Prologue

Elizabeth resta longuement immobile, insensible au froid qui s'installait alors que le dernier rayon du soleil mourait à l'horizon et emportait avec lui son mari pour les dix années à venir. Alors que le vent se levait peu à peu sur le sable rosé de l'île de Molokai qui avait abrité sa nuit de noce, Elizabeth frissonna et se décida à sortir de son immobilisme pour retourner vers le coffre contenant le cœur de Will. Elle se pencha sur ce dernier et le saisit fermement, puis fouilla l'horizon du regard. Pas un navire. Elizabeth grinça des dents alors qu’elle réalisait que nul bâtiment de la flotte des pirates ne subsistait sur l'océan.

 

« Maudits pirates. » Grogna-t-elle en se découvrant seule au milieu de nulle part, ses alliés de la veille ayant déjà mis les voiles vers d'autres lieux. 

Elle jeta un petit air dégoûté à la chaloupe qui l'attendait sur la plage et commença à avancer dans sa direction avec l'intention évidente de reprendre la mer. Alors qu'elle se préparait à glisser son précieux fardeau à l'intérieur de la frêle embarcation, le vent augmenta brutalement tandis que le ciel se couvrait d'orage et que les vagues grossissaient. Elizabeth suspendit son geste et ses yeux s'agrandirent de frayeur en voyant une vague énorme se diriger vers elle tandis qu'une pluie glaciale et fournie commençait à tomber, la trempant en quelques secondes.

 

Avec une pointe d'angoisse, Elizabeth regarda s'approcher de la plage la vague qui grossissait de plus en plus et comprit rapidement que l'endroit où elle se tenait serait bientôt noyé sous les flots. Elle se redressa promptement tout en maudissant mentalement Calypso et faillit pousser un hurlement de terreur lorsqu’elle vit une tornade se former à quelques mètres d'elle. Sans réfléchir, Elizabeth serra le coffre contre sa poitrine et commença à courir en direction de l'intérieur des terres et espéra que l'île minuscule ne serait pas submergée par les flots noirâtres déversés par ce qu'elle soupçonnait à juste titre être la colère de Calypso. Courant plus vite qu'elle ne l'avait jamais fait, Elizabeth chercha du regard un abri avant de se précipiter vers un sentier rocheux qui semblait conduire sous terre.

 

Tremblante autant de peur que de froid, Elizabeth se jeta à l'intérieur d'un goulet minuscule et se colla contre la paroi qui lui procurait un abri aussi précaire qu'étroit. La jeune femme serra le coffre contre elle, peinant à se réchauffer alors qu'à l'extérieur les éléments se déchaînaient. Le vent soufflait sur l'île avec un hululement lugubre. Elizabeth n'hésita pas plus longtemps et pénétra un peu plus avant dans le goulet qui débouchait sur une cavité naturelle qui s'enfonçait dans la roche. Inquiète et hésitant sur la conduite à tenir, elle risqua un coup d'œil rapide vers l'extérieur de la grotte et sa peur redoubla en voyant les rares palmiers de l'île de Molokai plier sous l'effet du vent tandis que le ciel s'assombrissait de plus en plus. Les éclaboussures d'une vague gigantesque vinrent lécher l'entrée de son refuge et, tandis qu'elle reculait pour se garder au sec, Elizabeth songea brusquement que ce dernier pourrait bien se transformer en tombeau.

 

Hésitante à cette pensée, Elizabeth s'approcha à nouveau de l'entrée de son abri improvisé dans le but d'évaluer la situation à l'extérieur. Un rapide coup d'œil la renseigna sur les éléments qui se déchaînaient avec une rare violence et rendaient quasi nulles ses chances de survie hors de la grotte. Une boule dans la gorge, elle serra le coffre contre elle et s'écarta de l'entrée au moment où un palmier déraciné par la furie de Calypso s'envolait devant elle. Après cette vision de destruction, Elizabeth n'hésita plus et s'élança dans la grotte sombre et sinistre. Elle progressa lentement et préféra éviter de penser à la nature des « choses » que la main qu'elle tenait collée à la paroi pour s'aider à progresser frôlait de temps à autres.

 

Elle avança le plus rapidement possible, son angoisse grandissant à mesure que ses pieds s'enfonçaient dans l'eau glacée qui se déversait lentement mais sûrement dans la grotte. Finalement, les tâtonnements d'Elizabeth rencontrèrent une surface dure et froide et la jeune femme sentit une panique irraisonnée l'envahir. Elle était acculée au fond de la cavité tandis que l'eau continuait, lentement mais sûrement, à monter. Elizabeth prit une profonde respiration et se força au calme. Serrant toujours le coffre contre elle, elle avança son bras libre le plus possible, ses doigts tâtonnant dans les ténèbres à la recherche d'une issue. Lorsque les bouts de ses doigts rencontrèrent finalement un creux, elle avait de l'eau jusqu'à la taille.

 

Le cœur gonflé d'espoir, Elizabeth se mit sur la pointe des pieds et s'aperçut que l'ouverture semblait assez large pour qu'elle puisse s'y glisser. Sauf qu'elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'il y avait de l'autre côté….

 

Inquiète, Elizabeth se retourna vers le chemin qu'elle venait d'emprunter et plissa inutilement les yeux pour tenter de voir ce qui passait à l'extérieur. Un afflux d'eau glacée lui lécha la poitrine tandis que le vent poussait un nouvel hurlement sinistre et Elizabeth se tourna résolument vers la paroi, songeant que quoiqu'il y ait de l'autre côté ce ne pouvait pas être pire que la mort qui montait vers elle sous la forme de l'eau glacée.

 

Elizabeth raffermit sa poigne sur le coffre qu'elle portait et le souleva avec efforts avant de le hisser tout en haut de la paroi, dévorée par l'angoisse à l'idée de le perdre. Angoissée, elle retint sa respiration et tendit l'oreille. La jeune femme constata avec soulagement que le coffre ne semblait pas être tombé dans un trou. Elle le poussa du bout des doigts puis reprit son souffle. Il s'agissait à présent pour elle de se hisser à son tour…

 

Les doigts crispés sur la roche acérée et glissante qui surmontait la paroi, Elizabeth tenta une première fois de se soulever et retomba lourdement au sol avalant au passage une grande goulée d'eau glacée. Frissonnante, Elizabeth émergea, son dos la lançait douloureusement après qu'elle se soit cognée contre les pierres qui émaillaient le sol.

« D'accord… » Marmonna t'elle en prenant une grande respiration pour se calmer, consciente de l'urgence alors qu'autour d'elle, l'eau ne cessait de monter de plus en plus rapidement.

 

Cette fois Elizabeth examina soigneusement la paroi et chercha des aspérités suffisantes pour constituer une prise fiable. Elle consacra de longues minutes à cette exploration, s'efforçant de ne pas penser à l'eau qui gagnait de plus en plus de terrain et lui promettait une agonie lente et douloureuse si elle ne parvenait pas à se mettre en lieu sûr à temps. Finalement, Elizabeth prit une grande inspiration et étendit ses bras pour se hisser tout en cherchant du bout des pieds la prise qu'elle avait repérée un peu plus tôt. Les dents serrées sous l'effort, elle tira le plus possible sur ses bras et poussa sur ses jambes, son escalade alourdie par ses vêtements trempés.

 

Finalement la jeune femme réussit à se hisser suffisamment pour passer les bras au-dessus de la paroi et elle tâtonna précautionneusement avant de s'agripper avec l'énergie du désespoir au premier relief que sa main rencontra. Avec un gémissement de douleur, elle se hissa à nouveau tandis qu'un rocher acéré déchirait sa cuisse et l'entaillait profondément. Les larmes aux yeux sous l'effet de la souffrance, Elizabeth commença à ramper. Son buste reposait à présent sur le promontoire qu'elle avait eu tant de mal à atteindre et sentit des gouttelettes glacées lui frôler les pieds. Refoulant sa fatigue et son découragement, la jeune femme saisit d'une main le précieux coffre et le poussa devant elle pour ramper sur la pierre tandis que sa tête frôlait le plateau rocheux.

 

Au bout d'un moment elle sentit qu'elle montait légèrement. Derrière elle, le vent et l'eau déferlant dans la grotte faisaient un vacarme assourdissant qui redoubla sa peur. Elizabeth continua de ramper lentement dans les ténèbres jusqu'à ce qu'un craquement sinistre se fasse entendre devant elle.

« C'était quoi ça ? » Demanda-t-elle à haute voix pour se rassurer avant de pousser un hurlement lorsque la roche céda sous son poids.

 

La chute fut brève et Elizabeth protégea son visage de ses bras tandis qu'une grêle de roche lui tombait sur la tête. Finalement, tremblante, elle baissa ses mains, surprise d'être encore en vie. Son premier réflexe fut de chercher le précieux coffre dont elle avait la charge et elle faillit pleurer de soulagement lorsque ses doigts se refermèrent sur ce dernier. Rapidement, elle colla son oreille au couvercle et son cœur se remit à battre normalement en percevant le bruit régulier de celui de Will. Une fois rassurée, Elizabeth jeta un coup d'œil autour d'elle et examina la salle dans laquelle elle se trouvait à présent à la faveur des éclairs de lumière causés par la tempête qui redoublait à l'extérieur et qui filtraient à la faveur des fissures de la roche.

 

Sa bouche s'arrondit de surprise en découvrant qu'elle se trouvait dans une salle qui paraissait avoir été creusée dans la roche et elle s'approcha en clopinant des « murs » Grimaçant, elle ignora le sang qui s'écoulait de sa cuisse blessée et se baissa pour ramasser une bouteille d'une saleté repoussante et couverte de poussière. La jeune femme s'empressa de la déboucher et renifla son contenu avec prudence avant de soupirer de soulagement en identifiant l'odeur reconnaissable entre toutes. Du rhum.

Un nouvel éclair lui permit de constater que l'endroit était rempli de bouteilles identiques à celle qu'elle tenait et Elizabeth s'autorisa un sourire sarcastique.

« Au moins je ne mourrais pas de soif… »

 

Trempée et frigorifiée, la jeune femme réfléchit un peu avant de porter avec hésitation le goulot poussiéreux à ses lèvres et goûta le breuvage. Elle avala une petite gorgée et toussa immédiatement. Le rhum était fort, ce qui signifiait qu'il devait être là depuis un bon bout de temps, du moins elle l'espérait, ses connaissances en matière de vieillissement du rhum étant plus que superficielles, et elle supposa que l'endroit devait jadis avoir été utilisé par des contrebandiers à l'instar de nombres des îles inhabitées des Caraïbes.

 

Elizabeth grimaça, elle ressentait à présent pleinement la douleur causée par sa blessure à la cuisse. Elle serra les dents et se pencha sur cette dernière qu’elle palpa son estafilade du bout des doigts. Une nouvelle grimace lui échappa alors qu'elle constatait que la blessure était profonde et que la plaie était constellée de petits éclats de roche. Les mâchoires serrées en prévision de la souffrance mais sachant qu'une infection la conduirait sûrement à la mort, Elizabeth inclina la bouteille de rhum sur sa plaie et versa le liquide sur sa chair à vif. Elle hurla lorsque l'alcool inonda sa blessure. Son cri se répercuta dans la caverne et se mêla au sifflement de la tempête.

Après ça, sanglotant sans s'en rendre compte, elle mit de longues minutes à reprendre son souffle et finit par appuyer sa tête contre la paroi de la grotte. Elle se ramassa sur elle-même pour se réchauffer avant de prendre résolument une nouvelle lampée du rhum qui lui brûla la gorge. Finalement, elle frissonna avant de sombrer dans un sommeil sans rêves, épuisée par sa fuite éperdue.

 

Lorsqu' Elizabeth ouvrit les yeux à nouveau, le soleil filtrait dans la grotte et donnait une allure plus rassurante à son refuge. Surprise de se découvrir encore en vie, elle se releva avec difficultés et examina avec circonspection la salle naturelle où elle trouvait. L'endroit était sec et les araignées qui le peuplaient la firent frémir. Tout en reculant à la vue des bestioles, Elizabeth songea qu'elle n'aurait sûrement pas dormi si elle les avait aperçues plus tôt et butta sur un caillou.

 

Agacée par sa propre maladresse, la jeune femme se pencha et bondit en arrière en découvrant qu'en fait de caillou c'était un crâne humain qui l'avait faite trébucher. Le premier mouvement de frayeur passé, elle s'approcha à nouveau et constata qu'il y avait là un corps, dont les os des membres étaient éparpillés un peu partout. Les sourcils froncés, Elizabeth leva les yeux vers la roche qui s'était écroulée sous son poids durant la tempête et un léger sourire éclaira son visage en comprenant ce qui s'était produit. L'homme avait du perdre la vie en causant l’explosion qui avait muré cette partie de la grotte, lui offrant ainsi involontairement le refuge inespéré dont elle avait tellement eu besoin la veille. Souriant à nouveau, Elizabeth adressa un remerciement muet au crâne avant de commencer à réfléchir sérieusement à sa situation.

 

Elle jeta un coup d'œil au coffre contenant le cœur de Will et sourit plus largement. Elle avait trouvé une cachette idéale pour ce dernier. Personne ne le trouverait ici et elle avait toujours su que le garder avec elle les mettrait tout deux en danger. En effet, le cœur du Hollandais Volant attirerait à coup sûr les convoitises et elle ne nourrissait plus la moindre illusion sur les motivations que pourraient avoir certains de ses confrères pirates pour l'aider. Laisser le coffre ici assurerait leur sécurité à tous les deux.

 

Sa résolution prise, Elizabeth chercha un endroit propice et déblaya quelques bouteilles avant de creuser le sol, dieu merci terreux, de la grotte, soufflant sous l'effort. Au bout d'une heure, elle glissa le coffre dans l'excavation pratiquée et reboucha cette dernière avant de remettre les bouteilles de rhum au dessus de sa cache improvisé.

« Je reviendrais. » Murmura-t-elle au cœur, se promettant de le faire dès que sa situation serait moins incertaine et qu'elle serait assurée de survivre à son passage sur Molokai.

 

Une fois le cœur de Will en sécurité, Elizabeth traîna des caisses de bois jusqu'à la roche sur lesquelles elle se hissa avant de reprendre avec un soupir la reptation qu'elle avait effectuée la veille lorsqu'elle fuyait la tempête…

 

Lorsqu'elle parvint à l'endroit où elle s'était retrouvée coincée quelques heures plus tôt, Elizabeth constata avec soulagement que l'eau s'était à présent presque entièrement retirée et que seul subsistait un mince ruisseau du torrent qui l'avait tellement terrifiée la veille. Traînant la jambe, Elizabeth avança vers la sortie de la grotte et ferma un instant les yeux de plaisir en sentant les rayons chauds du soleil inonder sa peau.

« Bon, l'étendue des dégâts. » Marmonna-t-elle en se dirigeant vers la plage.

 

Elle ramassa ça et là des noix de coco éventrées sur lesquelles elle se jeta, affamée. Une fois sur la plage, Elizabeth observa le désastre, consternée. Plus de chaloupe. Plus d'épée. Plus, plus rien en fait. La tempête avait tout dévasté, ne laissant derrière elle que des fruits éventrés ou écrasés, sur lesquels Elizabeth se précipita et dont elle remplit son ventre à la hâte. Elle dégustait ce qui avait du être une papaye en laissant le jus couler sur son menton lorsqu'un point sombre sur la plage attira son attention.

Surprise, Elizabeth s'approcha de la masse sombre. Son ventre grouilla à l'idée que cette dernière puisse être le corps d'un animal mort avant de reconnaître avec dépit un corps humain. Refoulant sa déception, Elizabeth s'approcha de la masse immobile. Elle nota sans y penser la richesse de l'étoffe du manteau de l'inconnu et se pencha vers l'homme allongé sur le ventre dont le crâne était surmonté d'un joyeux emmêlement de cheveux bruns bouclés et de perruque blanche. Elle hésita brièvement puis tâta du bout des doigts le corps de l'homme, ne sachant si elle devait craindre ou espérer qu'il soit en vie.

 

Un gémissement douloureux salua son initiative et Elizabeth remarqua que le bras de l'inconnu était piqué de petits éclats de bois. Le cœur serré de pitié et finalement un peu soulagée de ne pas être la seule survivante après cette tempête, Elizabeth secoua fermement l'inconnu.

« Vous pouvez parler ? Vous allez bien ? »

 

Un frisson secoua l'homme et il se mit lentement sur le dos. Un éclair de reconnaissance traversa un instant son regard bleu glacier alors qu'il la dévisageait

« Oh pitié dites-moi que c'est un cauchemar … » Gémit il tandis qu'Elizabeth se redressait brusquement et reculait pour maîtriser la rage meurtrière qui montait en elle en découvrant que son compagnon d'infortune n'était autre que l'assassin de son père. Lord Cutler Beckett.

 

                                                                                                                                               Chapitre 1

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Commentaires : 4
  • #1

    sharkna (jeudi, 01 novembre 2012 21:37)

    Les histoires de naufragé c'est pas trop mon truc .
    Mais la j'ai envie de me relancé sur du Cutler et Liz :)

  • #2

    JessSwann (jeudi, 01 novembre 2012 21:56)

    Lol oui mais il y a naufragés et naufragés mdrrr

  • #3

    sharkna (jeudi, 01 novembre 2012 22:31)

    euuu mouiiii faudra m'expliquer la différence mdr

    J’espère qu'il vont retrouver la civilisation quand même j'aime bien Beckett dans son monde bourgeois lol

  • #4

    JessSwann (jeudi, 01 novembre 2012 22:34)

    Lol y'a les naufragés qui s'ennuient et ceux qui font comme Beckett et Liz lol