Chapitre 9 Je mourrais pour toi

L’Empress, mer Ionienne

 

 

Une fois sortie de sa cabine, Elizabeth Turner appuya son front contre la porte qu’elle venait de refermer. Elle serra étroitement le coffre contenant le cœur de Will et tenta sans succès de maîtriser le tremblement de ses mains. Le remords l’envahissait de plus en plus à chaque battement qui s’échappait du coffre. Il lui semblait que le cœur de Will ralentissait, comme si ce dernier savait qu’elle venait de trahir l’engagement sacré qu’elle avait envers son mari. Un engagement qui allait au-delà des simples vœux de mariage, au-delà de la vie et de la mort. Une union issue d’un choix mutuel, un acte de foi. Will lui avait prouvé la sienne en renonçant à sauver son père pour elle. Il lui avait dit qu’il avait fait son choix et son choix c’était elle. La culpabilité au cœur, elle se souvint de ces instants où elle avait engagé sa vie auprès de Will, ce moment où, persuadée qu’ils allaient mourir et voulant goûter un ultime instant de bonheur auprès de celui qui lui sacrifiait sa promesse sacrée à son père, elle avait accepté d’unir son destin à celui pour lequel son cœur battait depuis leur première rencontre. Elle porta un main hésitante à ses lèvres sur lesquelles il lui semblait encore sentir la saveur de rhum et de sel mêlés de la bouche de Jack tandis qu’à l’intérieur du coffre le bourdonnement des battements désordonnés augmentait comme un rappel constant de sa culpabilité et de sa charge.

 

Tandis qu’Elizabeth luttait contre une envie irrépressible de jeter le coffre loin d’elle, Tai s’approcha d’elle avec, sur le visage, une expression indéchiffrable.

« Vos ordres… Capitaine. »

Elizabeth choisit d’ignorer le ton légèrement méprisant sur lequel il prononça le dernier mot et répondit d’une voix tranchante.

« Mouillez au large de cette petite île, puis mettez une chaloupe à la mer afin que je puisse m’y rendre.

- Le capitaine Sparrow viendra-t-il avec vous ? »

La jeune femme recula comme s’il l’avait giflée avant de répondre d’un ton cassant.

« Non j’irais seule. »

Tai se contenta de s’incliner et disparut, obéissant avec diligence à l’ordre donné puis regarda s’éloigner la reine des pirates. Cette dernière devint bientôt un point minuscule sur l’îlot qu’elle avait choisi.

 

Elizabeth ne cessait à présent de penser à Will. Elle se força à se souvenir des moments trop brefs qu’ils avaient passés ensemble et repoussa loin d’elle l’image de Jack Sparrow. Lorsqu’elle parvint sur l’île elle était parvenue à se convaincre que ce qu’elle ressentait pour Jack n’était rien d’autre qu’une attirance ridicule et passagère causée par sa solitude. Du reste ce n’était pas la première fois que le désir qui couvait dans ses reins la poussait à agir stupidement. Il y avait déjà cet épisode sur le Black Pearl, alors qu’elle n’était encore qu’une jeune fille regrettant sa nuit de noce et où Jack avait été sur le point de l’embrasser… D’un mouvement impatient de la tête Elizabeth chassa ces souvenirs et caressa le coffre, comme si ce dernier avait le pouvoir de matérialiser celui qui serait bientôt à ses côtés.  Elizabeth le déposa dans la niche naturelle qu’elle lui avait choisie pour abri et songea avec attendrissement que bientôt leur séparation prendrait fin ainsi que sa solitude. Il lui sembla entendre le cœur de Will se mettre à battre plus fort à ce moment et les mots avec lesquels il avait scellé leur union lui revinrent en mémoire.

 

« J’ai fait mon choix. Quel est le tien ? » Il l’avait choisie, puis il était mort pour elle. Les larmes lui montèrent aux yeux et elle murmura.

« Pardon Will. »

Dans ses mots, Elizabeth mit toute la ferveur avec laquelle elle avait accepté la charge d’être la gardienne du cœur de Will. Elle cherchait par-dessus tout à se rassurer et à se pardonner à elle-même l’écart de conduite que la solitude et le désir lancinant qui ne lui laissait aucun repos l’avaient poussée à faire.  A cet instant elle se méprisait et se trouvait indigne de l’amour, de la confiance et du sacrifice de Will. Son corps l’avait trahie et l’avait poussée à trahir Will mais cela n’arriverait plus elle se le promettait. Bientôt Will serait là pour étancher la soif d’amour et de caresses qui était la sienne et plus jamais elle ne repenserait au capitaine Jack Sparrow.

« Pardon Will. Répéta-t-elle d’une voix plus affermie avant de commencer à ramer en direction de son navire. Nous serons bientôt à nouveau réunis. » Murmura t ‘elle, persuadée que c’était là son plus cher désir.

 

 

Royaume d’Ithaque, pièce dérobée du palais

 

 

Assise dans la pénombre de la pièce dont nul, pas même Ulysse, n’avait jamais découvert l’existence, Périboéa tentait de nouer son esprit à celui de celle qui ressemblait tant à sa tendre Pénélope. Elle pénétra son esprit et chercha à deviner ses pensées, décidée à l’aider à délivrer son cher époux des griffes de Calypso et fut un instant décontenancée par la confusion qu’elle y lut. Périboéa se retira doucement des pensées d’Elizabeth pour chercher à comprendre les sentiments éprouvés par la jeune femme. Elle se rassura en se disant que c’était sûrement une confusion créée de toutes pièces par cette maudite Calypso tout comme cette dernière avait envoyé l’homme au cœur sombre pour s’emparer du péridot.

 

Périboéa ne se faisait pas trop de soucis concernant le dernier point, l’homme qu’ils appelaient Beckett et qui avait profané le trône d’Ulysse n’avait pas de sentiments suffisamment purs pour prétendre utiliser la pierre pour réaliser un de ses désirs. Mais il était un adversaire dangereux, le fait qu’il soit parvenu à bander l’arc d’Ulysse le prouvait. Certes il ne faisait aucun doute pour elle que Calypso l’avait aidé à réaliser ce prodige mais la haine et la malveillance qui animaient cet homme la terrifiaient.

 

Dévorée par l’angoisse mais ne pouvant rien faire pour aider Elizabeth à présent que le péridot n’était plus en sa possession, Périboéa commença à attendre que son destin vienne à la rencontre de la jeune femme qui semblait si perdue.

 

L’Empress, mer Ionienne

 

Jack Sparrow mit un très long moment à de sortir de la cabine d’Elizabeth et se donna le temps d’éclaircir ses idées avant d’affronter la jeune femme. Il aurait voulu la retenir, la serrer contre lui, l’embrasser, mais les paroles qu’elle lui avait adressées ne lui permettait d’imaginer une telle issue du moins dans l’immédiat

« Jamais tu veux dire, après Turner sera là et Elizabeth partira avec lui comme elle l’a toujours fait. Et tu te retrouveras seul, sans navire, sans immortalité et sans elle. Tu n’es qu’un pion pour elle. »

 

Jack chassa d’une main impatiente les autres lui-même qui se pressaient autour de lui. Il n’avait pas envie de les écouter lui dire que Lizzie appartenait à un autre même si c’était le cas. Un d’entre eux résista et Jack l’entendit souffler avant de disparaître.

« Je pensais qu’on en avait fini avec lui lorsque nous étions chez Jones. Ce gars nous mènera à notre perte. Lui et sa Lizzie ! Il est déjà revenu nous priver de l’immortalité et à présent il revit devant elle, le Jack bien. »

 

Jack songea aux paroles prononcées par l’autre et sur sa vulnérabilité évidente face à Elizabeth. Il ne se souvenait que trop bien du moment où, tenant le cœur de Jones entre ses mains, il avait été près de réaliser son rêve d’immortalité. Et puis, sans qu’il ait pu prévoir son geste, Jones avait embroché Will. Et Elizabeth avait crié. Elle ne lui avait rien demandé, elle n’en avait pas eu besoin. Il lui avait suffi de tourner vers lui, ses beaux yeux emplis de larmes avec un air suppliant, pour qu’il se retrouve à offrir sa vie éternelle à Will Turner. Le cœur serré il se souvint du mal qu’il avait eu à l’arracher des bras du jeune forgeron mort. En s’envolant avec elle, il avait cru pouvoir l’emmener loin de toute cette folie, de cette horreur qui était leur quotidien. Mais il n’avait pas su l’emmener assez loin. Son cœur se pinça douloureusement en se rappelant de la première fois qu’il avait entendu Barbossa l’appelée Madame Turner, un peu avant qu’elle quitte le Black Pearl pour aller passer son unique journée avec Will. Il avait eu du mal à garder son éternel sourire en apprenant son mariage et la suite avait été encore plus dure à endurer. Il avait dû faire face à elle, à sa reconnaissance. Et à l’ironie suprême lorsqu’elle lui avait jeté à la figure ses propres mots « Ça n’aurait jamais pu marcher entre nous. »

 

Il avait réussi à garder une bonne figure jusqu’à ce qu’elle tente une étreinte amicale dont il n’avait pas voulue. Parce qu’il n’aurait pas pu la laisser partir après ça, parce qu’une fois avait suffi pour qu’il comprenne que s’il goûtait encore à ses lèvres il ne pourrait plus s’en passer. Et voilà que c’était arrivé. La douce intoxication avait repris alors qu’il était une fois de plus sur le point de la voir partir avec Turner.  Avec un soupir triste, Jack posa la main sur le bouton de la porte, comme son père le lui avait suggéré, il apprenait à vivre avec lui-même et il reconnaissait enfin son désir pour celle qu’il n’avait pas le droit de revendiquer comme sienne. Reprenant son masque d’ironie indifférente, Jack sortit de la cabine et chercha immédiatement du regard celle qui était devenue sa joie et son tourment, résigné à la souffrance inévitable.

 

Tai se matérialisa soudainement à ses côtés et le fixa d’un air dégoûté.

« Vous l’avez embrassée. »

Ce n’était ni une question ni un jugement mais le ton ouvertement hostile poussa Jack à répondre et à adopter un sourire grivois.

« Et j’aurais fait bien plus si tu ne nous avais pas interrompus. »

Tai, le visage impénétrable, ne sembla pas prêter attention à la réponse de Jack.

« Vous allez mourir alors. Tous ceux qui embrassent notre capitaine meurent, elle est maudite. »

Jack ne répondit pas et arbora un instant un petit sourire triste. Ce n’était pas Elizabeth qui était maudite, c’était lui de ne pouvoir rester loin d’elle depuis leur première rencontre. Chaque pas qu’il faisait depuis le jour où il l’avait sauvée de la noyade le ramenait à elle sans jamais pouvoir la posséder. C’était lui le maudit. Chassant cette pensée amère il répondit à Tai avec un amusement factice.

« Tu oublies une chose l’ami. C’est que je suis déjà allé de l’autre côté et je n’ai pas l’intention d’y retourner pour les beaux yeux de Madame Turner.

- Voilà qui a le mérite d’être clair. Lança Elizabeth derrière lui. Je n’ai donc pas besoin de vous préciser qu’une fois là-bas nous appliquerons le code. »

Jack se retourna, pris d’un brusque élan de fierté pour cette femme qu’il avait donné pour reine aux pirates.

« J’en attendais pas moins de vous. Je sais d’expérience l’ordre de vos priorités, Votre Majesté. » Répondit Jack, un sourire ironique aux lèvres tout en effleurant son tricorne.

 

Un instant leurs regards se lièrent et ils se sourirent d’un air complice, chacun d’entre eux se remémorant les aventures passées. Elizabeth savait à présent qu’il lui avait pardonné la ruse qu’elle avait employée pour le donner au Kraken, ses lèvres portaient encore le goût de son pardon. Une pointe de regret vint l’aiguillonner alors qu’elle réalisait que c’était probablement la dernière aventure qu’elle vivait aux côtés du Capitaine Jack Sparrow. Une fois que Will serait revenu de l’entre deux monde, elle partirait avec lui vivre la vie dont-ils avaient toujours rêvé et curieusement cette perspective ne lui procurait plus autant de plaisir que lorsqu’elle y pensait le soir, seule dans sa cabine alors qu’elle cherchait le sommeil en apaisant son corps avec des caresses qu’elle aurait voulu être celles de son mari. Finalement elle préféra ne pas s’attarder sur le sujet et brisa l’enlacement de son regard avec celui de Jack pour ordonner sèchement à Tai :

« Toi et deux autres hommes venez avec nous, les autres restent ici pour veiller sur l’Empress. »

 

Sans attendre de réponse de quiconque, en femme habituée à être obéie, elle se dirigea d’un pas résolu vers la chaloupe pour aller conquérir l’objet qui lui ramènerait son mari. Elle avait fait son choix durant la bataille sur le Pearl et à présent elle devait respecter son engagement. A ses côtés Jack avança en silence, leurs deux silhouettes vêtues de noir se détachant dans le soleil du plein midi.

 

Ithaque, palais d’Ulysse

 

Cutler Beckett replia sa longue vue et un sourire cruel déforma ses traits. Il avait suivi la progression de la chaloupe et avait reconnu sans doute possible deux de ses occupants.

« Excellent. Murmura-t-il avant de se tourner vers les gardes qui l’accompagnaient. Vous savez ce que vous avez à faire, alors allez-y , je ne veux aucune surprise !! »

 

Le chef des gardes hocha la tête et sortit précipitamment se dépêchant d’obéir aux ordres de Lord Beckett. Une fois seul, ce dernier reprit sa longue vue. Il s’arrêta sur le visage décidé d’Elizabeth Swann et murmura.

« Après tout, c’est de bonne guerre non ? »

 

Antre de Calypso

 

Les yeux rivés sur le globe transparent Calypso sourit à l’image de Beckett et ferma à demi les yeux comme sous l’effet d’une transe.

« C’est très bien… Continue …et tue celle qui vient vers toi guidée par son destin… » Murmura-t-elle d’une voix envoûtante tandis que, comme s’il lui répondait Beckett posait la main sur la garde de l’épée que Will Turner avait jadis forgée pour le Commodore Norrington.

 

Ithaque, palais d’Ulysse

 

Ils étaient parvenus jusqu’au palais sans difficultés et n’avaient croisés que d’innocents villageois qui les dévisagèrent d’un air blasé qui aurait dû alarmer Jack. Elizabeth légèrement devant lui, Jack admirait sans réserve la ligne délicate du cou, le cambré des reins qui ne serait jamais sien et affichait un sourire qui ne parvenait pas tout à fait à masquer la tristesse qui l’envahissait. Chaque pas qu’elle faisait dans la direction du péridot l’éloignait un peu plus de lui et Jack avait de plus en plus de mal à supporter l’idée que bientôt la jeune femme cesserait d’écumer les mers pour retourner à une normale avec son époux, le laissant à nouveau seul, libre. Mais si désespérément seul.

 

Ils pénétrèrent dans la salle du trône et laissèrent Tai et les deux autres hommes monter la garde devant le palais. Jack, surpris par le calme presque surnaturel de l’endroit, regarda autour de lui avec méfiance tandis qu’Elizabeth, un sourire triomphal aux lèvres se dirigeait vers l’écrin contenant le péridot. Elle s’apprêtait à le saisir lorsque qu’une voix détestablement connue résonna dans la pièce.

« Miss Swann… Quel plaisir de vous revoir. » Déclara Beckett du ton qu’il aurait employé dans un salon mondain.

Il se tourna vers Jack et savoura la surprise de ses deux ennemis.

« Oh vous êtes là aussi Sparrow… Enfin ce n’est guère une surprise, je n’ai jamais douté de votre présence auprès de Miss Swann.

- C’est Madame Turner à présent Beckett ! Capitaine Turner pour être plus précise ! Répondit Elizabeth, remise de sa surprise en sortant son épée. Et puisque l’enfer vous a visiblement recraché la dernière fois. Je vais cette fois me charger personnellement de vous y conduire. Et je m’assurerais que vous y restiez. » Lança-t-elle avec haine à l’homme qu’elle savait avoir tué son père.

 

Profitant que l’attention de tous était tournée vers Elizabeth et Beckett, Jack s’approcha du péridot qu’il escamota rapidement. Il le remplaça par une pierre verte également et espéra que son subterfuge ne serait pas découvert dans l’immédiat puis il s’écarta prudemment de l’écrin pour suivre l’échange entre Elizabeth et Beckett.. Il savait la souffrance que la mort de son père avait causée à Elizabeth, il se souvenait s’être retenu de la prendre dans ses bras pour la consoler et chasser sa peine mais il n’avait pas ce pouvoir. Will l’avait, songea-t-il douloureusement, tout en cherchant une issue.

 

Beckett, le regard toujours fixé sur Elizabeth eut un sourire ironique devant le feu avec lequel elle avait tiré son épée. Autour de lui, les hommes mirent la main sur leurs mousquets et attendirent son ordre. Inconsciente du danger et aveuglée par sa rage et sa soif de vengeance Elizabeth avança dans sa direction, ignorant les soldats et leurs armes.

« Vous n’êtes qu’un lâche Lord Beckett »

Le bras ferme de Jack stoppa net sa progression et avant qu’elle ait eu le temps de protester, il l’entraîna vers la fenêtre la plus proche et les projeta tous les deux à travers, les faisant atterrir lourdement au sol et à l’air libre. Jack se releva sans difficultés et tendit la main à Elizabeth.

« Parfois le mieux est encore de savoir fuir. Je l’ai toujours dit, alors courrez Elizabeth !! »

La jeune femme ne réfléchit pas. Elle entendit le martèlement des bottes des soldats qui se rapprochaient elle commença à courir en direction de la plage. Ils étaient cinq, Beckett possédait une armée. Jack avait raison, cette fois la fuite était la meilleure solution.

 

Beckett se mit calmement à leur poursuite, sûr qu’à présent les deux pirates n’avaient plus aucune chance de lui échapper. Essoufflés, les fuyards parvinrent à la plage et cherchèrent fébrilement la chaloupe qui leur permettrait d ‘échapper aux hommes de Beckett. Elizabeth leva les yeux vers l’horizon et poussa un hurlement de douleur. Au large d’Ithaque, l’Empress brûlait, encerclé par la flotte de Beckett. Elizabeth tomba à genoux dans la mer et regarda se consumer le seul bien qu’elle possédait et auquel elle accordait de l’importance. A ses cotés Jack resta un moment silencieux. Il posa sur elle des yeux remplis de pitié et de compassion alors qu’il se rappelait la douleur de la perte. Il n’eut pas le temps de s’approcher d’Elizabeth pour lui enjoindre de courir que déjà Beckett s’approchait d’elle, tandis que les soldats les encerclaient et leur coupaient toute retraite vers la plage. Jack déglutit. Il avait dans l’idée que cette fois les pourparlers ne fonctionneraient pas. Au loin derrière les soldats, il vit Tai Huang caché qui cherchait manifestement une solution pour les tirer de là.

 

Ignorant momentanément Jack, l’envoyé de la compagnie mit la main sur la garde de son épée et se dirigea vers Elizabeth, ne voulant laisser le plaisir de la mise à mort à nul autre.

« Un capitaine sans navire, une épouse sans mari… Votre vie n’est décidemment qu’une suite de déceptions Capitaine Turner. Vous voilà aussi pitoyable que votre forgeron de mari et ce raté de Sparrow. Ces deux-là avaient pourtant soigneusement planifiés leurs desseins n’est-ce pas Sparrow ? Quel était votre plan déjà ? Je veux dire le vrai plan. Laissez-moi deviner, vous deviez prendre la place de Jones n’est-ce pas ? Ou alors vous vouliez Elizabeth Swann pour vous. Non, vous êtes trop égoïste pour ça, c’est l’immortalité de Jones que vous vouliez. »

Jack ne répondit pas, l’air contrarié, pendant que le cœur d’Elizabeth s’arrêtait de battre. Si Beckett avait raison ça voulait dire que …

« Vous croyez que j’ignorais cela Sparrow ? Mais dès que j’ai vu Turner avec votre compas, j’ai compris que ce que vous vouliez c’était l’immortalité. Et que le gamin était d’accord avec vous. Cet imbécile ne m’a pas abusé une seconde. Il est incapable d’être suffisamment intelligent pour mettre un tel plan sur pied. Vous en revanche, oui. Enfin bref. Dit Beckett en levant son épée. Madame Turner vous allez voir votre désir le plus cher exaucé. Vous allez rejoindre votre cher époux. »

 

Elizabeth ne bougea pas lorsqu’il leva son arme. Elle avait tout perdu, même ses plus chères certitudes. Elle ferma les yeux et attendit courageusement que Beckett frappe puisqu’à présent plus rien ne la retenait. Beckett abattit son arme, l’épée que Will avait forgée, et visa le cœur de la jeune femme qu’il haïssait. Jack hurla. Un non brutal et sans appel. Elizabeth ouvrit les yeux à son cri. Elle ne sentait rien, aucune douleur. Ses yeux rencontrèrent ceux de Jack que le voile de la mort envahissait déjà, tandis que, derrière lui, Beckett avait l’air totalement surpris pour la première fois depuis qu’elle le connaissait.

 

Comme dans un cauchemar Elizabeth reçut le corps de Jack et caressa son visage, le cœur brisé devant cette histoire qui se répétait. Elle ne voyait plus Beckett ou les soldats, elle ne voyait que Jack qui mourrait pour elle. Le pirate fit un effort pour lui sourire, ne semblant pouvoir se rassasier d’elle. Elizabeth murmura d’une voix entrecoupée par les sanglots.

« Le Code… vous deviez respecter le code Jack … Partir …pourquoi avoir fait quelque chose d’aussi stupide ? »

Jack haleta bruyamment. La douleur lui tordait les entrailles et il sentait la vie s’échapper trop vite de lui. Il glissa sa main dans celle de sa reine et lui donna la pierre qu’il était allé chercher pour elle.

« Parce que... Je suis le Capitaine Jack Sparrow et »

Jack ne termina jamais sa phrase. Il ferma les yeux et se laissa emporter par les vagues vers l’endroit dans lequel il s’était juré de ne jamais retourner.

 

Sur la plage d’Ithaque, Elizabeth serra le corps de Jack contre elle, imperméable à tout ce qui se passait autour d’eux et embrassa ses lèvres glacées sans même y songer.

« Jack ! Ne me laisse pas, pas toi non, pas toi … »

Émus par la détresse de la jolie jeune femme qu’ils devaient poursuivre les soldats n’osaient pas bouger et se contentaient de regarder le couple enlacé.  Beckett, remis de sa surprise, la regarda lui aussi et arbora un air froid et détaché tandis qu’il savourait sa détresse. Il ressortit brutalement son épée du corps de Jack et leva son arme sanguinolente au-dessus de la jeune femme.

« Touchant vraiment… Je dois dire que je n’aurais pas cru Sparrow capable de se sacrifier pour qui que ce soit. J’avais pensé vous tuer d’abord mais… Enfin, je saurais m’adapter à ce changement. » Triompha Beckett, prêt à frapper de nouveau.

 

Elizabeth les yeux remplis de larmes le regarda et ce faisant fit bouger le col de sa tunique. Beckett s’apprêtait à abaisser à nouveau son arme mais au lieu de ça il tira violemment que la chaîne qu’Elizabeth portait autour de son cou. Il sourit en reconnaissant l’objet qui reposait à présent dans le creux de sa main. La clef du coffre de Jones. Et si Elizabeth avait la clef, elle savait sûrement où se trouvait le cœur. Turner devait être suffisamment stupide et romantique pour lui avoir tout confié. Beckett adressa un sourire cruel à Elizabeth tout en baissant son arme.

« Je crains fort que vos retrouvailles avec votre époux ne doivent attendre. Vous avez quelque chose qui m’intéresse Madame Turner et je compte bien l’obtenir. »

 

Sur ces mots, Beckett fit signe aux soldats d’emmener la jeune femme. Elizabeth, les vêtements rougis par le sang de Jack, n’opposa aucune résistance et serra dans sa main l’ultime cadeau du pirate, qu’elle glissa discrètement dans son vêtement.

 

 

Chapitre 8                                                                                                 Chapitre 10

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Commentaires : 2
  • #1

    Alice (vendredi, 25 juillet 2014 14:42)

    T'AS BUTE JACK??????????????????????????????? O_O

  • #2

    Jess Swann (vendredi, 25 juillet 2014 15:43)

    rooooo tu verras