Chapitre 11 Assouvissement

Jack poussa la porte du bordel de Madame Wu et arbora un air décidé. Il embrassa d’un coup d’œil la salle dans laquelle s’ébrouaient, aguicheuses, les filles et attendit, crispé, qu’une d’entre elles viennent à lui. Il avait fait le trajet séparant le Swan de la maison close d’une traite, poussé par la rage qu’il ressentait à l’idée d’être désormais connu comme celui qui naviguait sous les couleurs d’une catin.

 

Jane le reconnut au premier regard et s’approcha de lui de son pas feutré, gardant une distance avec ce Capitaine Smith qui posait un regard furieux sur tout ce qui l’entourait.

« Capitaine. C’est un plaisir de vous revoir ici. Dit-elle lentement. Qu’est-ce qui comblerait vos désirs aujourd’hui ? »

Jack prit une brutale inspiration et sourit d’un air indifférent.

« Lia.

- Oh ? S’exclama Jane sans parvenir à cacher sa surprise. Pourtant il me semble qu’hier vous…

- Épargne-moi ton bavardage tu veux. » La coupa Jack en posant une bourse sur la table.

Jane s’inclina, ses yeux brillèrent à la vue de la bourse bien remplie, regard qui n’échappa pas à Jack qui la dévisagea d’un air méprisant.

« Suivez-moi. » Dit finalement la jeune femme en le précédant dans le couloir menant aux chambres.

 

Jack sourit lentement à mesure qu’une idée germait dans son esprit. Il allait s’assurer de la docilité de cette foutue Elizabeth. Il allait lui faire payer tout le mal qu’elle lui avait fait.

« Attendez… J’aimerais voir Madame Wu avant. Je veux m’assurer d’en avoir pour mon argent cette fois. »

Jane se retourna et un éclair de joie mauvaise passa brièvement dans son regard. Finalement cette Lia n’était pas si exceptionnelle. Apparemment elle avait suffisamment mécontenté ce client pour qu’il souhaite en parler. Bien.

« Je vous conduis à elle Capitaine. »

 

Jack se contenta de sourire et bomba le torse en traversant le couloir jusqu’au bureau richement décoré et empestant l’opium dans lequel on l’avait fait pénétrer hier. Madame Wu leva la tête à leur entrée et regarda Jack avec un sourire interrogateur.

«  Madame Wu. Sourit gracieusement Jack.

- Capitaine … Smith c’est ça ? Demanda la vieille.

- Un client de Lia. Précisa Jane avec une joie mauvaise.

- Client c’est beaucoup dire. Insinua Jack. La réputation de cette fille est grandement exagérée. »

Madame Wu souffla une longue bouffée d’opium dans la pièce déjà saturée et fixa Jack.

« Quel est le problème ? »

Jack sourit avec détachement et chassa ostensiblement la fumée.

« En vérité il est simple, cette fille ne veut rien faire. Hier j’ai payé et je n’ai rien eu en échange. Je pensais que votre maison était plus sérieuse que cela. » Ironisa-t-il.

Madame Wu le regarda avec stupeur.

« Rien ????

- Rien. » Confirma Jack d’un ton froid en jouant négligemment avec sa bourse.

 

Madame Wu se tourna vers Jane qui s’efforçait sans trop de succès de cacher son sourire.

« Il est parti presque tout de suite. Confirma Jane.

- Et je peux vous dire que le Capitaine Smith n’a rien d’un eunuque. Sourit Jack.

- Et bien dans ce cas, acceptez de prendre n’importe qu’elle autre fille en dédommagement. Se força Madame Wu, consciente que les réputations se défaisaient aussi vite qu’elles se faisaient.

- Non. Trancha Jack. Je veux cette fille. Je veux qu’elle me fasse ce qu’elle accepte de faire aux autres.

- Pourquoi ? Si vous êtes mécontent de Lia… Jane se fera un plaisir de

- On m’a dit qu’elle était la meilleure et je veux la meilleure. Coupa Jack. Je n’ai pas l’habitude du second choix. » Ajouta-t-il d’un ton méprisant.

 

Jane rougit jusqu’à la racine des cheveux sous l’insulte tandis que Madame Wu se levait sans grâce.

« Et vous serez satisfait Capitaine. En espérant pouvoir rattraper ce léger désagrément et vous compter dans notre éminente clientèle. » Ronronna-t-elle en louchant sur la bourse pleine, entrouverte juste assez pour montrer l’or qu’elle contenait.

Jack lui adressa un regard hautain et Madame Wu sortit, son pas furieux décroissa dans le couloir.

 

()()

 

Allongée sur son lit, la toilette mal réajustée après le départ du Consul, Elizabeth s’adonnait à son activité favorite. Elle soufflait des ronds de fumée dans la pièce et se plaisait à leur trouver des formes comme elle le faisait avec les nuages lorsqu’elle voyait encore la couleur du ciel.

« Lève-toi. » Ordonna durement Madame Wu.

Elizabeth la regarda sans comprendre et s’efforça de se mettre debout. Madame Wu la gifla à la volée et la saisit aux épaules.

« Notre marché était clair il me semble. Tu satisfais les hommes pour sauvegarder le cœur de ton époux. »

 

Elizabeth, la main sur le visage la regarda avec effroi, ses yeux errant sur la pipe qui était à présent hors de sa portée.

«  Je … c’est-ce que je fais … Bredouilla-t-elle, songeant au Consul qui s’était montré fort satisfait après l’avoir besognée le matin même.

- Ton dernier client d’hier … Il t’a touchée ? »

Elizabeth se troubla un instant et les larmes menacèrent au souvenir de Jack, de sa colère.

«  Non. Souffla-t-elle songeant à l’ironie qui faisait que le seul qu’elle désirait soit justement celui qui ne voulait pas d’elle.

- Alors je te préviens Lia. Tu vas lui obéir. S’il émet la moindre plainte, la moindre critique en sortant d’ici, tu le regretteras et ton mari encore plus. Maintenant habille toi. Il t’attend dans la chambre. »

 

Elizabeth la regarda avec surprise, son cœur cognait à tout rompre dans sa poitrine. Jack était revenu. Contre toute attente il ne l’avait pas abandonnée. Les mots durs de la veille s’effacèrent tandis qu’elle se préparait et ajustait avec soin sa tenue.

 

()()

 

Tu peux prendre ses lèvres
Tu peux goûter sa peau
Décider de ses gestes
Même dicter ses mots

 

 

Jack la regarda entrer et constata avec rage qu’elle était encore plus belle que la veille, encore plus belle que dans ses souvenirs. Elizabeth avança d’un pas vers lui.

« Jack … » Souffla-t-elle.

 

Le regard du pirate s ‘étrécit dangereusement en l’entendant. Ce ton. Cette manière qu’elle avait de prononcer son prénom. Il haïssait cela.

« Tais-toi. Je ne suis pas venu ici pour parler. Ce temps-là est fini. Lia. »

Elizabeth, le regard embrumé, le fixa sans comprendre son attitude.

« Fini le temps où tu pouvais choisir de me faire tourner en rond. Finies tes protestations de vertu. J’aurais dû le savoir, j’aurais dû le comprendre que tu n’étais qu’une catin comme les autres. Non pire que les autres ! Sale garce !

- Jack … Tenta à nouveau Elizabeth anéantie, tremblante devant la haine qui déformait sa voix.

- J’ai de l’argent à présent. Les choses ont plutôt bien tournées pour moi depuis qu’une sale putain meurtrière a disparu de ma vie. Cracha Jack. Maintenant j’ai de quoi payer tes services. Je regrette juste de ne pas avoir compris avant ce que tu étais, ça m’aurait évité bien des choses. »

 

La bouche tremblante, les pensées brouillées, Elizabeth ouvrit la bouche, elle cherchait comment répondre à ce déferlement de haine mais Jack ne lui en laissa pas le temps. Le pirate s’assit dans le grand fauteuil et la fixa d’un regard noir.

« Déshabille-toi. Enlève-moi tout ce tissu. »

Elizabeth ne bougea pas, le cœur prêt à exploser, alors qu’elle prenait la mesure des sentiments qu’elle lui inspirait. Fou de rage en ne la voyant pas esquisser un geste, Jack se leva d’un bond et lui arracha le vêtement qui la couvrait. La soie céda dans un grand craquement. Il la regarda avec hostilité, sa colère décuplée en sentant son corps se tendre immédiatement alors qu’il découvrait le sien, la haïssant pour l’effet qu’elle avait encore sur lui.

« Qu’est-ce qu’il y a !!! Ragea-t-il. C’est l’argent c’est ça !! Combien !!! Combien veux-tu pour me donner ce que tu vends à tous ! Une pièce d’or, deux peut être ? » Dit-il en lui jetant les pièces au visage à mesure qu’il parlait.

 

Les bras le long du corps, Elizabeth, anéantie le regarda. Elle avait l’habitude des débordements de rage de ses clients, certains ne trouvaient leur plaisir qu’en l’humiliant mais jamais aucun n’était allé aussi loin.

« Oh tu ne veux pas de mon argent non plus ? Souffla Jack les mâchoires serrées. Maudite putain !! Dis-moi pourquoi !!!! Ou alors c’est pas assez ? Encore une pièce. Combien me faudra-t-il payer pour que tu me regardes ? Combien pour t’avoir ? »

Les jambes coupées, Elizabeth se sentit vaciller et glissa lentement au sol.

« Oh non Miss Swann… Ça ne prend plus cela ! » S’exclama Jack avec colère avant de la relever sans douceur et de la plaquer au mur.

 

Sa bouche écrasa la sienne sans pitié.

 

Elizabeth gémit sous l’intrusion, sa bouche s’emplit de sang alors qu’il mordait sauvagement ses lèvres pour la forcer à les ouvrir, sa langue au goût de rhum se nouant à la sienne. Avec un soupir, elle répondit à son baiser, ses bras tremblants se refermèrent autour du cou du pirate et son corps se tendit malgré elle alors qu’elle se noyait dans cette étreinte qu’elle avait cru perdue pour toujours.

 

Au bout d’un moment, Jack la relâcha, les bras tremblant imperceptiblement.

« Terminé l’homme bien. Souffla-t-il. Cette fois tu vas me donner ce que j’aurais dû prendre si je n’avais pas été aussi stupide. »

Sans attendre sa réponse, il l’agrippa par le bras et la traîna jusqu’au lit, puis la jeta sur le couvre lit de satin. Avec un sourire mauvais, il posa sa bouche sur son sein nu et en aspira la pointe sans la moindre douceur pendant que ses mains rugueuses parcouraient son corps. Elizabeth poussa un cri de surprise et son corps répondit instantanément à son étreinte alors que le plaisir l’envahissait brusquement. C’était bon. Meilleur encore que tout ce qu’elle avait pu imaginer à son sujet.

 

La bouche de Jack déserta sa poitrine alors qu’il se relevait pour la regarder. Son cœur cogna à tout rompre en la découvrant le visage renversé, les lèvres entrouvertes, plus belle qu’il ne l’avait rêvée. Avec rage il la repoussa.

« Pas comme ça… Dit-il. Parce que vois-tu j’ai payé …

- Qu’est-ce que tu veux … » Souffla Elizabeth d’une voix hachée.

Jack crut devenir fou à cette question. Elle osait lui demander ce qu’il voulait !

« Ce que je désire ! Ce que JE désire c’est-ce que tu donnes aux autres. Je paie pour ça. Pour avoir tout ce que tu m’as toujours refusé. Sale catin !

- Jack, je

- Tais-toi ! Hurla Jack en sentant son désir grandir encore jusqu’à atteindre un point qu’il n’aurait pas cru possible. Je ne veux plus entendre tes mensonges. Maudite catin … Meurtrière ! »

Elizabeth s’immobilisa à ses mots et ses yeux s’emplirent de larmes à nouveau. Il ne lui avait pas pardonné. Il ne lui pardonnerait jamais.

 

Jack la regarda avec hostilité avant de la prendre par le bras pour la forcer à s’agenouiller.

« J’ai mis le Conseil des Pirates à tes pieds. Fait de toi une Reine alors que tu n’es qu’une sale catin. Alors comme telle tu vas lécher mes bottes. Ce n’est que justice. »

Le cœur d’Elizabeth stoppa net alors qu’elle relevait les yeux sur lui, cherchant à lire sur son visage la confirmation qu’il plaisantait.

«  Dépêche-toi. Ordonna froidement Jack. Ou alors tu préfères que je dise à ta maquerelle quelle garce tu es ? »

Les yeux fermés, luttant contre sa peine et son dégoût Elizabeth approcha lentement ses lèvres des bottes du pirate qu’elle croyait connaître. Sa langue sortit de sa bouche alors qu’elle l’appliquait sur la botte de Jack, terrorisée à l’idée de ce que Madame Wu pourrait faire au cœur de Will si elle apprenait un refus.

 

Jack la regarda faire, le cœur brutalement serré. Il avait cru que l’humilier, la voir se traîner à ses pieds lui apporterait la paix mais il n’en était rien. C’était même pire ainsi. Avec un glapissement de haine il se dégagea et lui lança une pièce.

« Prête à tout pour une pièce d’or hein? Dit-il tandis qu’Elizabeth serrait l’argent dans sa main et gardait les yeux baissés pour cacher ses larmes. Aucune fierté… Rien de l’étoffe d’un pirate juste un maudite putain !!!! »

Elizabeth ouvrit la bouche une nouvelle fois sans savoir ce qu’elle allait lui dire puis les mots sortirent tout seuls.

« Je n’ai pas le choix … Je n’avais pas le choix. Will…

- Tais-toi !!!! » Cria Jack fou de rage de l’entendre encore lui parler de Will alors qu’elle lui vendait son corps

 

Jack à bout de souffle, se leva brusquement et se débarrassa de ses vêtements qu’il envoya aux quatre coins de la pièce. Elizabeth tremblante, découvrit son sexe gonflé, aveu sans détour du désir qu’il avait d’elle.

« Prend le dans ta bouche catin. Et applique-toi. » Susurra Jack en appuyant fermement sur sa tête.

Elizabeth obéit, sa langue glissa sur la hampe dressée du pirate tandis que ses mains maintenaient ses bourses et sa bouche agaça, aspira, le sexe gonflé de Jack. Un gémissement rauque salua ses actes, la main de Jack caressa brutalement ses cheveux alors qu’il baissait la tête sur elle. Cette fois il n’avait pas besoin de fermer les yeux pour en imaginer une autre. Cette fois c’était elle qui lui donnait enfin le plaisir qu’elle lui avait toujours refusé.

 

Jack poussa un nouveau râle alors qu’il la repoussait et la forçait à se relever.

 

Sans lui laisser le temps de parler, il l’embrassa fiévreusement, son sexe érigé se colla contre elle avant de se laisser aller en arrière sur le lit. Ses mains cherchèrent ses hanches et il la souleva pour la prendre sur lui. Son cœur s’emballa en éprouvant la légèreté de son corps sur le sien.

« Maintenant offre moi ce que tu m’as toujours refusé. Souffla-t-il. J’ai payé suffisamment cher. Je mérite d’être récompensé. »

Elizabeth gémit en réponse. Elle ne savait plus où elle était, pas plus qu’elle ne se rappelait les mots dénués de tendresse qu’il lui avait hurlé quelques instants plus tôt. Seul comptait l’instant présent. Avec un soupir elle glissa sur lui, ses hanches ondulant lentement, alors que Jack se laissait aller en arrière et décrispait ses mains autour de sa taille.

 

Enfin.

 

Enfin il la possédait, elle était à lui et elle était meilleure que tout ce qu’il avait pu fantasmer. Jack le regard un peu parti, la fixa sans ciller alors qu’elle allait et venait sur lui, sa poitrine menue oscillant au rythme de ses reins. Avec un gémissement étranglé il se releva et la serras contre lui. Ses mains se perdirent dans sa longue chevelure blonde et sa bouche chercha la sienne. Elizabeth s’accrocha à lui et l’embrassa avec ardeur, étouffant ses gémissements de plaisir dans sa bouche.

 

Jack la repoussa doucement. Il noua son regard au sien, plongeant droit dans ses prunelles dilatées alors qu’elle gémissait plus fort en le sentant grossir en elle.

«  Dis-moi ce que tu leur dis. Haleta-t-il. Dis-moi que tu me désires.

- Je te désire Jack … » Souffla Elizabeth en songeant que pour la première fois c’était vrai.

Avec un râle il l’immobilisa sur lui, ses reins le poussèrent brutalement en elle alors qu’il se lâchait puissamment.

«  Oh Lizzie … Souffla-t-il. Je te hais, si tu savais … » Dit-il avant de la repousser.

 

Elizabeth allongée sur le lit, le regarda s’habiller, trop choquée pour réagir. Jack prit son temps, il boucla ses ceintures avant de ramasser sa bourse. Avec un geste négligent il en sortit une pièce et la lui lança.

« Tu vois quand tu veux. »

Sans attendre de réponse, il sortit de la pièce, un sourire satisfait aux lèvres. Cette fois il en avait fini avec elle, cette maudite catin n’avait plus le moindre effet sur lui. Il avait pris ce qu’il voulait. Il était libre maintenant.

 

Dans la chambre, Elizabeth s’enroula dans les draps qui portaient encore leur odeur, sa main tremblante chercha la pipe d’opium et l’alluma avec difficultés. Elle en avait besoin. Pour oublier que les derniers mots qu’il lui avait adressés étaient une déclaration de haine…

Chapitre 10                                                                                            Chapitre 12

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Commentaires : 4
  • #1

    Microcosmos (dimanche, 06 mai 2012 15:04)

    mondieumondieumondieu!!
    C'était dur! Très dur! Pauvre Elizabeth! :'(
    Je pensais pas que Jack serait aussi violent avec elle. Je m'attendais plutôt à ce qu'il la "sermonne" on va dire; qu'il l'engueule mais pas comme ça. J'aurais pensé qu'il essaierait de parler et pas de l'humilier.

  • #2

    JessSwann (dimanche, 06 mai 2012 17:44)

    Lol je t'avais prévenue que l'histoire était dure :)Jack se sent humilié et utilisé, donc il lui rends la pareille

  • #3

    Microcosmos (lundi, 07 mai 2012 16:11)

    Mais je pensais pas que ce serait si dur!
    *serre Liz dans ses bras*

    Hem, je confirme, je suis trop sentimentale. -__-'

  • #4

    JessSwann (lundi, 07 mai 2012 16:23)

    Erf quand je dis dur c'est dur, j'ai vu que tu avais fini donc hem voilà, maintenant je pense que tu comprends mdrrr
    Merci en tout cas :)