Chapitre 3 Et je deviendrai immortel

Île de Zebirget…

 

 

Elizabeth Turner débarqua avec ses hommes, impressionnée malgré elle par le silence qui régnait sur l’île. Elle avait certes lu que celle-ci n’était plus peuplée à présent que d’hommes de dieux mais elle ne s’attendait pas à une telle atmosphère. Seul le bourdonnement des mouches brisait le silence et instinctivement Tai Huang se rapprocha d’elle, l’arme à la main.

« Capitaine, vous êtes sûre que c’est une bonne chose venir ici ? »

Elizabeth le foudroya du regard.

« Si tu as peur Tai je ne te retiens pas. » Lança-t-elle avant de continuer à avancer.

 

Au bout d’un moment, comme Tai ne lui donnait aucune réponse, elle se retourna pour regarder son second tout en souhaitant plus que tout qu’il n’ait pas pris la poudre d’escampette. Son sang se glaça dans ses veines en voyant la pâleur de Tai. Ce dernier, le regard hagard, le doigt tremblant, apparemment incapable d’articuler un mot, désignait un point qui lui était pour l’instant invisible. Elizabeth se rapprocha de Tai et, effarée, découvrit un véritable charnier là il devait y avoir eu un village. Le cœur au bord des lèvres, elle recula sans même sans rendre compte. La jeune femme eut l’impression d’être subitement arrivée en enfer, partout autour d’eux des corps atrocement mutilés gisaient, certains avaient les tripes à l’air, d’autres avaient été brûlés. Mais chaque visage portait les stigmates d’une mort douloureuse. Personne, jeunes ou vieillards, femmes ou enfants, personne n’avait été épargné.

 

Elizabeth déglutit nerveusement, le cœur battant à tout rompre alors que ses hommes la regardaient et attendaient ses ordres. Jamais elle n’avait vu un tel massacre. Quel monstre pouvait avoir fait une chose pareille ?? Elle frissonna lorsque la main de Tai se posa sur son épaule. C’était la première fois qu’un homme osait la toucher depuis… Non elle ne voulait pas penser à ça, pas maintenant. Tai prit la parole d’une voix rude.

« Capitaine on fait quoi ? »

Elizabeth le regarda un long moment sans répondre puis détourna résolument le regard de ce qui avait dû être une communauté paisible avant l’arrivée de leur bourreau.

« On cherche. Dit-elle d’une petite voix avant de reprendre cette fois de manière plus assurée. On cherche des informations !! »

Puis voyant qu’aucun ne bougeait. Elizabeth se tourna vers eux pour les haranguer.

« Allez ! Ne me faites pas croire que vous avez peur ! Ils sont tous morts !! » Cria-t-elle avec violence, luttant contre les larmes qui lui montaient aux yeux devant une telle cruauté.

 

Sans répondre, les hommes de l’Empress se mirent à fouiller les décombres du village, pendant qu’Elizabeth prenait sur elle et en faisait autant, fortifiant son âme en se répétant que c’était le prix à payer pour libérer son mari.

 

 

 

Antre de Calypso, toujours au fond de l’océan, on change pas les bonnes habitudes

 

Calypso suivait la progression d’Elizabeth avec beaucoup d’attention et détaillait avec amusement les émotions qui se succédaient dans le cœur de la jeune femme. Tout d’abord le dégoût puis, la peur qu’elle s’efforçait de dominer pour la cacher aux hommes qui l’accompagnaient, et enfin ce petit espoir qui semblait briller au-dessus d’elle, lui donner de la force et la volonté farouche d’atteindre son but.

« Pauvre petite mortelle. Tu ignores même quel est ton véritable objectif. Tu as triché Elizabeth Turner ! Et tu veux recommencer à aller à l’encontre du destin ? Mais tu ignores tellement de choses. » Souffla Calypso.

 

D’un geste elle ouvrit ses perceptions sur l’océan et chercha l’homme cruel qui avait trouvé la carte menant au péridot. Calypso savait qu’il ne lui servirait à rien de le trouver, seule une personne au cœur pur pouvait lui demander d’exaucer son souhait le plus cher, et cet homme était loin de répondre aux critères. Cependant il serait intéressant de voir ce qu’il en ferait. Après tout ils avaient un but commun elle et lui, détruire les pirates.

 

Calypso sourit une nouvelle fois et observa la progression d’Elizabeth dans les ruines de la communauté. Elle sentait le mince filet d’espérance de la jeune femme s’effilocher à chaque maison fouillée, à chaque cadavre profané par des mains avides. Calypso sourit en sentant le désespoir de celle que les pirates avaient prise pour reine et qui pataugeait à présent dans de la boue faite de terre et de sang. Oui, cette petite reine d’opérette qu’elle avait connue dans sa vie mortelle allait souffrir pour deux raisons. La première c’était qu’elle était plus pirate que reine et qu’elle avait suivi l’avis du premier conseil en s’opposant à sa libération et la seconde c’était qu’elle était entre Calypso et celui qu’elle désirait. Elizabeth Turner souffrirait et après elle tous les pirates mourraient un par un, tous ses « sujets » sauf peut-être Jack. Après tout, Calypso avait toujours aimé Jack, il était divertissant surtout au lit, peut-être qu’elle le garderait ou peut-être pas. Mais pour l’instant… Calypso ouvrit la main et souffla délicatement sur le morceau de carte qu’elle renfermait, elle allait aider le destin.

 

 

Île inconnue, sur le point d’accoster !

 

 

Jack, poussa un énorme soupir de soulagement. La terre !! Jamais il n’avait été si heureux de la voir sauf peut-être lorsque la marque noire était apparue sur sa main la première fois.

« Oui et on a tous vu que ça t’a réussi. Commença un premier Jack

- Ils ont fait de lui leur chef ! Souligna le second

- Mais c’était pour le manger, ça compte pas !

- Bien sûr que si ça compte et puis ils l’ont pas mangé non ?

- LA FERME ! Intervint Jack avant de reprendre plus calmement. Mes amis, nous sommes arrivés à destination, sur cette île se trouvent la fontaine de Jouvence et l’immortalité ! »

Pour le coup la nouvelle mit tout le monde d’accord et chacun observa avec un respect mêlé de crainte la côte qui s’étirait devant eux.

 

Jack se leva dans sa petite barque et commença à guider avec entrain la frêle embarcation vers l’île. Un sourire illumina son visage lorsque le vent gonfla les voiles dans la bonne direction et le dispensa d’avoir à ramer. Jack y vit un signe du destin en sa faveur et, les yeux rivés sur son compas, il débarqua sur l’île et suivit la direction que lui indiquait ce dernier. Jack avait les mains moites et le cœur battant. Bientôt il n’aurait plus rien à redouter, il serait quoiqu’il arrive le dernier pirate de tous les temps et écumerait les mers pour l’éternité et plus jamais, PLUS JAMAIS, il ne serait confronté à la mort.

 

Animé par ces pensées victorieuses, Jack avança vers son destin.

 

 

Le Hollandais Volant, dans l’au-delà

 

 

Will était assis dans sa cabine, il serrait une fois de plus dans ses doigts un morceau d’étoffe appartenant à Elizabeth et respirait son odeur que le temps commençait inexorablement à effacer. Les yeux dans le vague, l’étoffe contre son visage, Will tenta de se représenter Elizabeth, que faisait-elle ? Avec qui était-elle ? Était-elle comme lui en train d’errer sur des océans ? Cherchait-elle à le rejoindre tout en sachant que pendant dix ans le bonheur leur serait inaccessible ? Ou bien alors était-elle rentrée à Port Royal pour régler les affaires de son pauvre père ? Will n’était pas inquiet pour elle, il savait qu’elle avait de la ressource, elle l’avait montré à de nombreuses reprises, non en fait ce qui l’angoissait le plus c’était

« Jack Sparrow. » Susurra une voix derrière lui.

 

Will se retourna vivement et écarquilla les yeux en reconnaissant celle qui se trouvait devant lui.

« Que voulez-vous ? Demanda-t-il d’un ton sec, refusant de se laisser déstabiliser par le nom qu’elle avait prononcé et qui trahissait si bien ses inquiétudes

- Ce que je veux, tu le sais William. Tout comme moi je sais ce qui te tourmente. Répondit Calypso de la manière énigmatique qui lui était coutumière.

- Vraiment ? Rétorqua Will avec un soupçon d’amertume. C’est pourtant vous qui avez tout fait pour que je me retrouve Capitaine de ce navire à la place de votre ancien amant non ?

- Je n’y suis pour rien tu as accompli ton destin rien de plus. Répondit-elle d’un ton agacé. En revanche je peux t’aider à y voir plus clair dans ce qui t’angoisse.

- Et pourquoi vous ferais-je confiance ?

- Parce que je suis la seule à pouvoir te dire ce que fait exactement ta chère Elizabeth.

- J’ai confiance en Elizabeth. Je sais qu’elle m’aime. »

 

Calypso s’approcha de son pas légèrement cadencé, les yeux dans ceux du jeune capitaine.

« Mais tu te demandes où elle est n’est-ce pas ? Et par-dessus tout si elle est avec Jack. Tu dis que tu as confiance en elle mais tu ne peux t’empêcher d’y penser. Dix années William, dix années durant lesquelles tu es coincé dans ce monde pendant que ta femme écume les mers. Dix années à être la reine des pirates avant de te retrouver. Souviens-toi. » Souffla-t-elle.

Calypso passa la main devant le miroir qui se trouvait dans la cabine de Will et en fit apparaître la vision d’Elizabeth en train d’embrasser le pirate avant de l’attacher au mât de son navire.

« C’était pour tous nous sauver. Ça ne voulait rien dire. Déclara Will d’une voix mal assurée sans pouvoir détacher les yeux du couple.

- Bien sûr. Mais, es-tu vraiment certain que ce n’était que pour cela William ? » Insinua Calypso d’une voix sensuelle.

Will ferma brièvement les yeux, le visage décomposé.

« Pourquoi faites-vous ça ? Pourquoi vous acharner contre nous ?

- Oh, mais je ne te veux pas de mal William. Au contraire, je ne veux que te faire du bien, t’accorder du plaisir. » Susurra Calypso en posant sa main sur la cicatrice qui barrait à présent le torse du jeune homme à l’endroit où aurait dû se trouver son cœur.

 

Sèchement Will prit sa main et la retira.

« La seule chose qui pourrait me procurer du plaisir serait de retrouver les bras de ma femme. Quand à votre aide je m’en passerai. À présent, si vous le permettez j’ai des âmes à guider. Conclut Will avant de sortir sans lui jeter le moindre coup d’œil.

- Tu regretteras ça William Turner, viendra un temps où tu me supplieras de t’accorder mon aide je te le promets. » Siffla Calypso avant de disparaître.

 

 

Île inconnue, dans la forêt,

 

 

Jack continuait à suivre la direction indiquée par le compas. Il ne prenait même pas le temps d’observer le paysage qui l’entourait, son cœur cognait violemment dans son torse, il était si proche de mettre enfin la main sur l’immortalité qu’il désirait plus que tout au monde.

 

Enfin, il déboucha dans une clairière au milieu de laquelle coulait un ruisselet, Jack se précipita vers ce dernier, persuadé qu’il était la source de vie, la Fontaine de Jouvence avant de constater, dépité que le compas lui indiquait de remonter ce courant. Sûrement pour trouver la source songea-t-il. C’était évident il fallait boire l’eau à sa source afin de profiter de ses vertus. Fort de cette conviction et sûr à présent d’atteindre son but Jack se mit en devoir de progresser dans cette forêt silencieuse, un sourire satisfait aux lèvres à l’idée d’avoir réussi à doubler cet imbécile de Barbossa.

 

 

Île de Zebirget,

 

 

Elizabeth était anéantie. Malgré tous les efforts que ses hommes et elle-même avaient déployés, malgré le dégoût surmonté, malgré la fouille attentive de chaque parcelle de ce maudit village, ils n’avaient rien trouvés. Pas la moindre indication permettant de découvrir l’endroit où le fabuleux péridot pouvait être caché, rien. Elle signala d’un geste las à Tai que la fouille était terminée et qu’ils pouvaient prendre du repos, puis s’éloigna du village. Elle se sentait salie et honteuse de la manière dont elle avait dû se comporter, troublant le repos des morts sans que cela ne lui permette de se rapprocher de son but.

 

Ses pas la menèrent vers un cours d’eau dont elle s’approcha avec reconnaissance. Elle s’aspergea d’eau fraîche et se débarrassa ainsi du sang et de la boue qui maculaient son visage et ses bras. Elle songeait sérieusement à profiter de l’occasion pour approfondir sa toilette lorsqu’un craquement sinistre la mit en alerte. Saisissant d’un geste assuré son épée, elle avança lentement vers le lieu d’où provenait le bruit pour prendre l’éventuel agresseur par surprise. Elizabeth se dissimula habilement et attendit de pouvoir jauger ce qui lui arrivait avant de prendre une décision.

 

Stupéfaite, elle vit un homme seul, les yeux rivés sur le petit boîtier noir qu’il tenait entre ses mains dépasser l’endroit où elle s’était dissimulée avant de s’arrêter brusquement pour tapoter le cadran de son compas.

« Jack ? » Demanda-t-elle d’un ton incrédule en sortant de sa cachette.

Les épaules de Jack frissonnèrent brièvement et, lentement, il se tourna vers elle. Il arborait un sourire cynique comme à son habitude mais dans ses yeux il y avait toute la résignation du monde. Il grimaça un sourire et fit une caricature de révérence à la femme qui le contemplait avec un air à la fois incrédule et émerveillé.

« Votre Altesse … »

 

 

Chapitre 2                                                                                          Chapitre 4

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Commentaires : 2
  • #1

    Alice (vendredi, 25 juillet 2014 12:47)

    Eh bah il marche très bien ce compas.... ^^

  • #2

    Jess Swann (vendredi, 25 juillet 2014 15:44)

    C'est ce que je me tue à dire