Chapitre 5 Pour Elizabeth

Cela faisait à présent une semaine que Will croupissait en prison, les poignets lourdement entravés par des fers et tenu à l'écart de toute visite. Le Gouverneur Swann avait beau avoir tenté de plaider sa cause auprès de Lord Beckett, ce dernier s'était montré inflexible et Will désespérait de revoir un jour Elizabeth.

 

Le visage marqué par les nuits sans sommeil des geôles et les railleries incessantes de ses compagnons d'infortune, Will ne bougea pas lorsque le cliquetis des clefs résonna devant sa cellule pas plus que lorsque la porte s'ouvrit avec un grincement sinistre. Le garde se pencha sur lui et le releva sans douceur.

« Debout, dépêche-toi. Lord Beckett veut te parler.

- Me parler … Répéta Will avec amertume. Il me semble pourtant qu'il a déjà tout dit non ? »

Sans répondre, le garde l'entraîna jusqu'au bureau de Beckett avant le laisser, les fers aux poignets devant le Lord qui releva à peine la tête.

« Laissez ça. Ordonna-t-il. Nous allons avoir une discussion seul à seul. »

 

Une fois le garde sortit, Cutler Beckett releva enfin la tête et détailla le visage de son prisonnier.

« Vous avez une mine affreuse Turner. Déclara-t-il en se servant un sherry

- Puis-je savoir pourquoi vous vouliez me voir ? Demanda Will avec raideur.

- Tsss toujours aussi fougueux Turner… A croire que votre traitement actuel ne suffit pas à vous faire prendre la mesure de vos erreurs passées.

- Si j'ai aidé Jack Sparrow, c'est parce qu'il ne méritait pas le sort que la Compagnie lui réservait. Je ne regrette pas mon geste. »

Beckett se crispa et le regarda d'un air supérieur.

« Turner, j'aimerais savoir pour qui vous vous prenez donc pour vous mettre en travers de la justice du Roi.

- Pour un homme de bien. Et j'avais une dette envers Jack. Il a sauvé Elizabeth et cela n'a pas de prix à mes yeux.

- Et ce qui n'a pas de prix aux miens, ce sont les intérêts de la Couronne. Jack Sparrow est un homme dépassé, dont les agissements appartiennent à un autre temps. La Compagnie et son représentant ne peuvent laisser un tel homme écumer les mers en toute impunité. »

 

Will le regarda, écœuré.

« Ainsi donc vous accordez plus de prix à des soieries qu'à une vie humaine ? »

Cutler le fixa avec un mépris non dissimulé.

« Vous vous bercez d'idéaux Turner ceux-ci, tout comme Sparrow, appartiennent à un temps dont la gloire est à présent terminée. Ce qui prime à présent ce sont les richesses, le commerce…

- Vous ne voyez que l'argent.

- Et bien c'est que les devises sont devenues la devise du royaume. Sparrow l'a bien compris, ce renégat a comme disparu depuis plusieurs mois malgré toutes mes recherches. »

Will le regarda avec un léger sourire.

« Et c'est pour me dire cela que vous m'avez fait venir ?

- Non … Turner, votre emprisonnement me cause quelques soucis. La charmante Miss Swann ne cesse de remuer ciel et terre pour vous faire sortir. Cette situation ne peut continuer. »

 

Will eut un léger sourire rêveur à la mention d'Elizabeth.

« Ma femme. Dit-il en insistant sur le mot. Partage mes convictions et ne trouve pas ce qu'il y a d'honorable ou de juste dans le fait de pendre un homme pour quelques ornements.

- Dans ce cas peut être devrais-je revoir ma décision à son égard. »

Will se leva brusquement.

« Non !

- Nous sommes finalement d'accord sur un point Turner. Nous allons donc faire un marché …

- Je doute d'avoir envie de passer un quelconque marché avec vous. Murmura Will

- Madame Turner va venir vous voir très prochainement. A cette occasion vous lui ordonnerez de cesser ses démarches ridicules visant à me discréditer. Dit Beckett en tapotant un tas de lettres adressées à la cour.

- Je n'ai aucun ordre à donner à Elizabeth.

- Et bien dans ce cas soyez convainquant sans quoi c'est la prison qui l'attend elle aussi. Et je suis certain que sa compagnie charmera vos compagnons de cellule. »

 

Will blêmit à ces mots et serra les poings.

« Vous voyez nous nous comprenons fort bien finalement. Quand à vous, votre procès commencera très prochainement. Je ne saurais que trop vous conseiller de plaider coupable sous peine de risquer que de nouveaux éléments se trouvent fort opportunément dévoilés… Dit Cutler d'une voix basse

- J'assumerais les conséquences de mes actes. Répondit Will vaincu. Seule Elizabeth compte à mes yeux…

- Je crois que je l'avais compris Turner. A présent je vous renvoie dans vos quartiers. Et n'oubliez pas, si ce genre d'incidents se reproduisait. Gronda Beckett en désignant le paquet de lettres. Je verrais hélas obligé de retirer ma bienveillance naturelle à l’égard de Miss pardon Madame Turner. De même je ne saurais que trop vous conseiller de ne pas imaginer de plan d'évasion. Elle en paierait les conséquences. »

Will le regard dur, ne répondit pas et se laissa entraîner sans lutter par le garde qui le ramena à sa cellule.

 

()()

 

Ça faisait une semaine qu'il n'avait pas dormi ou à peine et noyait sa culpabilité dans l'alcool. Chaque soir, il pensait à Elizabeth et se souvenait de la conversation qu'il avait eue avec Beckett le jour du mariage de la jeune femme. Il regrettait amèrement sa lâcheté alors qu'il aurait pu empêcher le désastre qui la frappait en la prévenant des menaces de Beckett. De plus, les nouvelles qu'il avait d'Elizabeth par Éva qui s'entêtait à le visiter ne faisaient qu'accentuer son malaise. Au fond de lui, James Norrington connaissait déjà l'issue du procès de l'homme à cause de qui il avait tout perdu. Il savait que c'était la corde qui attendait le jeune Turner et cette idée lui était de plus en plus inconfortable, à cause d'Elizabeth.

 

Il savait que la jeune femme, jadis insouciante, ne sortait à présent plus de sa demeure et utilisait son temps à œuvrer pour la libération de Will et cette idée ne faisait qu'augmenter ses remords d'avoir été si lâche. John le sortit de ses réflexions maussades.

« Commodore. Lord Beckett est ici. Il exige de vous parler immédiatement. »

James passa une main nerveuse dans ses cheveux en bataille.

« Je. Faites le attendre…

- Il ne me sied guère de patienter. Vous avez peut-être tout le temps du monde grâce à votre incompétence mais ce n'est pas mon cas. »Déclara Beckett en entrant sur les talons du domestique.

 

Un sourire ironique aux lèvres, le Lord regarda autour de lui et embrassa le décor où se trouvaient çà et là des bouteilles vidées.

« Voilà donc ce qui occupe vos soirées. Mauvaise habitude tout cela Commodore. Dit-il en se servant un sherry. Permettez ?

- Je vous en prie… Répondit Norrington d'un ton désabusé.

- Votre comportement fait grand bruit … Commença Beckett en sirotant son verre. Les gens de Port Royal s'étonnent de ne pas vous voir depuis l'emprisonnement du jeune Turner. Tout comme sa femme à ce qu'on m'a dit. Vous allez devoir remédier à cela. Rapidement.

- Ou sinon ? Murmura Norrington

- Sinon le bourreau pourrait bien avoir bientôt une nouvelle paire de bottes beaucoup plus ouvragée que celle de Turner et sa femme de jolis escarpins. »

 

James le regarda avec haine.

« Voyez-vous tant que le procès de Turner n'est pas terminé et cet homme châtié comme il mérite, divers éléments peuvent toujours se présenter. Continua Beckett sans paraître s'en apercevoir.

- Et bien pourquoi ne le faites-vous pas maintenant ! Pourquoi ne pas m'accuser moi aussi ?

- Parce qu'à mon regret, vous êtes fort apprécié de la population de Port Royal. Sans doute en raison de votre laxisme pitoyable. Mais laissons cela… »

Norrington grimaça et le regarda.

« Et une fois le procès terminé ?

- Et bien la justice aura fait son œuvre. Miss Swann sera libre tout comme vous. En fait vous devriez me remercier Commodore.

- De quoi ? D'avoir brisé ma carrière ?

- Non cela vous l'avez fait vous-même, mais de vous donner une chance de conserver votre vie et celle de Miss Swann. Alors acceptez-vous de vous conformer à mes ordres ?

- Ai-je vraiment le choix ?

- On a toujours le choix James. Vous pouvez choisir la prison et la corde pour Miss Swann et vous ou alors laisser la justice punir le seul coupable de l'évasion de Sparrow. Après tout c'est bien lui qui le premier s'est interposé entre Sparrow et la potence non ?

- Oui. Murmura James.

- Bien dans ce cas, j'ai une mission pour vous. Voici une autorisation de visite pour Madame Turner. Je vous laisse le soin de la lui amener, cela fera taire les rumeurs à votre sujet et je pense que votre visite sera mieux accueillie que la mienne à mon grand regret. Oh, et cessez donc de boire ça commence à se savoir. Vous ne voudriez pas que les gens s'imaginent que vous buvez par culpabilité n'est-ce pas ? »

James baissa les yeux et évita de le regarder.

«  Bien sûr que non … » Répondit Beckett pour lui avant de sortir, laissant la lettre cachetée sur la table basse.

 

()()

 

James remontait lentement l'allée menant à la maison dans laquelle Will et Elizabeth avait mis tant de rêves de bonheur. Il serrait dans sa main la lettre que Beckett lui avait confiée et s'efforçait de faire taire sa conscience qui lui disait qu'il agissait mal. Au fond de lui, il savait Beckett capable de mettre à exécution ses menaces et s'il pouvait, il en était sur, s'il pouvait supporter la disgrâce et la mort, il ne pouvait pas condamner Elizabeth. Grâce à la visite de Beckett, il avait à présent compris que rien ne sauverait le jeune Turner de la corde, qu'il était trop tard et que rien de ce qu'il dirait ou ferait ne pourrait empêcher cela. Mais il pouvait encore se sauver lui-même, comme il pouvait sauver Elizabeth. Fort de cette conviction, il frappa et attendit nerveusement qu'un domestique vienne lui ouvrir.

 

Ce fut Elizabeth elle-même, qui, pâle et les cheveux défaits, vint lui ouvrir la porte.

« Commodore. » Dit-elle d'une voix éteinte.

Le cœur de James se serra et 'il regretta une fois de plus sa lâcheté qui l'avait empêché de venir les prévenir au jour de leurs noces.

« Comment allez-vous Elizabeth ?

- Comment je vais … Répondit-elle d'une voix tremblante. Je ne cesse de penser à Will, j'envoie des lettres partout, je tente de voir ce Beckett, de voir Will mais toutes les portes me sont fermées sans parler de celles de mes prétendus amis qui affectent de ne pas me connaître. »

 

Avec un soupir, James entra et referma la porte derrière lui. Il prit le bras d'Elizabeth avec douceur, puis l'entraîna vers le salon.

« Venez Elizabeth. Je vous apporte des nouvelles. »

A ces mots la jeune femme releva un peu la tête.

« Des nouvelles ? Demanda-t-elle d'un ton rempli d'espoir. Vous avez vu Will ?

- Non. Mais vous allez le voir. Voici une autorisation de visite… »

Elizabeth le regarda avec surprise avant de se jeter dans ses bras.

«  Oh James… Merci … Merci ! J'ai toujours su que vous aviez de l'honneur et que votre amitié était fidèle. »

James se crispa légèrement.

«  Ne me remerciez pas Elizabeth. Je ne le mérite pas. Murmura-t-il

- Si vous saviez… A quel point c'est dur de le savoir là-bas sans pouvoir rien faire pour l'aider. » Continua-t-elle en pleurant.

 

James ne dit rien et se contenta de la serrer contre lui.

« Je suis si désolé Elizabeth. » Finit-il par dire.

Elle s'écarta légèrement de lui et le fixa de ses grands yeux embués par les larmes.

« Vous êtes venu, vous … Et je sais que vous avez tout tenté pour nous protéger. Mon père me l'a dit. Merci pour ce que vous avez fait. »

James rougit brutalement et évita brièvement son regard.

« Je ferais n'importe quoi pour protéger vos intérêts Elizabeth. »

 

Alors qu'Elizabeth ne savait quoi répondre, Éva s'immobilisa brutalement à la porte. La jeune femme qui venait d'arriver, ne put qu'entendre les derniers mots de James et refoula les larmes qui lui venaient en l’entendant prononcer ces mots qui ressemblaient à une déclaration à une autre femme. Derrière elle, son chaperon s'impatienta.

« Et bien Miss Talmer. Entrez donc !

- Je ne crois pas que ce soit le bon moment pour ça. » Répondit-elle avec rage avant de prendre le chemin inverse.

Éva avait besoin d'air, besoin de sortir de cette maison où elle avait entendu James dire à une autre les mots qu'elle espérait depuis plusieurs semaines…

 

()()

 

Vêtue de sa plus jolie robe, Elizabeth donna sa lettre au garde d'une main tremblante avant de le suivre dans les geôles, sourde aux sifflements et aux commentaires paillards que sa présence suscitait chez les prisonniers. Elle poussa un cri de désespoir en apercevant Will recroquevillé dans un coin de sa cellule. Sans se soucier de sa robe, elle s'agenouilla devant les barreaux et tendit les bras vers lui.

« Mon amour. »

 

Le jeune homme regarda dans sa direction, son cœur battit plus vite en la voyant ainsi agenouillée dans la faible lumière qui réussissait à percer les murs épais. Il se leva d'un bond pour s'agenouiller à son tour devant elle, et saisit maladroitement ses mains, gêné par ses fers.

« Elizabeth. » Dit-il simplement sans pouvoir se rassasier de ses traits.

Les yeux brillants de larmes qu'elle ne retenait pas, Elizabeth lui caressa doucement la joue et approcha son visage des barreaux alors qu'elle cherchait à frôler sa bouche.

« Will qu'est-ce qu'ils ont fait de toi ? » Murmura-t-elle avec peine en découvrant des cernes autour de ses yeux et une expression lasse, presque vieille qu'elle ne lui connaissait pas.

 

Serrant ses doigts dans les siens, Will se pencha vers elle. Il souffrait plus de ne pouvoir toucher ses lèvres alors qu'elle était si proche que de sa semaine d'enfermement.

« Tu vas bien ? Demanda-t-il en la regardant tendrement.

- Will, je, j'ai écrit au roi… Je suis sure qu'il va faire quelque chose, te sortir d'ici, je… j'écris chaque jour. Je n'aurais de cesse que tu sois libéré et ce Beckett renvoyé d'où il vient. » Commença-t-elle rapidement.

 

Le cœur de Will se serra à ses mots et il songea aux menaces de Beckett. Levant la main, il lui caressa lentement les lèvres pour lui imposer le silence.

« N'en fait rien Elizabeth… Je l'ai toujours dit, je dois assumer mes actes, continuer dans cette voie ne pourrait que t'attirer des problèmes… Et je ne le veux pas.

- Je ne te laisserais pas Will. Dit-elle en secouant la tête.

- Elizabeth, la seule chose qui me fait tenir ici, c'est toi … Je ne veux pas que tu te mettes en danger. S'il t'arrivait quelque chose, je ne le supporterais pas.

- Mais Will, si on ne fait rien ils vont te pendre ! S'écria-t-elle avec désespoir.

- Le procès n'a pas encore lieu. Dit Will qui évita son regard alors qu'il lui mentait. Il reste un espoir. Si tu m'aimes ne fait rien.

- Bien sûr que je t'aime… Ardemment… C'est pour ça que je ne peux pas te laisser ainsi ! Répondit Elizabeth en nouant ses doigts aux siens. Norrington nous aide, peut être que grâce à lui nous trouverons une solution.

- Norrington…Murmura Will avec un rien d'amertume en songeant que celui-ci avait tenté de le prévenir avant son départ. Elizabeth, écoute-moi. Ne fait rien, attend le procès. »

 

Le garde s'approcha d'Elizabeth et s'adressa à elle d'un ton rogue.

« C'est l'heure madame. La visite est terminée. »

L'air affolée, elle se tourna vers Will.

« Je ne veux pas te laisser. Dit-elle d'une voix brisée.

- Je t'aime Elizabeth. Chaque jour, je regarderai dehors et je penserais à toi…

- Allons madame soyez raisonnable. Commença le garde. Vous ne voulez pas qu'on vous retire ce droit de visite non ? »

Les larmes roulant sur ses joues, Elizabeth embrassa les doigts de Will

- Je reviendrais la semaine prochaine, je viendrais chaque jour, chaque seconde si on me laissait être près de toi. Je t'aime. »

 

Les larmes aux yeux, Will caressa lentement sa joue avant de reculer dans la pénombre.

« Va à présent Elizabeth. Dit-il d'une voix brisée. Et n'oublie pas que quoi qu'il arrive tu es celle qui compte le plus au monde à mes yeux.

- Will ! » Cria Elizabeth alors que le garde l'entraînait d'une poigne ferme vers la sortie

Son cri se perdit sur les murs de la geôle, tandis que, dans sa cellule les sanglots que Will avait retenus jusqu’alors résonnaient douloureusement.

 

Chapitre 4                                                                                                 Chapitre 6

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