Chapitre 16 Abandon

Arabella rejoignit sa maison avec réticences et la jeune femme prit son temps pour préparer le thé, cherchant inconsciemment à retarder la discussion avec Reece qu’elle envisageait avec angoisse. Ce dernier, comprit son état d’esprit et ne broncha pas. Arabella soupira légèrement en entendant l’eau chaude crépiter signe qu’il fallait la verser dans la théière sous peine d’un thé imbuvable. Arabella s’acquitta de cette tâche avec grâce et servit deux tasses d’un breuvage fumant.

« Je suis désolé Arabella. Commença Reece

- Cessez de dire ça sans arrêt et venez-en aux faits. » Rétorqua la jeune femme en soufflant sur sa tasse

 

Reece se recula légèrement et darda ses yeux sombres sur elle.

« Tout d’abord, je dois vous dire que si Laura était encore parmi nous… Elle vous expliquerait la même chose que ce que je m’apprête à faire

- Et sans doute avec moins de diplomatie. Ironisa Arabella qui ne nourrissait pas la moindre illusion sur les capacités de sa mère en ce domaine. Par conséquent … Je vous écoute Mr Reece. »

Le second s’attrista quelques secondes

« Vous n’imaginez pas à quel point vous lui ressemblez Arabella. »

La jeune femme s’efforça de maîtriser la boule qui montait dans sa gorge puis répondit.

« S’il vous plait… » Souffla-t-elle peu désireuse de se laisser encore une fois submerger par le chagrin

 

Reece comprit qu’elle voulait éviter la douloureuse évocation de sa mère et prit une profonde inspiration

« Avez-vous reçu quelque chose de la part de votre mari récemment ? »

Arabella, le fixa, surprise

« Rien … à l’exception du cadeau de Will. Pourquoi ? Il lui est arrivé malheur ? S’inquiéta-t-elle, songeant qu’elle ne savait pas comment elle prendrait l’annonce d’une nouvelle catastrophe si tôt après la mort de Laura

- Non. S’empressa de la rassurer Reece. Votre mari est vivant…

- Mais ? » Releva Arabella

 

Reece prit l’air embarrassé puis se décida.

« Arabella… Que savez-vous au juste des activités de votre époux ? »

Un mauvais pressentiment envahit la jeune femme alors qu’elle répondait

« Et bien…. Il a été cartographe sur un navire marchand jusqu’à ce que des pirates ne coulent son bateau. » Déclara-t-elle lentement

Reece hocha la tête

« Et ensuite ? »

Arabella se crispa légèrement, se sentant prise en défaut

« Et bien … Il a trouvé un autre navire. Déclara t ‘elle, songeant pour la première fois qu’elle ignorait le nom du navire qu’avait rejoint Bill

- Oui. Renchérit Reece d’une voix sépulcrale. Le Black Pearl. »

 

Arabella frissonna légèrement en entendant le nom

« Ça ne fait pas très bateau marchand. Commenta-t-elle d’une voix blanche

- Non en effet. Répondit Reece. Arabella, c’est un navire de pirates. »

La jeune femme baissa la tête, résignée.

« Je vois… Et bien on dirait que mon mari a oublié de mentionner quelques détails… » Grinça-t-elle avec amertume

Reece lui laissa le temps de digérer la nouvelle et la jeune femme reprit après quelques minutes silencieuses pendant lesquelles ils burent leur thé

« Pourquoi ne pas avoir rejoint La Fleur dans ce cas ? Je veux dire si Billy voulait être pirate. Cracha-t-elle. Pourquoi un navire où il ne connaissait personne, je ne comprends pas. »

 

Reece soupira.

« Bill connaissait la moitié de l’équipage. Ce sont vos anciens compagnons qui naviguent à bord ou du moins naviguaient : Jean Magliore, sa cousine…

- Constance ?

- Non ce n’est pas ce nom-là, il m’échappe … Bref. Et bien sûr Bill connaissait le capitaine. »

Arabella ferma brièvement les yeux et formula une rapide prière mentale pour que le dit capitaine ne soit pas celui auquel elle pensait puis :

« Qui est-ce ?

- Jack Sparrow. » Soupira Reece d’un air désolé

Arabella se laissa aller en arrière, anéantie par la nouvelle. Ce n’était pas qu’elle n’appréciait pas Jack au contraire mais de toutes les personnes qu’elle connaissait, c’était sans doute celle qui avait le plus le don de se mettre dans des situations plus dangereuses les unes que les autres.

« Jack… Répéta-t-elle d’un ton dégoûté. Dans quel pétrin Bill s’est-il fourré ? » Demanda-t-elle abruptement

 

Reece chassa une vague de nostalgie, sa manière directe de demander les choses lui rappelait inévitablement sa chère Laura, puis se résigna à expliquer

« Vous avez grandi à Tortuga n’est-ce pas ?

- Oui, vous le savez bien. Répondit Arabella avec impatience

- Dans ce cas vous avez sûrement du entendre parler de l’ Île de la Muerta et de son trésor… »

Arabella sursauta légèrement

« Mais enfin c’est une légende ! Personne ne peut trouver cette île à moins d’y être déjà allé … si tant est qu’elle existe réellement ! »

 

Reece hocha la tête

« Oui, mais Jack Sparrow prétend qu’il sait où elle se trouve. »

Agacée, Arabella roula des yeux

« Mais enfin qui peut être assez bête pour croire que Jack sait une chose pareille !

- Son équipage. Et Billy. » Soupira Reece.

 

Arabella se leva et commença à faire les cents pas dans la pièce.

« Donc vous êtes venu me dire que mon mari est un idiot ? Ça je commence réellement à le croire. Pesta-t-elle

- Pas complètement… Répondit Reece. En fait apparemment l’île existe bel et bien… Tout comme le trésor. C’est bien ça le problème. »

Arabella s’immobilisa et le fixa

« C’est-à-dire ?

- Et bien.. On raconte que l’or qui se trouve sur l’île de la Muerta provient de l’or que Cortez a exigé des aztèques

- Oui je sais ça.. Répondit Arabella

- On dit aussi que l’or est maudit Arabella. »

 

Elle fronça les sourcils et songea à toutes les choses étranges qu’elle avait vues durant son périple avec Jack, des morts vivants, des épées magiques, des sirènes… Bref toutes ces choses qui pousseraient les gens à la traiter de folle si elle en parlait mais qu’elle savait exister.

« Quel genre de malédiction ? Demanda-t-elle avec inquiétude

- Du genre qu’il ne vaut mieux pas avoir sur le dos. Soupira Reece. On dit que ceux qui prendront l’or du coffre seront maudits… qu’ils deviendront des morts ambulants, des squelettes décharnés sans pouvoir trouver le repos. »

Arabella blêmit.

« Mais Billy .. Il ne peut pas vouloir ça !

- Je crois que Sparrow ne leur en a pas parlé… » Soupira Reece

 

Arabella réfléchit quelques instants, ce serait bien de Jack d’envoyer les autres prendre l’or dans le coffre sans y toucher lui-même puis de le dépenser sans risquer d’être maudit.

« Oh Jack ! Si je le tenais je …

- J’imagine. Soupira Reece. Laura a dit la même chose. »

Arabella réfléchit quelques instants, son être regimbant alors qu’elle arrivait à la seule conclusion qui s’imposait

« Ils l’ont trouvé n’est-ce pas ? C’est-ce que Laura et vous vouliez me dire …

- Oui. » Souffla Reece.

Arabella se crispa  

«  La malédiction ?

- Si j’en crois ce qu’on dit un peu partout sur le Black Pearl, cette partie-là est vraie…

- D’accord… » Murmura Arabella.

Reece lui laissa une fois de plus le temps d’intégrer la nouvelle puis

« Le fait que Bill détienne une partie de ce trésor, fait que vous n’êtes plus en sécurité Arabella. D’une part, les autorités commencent à avoir une idée très précise des noms de ceux qui composent l’équipage du Pearl et d’autre part… nous ne savons pas exactement à quel point ni comment cette malédiction affecte ceux qui ont pris l’or de la Muerta

- Je ne comprends pas… Que cherchez-vous à me dire ?

- Qu’il est dangereux pour vous de rester ici Arabella

- Vous voulez que j’abandonne Billy ? Que j’abandonne ma vie ? Mon foyer, mes amis ??? C’est hors de question ! »

 

Reece secoua la tête d’un air navré.

« Laura était sûre que vous diriez ça. Voilà pourquoi nous venions chercher Rebecca.

- Chercher Rebecca ???? S’étrangla à demi Arabella

- Je suis désolé Arabella mais c’est la vraie raison de ma présence. Je suis venu pour ramener Rebecca chez elle. A bord de La Fleur

- C’est ici chez elle !

- Non et vous le savez au fond de vous Arabella… Sinon vous ne lui auriez pas parlé de Laura. Ni de moi.

- Je… ce n’était pas pour ça ! Ragea Arabella

- Ça n’a plus d’importance maintenant…Je vais reprendre ma fille Arabella. Bien sûr il y a une place pour vous et Will à bord si vous désirez nous accompagner. Ça a toujours été le rêve de Laura vous savez… Vous voir nous rejoindre. »

Arabella secoua négativement la tête

« Je ne peux pas faire ça Mr Reece, je ne peux pas partir … Bill, si Billy revenait… Et ne nous trouvait pas. Je ne l’ai pas attendu si longtemps pour l’abandonner maintenant. Et surtout, je n’ai pas le droit de priver Will de la chance de connaître un jour son père, même si cette dernière est infime. »

 

Reece s’inclina gravement

« Dans ce cas Arabella, j’ose croire que vous ne priverez pas non plus Rebecca de cette chance. Laura est morte avant qu’elle ait eu le temps de connaître sa seconde fille… Et même son aînée aussi selon moi. Je ne compte pas faire cette erreur avec ma fille. »

Arabella se crispa de plus belle et répondit avec amertume

« Je vous avais sous-estimé Mr Reece. Je ne vous pensais pas capable de retourner mes arguments contre moi.

- Je suis un pirate Bella. Je l’ai toujours été. Répondit Reece

- Je suppose donc que si je refuse que vous preniez Rebecca vous …

- Je l’enlèverais si je n’ai pas le choix. Confirma Reece. Mais j’ose croire que nous n’en arriverons pas là… J’espérais vous convaincre de nous accompagner mais… »

 

Les larmes aux yeux, Arabella secoua la tête

« Je ne peux pas Mr Reece… Je ne peux pas abandonner Billy… Même s’il ne revient jamais… Tant qu’il… qu’il continuera à me dire qu’il le fera… Je .. J’attendrais son retour. »

La main du second se posa doucement sur la sienne

« Je sais Arabella et je ne veux pas être votre ennemi. Pas plus que je ne veux vous voler Rebecca. Mais c’est ma fille. Et à part La Fleur de la Mort elle est tout ce qui me reste de ma Laura… »

 

Arabella, les yeux noyés de larmes hocha la tête

« Je sais Mr Reece

- Connor. Déclara brusquement Reece. Je m’appelle Connor Reece. Arabella, je vous jure de vous la ramener, je vous jure que je ne la laisserais jamais vous oublier si tant est qu’elle en soit capable. Tout comme je vous jure que vous et William aurez toujours une place sur La Fleur. Si vous désirez la prendre Arabella, je vous obéirais comme j’obéissais à votre mère. »

Une boule dans la gorge, Arabella désigna la pièce

« Je ne suis pas un pirate … Je .. Ma vie c’est tout ça … Les enfants, les voisines, les commérages… Pas .. Pas… Ce que Laura aurait voulu… »

 

Reece la dévisagea

« Vous vous trompez… C’est tout ça que Laura voulait pour vous… Parce qu’elle voulait que comme elle vous meniez la vie dont vous rêvez… Elle ne voulait pas que vous lui ressembliez à tout prix. Ce qu’elle voulait c’était vous voir heureuse. C’est pour ça qu’elle détestait tellement Bill. Parce qu’elle avait compris qu’il…

- Qu’il finirait par reprendre la mer… Compléta Arabella dans un souffle

- Oui. » Admit Reece.

 

Arabella tourna le dos quelques instants, les épaules secouées par les sanglots tandis que le second déglutissait

« Je suis navré Arabella… ».

La jeune femme se mordit nerveusement la lèvre puis se retourna vers lui

« Combien de temps… Combien de temps voulez-vous l’emmener ?

- Je ne sais pas… Six mois peut-être...

- Six mois. Répéta Arabella, anéantie

- Six mois. Confirma Reece. Six mois qui ne rattraperont jamais les huit années que nous avons perdues.

- Et si … et si je vous disais de rester ? Vous pourriez vous installer ici … vous …

- Arabella. La coupa tristement Reece. Nous savons tous les deux que ce n’est pas possible... »

 

Arabella le regarda, furieuse

« Et pourquoi ? Parce que vous êtes incapable de vivre ailleurs que sur un bateau ?

- Non… Pas seulement… Mais parce qu’à cause de ça. Commença Reece en agitant sa main mutilée. Les autorités me recherchent…

- Dans ce cas Rebecca ne sera pas en sûreté avec vous !

- Elle ne l’est pas plus ici désormais Arabella. Et vous savez bien que grâce à ses voiles, il est difficile de voir La Fleur… »

 

Arabella soupira lourdement.

« Vous avez pensé à tout … »

Reece lui rendit son regard

« Je sais que c’est difficile Arabella… Mais je vous en prie … Laissez la partir, laissez-nous une chance… »

Arabella soupira douloureusement puis répondit d’une voix noyée par le chagrin

« J’aime Rebecca comme ma fille. Comme Will…

- Je sais … Je sais que c’est difficile mais… »

Arabella lui intima le silence d’un geste

« Et c’est parce que j’aime Becca. Que …. Que si elle choisit de partir avec vous… Je ne m’y opposerais pas. Seulement … en échange vous devez me promettre que si elle préfère rester ici … Vous ne la forcerez pas … »

Reece poussa un long soupir soulagé

« Je vous le promets Arabella…

- Dans ce cas… Nous avons un accord… Murmura tristement Arabella

- On dirait… » Répondit Reece sur le même ton.

 

Un frappement sec à la porte interrompit leur discussion et Arabella n’eut pas le temps de réagir que déjà Emmaline passait le seuil

« Arabella ma chérie Conrad Mc Fridge s’étonne de … Commença-t-elle avant de dévisager Reece. Ça par exemple ! Mr Reece ! »

Blême, Arabella réalisa soudain qu’elle n’avait pas pensé à aller travailler ce jour-là et se tourna vers sa voisine

« Je .. Emmaline ..

- Mais votre mère est là ??? S’étonna la commère

- Laura est morte. Répondit Reece d’un ton douloureux

- Oh mon dieu ! S’exclama Emmaline en se précipitant vers Arabella. Pauvre, pauvre petite chérie. »

 

De nouvelles larmes emplirent les yeux d’Arabella alors que l’autre la serrait contre elle et débitait des paroles consolatrices. Arabella s’efforça de contenir ses larmes et s’écarta.

« Qu’est-ce que je peux faire ma chérie ?

- Rien.. S’il vous plait…. Juste aller voir Mr Mac Fridge… Et lui dire .. Que … Je ne pourrais pas venir aujourd’hui. Souffla Arabella avant de fondre en larmes

- Bien sûr, bien sûr je vais lui dire … Murmura Emmaline en la serrant brièvement contre elle

- Merci… » Répondit Arabella

La vieille commère lui sourit et retint pour une fois toutes ses spéculations sur les causes de la mort de Laura, sûrement une de ses maladies que contractaient les femmes à marins, et se tourna vers Reece.

« Toutes mes condoléances monsieur

- Merci Madame. » Répondit Reece avec raideur, retenant ses larmes

Emmaline se retourna vers Arabella.

« J’y vais maintenant ma chérie… je reviendrais vous voir ce soir … Non mieux vous venez dîner chez moi … D’accord ? »

 

Arabella secoua la tête

« Non… Emmaline .. Pas ce soir… Mr Reece… On doit parler mais merci. »

Pour une fois la commère n’insista pas

« On fera comme vous voulez Arabella… Si vous changez d’avis vous êtes tous les bienvenus…

- Merci. Souffla Arabella. Merci vraiment. »

Emmaline lui caressa légèrement la joue et sourit

« Pas de quoi Arabella… Je vais prévenir Mac Fridge …Vous voulez que je prenne les enfants ?

- Non… Murmura Arabella. Mais merci quand même… »

Emmaline sortit après une dernière démonstration d’amitié et Reece se tourna vers Arabella

« Vous avez de la chance de l’avoir comme voisine

- Oui… Murmura Arabella. Malgré tous ses défauts, elle a le cœur sur la main

- Et il est clair qu’elle vous aime… Murmura Reece. Je comprends pourquoi vous tenez tant à rester ici … »

 

Arabella soupira tristement

« C’est pour Billy que je le fais. Et pour Will. Avant tout. S’il n’y avait pas cet espoir… Je suivrais Rebecca

- Je sais… » Répondit tristement Reece

 

*

 

Rebecca fronça le nez alors que Reece lui expliquait son projet tandis que Will baissait la tête d’un air boudeur

« Mais maman et Willy ils viennent aussi ? » Demanda-t-elle

Le cœur serré Arabella se força à répondre d’un ton égal

« Non chérie … Pas cette fois... Tu sais Will et moi on attend papa enfin Bill.

- Mais on pourrait le retrouver avec le bateau de papa ! » S’exclama la petite

Reece lança un regard affolé à Arabella qui soupira

« Non… Parce que Bill est un marchand … Et tu sais que les marchands n’aiment pas le bateau de Mr Reece

- Oh oui c’est vrai ! » S’exclama la gamine

 

Reece se pencha sur elle, les yeux brillants d’impatience

« Alors qu’en penses-tu Rebecca ? »

La petite hésita puis se tourna vers Arabella

« Maman c’est long six mois ?

- Une demi année. Répondit Arabella d’une voix blanche

- Et après ?

- Après tu feras comme tu veux. Intervint Reece. Tu choisiras. »

Rebecca hésita puis

« Maman….

- Oui chérie ?

- Je peux y aller maman ? S’il te plait. »

 

Arabella ferma brièvement les yeux et retint ses larmes

« Oui…. Oui Becca tu peux … » Souffla-t-elle, le cœur brisé à l’idée de perdre sa fille

Reece le comprit et s’approcha d’elle

« Six mois. Pas un jour de plus. Je vous le jure

- Je sais…. Murmura Arabella

- Quand on part ? Demanda Rebecca

- Demain matin… Répondit Reece en lançant un regard coupable à Arabella. Vous savez que je ne peux pas…

- Je sais. » Le coupa la jeune femme

 

Reece se leva et fixa Arabella.

« Je vous laisse. Je reviendrais demain matin. »

La jeune femme ne se méprit pas sur ses intentions et hocha la tête

« Merci.

- Vous êtes sa mère Arabella. Même Laura le disait. Lui murmura Reece avant de se pencher pour embrasser Rebecca. A demain ma grande. »

 

*

 

La soirée s’écoula tristement, Arabella tenta vainement de donner le change tandis que Will gardait un silence triste. Rebecca, aux anges finit par s’en apercevoir.

« Tu sais Will je te raconterais quand je reviendrais »

Will sourit faiblement et baissa les yeux

« Je sais … C’est que tu vas me manquer.. Et puis que .. Moi aussi j’aimerais bien que mon papa vienne me chercher. »

Le cœur d’Arabella se serra en l’entendant et elle prit la main de Will

« Tu voudrais partir aussi ?

- Sans toi jamais ! » S’exclama le petit garçon avec une fougue qui réchauffa le cœur d’Arabella

 

En l’entendant, Rebecca se troubla et elle regarda Arabella

« Maman … Tu m’en veux ?

- Bien sûr que non ma chérie. Sourit Arabella. C’est normal d’avoir envie de connaître ton papa… Et le bateau de ta, de Laura. Tu vas beaucoup me manquer mais je ne t’en veux pas, je t’aime trop pour ça … Tu es ma petite fille. »

Rebecca renifla

« Tu vas me manquer aussi maman et Will… Et même Penny

- Mais nous serons tous là à ton retour … » Lui murmura tendrement Arabella

Aucun des deux enfants ne lui répondit et cette nuit-là, pour la première fois depuis longtemps, le lit d’Arabella fut entièrement occupé, la jeune femme n’ayant pu se résoudre à laisser les enfants seuls

 

*

 

Le lendemain, Reece se présenta à la porte, détournant pudiquement le regard tandis qu’Arabella embrassait Rebecca avant de lui glisser un sac contenant ses affaires dans la main.

« Six mois Mr Reece.

- Six Arabella. » Confirma-t-il

Arabella prit une brutale inspiration

« C’est aussi le temps que je laisse à Billy. Si dans six mois … si… Nous partirons avec vous. »

 

Reece hocha la tête gravement et lui remit une bourse pleine

« Laura voulait que vous ayez ça …

- Merci… Souffla Arabella qui n’avait pas les moyens de refuser

- Ça vous revient de droit et plus encore. Murmura Reece tandis que Rebecca et Will se disaient au revoir, étroitement enlacés

- Je t’écris et à maman !

- Tu écris mal !

- J’écrirais quand même ... Dit au revoir à Penny pour moi et dit lui qu’elle est méchante !

- Non ! »

Reece sourit et prit la main de Rebecca, l’entraînant à sa suite tandis qu’Arabella s’efforçait de contenir ses larmes, le bras autour des épaules de Will

« Au revoir maman ! Au revoir Willy ! » S’exclama joyeusement Rebecca en agitant la main

 

Sous les doigts d’Arabella, les épaules de Will commencèrent à trembler et la jeune femme se pencha vivement vers lui pour étouffer ses propres larmes dans ses cheveux.

« Elle va revenir mon chéri

- Papa aussi devait revenir… » Murmura tristement Will

Arabella se contenta de le serrer contre elle le plus fort qu’elle pouvait, dissimulant maladroitement ses larmes

 

*

 

Expliquer le départ de Rebecca à Emmaline fut plus facile qu’Arabella ne l’avait pensé et Emmaline avala sans sourciller son explication sur le fait que la charge de marchand de Reece l’empêchait jusqu’à présent de reconnaître la petite, Arabella allant jusqu’à inventer une femme légitime au pauvre second qui n’en demandait pas tant.

« Pourquoi ne l’avez-vous pas dit ?

- Parce que.. Vous voyez, Bill… Il n’aimait pas trop ma mère alors …

- Je sais. La coupa Emmaline. Ma pauvre chérie… Elle doit vous manquer

- Atrocement…  Soupira Arabella

- Mais il va vous la ramener ?

- Dans quelques mois oui… » Soupira Arabella

 

Emmaline lui sourit tristement et lui tapota la main

« Allons ma chérie … On va bien s’occuper de vous et de Willy, vous ne verrez pas le temps passer. »

Arabella lui fit un sourire triste

« Merci Emmaline… Vraiment… je ne sais pas comment j’aurais fait sans vous et votre famille durant toutes ces années. »

Emmaline se rengorgea brièvement avant de lui faire un bon sourire

« Laissez ça ma chérie… Vous aussi vous avez fait beaucoup pour nous… Surtout pour ma Charlotte . C’est un peu grâce à vous si elle est arrivée là. »

Arabella sourit fugacement à la pensée de Charlotte dont le mari venait d’être consacré Lord en raison de ses excellents états de service aux Indes

« Je n’ai rien fait …

- Mais si … Vous m’avez convaincue que ce Mercer n’était pas un bon parti, c’est donc grâce à vous qu’elle a pu épouser John. » Expliqua généreusement Emmaline

Arabella sourit et renonça à protester pour savourer le plaisir d’être chouchoutée… Plaisir qu’elle n’avait pas connu depuis des années

 

*

 

Un mois et demi après la visite de Reece, Arabella remontait lentement le chemin qui menait à sa maison après son travail, elle avait préféré garder l’argent de Reece pour pallier aux dépenses exceptionnelles plutôt que d’attirer l’attention par une richesse soudaine, lorsque Tim la rattrapa.

« M’dame y a une lettre pour vous. »

 

Arabella se raidit et prit l’épaisse enveloppe sur laquelle elle reconnaissait l’écriture de Bill.

« Merci Tim.

- D’rien M’dame . S’exclama le jeune vacher en s’éloignant, pressé de retrouver son foyer ,Sarah était à nouveau grosse. Oh au fait Willy passe la nuit chez nous.

- Pas de soucis. » Répondit distraitement Arabella les yeux rivés sur l’enveloppe

 

Arabella soupesa la lourde enveloppe et s’immobilisa. Se découvrant seule, elle déchira la missive, exhumant une pièce d’or sur laquelle était frappée une tête de squelette peu engageante

« Mon dieu Billy… » Murmura-t-elle avant de parcourir la lettre

 

 

Ma chère Arabella , ma femme, l’unique femme de ma vie

 

Je suis désolé Arabella. Je dois te dire que je ne reviendrais pas. Je sais que … que tu ne comprends pas mais, seigneur par où commencer …

Il y a l’océan tu vois. Je l’aime. Et Dieu me pardonne mais je ne peux me résoudre à le laisser. Même pour toi.

 

Un sanglot guttural échappa à la jeune femme tandis qu’elle parcourait la suite de la lettre de Bill, le regard brouillé par les larmes.

 

 

Sache que j’ai toujours cru que je reviendrais. Que j’étais sincère en disant que tu me manquais. Tu me manques toujours Arabella. Seulement, je ne peux plus revenir en arrière. Ta mère a sûrement du déjà te le dire, je suis devenu pirate. Mais pas que ça.

 

Je suis maudit Arabella.

 

Maudit

 

Des choses terribles sont arrivées des choses que tu n’imagines même pas, et c’est aussi bien comme ça.

 

Garde précieusement la pièce que je t’envoie. Ou dépense-la si tu n’as pas d’autres choix. Moi, j’aimerais que tu la donnes à William Junior en souvenir de moi. Je sais que c’est beaucoup demander mais si au fond de toi tu peux encore m’aimer un peu … Fait le

 

Je t’écris pour la dernière fois Arabella. Sache que je nai jamais aiméune autre femme que toi.  

Je ne reviendrais pas

 

Ton mari indigne

 

Billy

 

Dieu Fasse que tu me pardonnes un jour

 

Anéantie, Arabella serra la pièce envoyée par Bill entre ses doigts, ses yeux notèrent machinalement la chaîne ouvragée sur laquelle était montée la pièce sans la voir. Voilà… Bill l’avait quittée. Après tout ce qu’elle lui avait sacrifié, après les années d’attente, les années sans amour. Après avoir laissé Rebecca partir pour mieux l’attendre, Bill la quittait.

 

Une page.

 

Une seule page et pas un seul mot de regret pour elle ou les enfants qu’il laissait derrière lui

 

Des larmes de rage aux coins des yeux, Arabella chiffonna la lettre et la jeta aussi loin qu’elle pouvait, le cœur rempli de haine pour ce mari qui avait si mal su l’aimer. Son regard se posa sur le médaillon qu’il lui avait envoyé et elle hésita une seconde avant de se raviser : Will méritait une réparation.

 

Forte de cette conviction, Arabella empocha le médaillon dans son manteau et reprit tristement le chemin menant à sa maison solitaire, la même maison que celle pour laquelle elle avait tellement nourri de rêves.

 

Épuisée tant par son travail que par son chagrin, la jeune femme ouvrit la porte et s’empressa de déposer sa capeline sur la patère avant de se pencher vers le feu pour en ranimer les braises, le cœur lourd. Elle était tellement perdue dans ses pensées qu’elle ne remarqua pas que les braises avaient déjà été remuées, pas plus que l’assiette sale qui gisait sur un coin de la table… C’est pourquoi elle poussa un hurlement lorsqu’une voix s’éleva derrière elle

« Ça fait longtemps Bella… »

Chapitre 15                                                                                         Chapitre 17

Écrire commentaire

Commentaires : 0