate ne s’y trompa pas et ne releva pas.

 

()()

 

Rebecca, vêtue d’une longue robe de drap vert et la main dans celle de Norrington, fit son entrée dans la geôle.

«  Personne ne doit voir les prisonniers avant l’exécution » Rappela le soldat qui était en faction.

James marmonna des imprécations sur le manque de cœur de l’homme et se retourna vers lui.

«  Retournez à votre poste soldat. » Lui lança-t-il avec sécheresse.

L’homme bredouilla et James l’ignora.

 

Reece se redressa à la vue de Rebecca et se força à lui sourire.

«  Becca, je suis content de te voir.

- Papa, sanglota la petite fille. Pourquoi ils t’ont enfermé là ? » Ajouta-t-elle avec un regard de haine vers Norrington.

Le cœur de Reece se serra et il saisit les petits doigts qu’elle lui tendait à travers les barreaux.

«  N’en veut pas au Lieutenant Norrington, Rebecca….Tu sais, aborder les navires c’est pas bien, alors… alors je vais devoir rester ici un certain temps….

- Je veux rester avec toi !

- Non, Rebecca, ce n’est pas un endroit pour toi, le lieutenant va t’emmener voir les sœurs. Il y aura des tas d’enfants là-bas, comme Lisa tu te souviens de Lisa ?

- Oui… renifla Rebecca.

- Bien…. Tu resteras là-bas et tu te feras des tas d’amis, comme tu en rêvais d’accord ? »

 

Rebecca leva les yeux sur lui.

«  Papa…..

- Oui ma chérie ? »

Rebecca baissa les yeux.

«  Papa, pardon, c’est moi qui a déchiré les voiles…… »

Reece ferma les yeux. Au fond de lui, il l’avait toujours su….

«  Pardon papa, je pensais que sans voiles on serait obligés de rester à terre, près de maman. » sanglota Rebecca.

Le cœur serré, Reece entrelaça leurs doigts.

«  Ce n’est rien Rebecca, ce n’est pas grave….

- Mais si je l’avais pas fait, on serait toujours ensemble

- Tu te trompes…. Tu sais Rebecca, quand on agit mal, on finit toujours par être rattrapé. Et j’ai mal agi. »

 

Rebecca renifla.

«  Je pourrais revenir te voir ?

- Ça dépendra des sœurs, il faudra être sage. Mentit Reece. Mais si ce n’est pas possible, n’oublie pas que je t’aime et que je veille sur toi. Comme Laura et comme ta maman.

- Oui papa » murmura Rebecca.

Leurs doigts s’étreignirent un peu plus fort et James fixa Reece.

«  Je suis désolé, » commença t’il.

Reece comprit et sourit à sa fille.

«  Il est tard Rebecca, je suis fatigué et tu dois l’être aussi, le Lieutenant va t’emmener dans ta nouvelle maison d’accord ?

- Oui papa….

- Ma Becca, » souffla Reece en tendant les bras.

 

Rebecca se serra contre les barreaux durs et Reece referma ses bras autour de son corps mince avant de la relâcher.

«  Va Rebecca et ne te retourne pas. Je suis fier de toi. Et je sais que Laura et ta maman le sont aussi.

- Tu le sais comment ?

- Je le sais c’est tout » souffla Reece avant de lui caresser la joue.

James toussota et prit la main de Rebecca.

«  Viens Rebecca. »

Une expression résignée passa sur le visage de l’enfant et elle le suivit.

«  Ne te retourne pas !!! » lui cria Reece.

Toutefois, elle se retourna quand même et Reece, le cœur serré, lut dans son regard qu’elle avait compris qu’ils ne se reverraient jamais…

 

()()

 

Orphelinat Sainte Mathilde

 

«  Voici la pensionnaire dont je vous avais parlé » se força à sourire James Norrington.

La sœur économe soupesa la bourse qu’il lui tendait et posa un regard froid sur Rebecca.

«  Qui sont ses parents ?

- Elle n’en a plus. » répondit James avant que Rebecca ait eu le temps de répondre.

 

La sœur économe posa un regard vaguement dégouté sur la petite fille.

«  Elle sait lire ? Ecrire ? »

James la regarda avec ignorance et Rebecca répondit.

«  Maman m’a appris tout ça, je lis des tas de livres et je sais barrer un bateau aussi. »

La bouche de la sœur se pinça d’un air désapprobateur et elle se tourna vers James.

«  Je crains que la discipline ne soit pas son fort. » s’excusa-t-il presque.

 

Rebecca lui adressa un regard rempli de reproches et James reprit.

«  De toute manière, je crois savoir que vous vous souciez peu de l’ascendance des enfants que vous accueillez non ? »

Cette fois, ce fut au tour de la sœur de sembler gênée. En effet, beaucoup des pensionnaires « orphelins » qu’accueillait l’orphelinat étaient en fait les bâtards indésirables de nombre de grands noms.

«  Soit, Lieutenant. »

James se sentit rougir alors qu’il comprenait que la femme pensait que Rebecca était sa fille ou celle de son capitaine.

«  Vous pouvez partir, lui enjoignit la femme en rangeant la bourse. Inutile de revenir, cela ne ferait que compliquer les choses.

- J’ignore son nom.

- Aucun enfant n’a de nom ici. » rétorqua la femme.

 

James s’inclina avec raideur et Rebecca fut entrainée par une religieuse.

 

La petite fille lui jeta un regard perdu tandis que la femme ouvrait la porte d’un dortoir sale et malodorant.

« Trouve-toi une paillasse »

La bouche sèche, Rebecca avança parmi les autres enfants, garçons et filles, qui peuplaient l’endroit. Finalement, elle trouva un lit inoccupé et se laissa tomber sur lui. Puis, la petite fille laissa ses larmes déborder.

«  Extinction des feux »cria une voix

Rebecca, perdue, se retrouva dans les ténèbres de sa nouvelle vie.

 

()()

 

Le lendemain,

 

Ce furent les cris excités des autres enfants qui réveillèrent Rebecca. Un peu perdue, la petite fille frotta ses yeux puis se dirigea timidement vers le groupe qui se massait aux fenêtres.

« Que se passe-t-il ? » demanda-t-elle avec timidité au garçon le plus proche d’elle.

Ce dernier, malingre et visiblement souffreteux, se tourna vers elle.

«  Ah c’est vrai t’es la nouvelle…. »

Rebecca lui adressa un sourire tremblant et il haussa les épaules avant de se tourner à nouveau vers la fenêtre.

«  Je m’appelle Rebecca » tenta cette dernière.

 

Quelqu’un la pinça sans douceur et elle poussa un cri de douleur.

«  C’est jour de pendaison aujourd’hui alors tais-toi sinon les sœurs vont venir » lui glissa le garçon sans la regarder.

Le cœur de Rebecca manqua un battement et elle se haussa sur la pointe de pieds. Le grondement des tambours lui parvint et elle frissonna.

«  Pour tous vos actes de piraterie, la Cour vous a condamné à être pendu » entendit-elle.

 

Rebecca aperçut le haut du crane de Reece et gémit.

«  Les enfants !!!! Ecartez-vous des fenêtres » ordonna une voix.

Avec des murmures de protestation, les autres s’écartèrent. Rebecca, le cœur battant à tout rompre, s’approcha.

«  Tu dois pas rester, on s’est fait pincer » lui glissa le garçon.

Rebecca ne répondit pas. Des larmes roulèrent sur ses joues à la vue du corps de son père qui se balançait, une corde autour du cou.

Chapitre 1                                                                                          Chapitre 3

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