Chapitre 21 Dernier voyage

 

Quand la peine est trop lourde
Quand le monde est trop laid
Quand la chance est trop sourde
La vérité trop vraie

 

Les mains de Jack erraient sur le visage d’Elizabeth et en éprouvaient la raideur qui peu à peu envahissait le corps jadis chaud de son amante. Elle n’était plus. Cette fois, rien n’avait pu battre la mort, rien n’avait pu sauver Elizabeth Swann Sparrow de la phtisie. Elle était partie et il se retrouvait seul une fois de plus. Seul avec ses souvenirs d’elle, seul avec le remord face aux mots cruels qu’il avait passé les dernières semaines à lui asséner. Meurtrière. Putain. Il l’avait humiliée sans voir qu’elle se mourrait à petits feux sous ses yeux. Il l’avait fait souffrir aussi, il lui avait enlevé son laudanum qui atténuait ses douleurs, il l’avait frappée. Il l’avait insultée. Tout ça sans comprendre qu’elle le voyait déjà, que c’était inutile de la blesser.

 

Avec un soupir triste Jack se remémora leur mariage, les mots qu’il avait dit alors. « J’accepte de te prendre comme épouse et de faire de toi ma catin personnelle jusqu’à ce que quelqu’un abrège mon supplice » Son supplice n’avait pas duré longtemps. A peine il l’avait enfin saisie que déjà elle lui avait échappé. Jack poussa un gémissement de rage et sortit la bouteille de la Fontaine de Jouvence de sa veste à terre. Inutile. L’eau avait été inutile. Il lui en avait donné pourtant, presque le quart de la bouteille, profitant d’une quinte de toux pour lui tendre un verre de la précieuse eau mais comme Teague l’avait prédit, ça n’avait servi à rien.

 

Le cœur lourd Jack se leva et rabattit le drap sur le corps d’Elizabeth, laissant juste apparaître son visage. Ainsi on pouvait croire qu’elle dormait, le visage détendu après l’amour qu’ils avaient partagé au cours de sa dernière nuit. Une nuit exceptionnelle, leurs corps perdus l’un dans l’autre alors qu‘il avait enfin admis qu’il ressentait quelque chose pour la femme qu’il besognait et qui lui offrait tout. Il avait été aveugle, il n’avait pas su voir ce qu’elle mettait dans chacune de leur étreintes pas plus qu’il n’avait compris que la chance qu’il attendait était à portée de sa main, qu’il lui aurait suffi de la tendre pour le saisir et être heureux plus d’une nuit.

Les mains tremblantes, il déverrouilla la porte de sa cabine et commença à avancer vers le pont. Il n’avait plus besoin de la refermer à présent, il n’avait plus à craindre qu’Elizabeth parte puisqu’elle l’avait déjà fait. Bonner le regarda approcher et poussa un glapissement étranglé en découvrant le visage ravagé par la peine de Jack. Le pirate avait les yeux brillants et les traits tirés d’une nuit sans sommeil et un frisson remonta le long de l’échine de Bonner en le voyant ainsi.

« Jack, ça va ? »

 

Il ne répondit tout d’abord pas, le regard perdu vers l’horizon qui lui paraissait soudainement moins vaste et moins attirant avant de désigner leur pavillon qui flottait gaiement au-dessus de l’océan bleuté.

« Mets les drapeaux en berne Bonner. Cette nuit la Reine des Pirates est passée de l’autre côté. »

Le cœur du second manqua un battement en réalisant ce que ça signifiait tandis que Jack posait une main nonchalante sur la barre du Swan.

«  Jack je suis vraiment… je suis désolé.

- Tu n’as pas à l’être. Chacun doit payer un jour le prix de ses erreurs. Tu n’es pas responsable des miennes. Murmura Jack en regardant le pavillon qui flottait encore. En berne tas de chiens !!!! Dépêchez-vous !!! » Hurla-t-il, brusquement en colère.

 

Bonner fit signe au matelot de se dépêcher tandis que Jack ôtait lentement son tricorne et le ramenait contre sa poitrine avec toujours la même expression à la fois triste et distante sur le visage.

« La Reine est morte. Répéta Jack d’une voix blanche.

- Jack tu veux ? Tu veux que je m’occupe d’elle ? Enfin pour la rendre à la mer… » Commença Bonner avec précautions.

Jack se retourna vers lui, les yeux brillants de colère et de tristesse.

« Ne la touche pas. Que personne ne la touche.

- Jack … Ce … Si c’est trop dur pour toi je comprendrais …

- Pourquoi ce le serait ? Ce n’était qu’une catin, une meurtrière. Ce n’était que ma femme. » Soupira Jack d’un ton douloureux.

 

Bonner le regarda sans rien oser dire, il sentait que toute parole serait déplacée à présent et Jack se tourna vers sa figure de proue. Il détailla chacun des traits sculptés dans le bois dur et robuste qu’il avait voulu pour elle. Un bois que le temps n’altérerait pas, dépourvu de vie à abandonner. Il s’approcha lentement d’elle et y posa sa main. Le bois était tiède, réchauffé par le soleil qui baignait le pont du Deadly Swan et Jack étouffa un gémissement.

« Ma Lizzie… Murmura-t-il. Je regrette, ça aurait pu marcher entre nous.

- Jack … Où veux-tu qu’on aille ? » Demanda Bonner d’une petite voix, espérant le sortir de son chagrin.

 

Lentement, avec résignation, le pirate se pencha sur sa ceinture et ouvrit son compas. Cette fois l’aiguille ne bougea pas. Pas un frisson ni même une hésitation et Jack tourna légèrement sur lui-même, espérant vaguement qu’elle bougerait sans toutefois y croire. Le compas n’indiquait plus rien. Et il savait qu’il n’était pas cassé. La vérité c’était qu’il ne désirait plus rien dans ce monde. Son désir était mort avec Lizzie. Jack referma doucement le compas et le tendit à Bonner.

«  Tu es un bon second Bonner. Et un bon ami aussi. » Ajouta-t-il après une pause.

 

Bonner le prit sans vouloir comprendre et Jack se tourna vers l’équipage qui attendait, interrogateur devant le drapeau en berne et l’expression triste de leur capitaine.

« Messieurs ! Tonna Jack d’une voix forte qui ne tremblait pas. Cette nuit Elizabeth Swann, première Reine de la Confrérie des Pirates s’est éteinte. »

Un murmure surpris salua sa déclaration, peu d’entre eux avaient entendu parler de la jeune femme.

« Jack … » Tenta Bonner.

Le pirate l’écarta de la main et se pencha sur ses hommes.

« Vous allez donc obéir à Monsieur Bonner qui vous indiquera votre cap pendant que je rendrais l’hommage qu’il se doit à celle qui par son courage… et sa … détermination. Grimaça brusquement Jack, le cœur serré. Celle qui a permis à la piraterie d’exister encore…

- Jack. Souffla Bonner. Non.

- Je serais dans ma cabine, que personne ne me dérange. » Répondit Jack en regardant une nouvelle fois vers la figure de proue.

 

Ignorant les vivats des pirates qui ne savaient trop comment rendre hommage à une Reine qu’ils ne connaissaient pas, Jack se pencha sur la proue, ses lèvres touchant le bois dur.

« Offre-moi ton horizon Lizzie. » Murmura-t-il avant de s’éloigner vers sa cabine, fendant la foule des hommes, le tricorne contre le cœur.

Indécis, Bonner le regarda s’éloigner, partagé entre l’envie de le retenir et la certitude qu’il ne le devait pas. Finalement, la porte se referma sur Jack et il poussa un soupir douloureux avant de se tourner vers ses hommes.

« Alors !! Vous n’avez pas entendu le Capitaine Sparrow ? En route. »

 

()()

 

Comme un dernier voyage
Pour y voir enfin mieux
Enfin d'autres images
Quand on ferme nos yeux
Quand on ferme nos yeux

 

Jack se pencha sur le corps raide d’Elizabeth et rouvrit la porte avec rage.

« Toi ! Cria-t-il à l’un des mousses qui traînait là. Apporte-moi un baquet d’eau chauffée. Et un linge propre ! »

Le mousse sursauta et se précipita, attisant le feu pour apporter à son capitaine ce qu’il désirait. Avec timidité, il frappa à la porte avant d’entrer, son regard jeune embrassa d’un coup la scène, son capitaine penché sur un corps inanimé sur son lit et son nez se plissa en reconnaissant l’odeur de la mort.

« Sors à présent. » Ordonna Jack sans se retourner.

 

Il attendit que le mousse soit parti puis il saisit le baquet, il le rapprocha du lit et humidifia le linge avant de commencer à le passer sur une des jambes nue et décharnée d’Elizabeth.

« La question de l’hygiène. Souffla-t-il. Elle a toujours été importante pour toi. »

Ses mains passèrent et repassèrent sur le corps froid d’Elizabeth, l’eau chaude ramollit légèrement les chairs, donnant presque l’illusion de la vie. Avec tendresse, Jack finit par son visage et essuya un dernier filet de sang au coin des lèvres d’Elizabeth. Avec un gémissement, il la releva doucement, comme s’il pouvait encore la blesser puis passa ses doigts dans ses cheveux qu’il démêla avec tendresse.

«  Je t’ai toujours trouvée plus belle avec rien du tout. Murmura-t-il à son oreille avec affection. Mais reste la question de la décence. »

 

Avec lenteur, il commença à fouiller dans sa cabine, il exhuma des vêtements à la blancheur improbable dans autant de désordre et lui passa la longue chemise.

« Je n’ai pas de robe digne de toi dans ma cabine. » Souffla-t-il.

Il recula, laça lentement le haut de la robe sans toutefois trop serrer et recula pour juger de l’effet. Elle était magnifique. Sauf que sa poitrine ne se soulevait plus et que ses yeux jadis si sombres s’étaient fermés pour toujours. Jack gémit en sentant son corps se réveiller. Il désirait encore. Il la désirerait toujours. Avec un soupir, il la reposa doucement sur le lit, ses lèvres frôlant son cou.

« Je ne te laisserais pas Lizzie. Je te l’ai promis. Je ne te laisserais pas m’échapper. Ma catin. Ma Reine… »

 

Sans ôter ses bottes, il s’assit à ses côtés. Il serra son corps froid contre le sien, son bras la tenait fermement par la taille et il se pencha sur la bouteille de laudanum abandonnée.

« Même ça ne réussira pas à me faire t’oublier Lizzie. » Dit-il en buvant le liquide pâteux à grands traits.

Le cœur battant maintenant plus lentement, il la serra plus fort contre lui et laissa la torpeur l’envahir peu à peu. Il ne souffrait plus. Dans ses bras, il y avait Lizzie, Lizzie qui dans un instant tournerait son beau visage vers lui comme au Purgatoire, ses lèvres se poseraient sur les siennes comme il l’avait espéré si fort.

« Tu es vraiment là. » Murmura-t-il en caressant doucement ses cheveux avant de reprendre une nouvelle gorgée.

 

Jack soupira, il la revoyait telle qu’elle était au premier jour, farouche, indomptable, sans peur. Il gémit en se rappelant son visage tendu par l’extase alors qu’il lui faisait l’amour. Dans son rêve elle n’était pas malade ni droguée. Elle se donnait à lui comme la nuit précédente. Entièrement.

« On ira où tu voudras Lizzie. Murmura-t-il. Ce voyage c’est le tien. »

 

Il reprit une nouvelle lampée et rejeta la bouteille de laudanum vide avant d’en ouvrir une autre. Ses mains, hésitantes à présent, glissèrent le long de sa joue, il caressa sa peau douce et sourit brièvement avant de reprendre une gorgée de laudanum, encore une. Puis une autre. Lentement, Jack laissa la torpeur l’envahir. Une fois de plus il fuyait le combat, la dernière. Ses lèvres se posèrent contre le cou de sa Lizzie et il songea que son père avait tort. Le secret ce n’était pas de vivre avec lui-même. C’était de vivre sans elle. Il n’y était pas parvenu. Sur cette dernière pensée, Jack ferma les yeux, ses doigts laissèrent échapper la bouteille qu’il tenait et il resserra son bras autour de sa meurtrière comme pour la retenir. Une dernière fois.

Chapitre 20                                                                                                Epilogue

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Commentaires : 2
  • #1

    jack (lundi, 15 septembre 2014 22:31)

    "C'était que ma femme." Elle prend cher là! ^^ ... C'est rien.c'esy juste ma femme t'inquiète ça va passer! Mdr c'est ça en fait. XD

  • #2

    Jess Swann (lundi, 15 septembre 2014 22:48)

    Lol ah c'est pas ma fic la plus joyeuse mdrr