Chapitre 20 Son opium

Jack ne dormait pas. Les yeux grands ouverts, il regardait Elizabeth, qui, serrée contre lui, dormait paisiblement, sa poitrine frêle se soulevant avec efforts. Il savait qu’il aurait dû partir, qu’une fois réveillée, elle n’apprécierait pas de le trouver à ses côtés, son bras bruni par le soleil reposant sur sa peau pale. Trop pale. Sa main reposait sur son bras et le contraste de leurs deux peaux l’une sur l’autre lui criait ce qu’il avait refusé d’entendre dans la cale un peu plus tôt. Elizabeth se mourrait. Et il ne pouvait rien faire pour empêcher ça.

 

Sans pouvoir se retenir, Jack passa sa main libre sur celle d’Elizabeth, son regard tomba sur les veines bleutées qui saillaient sous sa peau et ses doigts rencontrèrent la maigreur osseuse qui était désormais celle de sa femme. Avec un soupir étouffé, Jack glissa sa main dans les cheveux d’Elizabeth et dégagea son visage. Même ainsi elle était encore belle, la plus belle de toutes. Il l’avait désirée dès la première fois qu’il avait posé son regard sur elle, croisant les yeux brillants de convoitise du Commodore Norrington. Mais elle n’était pas pour lui.

 

Au départ, ça n’avait été qu’un fantasme, un souvenir qui revenait durant ses longues soirées solitaires en mer, alors qu’il se saoulait de rhum et d’idées nobles sur la piraterie. Il avait connu des femmes, beaucoup de femmes. Il avait couché avec Anamaria après que cette dernière lui ait rendu son précieux Pearl. Il avait pris Gisèle, Scarlett, Annie, Lydie et toutes les autres Virginie sans qu’aucune d’elles ne le trouble. Pourtant, le soir, sur son navire, c’était à Elizabeth qu’il pensait, regrettant de ne pas l’avoir prise comme il se devait lorsqu’ils s’étaient retrouvés abandonnés par ce mutin de Barbossa. Au lieu de se conduire en pirate il avait voulu la séduire en la saoulant de rhum et de belles paroles comme il savait si bien le faire mais c’était elle qui l’avait séduit. Parce qu’il avait cru qu’elle était comme lui. Comme la mer. Dure, changeante, égoïste, libre… Mais elle n’était pas que ça. Elle était aussi une catin qui se vendait pour quelques pièces ou pour un autre homme que lui. Cette idée lui était insupportable. Elle avait accepté d’épouser Norrington pour sauver Will elle l’avait embrassé pour mieux pouvoir le tuer afin de sauver Will. Elle l’avait condamné sans sourciller à finir ses jours sur le Hollandais Volant pour sauver Will. Elle ne l’avait regardé qu’une seule fois après ça. Pour qu’il offre l’immortalité à Will. Et il l’avait fait. Pour la mériter. Pour qu’elle le voit enfin, pour qu’elle le croie un homme bien.

 

Rien n’avait suffi. Alors il était parti et il avait continué sa route, se noyant dans d’autres étreintes pour éviter de penser à la seule qu’il désirait vraiment. Il l’avait crue morte et en avait fait son deuil, la plaçant à la proue de son navire pour la posséder enfin et ne pas oublier la seule femme qui avait réussi à le blesser et à le tuer. Et il l’avait retrouvée alors qu’elle se donnait à des hommes toujours pour sauver Will. Il l’avait prise, il l’avait achetée et il la possédait mais pas entièrement. Parce que le laudanum avait remplacé Will. Et maintenant elle allait mourir. Sa Lizzie, catin, reine, pirate, meurtrière allait mourir et rejoindre son précieux Will sans qu’il ait pu avoir sa chance. Et il la détestait pour ça. Il la détestait d’être malade, d’être mourante, d’être encore dans sa tête alors qu’il avait tout fait pour l’oublier. Il avait tout fait pour la posséder. La séduire, la traiter comme une égale, la faire reine, la prendre, l’humilier, l’épouser. Mais rien n’avait marché. Il la haïssait. Comme il haïssait ce besoin qu’il avait d’elle, ce désir qui lui brûlait les reins même encore à présent.

 

Jack soupira et repensa aux mots de Teague. Le vieil homme se trompait sur lui. Il n’aimait pas Elizabeth, il ne pouvait pas l’aimer. Aucun homme ne pouvait aimer sa meurtrière. Contre lui Elizabeth frissonna et Jack soupira lourdement en la resserrant dans ses bras. Sauf qu’il n’en voulait pas d’autres. Malgré tout ce qu’elle lui avait fait subir et la liste était longue, c’était elle qu’il voulait. Sentir son souffle contre sa peau, voir son visage chaque matin, faire frissonner son corps si facile qu’elle en était devenue putain. Il voulait qu’elle l’aime. Pas parce qu’il était un homme bien, ce qu’il n’était de toute façon pas, pas par reconnaissance ou parce qu’il lui donnait son laudanum mais pour lui-même. Il désirait être aimé et récompensé. Mais pas par n’importe laquelle de ces catins qui arpentaient les ports et s’enflammaient au premier mot d’amour, trop désireuses de fuir la vie de débauche qu’elles menaient pour partir avec lui. C’était d’Elizabeth dont il voulait être aimé. Jack sourit avec une ironie remplie de tristesse à cette idée. Il voulait être aimé de sa femme. Lui, le grand Capitaine Sparrow, se retrouvait dans la même situation que tous ces imbéciles mariés dont il avait possédé les épouses.

 

Seulement c’était impossible. Elizabeth avait préféré se donner à d’autres plutôt qu’à lui, préféré s’agenouiller devant Marco plutôt que de venir vers lui. Le cœur serré, Jack se rappela chaque mot qu’il lui avait adressé, chaque insulte, chaque coup. Et le pire était qu’il y avait pris plaisir. Il avait aimé la traiter comme la catin qu‘elle était, la rabaisser et la forcer à le prendre parce que c’étaient les seuls moments où elle le voyait. Il aurait voulu lui rendre le mal qu’elle lui avait fait mais il avait perdu d’avance. Elle était trop forte pour lui. Encore maintenant, il lui faudrait rester là, à distance, la regarder mourir dans son ultime fuite de lui. Il aurait pu la faire souffrir, la priver de son laudanum et la regarder le supplier de lui donner pour atténuer sa douleur. Parce qu’elle le ferait, il en était certain. Mais il ne le pouvait pas. Parce que les seuls moments où il la possédait un peu étaient lorsque, gentille petite catin docile, elle le remerciait de lui donner de quoi oublier qu’elle était avec lui. Jack soupira à nouveau et respira l’odeur lourde de ses cheveux tandis que ses yeux s’emplissaient de larmes sans qu’il comprenne pourquoi. Il ne l’aimait pas, il ne pouvait pas l’aimer. Pourtant l’idée même de sa mort le rendait malade alors qu’il aurait dû se réjouir d’être enfin débarrassé d’elle.

« Lizzie. » Souffla-t-il doucement d’une voix étranglée.

 

()()

 

Devant la porte de la cabine de Jack, Bonner hésitait. Il avait trouvé le laudanum. Entre autres choses. Il avait aussi croisé Teague Sparrow, qui, dans un coin sombre de la Citadelle des pirates jouait un air triste qu’il n’avait jamais entendu. Il s’était approché du père de Jack, intrigué par cet homme qu’on disait taciturne, et que même son propre fils craignait.

 

Teague l’avait regardé avec nonchalance, son regard vif se portant toutefois sur le laudanum dont il était chargé.

«  Jackie aura besoin d’aide. » Avait-il finalement dit.

Bonner s’était approché, n’osant demander pourquoi mais Teague avait devancé ses questions.

« Elizabeth est mourante. Cet imbécile n’a rien vu. Et maintenant il va gaspiller le temps qui leur reste à la faire souffrir un peu plus. Et quand ce sera fait il le regrettera. »

 

Bonner n’avait pas su quoi dire, le cœur serré devant autant de gâchis. Il avait compris depuis longtemps que Jack était amoureux de cette femme, même si ça paraissait impossible. Et il savait aussi qu’elle l’aimait en retour même si ça semblait encore plus impossible au vu de la manière dont Jack la traitait. Teague n’avait pas attendu sa réponse avait recommencé à jouer son air nostalgique, le visage concentré, à nouveau dans ses souvenirs et Bonner n’avait pas insisté. Il savait tout ce qu’il devait savoir.

 

Finalement il se décida à frapper, à faire semblant d’ignorer que la femme de Jack se mourait derrière cette porte et il attendit patiemment tandis que Jack sortait silencieusement, les yeux brillants à la lumière de la lampe à huile qui éclairait le couloir.

«  J’ai le laudanum. Dit platement Bonner.

- Oh oui. Répondit Jack l’air complètement ailleurs.

- Jack faudrait p’tete que tu parles aux gars… Pour la destination.

- Je vais le faire. Soupira Jack.

- Est-ce que… Est-ce que je peux faire quelque chose Jack ?

- Il n’y a rien à faire. » Murmura Jack en s’éloignant rapidement vers le pont.

 

()()

 

Elizabeth se réveilla quelques instants plus tard, frissonnante de froid et se tourna vers la place vide à ses côtés. Un instant, elle avait cru que Jack l’avait appelée, qu’il était resté à ses côtés au lieu de partir comme tous les clients qu’elle avait eu. Même Will était parti sitôt leur union consommée. Mais comme les autres, Jack ne la voyait que comme une catin. Et on ne restait pas près des catins une fois le plaisir obtenu.

 

Elle se redressa sur un bras, tremblant de peur à l’idée qu’il lui ait repris le laudanum et poussa un soupir de soulagement lorsque ses doigts rencontrèrent la bouteille. Elle dévissa le bouchon nerveusement, renversa la moitié de la fiole sur les draps trempés de sueur qui la recouvraient et poussa un cri de détresse. Il n’y en avait déjà plus dans la bouteille. Elle venait d’en gaspiller une bonne partie. Et bientôt, bientôt la souffrance reviendrait et elle n’aurait plus rien pour la faire partir. Une quinte de toux, plus violente que les précédentes la secoua et elle porta une main tremblante à ses lèvres. Du sang encore. Mais ça n’avait pas d’importance. Elle n’avait plus rien à perdre, elle qui avait déjà tout perdu.

 

La porte se déverrouilla avec un grincement et Elizabeth regarda Jack entrer avec un mélange de plaisir et d’appréhension. D’un geste rapide, elle but ce qui restait dans le flacon et le reposa. Elle ne devait pas avoir mal, elle devait lui donner ce qu’il venait chercher, comme ça elle expierait un peu et peut être même qu’il lui donnerait son laudanum à défaut de lui donner sa chaleur.

 

Jack sentit son cœur se serrer en croisant le regard fatigué d’Elizabeth. Fatigué et apeuré aussi. Avec un soupir il se laissa aller en arrière et appuya sa tête contre la porte. Il avait donné l’ordre de se rendre en Angleterre, prétextant un quelconque trésor à chercher, souriant presque de voir ses hommes avaler ses mensonges sans sourciller mais le cœur lourd. Trop lourd. Il avait envie de traverser la pièce, de la serrer dans ses bras pour empêcher qu’on lui enlève mais il ne voulait pas risquer un nouveau refus. Parce qu’alors il aurait encore envie de lui faire mal, de la forcer à le regarder.

 

Elizabeth crispa ses doigts sur le drap. Il était furieux. Encore. Mais elle ne pouvait pas risquer de ne plus avoir de laudanum. Elle ne pourrait pas supporter à nouveau la douleur.

« Jack… »

Il respira profondément avant de se tourner vers elle. Il savait ce qu’elle allait lui demander, tout dans la crispation de son corps le renseignait à ce sujet. Le laudanum. Encore. Encouragée par son silence, Elizabeth reprit d’une petite voix où perçait cependant sa nervosité.

« Jack qu’est-ce que … Qu’est-ce que je dois faire pour... Pour en avoir encore… Murmura-t-elle en fermant les yeux dans l’attente des insultes.

- Tu n’en as déjà plus ? » S’étonna Jack, dont le cœur s’affola malgré lui.

Elle en prenait trop, beaucoup trop. Ça la tuerait. Non la phtisie la tuerait songea-t-il en sentant la douleur s’enfoncer dans son cœur telle une pointe acérée.

 

Les larmes aux yeux, Elizabeth secoua la tête.

« Je. Je l’ai renversé… Je… Pardon… Je ne voulais pas mais elle a glissé et puis… Je ferais ce que tu veux … Dis-moi … »

Jack soupira. C’était trop, c’était insupportable. Il la voulait mais pas comme ça. Il savait qu’il aurait pu lui demander n’importe quoi et il en avait presque envie. Ne serait-ce que pour se convaincre que tout allait bien, qu’elle n’était encore qu’une sale putain en manque et rien d’autre. Pour se convaincre qu’elle n’allait pas mourir.

«  Je vais t’en donner une nouvelle. » Promit-il doucement.

Les yeux d’Elizabeth brillèrent de larmes de soulagement alors qu’il sortait un flacon de sa poche et s’approchait lentement d’elle.

« Merci. Merci Jack. Tu verras, je, tu ne le regretteras pas, je vais faire tout ce que tu veux, je vais... Je vais te donner ce que tu désires... Je … Dis-moi juste…Si tu veux me frapper … me… Tout ce que tu veux Jack. » Balbutia-t-elle éperdue de reconnaissance alors qu’il posait la bouteille dans sa main.

 

Jack sentit une boule de bile amère lui remonter dans la gorge en l’entendant, la rage familière le saisit alors qu’elle lui offrait son corps en paiement.

« Arrête ça !!! Tais-toi !!! Je ne veux plus t’entendre, plus te voir !!! Arrête !! » Cria-t-il.

Elizabeth recula légèrement, les doigts serrés sur sa précieuse bouteille tandis qu’une nouvelle quinte de toux la secouait. Désemparé, Jack vit ses épaules frêles secouées de tremblements pendant qu’elle essayait désespérément d’ouvrir le flacon de laudanum et s’approcha d’elle, lui prenant la bouteille des mains. Elizabeth, un filet de sang au coin des lèvres et la respiration oppressée, sentit son cœur s’affoler alors qu’il lui reprenait le laudanum. Avec maladresse, elle se dressa légèrement sur le lit et poussa son corps en avant pour saisir sa manche.

« Non … non… je t’en prie non. Rend le moi… »

 

Jack de plus en plus oppressé, baissa les yeux sur elle, le cœur serré de la voir à genoux devant lui. Quelques jours plus tôt, il aurait jubilé de la voir ainsi. Plus maintenant. Il en était incapable. D’un geste brusque il se dégagea de son étreinte et ouvrit la bouteille. Elizabeth, retombée sur le lit, posa son regard hagard sur lui, elle saliva devant l’odeur qui emplissait la pièce, n’osant pas toutefois lui demander. Jack grimaça et s’approcha lentement d’elle.

« Viens… » Murmura-t-il.

Alors qu’elle s’approchait, Jack sentit son cœur battre plus vite. Si seulement ça pouvait être de lui qu’elle voulait ainsi. Si seulement elle pouvait l’aimer juste une minute, une seule. Caressant inconsciemment ses cheveux, il inclina la bouteille entre ses lèvres et laissa le liquide pâteux lui emplir la bouche.

 

Sous ses doigts, Elizabeth se détendit imperceptiblement, soulagée de sentir la saveur suave lui emplir la bouche avant d’apaiser les brûlures de sa gorge. Les mains de Jack continuèrent leur ballet tandis qu’il refermait la bouteille et s’asseyait à ses côtés. Elizabeth lui sourit d’un air languide, retrouvant le plaisir du laudanum qui se répandait en elle à toute vitesse et Jack grogna de frustration. Elle était à nouveau partie. Quoiqu’il fasse il la perdait. Contre lui, Elizabeth soupira lourdement et posa sa tête sur son épaule tandis qu’elle fermait doucement les yeux, laissant l’illusion du bonheur la prendre avant de la voir s’enfuir à nouveau. Jack soupira, son cœur cognait dans sa poitrine tandis qu’il continuait à la caresser, tremblant de peur qu’elle ne se réveille pas.

 

Elizabeth laissa sa main glisser vers lui et sourit dans son rêve de le sentir encore là. Sous ses doigts, Jack se crispa. Elle ne le voyait pas. Catin trop bien dressée, elle le caressait comme paiement de son laudanum. Avec un soupir douloureux, il la repoussa.

« Tu n’es pas obligée de faire ça Lizzie. Tu n’es pas obligée de faire la catin pour avoir ton laudanum. »

Perdue, elle ouvrit les yeux, regrettant déjà son contact et ses yeux s’emplirent de larmes. Il ne voulait pas d’elle. Elle lui était si indifférente qu’il lui donnait sans rien attendre. Sans plus rien désirer. Jack soupira, le cœur serré devant la confusion de son regard et reprit d’un ton grondant de chagrin retenu.

«  Je te le donnerai de toute façon Lizzie… Je, je ferais n’importe quoi pour que tu ne me quittes pas. Même si tu ne me regarderas jamais. Je veux juste. Juste que tu ne meures pas… » Souffla-t-il.

 

Elizabeth le regarda, vaguement surprise. Pas d’insultes ? Il avait parlé. Parlé de mourir ? Bien sûr, elle l’avait tué.

«  Je suis désolée Jack… Je ... Le Kraken je ne voulais pas… »

Il soupira avec lassitude. Ça faisait mal, encore plus mal à chaque fois. Mais ne pas l’avoir serait encore plus douloureux.

«  Je sais pourquoi tu l’as fait. Je sais que tu ne voulais pas m’embrasser.

- Est-ce que, est-ce que tu me pardonneras un jour ? Murmura-t-elle. De t’avoir tué.

- Je te pardonne. » Souffla Jack.

Elizabeth ferma brièvement les yeux. Il lui pardonnait. Enfin. Une quinte de toux la secoua et elle se courba en avant, tremblante de douleur.

« Lizzie !! Non !! Non !! Non Lizzie pas ça ! Se mit à crier Jack. Je te l’interdis, je … Je … S’il te plait … Pas maintenant … Pas déjà… » Murmura-t-il.

 

Elizabeth reprit lentement sa respiration et lui lança un regard désolé.

« Je … je voudrais … respirer … un peu d’air … La mer … » Soupira-t-elle plus pour elle-même que pour lui.

Jack la regarda le cœur battant et essuya ses lèvres du bout des doigts. Il soupira de voir une traînée rouge sur les siens.

« Je vais, je vais te porter sur le pont. Tu verras la mer si c’est-ce que tu veux. »

Elizabeth surprise par sa gentillesse, hocha la tête et agrippa la bouteille de laudanum tandis qu’il sortait le cœur battant.

 

()()

 

Jack se précipita sur le pont et agrippa Bonner par le bras.

« Je ne veux personne sur le pont avant. Personne tu as compris !

- D’accord Jack. Tu es sûr que ça va aller ? »

Jack ne répondit pas et descendit les escaliers, se ruant dans sa cabine. Il s’approcha d’Elizabeth et la souleva sans efforts. Un soupir heureux lui échappa et elle noua ses bras autour de son cou puis nicha sa tête contre son torse. C’était comme la première fois, comme lorsqu’il l’avait sauvée à Port Royal. C’était si bon. Si rassurant. Il suffisait de se laisser aller.

 

()()

 

Elizabeth rouvrit les yeux lorsqu‘il la reposa sur le pont, ses larmes montèrent irrépressiblement en sentant l’air marin caresser son visage tandis que Jack la serrait contre lui. Elle ne le voulait pas lui bien sûr, elle voulait voir la mer mais l’avoir ainsi dans ses bras c’était presque comme si elle le désirait. Elizabeth regarda autour d’elle et chercha des yeux le décor familier.

« Ce, ce n’est pas le Pearl. Murmura-t-elle déçue.

- Non… c’est, c’est le Deadly Swan… » Répondit Jack d’une voix tremblante.

Ça aurait pu être son navire, leur navire. Si seulement elle avait voulu de lui. Si seulement elle l’avait aimé.

« Le Deadly Swan. Murmura-t-elle avec tristesse. Tu me hais donc à ce point ? »

 

Jack la regarda douloureusement. Non il ne la haïssait pas. Il ne la détestait plus.

« Je … » Commença-t-il avant de s’arrêter.

Elle ne le regardait déjà plus. Son regard était perdu vers l’horizon.

Elizabeth plissa les yeux en direction de la figure de proue et reconnut ce qu’elle avait vu si souvent dans les miroirs lorsqu’elle se regardait encore. C’était elle. Jack suivit son regard et se crispa.

« Oh …

- Tu devrais lui dire Jack. Intervint Bonner qui n’avait rien perdu de la scène. Après il sera trop tard. »

 

Jack se retourna vers lui, le cœur cognant dans sa poitrine.

« J’avais dit personne sur le pont !!!!

- Désolé Jack, mais je ne te laisserais pas continuer à lui mentir et à te mentir à toi-même. Dis-lui. C’est le seul moment. Dit Bonner avant de s’effacer rapidement.

- Dire quoi ? Souffla Elizabeth.

- Quelle importance ? Murmura Jack. Tu ne me vois pas, quoique je fasse tu ne me vois pas !!!! Quoiqu’il arrive je ne suis jamais assez bien pour toi !!! Et comme un imbécile je suis là, enchaîné à toi comme si tu n’avais jamais retiré de mes poignets les saletés de fers que tu m’as passés en me tuant !!! Incapable de t’oublier !!! Incapable de te haïr suffisamment pour te tuer !!! Incapable de me faire à l’idée que tu n’es qu’une sale pute meurtrière !!! Bon dieu Lizzie mais quoi !!! Qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour que tu m’aimes !!! »

 

Elizabeth le regarda d’un air troublé, son cœur cogna dans sa poitrine alors que ses mots rageurs perçaient peu à peu son brouillard délirant.

«  Jack … je, je suis désolée…

- Tu es désolée !!! C’est tout ce que tu trouves à me dire !!! Alors que te fiches de moi !!!!!! Et moi je… je ….

- Je me suis trompée Jack… Je … Tous ces mois c’était toi que je voyais, toi que j’imaginais dans chacun des hommes, je n’aurais pas dû épouser Will. C’était toi que je voulais. » Souffla-t-elle d’une voix tremblante.

Jack ne lui laissa pas le temps de finir. Elle avait dit qu’elle le voulait peu importe si c’était à cause du laudanum. Ses bras se refermèrent autour d’elle alors qu’il l’embrassait farouchement et goûtait une nouvelle fois sa douceur empoisonnée alors qu’il la soulevait dans ses bras.

 

Elizabeth gémit sous sa bouche. Il ne la rejetait pas. Elle referma ses bras autour de lui et s’écarta pour reprendre son souffle alors qu’il la déposait sur le lit.

« Jack… tu ne me mens pas ? Ce n’est pas encore une, une vengeance ? »Murmura-t-elle.

 

Une boule dans la gorge, Jack la détailla, son cœur se serra à ses mots. Il l’avait humiliée à ce point.

« Oh Lizzie, pardon, pardon. » Murmura-t-il.

Elizabeth tendit une main tremblante vers lui, n’osant y croire. Il était là. Il était à elle. Peut-être qu’il l’aimait un peu. Ses mains décharnées caressèrent son visage avec lenteur et descendirent le long de son torse tandis qu’il enlevait sa chemise, le cœur battant à tout rompre. Cette fois elle le voyait, cette fois elle était à lui. Il enleva sa robe avec précipitation, sa bouche embrassant sa peau à mesure qu’il la découvrait. Il la désirait plus que jamais. Tremblante, Elizabeth noua ses bras autour de son cou et chercha sa bouche alors qu’il s’enfonçait en elle avec douceur.

« Regarde-moi… » Gémit il contre sa bouche.

 

Elizabeth soupira lourdement alors que leurs yeux se nouaient l’un à l’autre et qu’ils gémissaient leur plaisir.

« Oh Lizzie… Murmura Jack. Si tu savais. »

Elizabeth, soupira en réponse et l’attira à elle pour l’embrasser. Dans sa poitrine, la douleur grandissait mais elle s’en moquait, elle ne voulait que lui et elle l’avait enfin. Seul cela comptait … Jack.

« Jack… J’ai tellement espéré… » Souffla-t-elle.

 

Ils perdirent la notion du temps, chacun cherchant le regard de l’autre alors qu’il lui faisait l’amour lentement, doucement comme jamais il ne l’avait fait avec aucune autre. Finalement, à bout de forces, Jack se lâcha en elle et la serra contre lui. Elle était dans ses bras. Elle était entièrement à lui enfin. Elle l’aimait. Il l’avait compris maintenant. Contre lui Elizabeth soupira, en nage. La douleur était plus forte à présent, plus que jamais mais elle ne laisserait rien gâcher ce moment dont elle avait tellement rêvé. Un sourire heureux aux lèvres, déjà un peu partie, elle ferma doucement les yeux et s’efforça d’oublier la douleur. Son esprit s’emplit peu à peu des souvenirs de la nuit écoulée, des souvenirs de Jack, de la certitude qu’il l’aimait malgré tout.

 

Ce fut sa dernière pensée.

 

A ses cotés Jack se releva brutalement, le cœur serré alors que déjà il comprenait. Les mains tremblantes il la retourna et toucha sa peau qui lui sembla déjà plus froide, il posa la main sur sa poitrine qu’aucun battement ne soulevait plus. Un gémissement de rage lui échappa alors qu’il comprenait qu’il ne l’avait gagnée que pour la perdre aussitôt. Ses mains caressèrent son visage figé dans la mort. Elle n’avait pas vingt-cinq ans. Les larmes aux yeux, Jack posa doucement ses lèvres sur les siennes dans une dernière étreinte.

 

Elizabeth Sparrow n’était plus et déjà le monde lui paraissait un peu moins brillant.

 

Elle était son âme sœur et son démon.


Sa souffrance et sa joie.


Sa femme et sa catin.


Sa liberté et son esclavage.


Sa haine et son amour.


Son opium.

Chapitre 19                                                                                            Chapitre 21

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Commentaires : 2
  • #1

    J.SPARROW (mardi, 16 septembre 2014 20:23)

    Comment c'est triste... :'(

  • #2

    Jess Swann (mardi, 16 septembre 2014 21:05)

    J'avoue.... c'est ma plus triste ^^