Chapitre 8 Deux destins qui se rejoignent enfin

Assise immobile dans un fauteuil, Elizabeth Turner pleurait silencieusement. Elle avait ressenti jusque dans la chair sans le voir le moment où la corde s'était tendue, rompant d'un coup sec la vie de son époux. Elle avait passé toute la nuit ici, des larmes de chagrin et d'impuissance roulant sans fin sur ses joues alors qu'elle voyait les heures défiler jusqu'à celle de la mort de Will.

 

Un pas résonna sur l'allée sans qu'elle ne s'y intéresse et elle ne se retourna pas lorsque la porte s'ouvrit avec un couinement. Sur le seuil, le cœur au bord des lèvres, James Norrington la regarda longuement avant de parler.

« C'est fini…

- Je sais… » Répondit Elizabeth d'une voix tremblante.

Embarrassé, James entra silencieusement et referma la porte derrière lui.

« Il a pensé à vous jusqu'au dernier instant Elizabeth, j'en suis sûr.

- Taisez-vous… Ne parlez pas de Will. Pas maintenant. » Répondit Elizabeth d'une voix tremblante avant de fondre en larmes.

James s'approcha doucement d'elle et la prit dans ses bras, ses mains caressant sa chevelure dorée.

« Je suis si désolé Elizabeth. Murmura-t-il

- C'est trop dur James … Je n'y arriverais pas. Balbutia Elizabeth contre son épaule.

- Bien sûr que si, Will avait raison. Vous êtes forte et vous avez une raison de vous battre. Cet enfant que vous portez. »

 

A ces mots, Elizabeth s'écarta de lui et ses mains glissèrent sur son ventre.

« Cet enfant ne connaîtra jamais son père. Quelle vie puis je donc lui offrir ? »

James, bouleversé, lui releva le menton et la força à le regarder.

« La vie que Will aurait voulu lui donner Elizabeth…. Je, je sais que dans votre cœur je ne le remplacerais jamais, mais je vous jure d'être un père pour cet enfant. Le meilleur qui soit. Je, j'ai toujours su que nos destins étaient liés, je regrette juste qu'il ait fallu un tel drame pour qu'ils se rejoignent enfin. »

Elizabeth se recula légèrement.

« Est-ce nécessaire de parler de ça dès à présent ? » S'exclama-t-elle d'un ton vibrant d'indignation.

Une expression peinée passa sur le visage de James et il lui prit doucement la main.

« Elizabeth, j'aimerais pouvoir vous laisser le temps …Mais plus nous attendrons, plus votre enfant, l'enfant de Will, sera en danger. »

 

La jeune femme frissonna et songea à la promesse qu'elle avait fait à son époux, celle d'épouser James pour sauver leur enfant.

« Je sais, je ne vous veux en pas James … Je …. Will m'a fait promettre mais c'est si dur de penser à continuer sans lui … De savoir que je vais devoir renier mon engagement envers lui, que je vais devoir vous épouser et prétendre que cet enfant conçu dans l'amour d'un mari et d'une femme est votre alors que …

- Que vous ne m'aimez pas. » Compléta James avec tristesse.

Une expression honteuse sur le visage, Elizabeth le regarda enfin.

« Pardon James …. Je … je vous respecte beaucoup et je vous considère comme un ami. Je sais le sacrifice que vous faites pour moi et pour Will. Ne me croyez pas ingrate.

- Je ne le crois pas Elizabeth. Mais tout ceci n'a rien d'un sacrifice à mes yeux.

- James… je, commença Elizabeth.

- Je sais. Vous aimez Will. Et je crois que vous l'aimerez toujours. Continua le Commodore d'un ton désabusé. Seulement, j'ose espérer qu'avec le temps vous finirez par ne plus me voir comme celui que vous avez été forcée d'épouser pour sauver votre enfant. Et que peut être un jour, à défaut de m'aimer comme vous aimez Will, vous en viendrez à m'apprécier. Je ne vous contraindrai pas Elizabeth. Et je ne vous demanderai jamais d'oublier Will, j'aimerai juste un jour tenir une place dans votre vie et dans votre cœur. »

 

Les yeux brouillés par les larmes, Elizabeth hocha la tête tandis que James s'écartait respectueusement d'elle.

«  Je vais vous laisser à présent. Je voulais juste vous dire que Will, il n'a pas souffert. » Dit-il d'une voix étouffée.

Elizabeth hoqueta silencieusement avant de se reprendre.

« Merci James. D'être venu. Et d'être allé voir Will. Ainsi, je sais qu'au moins une personne parmi celles qui étaient venues le regarder mourir était son ami.

- Il en avait d'autres…. Répondit James en rougissant à la pensée de l'absolution que lui avait offert le jeune homme. C'était un homme bien. »

Elizabeth laissa les larmes couler sur ses joues avant de répondre d'une voix brisée.

« Vous aussi James. Un homme que toutes les femmes rêveraient d'épouser et je vous remercie d'être ici, pour moi, pour mon bébé.

- Elizabeth je serais toujours là pour vous. Je vous le promets. »

 

Elle se mordit la lèvre nerveusement avant de détourner le regard, le cœur déjà serré à l'idée de trahir Will.

« Quand… quand me faudra-t-il vous épouser ? »

Refoulant sa peine devant l'expression qu'elle choisissait pour évoquer leur mariage, James répondit d'une voix froide.

« D’ici un mois. Pour que personne ne puisse douter de ma paternité.

- Un mois… Répéta Elizabeth. Soit. » Dit-elle en détournant le regard.

Avec un soupir, James se pencha sur elle et embrassa délicatement sa main.

«  Je vous laisse Elizabeth. Je n'ai pas ma place dans votre chagrin. Et je ne veux pas vous imposer dès maintenant ma présence. Si vous avez besoin de moi faites-moi appeler, à n'importe quelle heure. Je viendrai. »

 

Sans attendre de réponse de la part de sa future femme, James tourna les talons, la laissant seule avec ses regrets d'un bonheur enfui ….

 

()()

 

Will était mort depuis deux semaines, lorsque, légèrement embarrassé, James fit son entrée dans le salon d'Éva Talmer. Les yeux pétillants de joie, la jeune fille se félicita intérieurement d'avoir revêtu sa plus jolie robe ce jour-là. Elle avait peu vu James depuis sa déclaration interrompue et espérait chaque jour sa visite depuis.

 

James, l'air grave, s'inclina respectueusement devant elle. Il saisit sa main fine entre ses doigts avant de la laisser retomber.

« Éva, ce qui m'amène aujourd'hui est assez délicat. Je ne sais comment vous présenter ceci … »

Éva, rougit alors que son cœur battait la chamade à l'idée que le moment qu'elle attendait tant était enfin arrivé.

« Je vous écoute Commodore … » Souffla-t-elle, les lèvres légèrement entrouvertes dans l'attente d'un baiser.

Le Commodore s'écarta légèrement d'elle et prit sa main dans les siennes, scrutant son visage.

« Sachant les sentiments d'amitié que vous avez pour Elizabeth et ce que mon comportement a pu vous laisser penser. Commença-t-il avec regrets.

- Ce n'est rien Commodore, j'ai compris à présent. Le coupa-t-elle en rougissant.

- Je tenais à vous annoncer la nouvelle moi-même. Continua James mal à l'aise. J'ai demandé à Elizabeth de devenir ma femme. »

 

Éva le regarda sans comprendre et ses doigts se crispèrent sur les siens.

« Je … Quoi ? Balbutia-t-elle, espérant s'être trompée.

- Elizabeth et moi nous nous marierons dans deux semaines Éva. J'ose espérer pouvoir compter sur votre présence. Vous avez toujours été une amie fidèle pour elle et je sais qu'elle aimerait vous avoir à ses cotés, tout comme moi. »

Les yeux brillants de larmes d'humiliation, Éva retira sa main de celle du Commodore.

« Je, je ne comprends pas Elizabeth a déjà un mari… » Dit-elle stupidement.

 

James soupira et évita son regard alors qu'il s'apprêtait à lui livrer le mensonge dont Elizabeth et lui avaient convenu.

« Will est mort et en mourant il a défait des liens qu'Elizabeth avait noués à la hâte. Je l'ai toujours aimée, vous le savez, et aujourd'hui j'ai le bonheur qu'elle admette ressentir la même chose à mon égard. »

Éva pouvait presque entendre les battements désordonnés de son propre cœur tant ce dernier cognait dans sa poitrine, serré à l'étouffer.

« Vous l'avez toujours aimée … Répéta t'elle le regard vide.

- Oui. Répondit James. La mort de Will nous … nous offre une chance et nous ne pouvons plus attendre. Dit-il en souriant avec effort conscient que ses mots sonnaient creux.

- Mais je croyais que … » Commença Éva avant de s'interrompre, rouge d'humiliation.

 

James recula et la regarda avec surprise alors qu'il comprenait où elle voulait en venir. Il rougit à son tour au souvenir de ce qui avait failli se produire quelques semaines plus tôt chez lui et la dévisagea intensément.

« Je … Éva… Si mon comportement à votre égard a pu vous faire penser à d'autres sentiments que la simple amitié, je, vous m'en voyez désolé. »

Serrant les dents pour ne pas pleurer, Éva le regarda avec toute la froideur dont elle était capable.

« Qu'aurais-je espéré Commodore ? Ce n'est pas comme si j'avais été amoureuse de vous … »

 

James soupira de soulagement et lui sourit.

« Pardonnez-moi. Un instant j'ai cru que vous aviez nourri d'autres espoirs. Répondit-il d'un ton badin. Je m'en serais voulu dans ce cas… Vous êtes une jeune fille accomplie et je suis persuadé que le moment venu, vous trouverez un homme qui saura apprécier la femme parfaite que vous serez un jour. »

Éva, détourna le regard, l'amertume au cœur en songeant qu'elle avait pensé qu'il serait cet homme et replia nerveusement son éventail.

« Je … la voiture m'attend Commodore. »

James la regarda d'un air navré.

« Bien sûr. Pardonnez-moi, je ne voudrais pas vous retarder. Du reste j'ai moi aussi beaucoup de choses à faire … Dit-il avant de lui baiser la main avec galanterie. J'espère vous voir à notre mariage Éva. »

La jeune fille ne répondit pas tandis qu'il s'éloignait d'un pas vif.

 

Une fois que la porte se fut refermée sur lui, Éva fondit en larmes et laissa éclater sa peine à l'idée que celle qu'elle avait longtemps considérée comme son amie venait de lui voler l'homme qu'elle aimait.

 

()()

 

Deux semaines plus tard, Elizabeth remontait la nef, vêtue d'une robe aux nuances rougeâtres qu'elle avait choisie sans enthousiasme pour ses secondes noces en moins de deux mois. Cette fois, elle était seule et le bras de son père lui manquait plus que jamais au moment où, pour le bien de son enfant, elle allait unir sa vie à un homme qu'elle respectait mais n'aimait pas.

 

Droite, les yeux brillants de larmes, Elizabeth regarda à peine les quelques invités que comptait la noce, l'esprit tout entier tourné vers la cérémonie qui avait eu lieu deux mois plus tôt . Cette fois, ce n'était pas le regard aimant et brillant de joie de Will qui l'attendait au pied de l'autel mais la dignité froide et un peu empruntée de James Norrington. Le cœur au bord des lèvres et sa pâleur exacerbée par le pourpre de sa robe, Elizabeth fouilla un instant l'assemblée. Ses yeux s'arrêtèrent sur Éva, qui toute de blanc vêtue entre ses parents, détourna les siens, une expression de dégoût sur le visage. Tremblante, Elizabeth serra son bouquet d'orchidées de toutes ses forces et parcourut les derniers mètres qui la séparaient du prêtre.

 

James, une expression fascinée sur le visage, lui sourit avec douceur. Son cœur battait à tout rompre alors qu'il songeait que ce jour était sans conteste le plus beau de sa vie. Il s'inclina devant elle avec déférence avant de glisser sa main dans la sienne et attendit que le prêtre fasse son office.

 

Cette fois encore, Elizabeth n'entendit rien du discours et des vœux de l'officiant. Elle répéta par automatisme les paroles rituelles qui faisaient d'Elizabeth Swann veuve Turner, Elizabeth Norrington. Sa main étreignant nerveusement celle de James, Elizabeth ne pouvait penser qu'à Will, à leur bonheur éphémère brisé après leur mariage … Les larmes aux yeux, elle ne réagit pas lorsque James, un léger sourire d'excuse aux lèvres, se pencha sur elle pour sceller leur union par un long baiser qui était en réalité le premier qu'ils échangeaient.

 

La toute fraîche Madame Norrington reçut les félicitations avec un sourire figé et luttait contre l'envie d'arracher l'anneau d'or qui avait remplacé à son doigt celui, plus simple, que Will y avait glissé. Éva, le regard dédaigneux, passa devant elle et se contentant de la saluer d'un signe de tête tandis qu'elle tendait sa main fine à James.

«  Je vous souhaite d'être heureux Commodore. » Dit-elle d'une voix tremblante.

Pour toute réponse, James lui lança un sourire éblouissant et resserra son bras autour de la taille de sa jeune épousée.

« Je le serais. » Affirma-t-il en couvant Elizabeth du regard.

 

Pendant ce temps, Lord Beckett, un sourire sardonique sur les lèvres et un verre dans les mains, s'inclinait devant Elizabeth.

« Et bien … Madame Tur… mes excuses Madame Norrington … Je dois reconnaître que j'éprouve des difficultés à suivre le fil des inclinaisons de votre cœur. Ironisa-t-il. Il me reste à vous souhaiter que ce mariage dure plus longtemps que le précédent. Sinon à ce compte vous aurez épuisé ce que Port Royal compte comme célibataires avant la fin de l'année. »

Elizabeth se raidit et le fixa avec haine.

« Si vous restez loin de nous peut être effectivement aurons-nous une chance. »

Beckett la regarda et leva son verre d'un geste moqueur tandis que son regard devenait d'acier.

« Méfiez-vous Madame Norrington …. Je vous ai épargnée une fois il n'y en aura pas de seconde. » Gronda-t-il d'un ton menaçant, un sourire de façade vissé aux lèvres.

 

James, inquiet, s'approcha d'eux et saisit Elizabeth par la taille, son bras la maintenant contre lui.

« Oh Commodore. Grinça Beckett. Je disais justement à votre épouse quel plaisir j'avais à voir deux jeunes mariés aussi heureux …. Même si j'émets des réserves sur les raisons de votre engagement… Après tout, il y a deux mois à peine Madame Norrington semblait fort éprise de son pirate. »

James se raidit à ses paroles avant de se pencher sur Elizabeth pour l'embrasser légèrement sur les lèvres.

« Et bien cela a changé. A présent si vous voulez bien nous excuser.

- Oh oui, la nuit de noce… Enfin habituellement la mariée est vierge. » S'esclaffa Beckett avant de s'éloigner à la recherche d'un nouveau verre.

 

()()

 

Elizabeth pénétra seule dans la chambre qu'elle allait désormais partager avec James, bouleversée de se retrouver dans un endroit si différent de la maison dans laquelle elle avait emménagé avec Will. Cette fois, elle avait passé seule le seuil de la chambre dans laquelle ne brûlait nulle bougie. D'un geste las, elle défit sa coiffure et laissa ses cheveux retomber en cascade sur ses épaules, sa bouche tremblante des larmes qu'elle avait contenu toute la journée.

 

Un sourire aux lèvres, James entra à son tour, refermant la porte de la chambre derrière lui. Un verre à la main, il l'offrit à Elizabeth avant de s'asseoir à ses côtés.

« Tenez. La journée a dû être épuisante pour vous. »

Sans un mot, rougissante, Elizabeth but le verre d'un trait tandis que James l'embrassait tendrement dans le cou, ses mains se posant avec délicatesse sur sa robe. Elizabeth frissonna et se raidit à son contact alors que James s'écartait légèrement, ses doigts jouant avec les agrafes de son vêtement.

« James … Tenta Elizabeth, la voix tremblante.

- Chut. Répondit son époux, la voix enrouée par l'émotion. Laissez-moi-vous avouer ce que j'ai brûlé de vous dire tout au long de cette journée sans oser le faire. Je t'aime Elizabeth. » Déclara-t-il en plongeant son regard franc dans le sien.

 

Elizabeth sentit les larmes monter à nouveau à ses yeux tandis que James se penchait sur elle pour l'embrasser à nouveau.

« J'ai tellement imaginé ce moment … Mais… si tu ne veux pas je comprendrais. » Ajouta-t-il avec dignité, une pointe de regret dans la voix.

Elizabeth le fixa à son tour. Elle songea à l'engagement que James venait de prendre pour sauver l'enfant de Will et lui prit doucement la main.

« Tu es mon mari James. Dit-elle en luttant contre le souvenir de Will. En m'épousant tu t'es engagé à être un père pour mon enfant et moi je me suis engagée à être une épouse pour toi. »

James sourit avant de défaire lentement sa robe, il découvrit sa peau et ses doigts la caressèrent lentement.

« Je ferais attention à toi et au bébé. » Murmura-t-il tendrement avant de l'embrasser.

 

Elizabeth se contenta de répondre mollement et frissonna de sentir l'air froid sur sa peau. James, un peu ému, l'allongea doucement, ses mains parcoururent son ventre et il caressa sa poitrine tandis qu'il se glissait en elle en une lente poussée. Elizabeth ferma les yeux en le sentant progresser dans son corps. Les soupirs de plaisir de James résonnèrent dans ses oreilles alors qu'il allait et venait en elle, sa bouche cherchant la sienne.

 

Au bout d'un moment qui lui parut durer des heures, Elizabeth le sentit se crisper brutalement alors qu'il jouissait en elle avec un gémissement de plaisir. James soupira et roula sur le côté avant de la prendre dans ses bras.

« Merci Elizabeth. » Murmura-t-il à son oreille.


Elizabeth, un petit sourire triste aux lèvres ne répondit pas, ses yeux sombres brillaient de larmes pendant qu’à ses côtés, James, l'air plus heureux qu'il ne l'avait jamais été, s'endormait.

Chapitre 7                                                                                                 Chapitre 9

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Commentaires : 1
  • #1

    Wiwi (mardi, 12 juillet 2016 17:28)

    J'en étais sur que James profiterai de la situation pour faire un peu de sexe avec Elizabeth. En tous cas c'est super Jess Swann, continue car je trouve que tu as une belle et grande imagination que je trouve super. D'ailleurs, toutes tes histoires sont très passionnantes!
    Continue!!!