Chapitre 5 Retour d'ennemis du passé

Fonds sous-marin,

 

 

Calypso approcha son visage de l’Empress, ses yeux s’attardèrent sur les mains entrelacées des deux occupants de la cabine et elle fouilla sans vergogne leurs cœurs. Elle eut un sourire cruel en sentant accélérer brutalement celui de la petite reine d’opérette et se moqua des efforts déplorables de cette dernière pour dissimuler son trouble.

« Pauvre petite Madame Turner, tu n’es pas de taille à lutter. Tu ne sauras pas résister, pas plus que je n’y suis parvenue lorsque j’étais dans ta situation. Ta chute sera ma vengeance contre celle qui m’a condamnée à attendre dix années un homme. Toi aussi tu connaîtras les affres du désir, toi aussi tu devras interroger ton cœur et alors tu me donneras enfin celui qui depuis toujours m’est promis. Le capitaine du Hollandais Volant, celui dont le destin est d’errer dix ans sur les mers. Une fois déjà le fil de la destinée s’est trompé mais ça n’arrivera plus jeune Elizabeth, plus jamais. » Promit Calypso.

 

Le Hollandais Volant, dans l’autre monde,

 

 

Le capitaine William Turner releva brutalement la tête, un étrange pressentiment lui oppressant soudainement la poitrine

« Elizabeth… » Murmura-t-il.

L’ancien apprenti forgeron sentit l’affolement le gagner inexplicablement et le sentiment d’un changement imminent s’imposa en lui sans qu’il en devine la raison. La seule chose dont il était certain c’est qu’une chose venait d’arriver à Elizabeth. Une chose sur laquelle il ne pouvait mettre un nom mais qu’il savait ne pas lui être favorable.

 

Will se représenta le visage de celle qu’il aimait tant et chercha à la rejoindre par la pensée afin d’apaiser le tourment qu’il ressentait sans savoir s’il était le sien ou celui d’Elizabeth. Des larmes de rage lui brûlèrent les yeux alors qu’il tentait une fois de plus de rejoindre sa femme, de lui souffler les mots d’amour et les promesses qu’il aurait voulu lui dire jusqu’à fin de ses jours. Il aurait tellement voulu goûter encore au miel de ses lèvres douces, au satin de sa peau. Will gémit et songea qu’il serait prêt à donner dix années supplémentaires pour lui faire l’amour une fois de plus, pour s’enfoncer à nouveau dans sa tiédeur accueillante, pour entendre ses petits gémissements de plaisir, musique si douce à ses oreilles. Ses reins s’enflammèrent à cette pensée et son sexe se tendit par habitude. Chaque soir son désir se faisait plus intense, chaque jour le manque de caresses et de baisers lui semblait plus dur à supporter. Il ne pensait qu’à elle, ne voyait qu’elle, son Elizabeth, sa femme, sa vie.

 

Sa main se referma sur son sexe gonflé et accéléra la cadence dans une chorégraphie à présent bien réglée alors qu’il imaginait le corps nu de sa femme cambré par le désir, les reflets chauds du soleil jouant sur la peau comme lors de leur unique union sur l’île de Molokai. L’apaisement vint rapidement, aussi vite que l’excitation l’avait saisi. Alors la solitude amère et la frustration reprirent possession de l’âme de Will accompagnées par le doute.

 

 

L’Empress, cabine du Capitaine

 

 

Elizabeth Turner, la main refermée sur le compas de Jack, sentait son cœur cogner dans sa poitrine, les battements de ce dernier lui paraissaient résonner dans toute la pièce, couvrant presque le bruit régulier du cœur de Will. Will ! A cette pensée, Elizabeth retira brutalement sa main de celle de Jack et évita de regarder le pirate.

« Je, Commença-t-elle avant de se raviser. Et bien merci Jack, posez donc le compas ici. » Demanda-t-elle faiblement en désignant sa table de travail.

 

Jack, afficha son habituel sourire cynique et posa très lentement le compas sur la table, le gardant soigneusement fermé. Ses yeux revinrent comme malgré lui se poser sur le profil délicat de la jeune femme et glissèrent sur les lèvres charnues qu’elle mordait à présent nerveusement. Un nouveau battement s’échappa du coffre, brisant le silence et augmentant la tension qui régnait dans la cabine.

« Pourquoi il n’y a pas de rhum sur cette jonque ? » Demanda Jack qui avait désespérément besoin d’un verre voire d’une bouteille.

Sans dire un mot, Elizabeth lui tendit une bouteille pleine.

« Merci. Une petite gorgée ma reine ? Ne put-il s’empêcher d’ajouter d’un air tentateur.

- Je, non merci Jack, je, j’aimerais rester seule. » Lâcha-t-elle avec un coup d’œil nerveux au coffre ouvragé qui contenait le cœur de son époux.

 

Jack surprit son regard et un sourire désabusé apparut sur son visage tandis que son cœur se serrait. Un instant, un bref moment il avait oublié que Lizzie était désormais Madame Turner, il avait oublié le petit forgeron qu’il avait rendu immortel, il avait oublié qu’elle ne serait jamais à lui. Resserrant sa main sur sa bouteille de rhum, Jack se leva et, d’une démarche qui semblait déjà être celle d’un homme ivre, il se dirigea vers la sortie.

« Je vous laisse Madame Turner. » Se força-t-il à dire sans la regarder.

 

Île des Contrebandiers,

 

Cutler Beckett observait d’un air méprisant les soldats qui creusaient la terre autour de lui. D’un geste plein de rage à peine contenue, il finit par frapper le sol de sa canne.

« Alors vous avez trouvé une quelconque indication sur ce que je cherche ? Demanda-t-il d’un ton impatient.

- Non Lord Beckett. » Bredouilla un soldat imprudent

Sèchement, Beckett sortit son pistolet et abattit l’homme d’une balle en pleine poitrine.

« Dans ce cas vous ne m’êtes d’aucune utilité. » Déclara-t-il froidement.

 

Les autres soldats frissonnèrent et se remirent à creuser avec une vigueur retrouvée. Soudain l’un d’entre eux poussa un cri de victoire et se pressa vers le puissant envoyé de la compagnie.

« Une carte Lord Beckett ! J’ai trouvé une carte ! »

Beckett tendit ses mains avides et déplia la carte qu’il cherchait depuis le début de son voyage. Là, il découvrit avec stupeur le nom de l’île qui abritait le péridot

« Ithaque … » Murmura-t-il.

 

L’Empress, cabine du Capitaine,

 

Une fois Jack sortit, Elizabeth resta sans bouger quelques instants. Elle fixait le compas abandonné sur la table sans toutefois oser l’ouvrir. La jeune femme, troublée par les sensations que le toucher de Jack avait éveillé en elle, lança un regard coupable vers le coffre contenant le cœur de Will d’où s’échappait un battement régulier, rappel constant de la responsabilité qui était la sienne. Elle caressa du bout des doigts la serrure ouvragée avant de retirer brutalement sa main et la porta à ses lèvres. Elle avait le sentiment que les doigts de Jack avaient laissé un sillon brûlant sur sa main, comme s’il l’avait marquée au fer et réveillé en elle un désir qu’elle avait jusqu’à présent soigneusement enfoui mais qui ressurgissait à présent avec toute la vigueur de ses vingt ans.

 

Elizabeth s’efforça de calmer la vague de désir qui montait en elle. Elle s’accrocha désespérément au souvenir de Will, de ses étreintes, se convainquant que la raison de son trouble était le manque de lui. Elle resta ainsi quelques minutes à se remémorer les doux instants passés avec son époux, la découverte du corps de l’autre, les chauds rayons du soleil de Molokai sur sa peau. Elle poussa un petit gémissement étranglé en songeant à tout ce qu’elle avait perdu. Elle voulait sentir encore les mains d’un homme sur son corps, elle voulait à nouveau être embrassée, elle voulait. Savoir ce que ça fait, quel goût ça a, songea-t-elle le rouge aux joues tandis que son regard se posait sur la porte derrière laquelle Jack avait disparu.

 

Elle secoua la tête et reprit ses esprits. Ce n’était pas Jack Sparrow qu’elle désirait, pas de Jack Sparrow dont elle avait besoin, mais de son époux. De William, l’homme qu’elle aimait depuis qu’elle était en âge de le faire, celui pour lequel elle avait bravé toutes ces épreuves, celui qu’elle délivrerait à l’aide du péridot magique. Son trouble face à Jack était dû à cette solitude forcée, à cette attente si longue et si cruelle à laquelle le destin l’avait condamnée. Elle prit une respiration et ouvrit le compas. Elle laissa l’aiguille se fixer et songea au péridot qui lui permettrait d’exaucer son plus cher désir. Finalement elle murmura avec soulagement.

« N’oublie pas de surveiller l’horizon, Will. »

 

 

Fond sous-marin chez Calypso,

 

 

Calypso renversa rageusement le contenu de sa tasse de tisane sur le planisphère qui lui faisait face. Comment cette garce, cette stupide mortelle osait elle se croire si sure d’elle-même ? Comment pouvait-elle refouler à ce point ce qui était pourtant évident ? Elle l’avait senti dès la première seconde où la jeune femme avait fait son entrée dans la masure qu’elle occupait lorsqu’elle était Tia Dalma. Le poids du destin était sur les épaules de cette fille aussi visible que sa culpabilité ! Et Will Turner n’était pas pour elle.

 

Ses pensées furent interrompues net par un éclat de rire acide. Calypso se retourna lentement, partagée entre la crainte et la colère de découvrir celle qui venait la harceler jusque dans son repaire.

« Périboéa. Souffla-t-elle en découvrant la femme qui se tenait majestueusement devant elle.

- Alors Calypso, ainsi donc te voilà de retour parmi nous. Que nous vaut ce déplaisir ?

- Si tu es ici c’est que tu le sais aussi bien que moi Périboéa. »

 

L’autre femme aussi blanche de peau que Calypso était sombre, planta ses yeux furieux dans les siens.

« En effet ! J’ai appris qu’une fois encore tu avais causé la perte d’un homme en l’attirant dans tes filets, comme jadis tu l’as fait pour mon gendre avant de te tourner vers ce malheureux Davy Jones après sa mort ! »

Calypso frissonna légèrement devant la haine qui perçait dans le ton de l’autre nymphe et jeta un petit coup d’œil vers le globe par lequel elle espionnait ses ennemis et ses désirs. Elle n’avait pas peur de l’autre femme mais elle savait aussi que cette dernière ferait tout pour lui mettre des bâtons dans les roues si elle en avait le pouvoir et, hélas elle l’avait.

« Ça ne te concerne plus Périboéa. Je crois que tu t’es déjà vengée par ailleurs, et cela très cruellement non ?

- Tu ne seras jamais assez punie à mes yeux Calypso. N’oublie pas que JE suis à l’origine de la malédiction du Hollandais Volant, c’est moi qui ai condamné ton nouveau prétendant à errer dix ans pendant que tu devais l’attendre. Si tu l’avais fait je l’aurais libéré. Au lieu de cela tu as préféré te vautrer dans d’autres draps. Tu es responsable de ton malheur Calypso, toi et ce que tu as fait à ma fille ! »

 

Calypso ouvrit la bouche pour répondre qu’elle n’était pas responsable mais la referma aussitôt. Les yeux de Périboéa s’agrandissaient sous l’effet du choc alors qu’elle découvrait ce que Calypso contemplait avec tant d’attention avant son arrivée. »

 

L’Empress, pont

 

Jack, assit sur les marches des escaliers qui menaient à l’entrepont, buvait son rhum sans se soucier de l’agitation qui régnait autour de lui. Le regard vague tourné vers les étoiles sans les voir, il s’efforçait de réfléchir sereinement à la situation dans laquelle il s’était mis une fois de plus.

 

Il avait tout tenté pour rester éloigné de cette maudite Miss Swann qui lui avait déjà tant coûté, sans toutefois y parvenir, le destin ou son compas le ramenait toujours elle, comme si elle était son aboutissement.

« Un aboutissement, tu parles ! Une dangereuse criminelle oui ! Elle ne t’a jamais aidé, chacune de vos rencontres se sont avérées désastreuse pour toi ! Allons Jackie sauve toi tant qu’il en est encore temps ! Cette Madame Turner ne t’apportera rien de bon! » Commença un de ses avatars.

Sa déclaration amena un air à la fois triste et ennuyé sur le visage de Jack, tellement plongé dans ses pensées, qu’il n’entendit pas le pas léger du Capitaine de l’Empress.

 

« Mon intuition me souffle que vous êtes contrarié Jack, cela et le fait que cette bouteille ne soit toujours pas vide. » Plaisanta Elizabeth en s’asseyant à ses côtés.

Jack lui lança un petit regard surpris et prit une gorgée de rhum avant de lui présenter la bouteille.

« C’est juste que mon Black Pearl me manque. Mentit Jack

- Je croyais que ce n’était plus si important à vos yeux ?

- Vous vous êtes trompée sur moi Lizzie et vous vous trompez encore. Répondit Jack en reprenant une gorgée de rhum.

- Non j’avais raison, vous êtes un homme bien Jack. Vous,

- Je vous ai déjà dit que je vous aiderais Elizabeth. Coupa Jack.

- Jack, ne me repoussez pas, j’aimerais que nous soyons amis comme, comme avant. » Déclara Elizabeth qui s’approcha un peu plus de lui.

 

Jack se leva d’un bond et s’éloigna d’un air faussement détendu.

« Nous le sommes Madame Turner. Que voulez-vous de plus ? Seriez-vous déjà lasse de votre condition de femme mariée ? » Ne put-il s’empêcher de demander.

Il comprit qu’il avait fait une erreur en voyant le regard choqué d’Elizabeth, la crispation de sa bouche tandis que ses joues se teintaient de rouge. Sans répondre, la jeune femme fit demi-tour et alla s’enfermer dans sa cabine.

 

Chapitre 4                                                                                         Chapitre 6

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