Chapitre 10 Tortuga

Le navire que Jack commandait arracha une moue dubitative à Rebecca.

«  Ca ressemble plus à une barque qu’à un vrai bateau. » Remarqua-t-elle.

Jack se tourna vers elle, vexé.

«  S’il ne te plait pas, tu peux retourner d’où tu viens trésor. »

Rebecca frissonna à cette idée et sourit.

«  Non, il parfait, c’était juste que je le voyais plus grand.

- Le Black Pearl est plus grand ma belle, dans le genre y’a pas mieux.

- Dans ce cas où est le Black Pearl ? » Demanda innocemment Rebecca.

 

Le visage de Jack s’assombrit et il répondit.

«  Ailleurs trésor.

- Tu m’emmèneras ?

- Bien sûr, allez monte. Au fait tu as l’argent ? »

Rebecca exhiba fièrement les bourses que lui avait confiées Isabella et Jack l’embrassa.

«  Tu es juste parfaite trésor, toi et moi nous irons loin.

- Pour l’instant, une île me suffirait. » Gémit Rebecca.

Elle n’avait jamais eu le mal de mer avant, mais elle n’avait navigué qu’à bord de vrais navires, qualificatif qui ne s’appliquait pas à la frégate de Jack Sparrow. Aussi, au bout de quelques heures, Rebecca sentit le cœur lui manquer.

 

Assis face à elle, Jack la regarda vomir par-dessus bord et songea qu’il s’était lourdement trompé, Scarlett n’avait rien de commun avec Arabella, elle n’était qu’une putain douée et un peu trop rêveuse.

 

()()

 

Rebecca mit pied à terre avec reconnaissance. Le voyage jusqu’à Tortuga avait été plus qu’éprouvant pourtant, elle ne regrettait rien. Les poumons gonflés d’air marin, elle tourna un visage radieux vers Jack.

«  Tu m’emmèneras sur ton vrai navire ?

- Bien sûr mon ange et on fera le tour du monde, je t’emmènerais partout, » répondit Jack avec emphase.

Rebecca sourit, elle était libre, elle avait Jack. Qu’aurait-elle pu désirer de plus ?

 

Ainsi, elle trouva naturel de payer le rhum qu’ils burent à la taverne et la chambre miteuse prêtée par l’aubergiste. Jack était dans une mauvaise passe et après tout ils se marieraient bientôt. Un sourire aux lèvres, Rebecca se rappela la demande en mariage du pirate, qui à vrai dire était peu conventionnelle. Il avait dit à un marin, « Scarlett est la femme de ma vie et je vais me marier avec elle ». Elle n’en demandait pas plus.

 

Jack la poussa dans la chambre qu’elle avait louée et empoigna sa poitrine.

«  Scarlett, trésor, j’ai très envie de toi. »

Ces mots qui, prononcés par d’autres la dégoutaient, firent rougir Rebecca et elle défit la ceinture du pirate. Jack posa une main sur sa nuque et sourit.

«  Pas si vite ma belle, échauffe moi. »

 

Par automatisme, Rebecca glissa jusqu’à son sexe qu’elle prit dans sa bouche. Jack râla et elle sourit.

«  Scarlett, ma belle » souffla-t-il avant de l’entrainer jusqu’au lit.

Eperdue d’amour, Rebecca le rejoignit et soupira sous les tendres baisers de son amant.

«  Je suis si heureux que tu m’aies suivi, soupira Jack. Je ne voyais pas ma vie sans toi, dès que j’aurais un navire digne de ce nom, tu viendras avec moi. » Promit il entre ses cuisses.

Rebecca gémit de plaisir et son cœur s’emballa sous l’effet du désir et de la promesse. Jack remonta jusqu’à sa bouche et elle oublia les mises en garde d’Isabella tout comme elle avait oublié les enseignements d’Arabella.

 

Le lendemain,

 

Le visage fardé et la robe outrageusement décolletée, Rebecca rit aux éclats et Jack se tourna vers elle.

«  Ce n’était pas une plaisanterie trésor. »

Trop saoule pour entendre le mépris dans la voix de son amant, Rebecca s’exclama d’une voix aigüe.

«  Allons aucun navire n’a des morts vivants à son bord, c’est une croyance stupide. »

Jack se retint de lui asséner ses quatre vérités, après tout il avait vu plus étrange, comme le navire de Laura Smith dont les voiles avaient été tissées par des sirènes et qui demeurait invisible aux regards humains. Au lieu de ça, il se pencha sur Rebecca.

«  Tu ne crois pas aux loups garous trésor ?

- Les loups quoi ? »

 

Jack soupira et l’embrassa dans le cou.

«  Ils viennent te dévorer à la pleine lune. »

Rebecca ferma les yeux, à demi saoule et empoigna la bouteille de rhum. Jack suivit son mouvement des yeux et retint un rire désabusé. Décidément, à croire que toutes les rousses qu’il rencontrait lui évoquaient Arabella. Pourtant, celle-ci lui prouvait chaque soir qu’elle n’avait rien de commun avec son premier amour. Un sourire ironique aux lèvres, Jack se souvint de la prédiction de son ancienne amante. « Un jour tu trouveras une fille et elle aussi se jouera de tes sentiments. » Et bien ce moment n’était toujours pas arrivé.

 

Jack ferma les yeux alors que Scarlett caressait son entrejambe, y’avait pas à dire, la putain était douée.

 

Une semaine plus tard,

 

Rebecca posa un bras possessif sur le torse de Jack.

«  J’aime me réveiller près de toi. »

Le pirate roula des yeux effarés mais répondit.

«  Moi aussi mon ange. »

Rebecca sourit mais Jack se leva à la hâte.

« Combien reste-t-il ? »

Rebecca, la bouche pâteuse après la soirée de la veille secoua la dernière bourse qui lui restait. Quelques pièces s’en échappèrent et elle se redressa tant bien que mal.

«  Y’a plus rien.

- J’ai vu, » remarqua Jack.

 

Plus tard,

 

Jack se tourna vers elle.

«  Scarlett mon ange, je dois parler à cette femme. Commença-t-il en désignant une jeune métisse. Mais tu comprends, il vaut mieux pas que tu viennes avec moi.

- Pourquoi ? »

Jack se pencha sur elle et l’embrassa brièvement.

«  Anamaria est un peu, spéciale, tu vois ? »

Rebecca opina même si elle ne voyait pas. Elle fut récompensée par un sourire et Jack la fixa.

«  Le premier voyage du Black Pearl sera pour toi ma belle, » promit-il.

 

Rebecca ouvrit la bouche pour répondre mais il s’éloignait déjà vers l’autre fille. Le cœur lourd, Rebecca le vit passer son bras autour des épaules de l’autre, un sourire séducteur aux lèvres avant de l’entrainer vers le quai. Inquiète, elle les suivit des yeux et guetta sans succès un signe de Jack.

 

Trois jours plus tard,

 

Jack était parti. Elle avait beau avoir fouillé l’île en long, en large et en travers, le pirate demeurait introuvable. Le cœur lourd et presque à court d’argent, Rebecca se présenta à L’auberge de la Fiancée Fidèle. Le patron, un vieillard, la toisa.

«  Si t’as pas de quoi te payer à boire dégage ou trouve toi un homme. »

 

Rebecca tressaillit. Ce temps-là était fini, elle était fiancée désormais, et elle entendait bien respecter la promesse tacite faite à Jack. Sans protester, elle s’éloigna.

 

Désemparée et le doute commençant à s’installer bel et bien dans son cœur, Rebecca se dirigea vers le port. L’embarcation minable à bord de laquelle ils avaient fait le voyage était toujours à quai et son angoisse s’apaisa un peu à cette vue. Jack ne pouvait pas être parti puisque son bateau était toujours là ! Cependant, passé le premier moment de soulagement, d’autres inquiétudes naquirent en elle. Car si Jack n’était pas parti, où était-il ? Le cœur de Rebecca se serra à l’idée qu’il puisse lui être arrivé malheur et elle se retint à un mur, le souffle coupé par la peur.

 

Un homme s’approcha d’elle.

«  Dis tu te sens bien ma belle ?

- Oui, » répondit Rebecca par automatisme.

L’homme ne parut pas l’entendre et s’approcha d’elle. Rebecca sentit ses mains rêches empoigner sa poitrine, que la robe largement décolletée dévoilait, et recula, furieuse.

«  Ne me touche pas !

- Si t’enlevais ça la belle, ma cabine est pas loin. »

 

Rebecca lui adressa un regard courroucé et s’éloigna sans un mot.

«  Qu’est-ce que t’as la putain ? J’suis pas assez bien pour toi ? » Lui cria l’homme.

Rebecca frémit sous l’insulte et s’approcha d’une vitrine sale. Là, elle observa son reflet sans complaisance. Son visage trop maquillé, ses lèvres rouges et ses yeux cerclés de pâte noire, tout ça la faisait bel et bien ressembler à une putain. Sans oublier la robe jadis splendide dont le tissu ocre retombait à présent lamentablement autour d’elle. Rebecca se mordit les lèvres et frotta sa bouche avec sa manche pour en enlever le rouge. Elle avait presque terminé lorsqu’elle aperçut la jeune métisse avec laquelle Jack était parti quelques jours plus tôt.

 

Inquiète, la jeune femme se précipita vers elle et la saisit par le bras. L’autre femme, Anamaria, si elle se souvenait bien, se dégagea de son étreinte avec une moue méprisante.

«  Dégage de là, je fais pas dans le lutinage et même si je faisais je f’rais pas ça avec une catin. »

Rebecca rougit de honte mais rattrapa la jeune femme.

«  Attendez, je veux juste un renseignement. Sur Jack, ça fait trois jours qu’il n’est pas revenu et je m’inquiète, se justifia t’elle rapidement.

- Jack ? Demanda Anamaria d’une voix mauvaise.

- Jack Sparrow, c’est mon fiancé. » Avoua Rebecca.

 

A sa grande surprise, Anamaria éclata de rire avant de le toiser sans la moindre compassion.

«  Dans ce cas tu ferais mieux de t’en trouver un autre ma jolie, Jack a mis les voiles il y a trois jours, ce fils de chien m’a volé mon bateau. » Ragea Anamaria.

Rebecca se décomposa et fixa l’autre femme.

«  Quoi ? Mais il avait dit

- Jack Sparrow dit beaucoup de choses, mais il ne tient jamais ses promesses. » Lui asséna Anamaria avec amertume.

Rebecca la fixa, trop sous le choc de l’abandon de son bel amant pour répondre. Anamaria se tourna vers elle et soupira.

«  Allez t’en fait pas, t’es pas la première putain à qui Jack promet le mariage pour baiser à l’œil. »

 

Eperdue, Rebecca recula et secoua ses boucles rousses.

«  Je ne vous crois pas.

- C’est ton problème mais si tu vois Jack, dis-lui qu’il me doit un bateau, » ragea Anamaria.

Le cœur brisé, Rebecca s’enfuit et se précipita à la taverne de la Fiancée Fidèle, là où Jack et elle avaient convenu de se retrouver. Elle ouvrit la porte à la volée et se précipita vers le vieil aubergiste.

«  Il est revenu ?

- Qui ça ?

- Jack ! L’homme avec qui je suis venue.

- Bof, Sparrow, il vient, il va. » Ricana l’homme.

 

Rebecca baissa la tête et l’aubergiste reprit.

«  Au fait t’as pas payé pour cette nuit. »

Rebecca frémit. Elle n’avait plus d’argent, du moins pas assez pour régler une chambre. Mais au regard de la possible défection de Jack ce n’était qu’un détail. Elle ignora l’aubergiste et se précipita vers un groupe de filles qui gloussaient.

«  Vous connaissez Jack Sparrow ? » Demanda Rebecca, le cœur serré.

Des rires amers fusèrent et une blonde prit la parole.

« Bien sûr, il m’a promis de l’or et des bijoux.

- Non à moi !

- Vous êtes idiotes, moi il m’emmènera avec lui faire le tour du monde en bateau, » pavoisa une troisième.

 

Le cœur de Rebecca se brisa tout à fait en les entendant. Jack n’avait rien d’exceptionnel. Il lui avait menti comme tous les hommes mentaient aux femmes, comme Bill avait menti à Arabella. Des larmes montèrent à ses yeux et elle se souvint des mises en garde d’Isabella et de la leçon que l’expérience de sa mère auraient dû lui apprendre. Il ne fallait pas faire confiance à un homme. Jamais, encore moins à un client.

 

Rebecca s’éloigna des filles et s’assit à une table. Rapidement, la grosse femme qui faisait office de serveuse s’approcha d’elle.

« Si t’es pas là pour mignoter les clients tire-toi. »

Rebecca leva un regard rempli de larmes sur elle et posa sa bourse mince sur la table.

«  J’ai besoin d’un truc à boire, sers moi.

- A tes ordres princesse, » ricana la serveuse.

 

Quatre heures plus tard,

 

Rebecca posa un regard embrumé par l’alcool sur la bouteille à demi vide et se resservit d’une main tremblante. Elle avait passé les dernières heures à boire pour oublier l’horreur de l’abandon de Jack, elle avait pleuré, s’était mise en colère jusqu’à être trop saoule pour se souvenir encore du pirate.

 

Un ricanement douloureux lui échappa alors qu’elle réalisait qu’une fois de plus ceux qu’elle aimait l’avaient laissée tomber et elle renversa son verre.

«  Oh si c’est pas malheureux de renverser du rhum ! » S’exclama une voix peinée derrière elle.

Rebecca se retourna et vit le visage d’un homme mûr entre ses cils collés par le maquillage et les larmes.

«  Pas de gâchis. » Balbutia-t-elle avant de se pencher sur la table pour la lécher.

 

L’homme s’installa à ses côtés et se servit du rhum.

«  Tu me plais toi.

- Bah pas toi, » rétorqua Rebecca qui vacilla en tentant de se lever.

L’homme la rattrapa et l’aida à se rasseoir.

«  J’ai une bourse pleine, y’aura du rhum pour toi et moi si t’acceptes de tenir compagnie à un vieux marin. »

 

Rebecca le fixa et un sourire ironique lui échappa. Elle venait de comprendre que Madame Gloria avait raison, pour elle, il n’y avait ni choix, ni alternative. Elle était putain. L’homme l’approcha de lui.

«  J’m’appelle Gibbs.

- Scarlett, répondit elle d’un ton pâteux.

- On trinque ? » Lui proposa Gibbs.

Rebecca leva son verre et le but d’un trait, imitée par le marin.

«  T’as une sacré descente ma jolie. » Apprécia-t-il en louchant sur la bouteille d’un œil inquiet.

 

Deux heures plus tard,

 

 

Rebecca, à quatre pattes sur le sol, referma ses doigts dans la boue de l’étable dans laquelle Gibbs l’avait conduite. Derrière elle, le vieux pirate poussa un gémissement et s’introduisit en elle. Rebecca ferma les yeux tandis qu’il allait et venait en elle, trop saoul pour résister bien longtemps.

 

Lorsque Gibbs roula par terre, Rebecca se releva et croisa le regard d’un cochon. Saoule, elle ricana et se tourna vers son dernier amant en date. « De la confiture aux porcs » avait dit Isabella le jour de sa première fois. Maintenant, elle comprenait. Egarée, Rebecca sortit de l’étable et avança vers le port.

 

Elle n’eut pas le temps d’aller bien loin que déjà un marin passablement éméché l’arrêtait.

«  Tu prends combien pour la mettre dans ta bouche ?

- Dix sols, » s’entendit annoncer Rebecca.

L’affaire fut rapidement conclue et elle se retrouva à genoux dans une ruelle.

 

Puis une autre, et encore une autre…

 

Trois semaines plus tard,

 

Rebecca cligna des yeux alors que le maquillage toujours trop voyant coulait dans ses yeux. Elle adressa un sourire de sa bouche peinte en rouge à la femme qui acceptait de la loger contre une partie de l’argent qu’elle gagnait, vingt pour cent pour être précis. La femme lui répondit par une grimace édentée et Rebecca fit pigeonner son décolleté avant de se mettre en route.

Les premiers jours après sa fameuse nuit d’ivresse, elle avait tenté de trouver une autre voie, mais à Tortuga, une femme était putain ou elle n’était rien. Rebecca s’était dit que cela devait être pareil ailleurs et quand bien même elle n’avait nulle part où aller, ni argent pour payer le voyage. Alors après avoir tenté sans succès de trouver un travail honorable, elle s’était résignée à faire ce que la vie semblait attendre d’elle.

 

Les marins n’étaient d’ailleurs pas si différents des notables qu’elle avait côtoyés chez Madame Gloria, certains étaient même plus respectueux que ces derniers. Leurs exigences étaient simples, une fille à peloter autour d’un verre de rhum puis à basculer dans une ruelle ou sur un galetas dans le meilleur des cas. Rebecca s’était rapidement fait une réputation, aidée par l’attrait de la nouveauté. Les marins étaient généreux aussi, là où Madame Gloria surveillait sans en avoir l’air la quantité d’alcool ingurgitée par ses filles, les matelots prenaient un malin plaisir à remplir son verre.

 

C’était tout ce que demandait Rebecca, l’alcool et l’oubli qu’il procurait. Une fois saoule, elle oubliait ses parents morts, la Fleur, l’orphelinat, Jack…. Elle s’oubliait elle-même et peu à peu Rebecca s’effaçait pour laisser la place à la flamboyante Scarlett. Scarlett était audacieuse, séduisante, elle ne craignait ni l’abandon ni la mort d’un être cher puisqu’elle avait toujours été seule. Tout cela valait bien les mains grasses des marins qui prenaient son corps nuit après nuit.

Chapitre 9                                                                                         Epilogue

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Commentaires : 2
  • #1

    emeline (lundi, 16 janvier 2012 20:08)

    bientôt l'épilogue ?!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  • #2

    JessSwann (lundi, 16 janvier 2012)

    Lol soulagée que ce soit fini ??? Encore une semaine