Chapitre 3 Réponse contre réponse

Elizabeth s'étira mollement, elle chercha du regard son compagnon d'infortune et sourit légèrement en le voyant à quatre pattes en train de creuser le sable. Trois jours s'étaient écoulés depuis leur équipée sur les cocotiers et ils commençaient tous deux à être las des poissons qu'il pêchait et qu'elle vidait maladroitement. Grâce aux noix de coco, ils ne manquaient pas de boisson et Beckett avait émis l'idée de faire cuire des crabes, suggestion à laquelle Elizabeth avait souscrit sans réserves. Un léger élan sadique la poussait à considérer que les crabes étaient une des formes « animale » de Calypso qu'elle maudissait chaque jour un peu plus.

 

Pas un souffle de vent n'agitait l'île de Molokai ce matin-là, et Elizabeth soupira en constatant que même en ce début de journée, il faisait déjà une chaleur étouffante sur la petite île qu'elle avait cru paradisiaque mais qui s'avérait en définitive être pire qu'une prison.

 

En ce qui concernait son compagnon forcé, ses relations avec Lord Beckett n'avaient pas progressées, et du reste elle ne le souhaitait pas, mais au fil des jours, ils s'affrontaient moins souvent, chacun conscient qu'il avait besoin de l'autre pour survivre. Ils n'avaient plus évoqué la mort du père d'Elizabeth, la jeune femme sûre que si le Lord s'y risquait une fois de plus elle l'assommerait à coups de coco pour lui faire ravaler ses paroles. Beckett devait le sentir car il avait lui aussi cessé d'évoquer leur passé d'adversaires et lui adressait la parole le moins possible ce qui convenait parfaitement à Elizabeth. En vérité leurs rares conversations tournaient invariablement autour des mêmes thèmes : leur réclusion, leur soif, leur faim et la recherche d'un moyen de fuir cette île qu'ils ne supportaient plus ni l'un ni l'autre.

 

A présent pleinement réveillée la jeune femme s'assit et passa la main sur sa blessure ainsi qu'elle en avait pris l'habitude depuis que Beckett l'avait soignée. Elle sourit en constatant que, non seulement sa jambe n'était plus douloureuse, mais qu'en plus la plaie cicatrisait rapidement et laissait juste apparents les bords rougis et nets de l'incision qu'avait pratiquée le Lord.

 

Ce dernier, se sentant observé, releva brusquement la tête et un sourire mince et cynique étira ses lèvres.

« Capitaine Swann, puisque vous êtes réveillée… Peut-être ne serait-ce pas trop vous demander de venir m'aider ? »

Elizabeth leva les yeux au ciel, elle se leva et avança d'une démarche sure vers lui.

« Vous n'aviez qu'à me réveiller. Rétorqua-t-elle

- Et me priver ainsi des rares moments de paix qu'offre cette île ? Ironisa Beckett. Non ma chère, je préfère nettement la compagnie des crabes à la vôtre… »

Elizabeth lui lança un regard hostile et se pencha vers le sable qu’elle gratta avec ardeur.

« Croyez bien que j'en ai autant à votre service Lord Beckett. »

 

Il ne répondit pas, les épaules rougies par le soleil et passa une main crasseuse dans ses fins cheveux bruns.

« Pourquoi faut-il donc qu'il fasse aussi chaud … Soupira-t-il

- Oh vous trouvez ? Ironisa Elizabeth. Pourtant votre présence suffit à refroidir l'île entière.

- Je n'en dirais pas autant de la vôtre Miss Swann. » Rétorqua Beckett du ton glacial qui lui était coutumier.

 

Les yeux d'Elizabeth s'agrandirent sous sa remarque et elle s'interrompit.

« Puis-je savoir ce que vous insinuez ?

- Allons ma chère vous me comprenez très bien… Soupira Beckett.

- Non pas du tout. » Rétorqua Elizabeth en le dévisageant d'un air furieux.

Beckett lui fit un mince sourire et s'approcha d'elle.

« Miss Swann. Vous pouvez protester de votre « innocence » ou de votre « chasteté » auprès des pauvres abrutis qui s'attachent à vos pas en espérant que vous leur fassiez l'aumône d'un sourire. Mais pas auprès de moi.

- Votre remarque est insultante ! S'exclama Elizabeth qui sentit sa combativité renaître et lui fouetter le sang

- Non elle est juste. Répondit calmement Beckett. Après tout n'est-ce pas vous qui regrettiez l'interruption de votre mariage uniquement parce que cette dernière vous avait privée de votre nuit de noce ? Croyez bien que si j'avais pu imaginer que vous tireriez une telle offense du fait de conserver votre honneur. J'aurais attendu le lendemain pour vous faire enfermer.

- Vous êtes odieux… Ragea Elizabeth.

- D'ailleurs, vous êtes-vous finalement débarrassée de cette chose qui vous embarrassait tant ou bien dois-je mettre vos éclats de colère sur le compte de votre frustration Miss Swann ? » Lui demanda cyniquement Beckett.

 

Elizabeth rougit et détourna le regard. Elle songea aux instants magiques qu'elle avait passés sur cette île avec Will. Elle s'était cru au paradis alors…. Et à présent elle était convaincue que Molokai n'était que l'antichambre d'un enfer qu'elle ne pensait vraiment pas avoir mérité.

« Cela ne vous regarde pas. Répondit-elle.

- Voyons Miss Swann, comme vous l'avez si bien déclaré vous-même, nous n'avons que cela à faire … Parler. » Ironisa Beckett.

 

Elizabeth mit un moment à comprendre qu'il faisait allusion à ce qui s'était produit quelques jours plus tôt, lorsque, poussée par la curiosité après avoir découvert qu'il portait toujours sur lui le portrait d'une femme, elle lui avait posé des questions sur ce dernier.

 

Elizabeth leva un regard las vers le ciel d'un bleu lumineux qui leur promettait encore une journée à la chaleur étouffante puis elle se retourna vers lui.

« D'accord, négocions … » Suggéra-t-elle avec un air de défi.

Beckett haussa le sourcil et ne put retenir un sourire rusé, heureux de pouvoir à nouveau entretenir une relation de pouvoir. Même si ce n'était qu'avec Elizabeth Swann. Le sourire de Beckett s'accentua légèrement alors qu'il se corrigeait mentalement. Un affrontement de volonté était intéressant, SURTOUT avec Elizabeth Swann.

« Je vous écoute Miss Swann, que proposez-vous ? » Répondit-il cependant d'un ton indifférent

Elizabeth le regarda, une flamme de défi dans les yeux.

« Je vous dis ce que vous voulez savoir. Et en échange vous me dites qui est la femme du portrait …

- Oh, ça ? S'étonna légèrement Beckett qui s'attendait à ce qu'elle lui demande des précisions sur son père. En quoi cela vous intéresse-t-il donc ?

- La curiosité … Répondit immédiatement Elizabeth d'un ton légèrement rêveur. Et vous ? Pourquoi voulez-vous savoir ?

- Je vous l'ai dit Miss Swann. J'aimerais savoir si votre comportement est lié à une quelconque frustration. » Ironisa Beckett.

Elizabeth le défia du regard et sourit lentement.

« Non. La seule chose qui justifie ma colère est votre détestable présence Lord Beckett. »

 

Cutler la dévisagea avec le même mince sourire qui lui était habituel et laissa ses yeux descendre le long des cuisses découvertes de la jeune femme.

« Oh, et puis je savoir quel est l'heureux élu qui vous a délesté de ce fardeau ? A moins bien entendu qu'ils soient si nombreux que vous ne vous en souveniez plus ? » Ajouta-t-il d'un ton poli.

Elizabeth ouvrit la bouche pour répondre vertement avant de se retenir, un léger sourire ironique aux lèvres à son tour.

« Pas cette fois Lord Beckett. C'est à votre tour, qui est la femme du portrait ? »

Beckett se crispa et l'espace d'une seconde Elizabeth crut voir de l'émotion sur son visage puis, il se reprit.

« Ma femme. » Répondit-il d'un ton sec.

 

Cette fois Elizabeth écarquilla les yeux, elle ne put dissimuler sa surprise et Beckett lui jeta un coup d'œil ironique.

« Quoi donc Miss Swann ? Vous imaginiez peut être que je m'étais fait moine ?

- Non. En vérité je pensais que votre seule maîtresse était votre détestable ambition ! »

Beckett négligea de répondre et s'assit confortablement sur le sable.

« Alors qui Miss Swann ?

- Quoi ? Lui demanda Elizabeth en essuyant son front

- Venez donc vous asseoir à l’ombre. S'impatienta Beckett. Et continuons à parler puisque nous n'avons que ça à faire ! »

 

Elizabeth hésita un instant puis haussa les épaules avec indifférence et s'assit à ses côtés.

« Vous voulez donc négocier Lord Beckett. Je ne pensais pas que je vous intéressais autant …

- Ne vous flattez pas Miss Swann… La seule raison pour laquelle je désire mieux vous connaître c'est pour apprendre vos points faibles et les utiliser contre vous. Une fois que nous aurons quitté cette île cela va de soi. » Lui déclara-t-il froidement

Elizabeth éclata de rire tandis qu'il la regardait sans ciller.

« Et vous croyez que ce que vous me dites m'encourage à vous parler ? Allons pourquoi ferais-je ça en connaissant vos intentions ? »

Beckett la regarda d'un air supérieur avant de se laisser aller en arrière.

« Vous l'avez dit Miss Swann, la curiosité. »

Elizabeth se mordit les lèvres de dépit tandis qu'il restait allongé sur le sable. Il ne dormait pas, elle le savait très bien. Il attendait sa réponse, il attendait qu'elle plie.

« Très bien. Céda-t-elle. Une réponse contre une autre réponse. »

 

Beckett se permit un mince sourire satisfait et reprit.

« Quelle assurance aurais-je que vous ne mentez pas ?

- La même que celle que j'aurais de votre sincérité. Répondit Elizabeth du tac au tac.

- Dans ce cas, à votre tour Miss Swann… Quel est l'heureux élu ?

- Will. » Répondit simplement Elizabeth, le visage un instant adouci par le souvenir de son époux.

Beckett sembla peser sa réponse puis déclara d'une voix songeuse.

« Turner, intéressant… Je ne l'aurais pas cru homme à passer ainsi outre les convenances. Enfin après tout pourquoi pas.

- A qui pensiez-vous donc ? S'exclama Elizabeth sans pouvoir se retenir

- Oh, et bien à Sparrow pour commencer. Pas à cet imbécile de Norrington parce que celui-là était trop bête pour tenter d'obtenir des délices illégitimes. Enfin, je pensais la même chose de Turner … Soupira Beckett. A moins que, Turner fut le premier… qui furent les suivants ? »

 

Elizabeth rougit et se crispa avant de rétorquer sèchement.

« Il me semblait que notre accord stipulait une réponse contre une réponse Lord Beckett. J'ai répondu à votre question, c'est donc à moi de poser la mienne.

- Vous l'avez fait ma chère … Vous m'avez demandé quel était l'amant que je vous avais imaginé. J'y ai, je pense, répondu c'est donc mon tour. »

Elizabeth serra les poings de rage et se traita mentalement d'imbécile de s'être fait berner aussi facilement.

« Bien, nous sommes donc d'accord. Annonça Beckett. Alors qui d'autre?

- Vous allez être déçu Lord Beckett… Mais mon seul amant est mon époux. Will.

- Ainsi donc vous vous êtes mariés ? N'est-ce pas trop dur d'être unie à un homme que vous ne verrez qu'une fois par décade ? A moins bien sûr que vous n'envisagiez déjà de lui trouver un remplaçant ?

- Cela fait deux questions Lord Beckett. Trois en comptant la précédente Ma réponse est oui à la première et non à la seconde. Répondit froidement Elizabeth. Comment s'appelle votre femme ?

- Décidemment, cette question vous obsède. Lâcha Beckett d'une voix brutalement tendue.

- Contentez-vous de répondre. J'ai droit à trois questions. Avez-vous assez peu d'honneur pour reprendre votre parole ? Rétorqua Elizabeth Et cette question ne vous était pas adressée. Ajouta-t-elle rapidement.

- Vous apprenez vite… » Constata Beckett en se détournant.

 

Elizabeth, folle de rage, le fixa elle attendit la suite puis finalement n'y tint plus.

« J'attends Lord Beckett.

- Eléanor. Répondit-il sans la regarder.

- Pourquoi n'est-elle pas venue à Port Royal avec vous ?

- Sans doute parce qu'elle est morte. Répondit Beckett d'un ton cynique

- Oh … Murmura Elizabeth, un peu embarrassée.

- Vous voyez Miss Swann. Finalement vous et moi avons beaucoup en commun. Si l'on oublie bien entendu le fait que contrairement à ce cher Turner, je crains fort qu'Eléanor ne revienne jamais passer une journée avec moi. Répliqua Beckett d'un ton froid.

- De quoi est-elle morte ? Demanda Elizabeth d'une voix plus douce qu'elle ne l'avait escompté.

- Ne prenez donc pas cet air rempli de pitié Miss Swann. Je n'ai que faire de votre compassion ou de vos autres sentiments. Rétorqua Beckett. Quand à ma femme elle s'est suicidée. »

 

Piquée au vif, les bons sentiments d'Elizabeth fondirent comme neige au soleil et elle ne retint pas ses paroles.

« Cela n'a rien d'étonnant… Moi aussi je me tuerais si je devais passer le reste de mon existence en votre compagnie.

- Dans ce cas puis je vous suggérer d'en finir dès à présent ? Ironisa Beckett. Puisqu'il apparaît de plus en plus clairement que nous ne serons pas secourus.

- Aucune cause n'est perdue tant qu'il reste un fou pour y croire. Rétorqua Elizabeth.

- Une formule de Turner je présume ? Ce genre de discours creux et dénotant d'un manque d'intelligence lui ressemble … A moi Miss Swann.

- Je croyais qu'il était clair que mon nom était Turner ! Grinça Elizabeth.

- Ne cherchez pas à détourner la conversation, ma chère. Pour qui avez-vous réellement pris les lettres de marques ? Pour Sparrow ? Turner ? Ou vous-même peut être ? » Susurra Beckett.

 

Elizabeth recula, surprise par sa question et s'accorda un instant de réflexion.

« Et bien, j'attends ! S'impatienta Beckett

- Souhaitez-vous que je sois honnête ou pas ? Rétorqua Elizabeth.

- Ainsi donc la réponse demande réflexion… Murmura Beckett d'un ton songeur. Intéressant. »

Elizabeth rougit violemment puis finit par répondre du bout des lèvres, d'un ton peu assuré.

« Elles étaient pour Will évidemment….

- Pourtant c'est Norrington qui les détenait. Puis-je savoir par quelle intervention du destin elles se sont retrouvées en sa possession ? Ironisa Beckett

- Il les a volées à Jack ! S'indigna Elizabeth. En même temps que le cœur de Jones. Ajouta-t-elle avec rancœur au souvenir de la trahison de James qu'elle avait alors cru héroïque au point de se sacrifier pour eux.

- Jack Sparrow ? Feignit de s'étonner Beckett avec un demi-sourire. Mais comment sont-elles donc tombées entre ses mains ?

- Il me les a prises ! Rougit Elizabeth. Et il n'a pas voulu me les rendre…

- Vous m'en direz tant… » Se moqua le Lord.

 

Elizabeth dédaigna de répondre puis se décida.

« Pourquoi votre femme s'est-elle suicidée ?

- Ce n'est pas très délicat … Marmonna Beckett. Et c'est une longue histoire.

- J'adore les histoires et la délicatesse ne fait pas partie de mes prérogatives en tant que Roi des Pirates. Grimaça cyniquement Elizabeth en le fixant d'un air impitoyable.

- C'est bien ce que je me disais… Répondit Beckett sur le même ton. Soit. Eléanor et moi nous vivions à Londres. Notre mariage n'était pas des plus désagréables.

- Ça dépend de quel point de vue on se place. » Ironisa Elizabeth.

Beckett la regarda froidement puis continua comme si elle n'avait rien dit.

« Elle vous ressemblait un peu… L'éducation et la décence en plus. Précisa-t-il, faisant grimacer Elizabeth. Je travaillais comme grouillot en ce temps-là. Les journées étaient longues mais j'avais bon espoir d'obtenir un avancement. Voyez-vous Miss Swann, les pirates et leur traque étaient déjà la priorité de la Compagnie, mon acharnement à les débusquer me valut donc un avancement…

- Que c'est surprenant … Se moqua Elizabeth tandis qu'il continuait, le regard vague.

- Ce soir-là, je rentrais chez moi pour la première fois avec les instruments de ma toute récente promotion. Cracha presque Beckett. Des ordres de condamnation, de quoi marquer les pirates dans leur chair … »

 

Elizabeth blêmit à cette mention tandis que le souvenir de la marque que Jack portait au bras la frappait brusquement. Un mince sourire aux lèvres, Beckett la regarda.

« Oh … Vous commencez à comprendre Miss Swann… Vous n'êtes donc pas si stupide en définitive…

- Continuez. » Répondit-elle d'une voix blanche, ignorant l'insulte délibérée.

Beckett garda le silence un bref instant puis reprit d'une voix monocorde.

« Lorsque je rentrais ce soir-là, j'avais deux heures d'avance sur l'heure habituelle. Je trouvais ma femme au lit. Avec un marin Elle était agenouillée devant lui dans une posture qu'aucune femme ne devrait jamais adopter… hormis si elle est catin cela va de soi. »

 

Elizabeth le dévisagea avec curiosité et Beckett lui rendit froidement son regard.

« Allons Miss Swann n'ajoutez pas l'indécence à vos défauts… J'ose croire que votre envie de connaître mon histoire ne va pas jusque-là.

- Non, bien sûr que non… Rougit Elizabeth. Qui était l'homme ? Demanda-t-elle en s'efforçant d’adopter le ton froid du Lord.

- Un jeune homme dont le navire aux voiles noires narguait la Compagnie depuis des mois. Un homme dont le portrait grossièrement esquissé trônait au milieu d'autres dans mon tout nouveau bureau…Répondit Beckett avec un sourire à la fois sadique et triste. Un pirate débutant mais déjà roué, paré de fanfreluches comme une femme…Compléta-t-il d'un ton méprisant.

- Oh Jack… » Murmura Elizabeth sans s'en rendre compte.

 

Beckett ne tint pas compte de sa remarque et continua d'une voix monocorde.

« Ce soir-là, pendant que, après l'avoir sorti du lit de ma femme, je faisais chauffer pour la première fois le tison de ma charge, je me suis juré de débarrasser les mers de ce fléau qu'est la piraterie. Mais j'étais encore jeune et inexpérimenté. Je n'ai pas fait le poids face à Sparrow et aux suppliques de ma femme. J'ai juste eu le temps de le marquer puis il s'est enfui. »

Elizabeth se mordit les lèvres et refoula un vague et hautement dérangeant sentiment de compassion pour le Lord.

« Qu'avez-vous donc Miss Swann ? Ironisa Beckett en s'apercevant de son malaise. Seriez-vous gênée par le fait que le monde ne soit pas tel que vous l'aviez imaginé ? »

 

Elizabeth, choquée, ne répondit pas et Beckett continua d'un ton froid et coupant.

« Eléanor était enceinte. Il fallut donner l'enfant à l'adoption à sa naissance. Je pouvais pardonner sa faiblesse mais ma « compassion » n'allait pas jusqu'à en élever le fruit.

- Seigneur … Vous l'avez forcée à l'abandonner ! Vous êtes monstrueux ! S'insurgea Elizabeth. Tout cela parce qu'elle a cherché ailleurs l'amour que vous êtes incapable de donner !

- Je vous remercie de me faire partager votre point de vue Miss Swann. Ironisa Beckett. Mais contrairement à ce que vous pensez Eléanor ne s'est pas suicidée à cause de son bâtard ni à cause de moi. Elle était entièrement d'accord avec ma décision.

- Pourquoi dans ce cas ? » Ne put s'empêcher de demander Elizabeth, suspendue à ses lèvres.

Beckett balaya la question d'un geste méprisant et continua son récit.

« Eléanor et moi avons donc continué notre vie. Mais aucun enfant ne vint saluer notre union. Pourtant, j'aurais aimé … Un héritier ou même une fille, mais … Rien. Déclara-t-il froidement. Et puis, il y a de cela environ deux ou trois ans … Il est revenu. Auréolé de sa superbe de Capitaine ! Alors que j'étais moi-même devenu Lord… Mais cela ne signifiait apparemment pas grand-chose puisqu' Eléanor s'est tournée vers lui. Sous mes yeux.

- Oh … Murmura Elizabeth qui réfréna un nouvel élan de compassion.

- Taisez-vous Miss Swann. L'histoire que vous teniez tellement à entendre n'est pas terminée. » Lui rétorqua froidement Beckett.

 

Elizabeth se crispa. Elle souhaitait à présent ne pas avoir eu connaissance de cette histoire qui rendait Beckett curieusement plus humain à ses yeux en dépit du manque d'émotion qu'il mettait dans son récit.

 

Le regard vague, Beckett continua d'une voix précise, habituée à décrire des faits.

« Elle l'a reconnu au milieu d'une foule tandis que je ne l'avais même pas remarqué… Ce jour-là, elle était vêtue d'une robe de mousseline verte assortie à ses yeux, une couleur hardie pour une femme mariée mais ça n'avait pas d'importance pour moi. Elle a couru vers lui, échappant à mon étreinte, la pauvre naïve croyait sans doute qu'il était revenu pour elle. Et alors il a eu ce sourire détestable … Murmura Beckett. Voyez-vous Miss Swann, je dois admettre qu'il est difficile de voir quelque chose qui est censé nous appartenir se vautrer dans les bras d'un homme comme Sparrow. Enfin Turner me comprendrait sûrement mieux que vous sur ce point. »

 

Elizabeth rougit brutalement sous sa flèche tandis que Beckett continuait d'un ton indifférent.

« Elle est venue vers lui… Et il l'a rejetée, il a enrobé son refus avec ses circonvolutions de langage habituelles et je l'ai regardée le supplier. »

Elizabeth ne répondit pas, décontenancée par le terme « circonvolution » dont elle ignorait le sens.

« Il lui a ri au nez …. Voyez-vous Miss Swann, Sparrow était si sûr de lui qu'il lui a fait une démonstration des oscillations de son précieux compas. Cracha Beckett. Ce compas qui indique ce qu'on désire le plus au monde. Et ce n'était PAS Eléanor… »

 

Elizabeth ouvrit la bouche pour parler mais Beckett la coupa net et continua son récit sans la moindre émotion.

« Elle s'est ouvert les veines dans l'heure qui a suivi. »

Elizabeth poussa un petit cri de détresse que Beckett ignora pour poursuivre son récit.

« Je l'ai regardée mourir … Avez-vous déjà vu mourir sous vos yeux une personne que vous aimiez Miss Swann ? Demanda-t-il d'un ton détaché

- Oui. Souffla Elizabeth d'une voix tremblante et le souvenir de l'agonie de Will la submergea soudain.

- Je pense qu'elle a regretté son geste car elle m'a supplié de l’aider. Mais il était trop tard. Continua Beckett froidement. Elle en est morte.

- Seigneur … Mais quel genre d'homme êtes-vous donc ! » S'exclama Elizabeth, les nerfs à fleur de peau devant son indifférence.

 

Beckett se retourna vers elle et un mince sourire souleva le coin de ses lèvres.

« Je ne suis pas le responsable de sa mort Miss Swann… Pas plus que je n'avais le pouvoir de l'en détourner. La seule chose que je pouvais faire pour elle, c'était de m'arranger pour être envoyé dans la direction qu'avait indiqué le précieux compas de Sparrow pour le retrouver et en finir avec lui et ses pareils. Après avoir pris quelques renseignements et fait mener quelques recherches pour m'assurer de ma destination, je m'arrangeais pour être nommé à Port Royal. Ce qui, en ma qualité de Lord du Royaume me fut aisé. » Déclara Beckett avec une pointe de satisfaction.

Elizabeth déglutit brutalement et secoua la tête

« Pourquoi Port Royal?

- Allons, ne soyez pas modeste Miss Swann… Lui répondit-il d'un ton indulgent. Nous savons tous deux ce que Sparrow semble désirer. »

 

Elizabeth ouvrait la bouche pour protester lorsqu'une goutte s'écrasa sur sa joue et détourna son attention de la conversation qui la passionnait depuis des heures. A ses côtés, Beckett frissonna et se tourna à son tour vers l'horizon.

« Seigneur tout puissant … Mais qu'est-ce ? Commença-t-il d'un ton incrédule.

- COUREZ ! » Hurla Elizabeth en se relevant brutalement pour fuir le cyclone qui se rapprochait d'eux…

 

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Commentaires : 2
  • #1

    sharkna (jeudi, 01 novembre 2012 23:48)

    Ouah le récit de Beckett ma complétement retourné :'( .

    Tu a bien repris les éléments du film et sa pourrais être tout à fait réaliste.
    J'y avais jamais penser mais maintenant je vois bien Beckett qui aurais été marié.

  • #2

    JessSwann (vendredi, 02 novembre 2012 11:39)

    Ah tu vois que Beckett est humain, j'ai essayé de coller aux films en inventant ^^