Chapitre 8 Quelque chose de personnel

Du fond de la cellule dans laquelle elle croupissait depuis trois jours, Elizabeth ne releva même pas les yeux lorsque les soldats de garde apportèrent leurs repas aux prisonniers, jetant leurs écuelles comme s'ils ne valaient pas plus que des chiens. Elizabeth regarda avec dégoût les hommes qui étaient enfermés dans la geôle voisine de la sienne se précipiter sur la nourriture et se battaient parfois entre eux pour avoir un peu plus de l'ignoble bouillie de têtes de poissons qui était leur quotidien. La jeune femme ne bougea pas lorsque la clef tourna dans la serrure de sa prison et que le soldat déposa son repas à même le sol tandis que son compagnon gardait son fusil braqué sur elle, prêt à faire feu au moindre mouvement de sa part. Elle s'autorisa juste un sourire cynique en lisant la peur dans les yeux des soldats tandis que ses mains aux poignets lourdement entravés reposaient sagement sur ses genoux. Elle les suivit du regard pendant qu'ils déposaient son repas puis refermaient précautionneusement la grille de sa prison et ne fit pas un geste pour s'approcher de la nourriture.

 

Dans la cellule voisine, l'un des hommes se tourna vers elle avec hargne.

« Regardez la celle-là ! Même pas affamée la belle ! »

Ses paroles attirèrent les regards des autres hommes enfermés et ils s'empressèrent vers les barreaux qui les séparaient, tendant inutilement leurs mains crasseuses pour la toucher.

« Eh la jolie ! Tu te crois trop bien pour nous p 'tet ? T'es qui d'abord ? Trois jours qu't'es là et pas un mot !

- Ouais c'est pas pasqu'on est des pirates que tu peux pas nous causer !

- Et pourquoi y t'a enfermée là le Lord ? Demanda un homme en crachant sur le sol à la mention de Beckett.

- C'est sans doute une catin qui sait pas faire c'qu'il aime. » Ricana un autre prisonnier.

 

Elizabeth frissonna et se tourna vers eux, le regard froid. Elle les détailla un bref instant puis prit la parole pour la première fois depuis trois jours.

« Je suis Elizabeth Swann. Répondit-elle d'une voix claire et dure. Si vous êtes des pirates vous connaissez mon nom. »

L'un des hommes recula brutalement avant de pousser sa tête entre les barreaux pour mieux la voir.

« Tu sais qui c'est ? S'étonna l'un de ses compagnons.

- Abruti ! Bien sûr qu'on sait qui c'est ! C'est le Roi de la Confrérie ! »

Elizabeth s'autorisa un sourire ironique en voyant les visages de ses voisins s'emplir de compréhension.

« Quoi ? Mais c't à cause d'elle qu'on est là ! S'énerva un pirate.

- Ouais mais elle sera bientôt pendue. Répondit placidement un homme.

- Toi aussi ! » Rétorqua le premier.

 

Les regards chargés de haine des hommes se tournèrent vers elle et pour la première fois depuis son arrivée, Elizabeth se sentit brutalement heureuse d'avoir été enfermée seule.

«  Sale garce c't'a cause de toi qu'on est là ! S'exclama un homme en tendant la main pour la saisir

- Qu'auriez vous préféré ? La fuite ? Grinça Elizabeth. La reddition et l'esclavage ?

- Bah au moins rester en vie. Répondit un des hommes. A cause de toi on va tous être pendus !

- C'est vrai ça ! Où qu'y sont les beaux discours maintenant ? Demanda un autre pirate. Ça nous sauvera pas de la corde la belle.

- Toutes les guerres ont leurs victimes…. Murmura Elizabeth d'une voix inaudible tandis que ses voisins s'échauffaient.

- C'est ça de mettre une femme captain !

- Ça porte malheur sur un bateau ! Renchérit un autre

- La femme ça doit servir qu'à réchauffer le lit !

- Et Beckett doit être content ! Il va pendre le Roi des Pirates !

- Ça nous sauvera pas pour autant … Déclara un homme d'un ton morne

- Ouais à se demander comment il l'a attrapée celle la. Dis donc la belle y t'a chopée comment le Lord ? »

 

Elizabeth détourna le visage et dédaigna de répondre. La jeune femme ferma les yeux de lassitude, tandis que les mots des pirates la frappaient cruellement. Ils avaient raison. Non seulement elle les avait mené au gâchis mais en plus elle s'était laissée capturer stupidement par Beckett. Maudit soit il … Les yeux clos, Elizabeth sentit de nouvelles larmes brûlantes monter à ses cils au souvenir de l'île de Molokai et à ce qui s'était passé là-bas. Son cœur se serra devant la stupidité qui l'avait jetée dans les bras de Beckett à peine une semaine après avoir juré amour et fidélité à Will. Elle se dégoûtait. Parfois elle en venait même à penser que Beckett avait raison sur elle, qu'elle n'était qu'une égoïste à la recherche d'un plaisir des sens aussi fugace qu'honteux. Elizabeth repoussa du pied l'écuelle pleine à laquelle, à l'instar des autres repas qui lui avaient été servis, elle ne toucherait pas. Sa mort prochaine lui apparaissait presque comme une libération tant elle désirait désespérément voir cesser la torture des remords et de regrets qui la harcelaient sans relâche.

 

Affaiblie et sourde aux invectives des pirates dont elle venait de découvrir avec horreur la haine et le ressentiment qu'ils lui portaient, Elizabeth se laissa aller contre le mur. Elle avait tout raté, elle avait échoué dans sa quête de liberté, échoué à venger son père. Elle n'avait obtenu que la mort, la désolation et la solitude. A cause d’elle, Will était enchaîné au Hollandais Volant pour toujours, son père était mort d'avoir voulu la protéger, tout comme James Norrington et elle les rejoindrait bientôt. Son corps se balancerait aux portes de Port Royal ainsi que son père l'avait tellement redouté pendant que le cœur de Will croupirait dans la trop sûre cachette qu'elle lui avait trouvé. Un beau gâchis que tout cela...

 

Elle fut sortie de ses tristes réflexions par l'arrivée du lieutenant Greitzer qui déverrouilla sa geôle avec une grimace.

« Levez vous Miss Swann. Lord Beckett souhaite vous parler. »

Cette annonce déclencha une nouvelle vague haineuse chez ses compagnons, l'un d'entre eux s'approcha des barreaux de leur cellule, s'adressa à Greitzer

« Dites au Lord qu'il peut la pendre et qu'on fêtera ça s'il le fait.

- Ouais et qu'on voulait se rendre mais qu'on a pas eu le choix de lui obéir. Renchérit un autre. Nous on veut bien rentrer dans le droit ch'min M'sieur. Faut le dire au Lord. »

Elizabeth se raidit tandis que les compagnons de l'homme qui avait parlé approuvaient bruyamment.

« Lâches. » Murmura-t-elle en passant devant eux, la tête haute.

 

Greitzer tira brutalement sur ses fers et manqua de la faire trébucher tant la privation qu'elle s'était elle-même imposée l'avait affaiblie. Les hommes éclatèrent d'un rire gras au grand plaisir du lieutenant, fier de son petit effet.

Elizabeth grinça des dents et releva fièrement la tête à nouveau. Elle ne leur accorda pas un regard et ignora les insultes et les crachats qui saluèrent son passage.

 

La jeune femme fut littéralement projetée dans la cabine de Beckett, qui soigneusement habillé et arborant une nouvelle perruque, ne se retourna pas à leur entrée.

« Détachez-la et laissez-nous Greitzer. » Ordonna-t-il du ton glacial qui lui était coutumier.

Le visage du lieutenant marqua sa surprise et il se pencha vers Elizabeth pour libérer ses poignets de l'étau de fer qui les maintenaient sans un mot, la crispation de son corps témoignant seule de sa désapprobation.

« Fermez derrière vous Greitzer. » Ordonna Beckett, leur faisant toujours dos.

 

Greitzer sortit après un inutile salut et Elizabeth frotta instinctivement ses poignets ankylosés, retrouvant avec soulagement une relative liberté.

« Mes hommes me rapportent que vous ne mangez pas Miss Swann. » Commença Beckett sans se retourner

Elizabeth se déplaça lentement dans la pièce à la recherche d’une arme et répondit.

« Je n'ai pas faim.

- C'est inutile de chercher Miss Swann. Il n'y a aucune arme dans cette cabine. Lui précisa froidement Beckett. Vous devez avoir faim

- Nullement … Répondit Elizabeth dont l'œil était attiré par une assiette remplie de poulet qui semblait abandonnée.

- Le poulet est pour vous. Décréta Beckett qui ne s'était toujours pas retourné. Je veux que le Roi des Pirates monte à la potence sans avoir besoin d'être porté.

- Je n'ai pas faim. » Répéta Elizabeth dont les oreilles se mirent à bourdonner.

 

Beckett se retourna lentement et lui fit face avec un sourire désagréable.

« Mangez Miss Swann. Ordonna-t-il en servant deux verres de cognac

- Non … » Murmura Elizabeth qui découvrit avec surprise le visage à présent blanchâtre du Lord, lequel avait sans nul doute possible eu recours à la poudre blanche des femmes de la Cour.

 

Cette constations l'amusa et elle sourit brièvement.

« Qu'est-ce qui vous amuse Miss Swann ?

- Vous. Répondit-elle. Vous êtes tellement engoncé dans vos vêtements et dans votre perruque. Tellement entravé par votre fonction que ça en est ridicule. »

Beckett se crispa brièvement et lui désigna la table.

« Mangez. Le poulet est excellent et vous avez besoin de reprendre des forces. »

Elizabeth lança un regard affamé en direction du dit poulet et saliva sans s'en rendre compte tandis que Beckett souriait d'un air supérieur en la voyant hésiter.

« Vous devriez réfléchir Miss Swann et ne pas laisser passer une chance. Enfin, je ne vous pensais pas stupide à ce point…

- Je ne le suis pas. » Rétorqua Elizabeth.

Elle se pencha sur le poulet et mordit finalement dedans à pleines dents, cédant ainsi aux protestations de son estomac.

« Vous êtes écœurante lorsque vous mangez. Commenta Beckett. Mais il est plaisant de voir que votre corps et ses exigences dominent toujours autant votre esprit. »

 

Elizabeth déglutit sous la flèche et avala bruyamment le poulet qui lui paraissait à présent avoir un goût de cendres.

« Pourquoi m'avez-vous fait venir ? » Demanda-t-elle finalement.

Beckett la contempla d'un air impénétrable.

« Vos compagnons de cellule vous plaisent ils ? Mes hommes m'ont rapportés que vos amis les pirates ne semblaient pas goûter votre sens de la liberté et de la justice. » Ironisa-t-il.

Elizabeth se crispa et mordit dans une cuisse de poulet, laissant la graisse couler le long de son menton

« Vous me faites donc espionner ? Demanda-t-elle.

- Pourquoi pas ? Vous êtes une prisonnière de prix pour qui vous possède.

- Vous ne me possédez pas Lord Beckett. Vous m'avez enfermée c'est tout.

- Libre dans votre tête ? Ironisa Beckett. Garderez-vous la même insolence en montant à la potence ? »

 

Elizabeth ne répondit pas. Beckett se pencha sur son bureau et commença à écrire avec une grimace.

« Iriez-vous rejoindre Sparrow si vous étiez libre ? » Demanda-t-il.

Elizabeth leva la tête, surprise de sa question.

« Non … Bien sûr que non. Répondit-elle à la hâte tandis qu'il continuait son courrier.

- Vous resteriez donc fidèle à votre époux ? Ironisa Beckett en lui faisant signe de prendre un verre de cognac. Ce serait un revirement surprenant… »

Elizabeth grinça des dents et songea à quel point elle haïssait le lord puis répondit.

«  Vous ne m'avez pas fait venir pour ça non ? Alors allez au fait … J'ai hâte de retrouver ma cellule et d'être débarrassée de votre présence. » Déclara-t-elle avant de vider son verre d'un trait.

 

Beckett releva la tête d'un air martial et commença d'une voix lente.

« Voyez-vous Miss Swann, la victoire s'avère avoir un goût de cendres lorsqu'elle trop facile. Vaincre un adversaire parce qu'il joue de malchance me satisfait peu. »

Elizabeth le regarda sans comprendre tandis qu'il continuait et désignait son écritoire.

« Je suis présentement occupé à rédiger des lettres de marques sur lesquelles j'ai apposé mon sceau. Je n'ai pas encore eu le temps de mettre un nom sur l'une d'elles mais qu'importe, je vais la ranger, je finirais plus tard. » Annonça-t-il froidement en ouvrant un tiroir dans lequel il déposa le précieux sauf conduit.

 

Abasourdie, Elizabeth le regarda faire.

« A quoi jouez-vous ? Murmura-t-elle.

- Dans quelques minutes, peut être dix, je sortirais de cette pièce pour aller donner l'ordre de poursuivre le navire de pirates qui croise à quelques lieux de nous. Dans une vague direction sud est.  Continua Beckett d'un ton froid en la fixant droit dans les yeux.

- Pourquoi ? Souffla Elizabeth qui sentit un vague espoir se ranimer en elle.

- Parce qu'il me faut éradiquer la menace qu'ils représentent ! » S'exclama Beckett sur le ton de l'évidence en s'approchant d'elle.

Elizabeth le regarda tandis qu'il se penchait sur elle et la frôlait presque.

« Vous rappelez vous notre accord Miss Swann ?

- Il n'était valable que sur l'île… Murmura-t-elle.

- Ou jusqu'à ce que nous soyons saufs tous les deux. » Souffla-t-il.

 

Il balaya la pièce de la main et s'arrêta une fraction de seconde tandis qu'il lui désignait le tiroir dans lequel reposaient les lettres de marque.

«  J'ai peur que le prix à payer soit trop important Lord Beckett. Répliqua fièrement Elizabeth en lui lançant un regard froid

- Qui vous parle de prix ? Murmura Beckett. Croyez-vous que je ne sortirai pas donner mes ordres et que j'épargnerai les pirates ? C'est une trop belle prise pour qu'elle soit manquée peu importe la teneur de notre conversation. Me comprenez-vous Miss Swann ? Quoiqu'il arrive je sortirais pour donner mes ordres. » Répéta-t-il d'un ton froid.

 

Elizabeth soupira tandis qu'il se rapprochait d'elle et la fixait.

« N'importe quel nom pourra être apposé sur ces lettres de marque. Celui qui aura cette chance ferait bien de commencer une nouvelle vie, loin, très loin des chimères auxquelles il se persuade qu'il croit. Glissa-t-il à son oreille d'une voix très basse. Il ferait bien de profiter de la liberté qui lui est offerte pour ne jamais plus croiser certaines routes…

- Il y a certaines choses qui sont impossibles à pardonner ou à oublier Lord Beckett. Répondit lentement Elizabeth. Certaines vengeances doivent être accomplies.

- Imaginez-vous qu'un homme du Roi pourrait justifier un nouvel acte de trahison par son simple désir, que sa trahison soit connue ou non ? Rétorqua Beckett les yeux dans les siens.

- Non. » Murmura Elizabeth sans rompre leur contact, brutalement consciente de l'aveu implicite qu'il lui faisait.

 

Ils restèrent ainsi quelques secondes, l'atmosphère de la pièce brusquement chargée de la tension de leur désir. Elizabeth déglutit tandis que la chaleur à présent familière montait dans son bas ventre.

« Dois-je sortir prévenir mes hommes dès à présent Miss Swann ? Ou alors sommes-nous en train de négocier ? Souffla Beckett.

- Pourparlers … » Murmura-t-elle du bout des lèvres.

 

Le cœur d'Elizabeth accéléra dans sa poitrine tandis qu'il posait la main sur sa cuisse et elle les écarta légèrement, avouant sa défaite.

« Les hommes dans la cale ? Demanda-t-elle tandis que son corps se tendait vers lui

- Pendus dans deux jours. Répondit Beckett. Ce sont des pirates. Je ne traite pas avec les pirates. Pas plus que je ne fais preuve de ce que vous appelez clémence et que je nomme faiblesse.

- Vous n'avez pas de cœur… » Murmura Elizabeth tandis qu'il se penchait vers elle et unissait leurs lèvres.

 

L'instant d'après Beckett la força à se lever et la repoussa vers son bureau. Il balaya d'un geste les papiers qui l'encombrait et l'y allongea avant de relever sa robe fine d'une main parfaitement soignée.

« Je vous tuerai. Gémit Elizabeth en le voyant défaire la boucle de sa ceinture d'un geste pressé et libérer son sexe gonflé.

- Pas si je vous tue avant. » Soupira-t-il en s'enfonçant en elle, la maintenant sur sa table de travail.

 

Elizabeth poussa un cri de plaisir qu'il s'empressa d'étouffer sous sa bouche, la dévorant plus qu'il ne l'embrassait et elle oublia tout. Will, son père, les lettres de marques et la promesse de liberté qu'elles contenaient… Une dernière fois.

 

Les mains d'Elizabeth se crispèrent sur la table tandis qu'il lui donnait des coups de reins puissants, sa bouche plus exigeante à mesure que le plaisir montait en eux. Étouffant réciproquement leurs soupirs de jouissance dans la bouche de l'autre, leurs corps se rejoignirent, les à-coups de Beckett meurtrissaient le dos d'Elizabeth sans qu'elle s'en rende compte, submergée par le plaisir qu'il lui donnait. Finalement le corps de Beckett trembla un instant et Elizabeth ferma les yeux lorsqu’il jaillit en elle.

Beckett se retira sans douceur et réajusta son habit tandis qu'elle se redressait, les lèvres gonflées par l'ardeur de ses baisers.

« Je crois que nous nous sommes tout dit Miss Swann. Déclara Beckett d'un ton parfaitement égal. Finalement c'est une chance pour Sparrow que votre fin soit proche. Sans cela je suis certain que vous l'auriez détruit comme vous avez détruit les autres. Dommage j'aurais aimé voir ça. Dit-il d'une voix forte.

- Il y a des exceptions. Répondit Elizabeth en le fixant

- Il y en a toujours Miss Swann. Vous ne pouvez pas espérer susciter l'amour chez chacun des hommes que vous rencontrez. Répondit calmement Beckett. Certains se contentent de désirer. Sans doute sont-ils trop froids pour être sensibles à votre folie. Ironisa-t-il en s'éloignant vers la porte.

- Lord Beckett ! » Le rappela Elizabeth.

 

Ce dernier se retourna, un léger sourire aux lèvres.

« Quoi donc Miss Swann ? J'ai un navire à couler ma chère… »

Elizabeth sourit brièvement et le regarda

« Je pense qu'attendu que nous sommes saufs tous deux à présent ou sur le point de l'être. Déclara lentement Elizabeth. Notre accord n'a plus lieu d'être et que nous pouvons le considérer comme rompu …

- De quel accord parlez-vous Miss Swann ? Rétorqua Beckett en redressant sa perruque. Je pensais avoir été clair : je ne traite pas avec les pirates. »

 

Elizabeth sourit légèrement et avança vers lui, revigorée par leur escarmouche et ce qui l'avait suivie…

- Par conséquent la prochaine fois que nous nous rencontrerons l'un de nous mourra… Murmura-t-elle.

- Nous sommes d'accord sur ce point Miss Swann. Rétorqua froidement Beckett. A présent, je crois qu'il est temps que j'aille donner l'ordre de poursuivre ces hors la loi qui ont l'audace de croiser si près de notre flotte… »

 

Elizabeth ne répondit pas, n'osant pas encore tout à fait y croire tandis qu'il sortait. Elle l'entendit ordonner à Greitzer de fermer à clé et de rester en faction devant la porte et elle se précipita vers le bureau de Beckett.

 

Le tiroir s'ouvrit sans effort et Elizabeth referma sa main sur l'épais document enveloppé dans une protection faite de cuir. Le cœur battant follement dans sa poitrine, Elizabeth glissa le tout contre son ventre et resserra la ceinture de sa robe autour du précieux objet. Puis, elle se précipita vers la fenêtre qui s'ouvrit sans un bruit, les gonds soigneusement huilés. Alors qu'elle se hissait sur la rambarde, prête à plonger, elle entendit la voix de Beckett, quelques mètres au-dessus d'elle.

« Pourquoi regardez-vous par là bougres d'imbéciles ? Le bateau des pirates est dans cette direction ! Préparez les canons ! Ordonna Beckett. A tribord ! »

 

Elizabeth entendit les bruits des bottes des soldats décroître alors que les hommes se précipitaient dans l'autre direction et elle plongea, profitant du bruit causé par le branle-bas de combat pour couvrir celui de sa fuite. Elle inspira profondément tandis que son corps touchait l'eau glacée de l'océan et s'empressa de nager, se fiant aux indications criées un peu trop fort par Beckett à ses hommes.

 

Quelques instants plus tard, transie mais vivante, elle parvint jusqu'au navire pirate et hurla un appel désespéré. Elle manqua de pleurer de soulagement lorsque le cri d'un homme lui répondit.

« Capitaine ! Il y a quelqu'un à la mer !

- Remontez-le ! » Cria une voix en réponse.

Elizabeth saisit avec reconnaissance la corde qu'on lui tendait et se retrouva projetée sur le pont du navire.

Elle atterrit peu gracieusement aux pieds de Mistress Ching qui haussa le sourcil en la reconnaissant.

« Capitaine Swann ? »

Elizabeth s'autorisa un sourire.

« En effet, et je vous conseille de changer immédiatement de cap si vous ne voulez pas vous retrouver face à l'armada de la Compagnie.

- Vous leur avez échappé ? S'étonna le pirate

- Oui. Répondit rapidement Elizabeth avec un frisson. Auriez-vous des vêtements secs ? » Reprit-elle d'un ton de commandement.

L'autre femme la regarda avec surprise et lui désigna sa cabine.

« Allez-y Capitaine Swann. C'est le moins que je puisse faire pour le Roi de la Confrérie. »

Elizabeth hocha la tête et se dirigea vers la cabine, elle songea fugacement que Beckett avait raison sur un point : il était plaisant d'avoir du pouvoir.

 

Une fois à l'intérieur, Mistress Ching lui désigna une armoire au contenu chatoyant avant de s'effacer. Elizabeth s'empressa de sortir les lettres de marque de leur cachette et défit nerveusement les liens de cuir qui les retenaient. Le soulagement la submergea en constatant que l'emplacement du nom était vierge ainsi que Beckett l'avait dit et elle sourit brièvement en découvrant, soigneusement protégée, une ultime cigarette dont la provenance et le sens étaient évidents.

« Vous ne doutez de rien Lord Beckett… Murmura-t-elle en refermant sa main sur la cigarette. Enfin, c'est de bonne guerre… »

 

Quelques instants plus tard, séchée et vêtue chaudement elle fit son apparition sur le pont, les lettres soigneusement cachées et la cigarette à la main. Ching lui lança un regard surpris, tandis qu'elle s'approchait du bastingage.

« Auriez-vous de quoi l'allumer ? » Demanda Elizabeth.

- Oui. Dit Ching en faisant signe à l'un de ses hommes de le faire. J'ignorais que vous fumiez… Osa-t-elle. J'ai de l'excellent tabac pour lequel je suis disposée à vous faire un prix. Commença-t-elle, l'air roué.

- Je ne fume pas. La coupa Elizabeth avec froideur. Celle-ci est la dernière… » Ajouta-t-elle pensivement en exhalant la fumée.

 

Au même instant, Greitzer s'agitait auprès de Beckett, l'air confus.

« Lord Beckett je vous assure que je ne sais comment une telle chose a pu se produire. Elle, elle s'est sauvée. »

Beckett ne répondit tout d'abord pas et tira une bouffée de la cigarette qu'il venait d'allumer

« J'en conclus donc qu'à cause de votre négligence, les pirates sont prévenus de notre attaque. Inutile de poursuivre dans ce cas. Déclara-t-il d'un ton coupant. Disparaissez à présent. Avant qu'il ne me prenne l'envie de vous administrer le châtiment que je réservais à cette garce… »

 

Greitzer frissonna à cette idée et s'éloigna rapidement, laissant Beckett seul sur le pont. Le Lord finit sa cigarette d'un air imperturbable…

« Voyez-y quelque chose de personnel et d'unique Miss Swann. Cela ne se reproduira jamais. » Murmura-t-il en fixant la direction du navire pirate.

 

Sur ce dernier, Elizabeth exhala une dernière bouffée et fixait elle aussi les ténèbres dans lesquels se trouvait le navire de Beckett. Les choses avaient repris leur place. Chacun était du côté qui était le sien. Et plus rien ne pourrait les rapprocher à présent que la réalité les avait tout deux rattrapés pour de bon. La jeune femme s'autorisa un sourire nostalgique puis lança sa cigarette à la mer et laissa les vagues l'emporter loin d'elle, comme il se devait. Elle était sauvée. Cette fois la trêve était terminée pour l'un comme pour l'autre.

 

L'air décidé, elle se tourna vers Mistress Ching

« Avez-vous une idée de l'endroit où se trouve mon navire ? Lui demanda-t-elle froidement. J'ai un compte à régler avec Lord Beckett. Quelque chose de personnel. » Ajouta-t-elle avec un vague sourire tandis que leurs deux navires prenaient des caps différents et s'éloignaient définitivement l'un de l'autre…

Chapitre 7                                                                                          Epilogue

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