Chapitre 17 A la frontière

Le Black Pearl, cabine du Capitaine …

 

 

Elizabeth, les yeux clos, dormait toujours et laissait son esprit dériver librement. Elle était enfermée en elle-même, terrifiée, incapable d’avancer dans une direction ou une autre, ni morte ni vivante. Son corps douloureux qu’elle sentait de très très loin lui rappelait les outrages qu’elle avait subis. Les mains de Beckett puis de tous ces inconnus qui avaient glissés sur elle, en elle. Alors que tout ce qu’elle voulait c’était l’oubli. Mais elle n’y avait pas droit. Sans répit, les visages du passé, les visages des morts, revenaient la hanter, les visages de son père, de James, de Will… Tous ceux qui étaient morts de l’avoir aimée.

 

Elle avait causé sa perte de son père et il avait sacrifié une part de son honneur pour la retrouver avant de perdre la vie à cause d’elle. Tout comme James. Et Jack qui était mort à deux reprises pour lui avoir fait confiance et pour avoir voulu la protéger. Et Will. Lorsqu’elle l’avait connu, elle lui avait fait la promesse de veiller sur lui et il était mort à sa place. Et à présent elle avait même perdu la clef qui menait à son cœur. Elle avait échoué. Elle ne laissait que désolation autour d’elle, elle brisait toutes les vies qu’elle touchait.

 

Elizabeth frissonna, elle avait peur, enfermée dans ses cauchemars dont personne ne viendrait la sortir cette fois. Elle ne voulait plus vivre. Elle ne voulait plus affronter la peine, la souffrance, la mort de ceux qu’elle aimait. Alors, elle fit son choix et monta dans la chaloupe qui l’attendait.

 

Lentement Elizabeth prit les rames, commençant à se diriger vers ce qui lui semblait être la solution. Un voyage jusqu’à l’oubli, une dernière étreinte avec Will avant le repos, un adieu avant de nouveaux regrets. La douleur s’éloigna peu à peu et Elizabeth Turner sentit les larmes rouler sur ses joues tandis qu’elle dirigeait son embarcation vers la frontière entre les deux mondes. Elle ne fit pas attention aux autres âmes, qui, autour d’elle ramaient sans connaître leur destination, perdus, égarés et cherchaient du regard ceux qu’ils connaissaient.

 

Le Hollandais Volant, monde des morts

 

A la proue de son navire, Will observait la cohorte d’âmes égarées qui se pressait contre la coque du Hollandais Volant à la recherche d’un guide, d’un soutien. Bill s’approcha doucement de lui et prit la parole avec réticence.

« Fils. Ils t’attendent aux portes. Tu dois venir les guider.

- Elizabeth est morte. Je ne la reverrais jamais. »

Bill lui posa la main sur l ‘épaule.

« Tu n’en sais rien.

- Si, bien sûr que si je le sais ! Elle est morte parce qu’elle a choisi de donner une nouvelle chance à Jack ! Et lui au lieu de l’aider, il a agi comme il a toujours fait, il a fui. »

 

Bill regarda son fils, effaré par la lueur qui brillait dans ses yeux.

« Will, les âmes attendent tu sais que tu dois les guider. »

Le jeune capitaine répondit avec amertume.

« Et pourquoi ? Pour me retrouver seul dans cette vie comme dans l’autre ? Tout dépendait d’une journée papa. »

Bill vacilla en comprenant que Will n’avait plus de raisons de continuer sa mission. Il n’avait plus l’assurance de retrouver les bras aimants de sa femme lors de son unique journée.

« Un jour, un seul jour auprès d’elle. C’est tout ce qu’on m’a accordé. Jones avait raison. La vie est cruelle.

- Will, pense à ces âmes qui t’attendent pour les guider …

- Personne n’a guidé Elizabeth. Elle a sacrifié notre chance d’être ensemble pour Jack et il l’a laissée aux mains de Beckett. Il savait ce qu’elle risquait et il l’a abandonnée pour courir après la Fontaine de Jouvence ! »

 

Bill soupira.

« Et à cause de cela tu vas abandonner ta charge ? Laisser ces pauvres âmes errantes trouver le chemin seules ? Will, je sais que ton beau geste est bien peu récompensé mais crois-tu qu’Elizabeth voudrait cela ? »

Will grimaça, la voix enrouée et contint toute l’amertume qu’il ressentait.

«  Bien sûr que non. Je vais les guider. Après tout le Hollandais Volant a besoin d’un Capitaine. Je serais celui-ci jusqu’à ce quelqu’un me délivre de ma charge en poignardant mon cœur. Et après, je rejoindrais Elizabeth… »

 

Fonds sous-marin

 

Calypso grimaça en entendant la réponse de Will. Lorsqu’elle lui avait annoncé la mort d’Elizabeth, elle avait cru que le jeune Capitaine faillirait à sa mission, qu’il partirait à la poursuite du Pearl et détruirait lui-même Jack et Elizabeth. Surtout Elizabeth. Mais elle avait sous-estimé l’intégrité de Will.

 

Calypso soupira et se tourna vers Barbossa, qui, à bord du navire qu’elle lui avait procuré, progressait en direction de la Fontaine de Jouvence. Il lui suffirait de la trouver avant Jack et Elizabeth mourrait. Quand à Will, il ne serait jamais libéré.

« Tu m’appartiens William Turner… » Murmura-t-elle.

 

Le Black Pearl

 

Aux côtés d’Elizabeth, Jack serrait les poings et luttait contre les larmes qui lui montaient aux yeux à la vue de son visage exsangue et de ses lèvres pales. La poitrine de la jeune femme se soulevait à peine et sa peau avait la froideur de la mort.

« Lizzie ! Battez-vous ! »Murmura-t-il.

Il prit la main froide de la jeune femme dans la sienne et se pencha sur elle.

Un baiser, un seul, pour se souvenir du goût que ça a…

 

Tai Huang entra dans la cabine, haletant, et Jack se rejeta brutalement en arrière. Le second le fixa, l’air empressé.

« Terre ! Capitaine, Terre ! »

 

Jack se leva d’un bond en entendant la nouvelle qu’il attendait depuis des jours, depuis que Périboéa lui était apparue et lui avait expliqué comment sauver Elizabeth. La Fontaine de Jouvence. Il l’avait enfin trouvée ! Il se pencha sur Elizabeth et ôta doucement une mèche de son visage.

« Lizzie, accrochez-vous. Je vais revenir avec l’eau de la Fontaine. » Promit Jack avant de sortir.

 

Une fois sur le pont, Jack se précipita sur les cordages

« Une chaloupe à la mer, vite ! Tai Huang tu restes ici et tu veilles sur Elizabeth. » Ordonna-t-il en commençant à descendre vers la barque, le compas à la main.

 

Le Hollandais Volant

 

Will n’avait pas voulu voir les âmes dont il avait la charge et s’était retranché dans sa cabine pour pleurer la mort d’Elizabeth. Il n’arrivait pas à croire qu’il ne verrait plus jamais son sourire, qu’il n’entendrait plus sa voix ni ne caresserait son visage. Lorsque Calypso était venue le rejoindre, il avait véritablement cru que c’était Elizabeth qui revenait vers lui et il avait été heureux alors. Mais à présent il n’avait plus le moindre espoir. Elizabeth ne reviendrait pas, elle ne serait pas là lorsqu’il mettrait pied à terre dans dix ans. Mais il ne lui survivrait pas plus longtemps. Il trouverait son cœur et l’offrirait à celui qui voudrait son immortalité. C’était si simple.

 

Le cours de ses pensées fut interrompu par l’arrivée de Bill dans sa cabine.

« Will ! Faudrait mieux que tu viennes voir ça. Maintenant ! »

Le jeune Capitaine se leva, intrigué par l’air paniqué de son père et s’approcha du bastingage. Ses yeux se voilèrent en reconnaissant celle qui s’apprêtait à franchir la frontière entre les deux mondes.

« Elizabeth… Murmura-t-il tandis que le soleil se levait dans son monde et se couchait dans celui où elle était encore. ELIZABETH !! Cria-t-il. Non !! Arrête-toi !! Ne va pas plus loin ! Ne passe pas la frontière entre les mondes ! »

 

Elizabeth leva son visage en direction de la voix qui l’appelait et elle se leva.

« Will !! »

Elle vit son époux s’agiter et ordonna à Bill de lui mettre une chaloupe à la mer.

« Surtout ne t’approche pas Elizabeth ! »

Elizabeth frissonna tandis que les chaloupes des autres la dépassaient et entraient sans hésiter dans le royaume des morts. Elle vit la chaloupe de Will s’approcher d’elle et l’inquiétude briller dans les yeux de son époux qui fut bientôt près d’elle.

 

Elizabeth tendit la main pour le toucher mais Will secoua négativement la tête.

« Non. Si tu franchis cette frontière tu mourras et il n’y aura plus d’espoir. Il va falloir se contenter de se voir. Sans se toucher. Murmura Will d’un ton empli de peine.

- Will, pardonne-moi. Je ne pouvais pas laisser mourir Jack, pas après ce que je lui avais fait la première fois, pas après qu’il ait sacrifié son immortalité pour que tu me restes. Pas après qu’il soit mort à ma place. »

Will blêmit. Cela faisait des mois qu’ils ne s’étaient pas vus et la première chose dont elle lui parlait c’était de Jack.

« J’ai cru que …

- Tu as cru que je l’aimais. »

Will ferma les yeux alors que le souvenir de cette conversation lui revenait brutalement. C’était la seule fois qu’Elizabeth lui avait parlé d’amour. Et c’était à propos de Jack.

«  L’aimes-tu ? » Lui demanda-t-il, cherchant son regard.

 

Elizabeth baissa les yeux, ne sachant quoi répondre. Elle ne savait pas ce qu’elle ressentait pour Jack, ni pourquoi le péridot lui avait accordé la vie de Jack alors qu’il lui avait refusé la libération de Will.

« Et toi ? Est-ce vrai que tu avais un accord avec Jack ? Qu’il devait poignarder le cœur et libérer ton père à ta place ? »

Will eut une grimace amère. Elle n’avait pas répondu à sa question une fois de plus.

«  J’avais un accord avec Jack. Je ne voulais pas te perdre Elizabeth.

- Je croyais que tu m’avais choisie… Murmura-t-elle. Je croyais que j’étais la plus importante pour toi.

- J’avais fait une promesse à mon père Elizabeth. »

Elle le regarda, les yeux brillants de larmes retenues.

«  Et si tu avais dû choisir, qu’aurais tu fait ?

- Et toi ? Si tu devais choisir entre Jack et moi. Que ferais-tu ? » Répondit Will malgré la douleur qu’il ressentait à cette idée.

 

Elizabeth baissa les yeux un instant.

« Tu es mon époux Will, je t’ai fait une promesse.

- Elizabeth. Je ne veux pas que tu passes ta vie à m’attendre. Si, si tu aimes Jack alors va vers lui. Déclara Will avec difficulté.

- Will ! Non je, Murmura Elizabeth en s’approchant

- N’approche pas ! Elizabeth je t’en prie ! Si tu n’as pas encore passé la frontière, c’est donc que tu n’es pas morte. Comment as-tu échappé à Beckett ? »

Elizabeth grimaça en entendant le nom si haï.

«  Jack, il est venu me chercher. »

Will eut un sourire sans joie. Calypso avait une fois de plus menti.

« Bien sûr. Il est venu pour toi. »

 

Elizabeth baissa une nouvelle fois les yeux.

«  Will. Je ne tiens pas à vivre. »

Will fouilla un instant son visage, atterré, puis reprit.

« Fuir ne résoudra rien. Et je ne te guiderai pas Elizabeth. Ne me demande pas d’endurer ça, de te laisser de l’autre côté. »

Elizabeth le regarda, frappée en plein cœur par ces mots si semblables à ceux de son père.

«  Will, je …

- Je vais rester avec toi Elizabeth, je ne te laisserais pas, laisse-moi veiller sur toi à mon tour. Murmura Will. Laisse-moi te voir jusqu’à ce que tu repartes dans l’autre monde et que je sois privé de toi pendant dix ans. Je veux juste te regarder. Tu es si belle mon Elizabeth. »

 

La jeune femme sentit son cœur se serrer et songea à ce Beckett lui avait fait, à la marque qui la défigurait. Elle ouvrit la bouche pour parler mais se tut en croisant le regard émerveillé de Will. Lui dire ce que Beckett lui avait fait serait inutilement cruel. Avec un soupir elle se tourna vers le jeune forgeron qui avait touché son cœur dès le premier regard.

« Parle-moi Will. Tu me manques tellement. Murmura-t-elle avant de se mettre à pleurer.

- Elizabeth, tu me manques aussi, chaque jour je surveille l’horizon, je me demande ce que tu fais, où tu es. Elizabeth je veux que tu sois heureuse. Et si, si ton bonheur est avec un autre, je l’accepterais. » Murmura Will sans la regarder.

Chapitre 16                                                                                      Chapitre 18

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