Chapitre 3 Retour à Port Royal

Le navire de Beckett tangua légèrement puis s'immobilisa. Inquiet, Will regarda autour de lui.

« Que se passe-t-il ?

- Rien de plus que ce que Beckett avait annoncé, répondit Jack d'un ton décontracté. Nous sommes à Port Royal. »

Will lui adressa un long regard haineux.

« Comment peux-tu rester sans rien faire ? » lui lança-t-il pour la centième fois.

Jack répondit par un sourire.

« Comme je te l'ai déjà dit à maintes reprises, je préfère mille fois quelques mois de réclusion à la mort. Et si tu avais deux grains de bon sens tu penserais comme moi.

- Jamais… Jamais je ne me réjouirais de voir Elizabeth avec ce … ce …

- Je doute qu'il nous invite au mariage. » Plaisanta Jack.

Un nouveau regard chargé de haine lui répondit et Jack se rassit.

« Nous n'avons plus qu'à attendre. Connaissant Beckett je doute qu'il nous débarque en plein jour. Surtout avec les conditions qu'Elizabeth a négociées. »

Cette fois, Will ne répondit pas. Le regard douloureux, le jeune homme se détourna vers le mur.

 

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Elizabeth regarda avec appréhension la porte de sa cabine s'ouvrir pour livrer passage à Beckett.

« Il semblerait que les vents nous aient été favorables ma chère. Sans doute un signe du destin en faveur de notre union. » commenta-t-il.

Elizabeth pâlit. Il avait suffi d'une journée et demi, soit la moitié du temps annoncé par Beckett, pour rejoindre Port Royal. Et avec leur retour, l'accomplissement de sa promesse.

 

Beckett lui offrit son bras avec un sourire.

« Venez Mademoiselle Swann. Offrons à la ville le spectacle de notre bonheur. »

Elizabeth posa délicatement sa main sur son bras.

« Je doute que quiconque soit dupe.

- Oh, vraiment ? Et pourquoi cela ? » Ironisa Beckett.

Elizabeth se tourna vers lui.

« Aucune personne vous connaissant ne peut croire qu'on puisse vous aimer. » rétorqua-t-elle.

Beckett pâlit légèrement et se reprit.

« Dans ce cas, il est heureux pour vous que le peuple n'ait pas encore appris à me connaître. Tenez votre rôle Elizabeth sans quoi vos amis pourraient très bien ne jamais débarquer. »

Elizabeth ne répondit pas. Seule la crispation de sa main renseigna Beckett sur le fait qu'elle l'avait entendu.

 

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Un peu étourdie, Elizabeth adressa un sourire distant à Lord Ellroy.

« Ma chère Elizabeth ! Je suis certain que votre père doit être ravi de vous voir reprendre vos esprits. »

Elizabeth le regarda avec surprise avant de se souvenir du mensonge de Beckett. Comme tous ses amis, Ellroy pensait le gouverneur en route pour Londres.

« Je suppose qu'à présent que vous vous êtes engagée avec un parti digne de ce nom, votre père va revenir à Port Royal. »

Elizabeth ouvrit la bouche mais Beckett la devança.

« Hélas non. Malgré notre chagrin à la pensée de son absence, le Gouverneur Swann a des obligations auxquelles il ne peut se dérober.

- Oh … Mais n'allez-vous pas l'attendre ? » S'étonna Ellroy.

 

La main de Beckett se referma sur le poignet d'Elizabeth et la jeune fille retint un cri de douleur tandis qu'il répondait.

« Hélas, il semblerait que le Gouverneur soit retenu ailleurs pendant des mois voire des années. Et j'avoue ne pouvoir attendre. Mais n'est-ce pas toujours ainsi lorsqu'on a trouvé la femme que l'on attendait ? »

Ellroy bredouilla quelques mots sans parvenir à dissimuler sa surprise et s'effaça.

« Il ne vous a pas cru. Personne ne vous a cru. » Murmura Elizabeth avec haine.

 

Beckett se tourna vers elle, un sourire supérieur aux lèvres.

« Quelle importance ? Aucun de ces pantins n'a plus de pouvoir que moi. »

Elizabeth se raidit et Beckett la fixa.

« Allons souriez Mademoiselle Swann. Pensez à vos amis. Leur bien être futur dépend de vous… »

 

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Au moment où Elizabeth et Beckett présidaient leur soirée de fiançailles, Mercer s'avança dans les cales du navire, accompagné par un régiment de soldat. D'un geste sec il désigna les pirates.

« Ces hommes sont les prisonniers exclusifs de Lord Beckett. Personne ne doit apprendre leur présence ici. Suis-je clair ? »

Un garde à vous lui répondit et Jack ironisa.

« Quelle autorité pour un toutou ! »

Mercer resta impassible et s'approcha des barreaux.

« Monsieur Sparrow. Je pense qu'il est inutile de vous rappeler ce qui arrivera à une certaine jeune femme si vous ou l'un de vos amis tentait de s'évader ?

- Ça serait mieux avec un capitaine. » Plaisanta Jack.

Mercer recula.

« Emmenez-les à la résidence Beckett. Leur geôle les attend.

- Oh nous n'aurons pas d'appartements privés ? Me voilà déçu. » Plaisanta Jack.

 

Will lui jeta un coup d'œil mauvais mais le pirate poursuivit.

« Avec une jolie vue, sur la mer par exemple… »

Cette fois la bouche de Mercer se fendit en un sourire.

« Navré de vous décevoir Capitaine Sparrow mais vous serez aussi loin de la mer que possible. »

Jack ne répondit pas et maîtrisa un sourire satisfait. Hormis deux ou trois détails, tout se passait mieux qu'il ne l'aurait espéré…

 

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Les invités partis, Elizabeth se laissa conduire par le lord à travers la demeure. Cette dernière, qu'elle découvrait pour la première fois, était à l'image de son propriétaire. La décoration y était pompeuse, arrogante sans toutefois verser tout à fait dans le mauvais goût ce qu'Elizabeth reconnut en elle-même avec mauvaise grâce.

 

Elle s'immobilisa devant un tableau et ne put retenir son rire en y découvrant Beckett représenté comme un roi.

« Je suis heureux de voir que vous êtes capable de vous animer un peu, ironisa Beckett. Je n'aime guère les femmes ennuyeuses »

A ces mots, le rire d'Elizabeth mourut dans sa gorge et elle se tourna vers lui.

« C'était plus de la pitié que de l'amusement Lord Beckett. Pardonnez-moi d'avoir ri. C'est l'effet qu'a le ridicule sur moi.» persifla-t-elle en lui désignant le tableau.

Beckett se contenta d'un sourire crispé.

« Votre franchise est admirable Mademoiselle Swann. Toutefois, je vous conseille d'apprendre rapidement à tenir votre langue. »

Elizabeth le toisa.

« Il me semblait pourtant que mon esprit vous amusait.

- Moins que votre corps est destiné à le faire. Ne l'oubliez pas. »

Elizabeth pâlit et Beckett lui prit le bras.

« J'ai une surprise pour vous, annonça-t-il d'une voix enjouée qui tranchait avec le ton menaçant qu'il avait employé plus tôt.

- Quel genre de surprise ? » S'inquiéta Elizabeth.

Beckett ne répondit pas et fit signe à un valet qui ouvrit la porte devant laquelle il l'avait guidée.

 

Le sang d'Elizabeth se figea en découvrant une immense chambre à coucher au mobilier orné de dorures. Si elle avait été moins inquiète, elle aurait admiré la finesse des meubles mais, trop consciente de la présence de Beckett à ses côtés, elle pâlit à nouveau.

« Voici vos appartements Mademoiselle Swann. Vous y résiderez lorsque votre présence ne sera pas requise dans mon lit ou dans tout autre endroit où il me plaira de vous voir. Bien entendu la porte ne possède aucune serrure. Cela est volontaire. Comme vous-même cette pièce m'est ouverte à toute heure. »

 

Elizabeth rougit violemment partagée entre la honte et la colère. Le second sentiment l'emporta et elle se tourna vers lui.

« Épargnez-moi vos discours. Aucun mot ne peut adoucir ce que vous vous apprêtez à faire alors … »

Les doigts de la jeune femme se portèrent nerveusement à son corsage qu'elle entreprit de défaire, bien décidée à en finir. Un sourire aux lèvres, Beckett la regarda faire avant d'intervenir.

« Votre impatience me flatte mais il faudra attendre notre nuit de noce pour que je vous débarrasse de ce qui vous pèse à ce point. Pour l'instant, je tenais juste à vous montrer vos appartements et à vous informer d'une liberté que j'ai prise. »

 

Honteuse et folle de rage après elle-même, Elizabeth ne répondit pas.

« Ne tenez-vous pas à connaître la suite ? » Demanda Beckett.

La jeune femme darda un regard furieux sur lui.

« Quelle autre liberté avez-vous donc volée en plus de celle de Will et de la mienne ? »

Beckett sourit.

« J'ai fait venir votre ancienne femme de chambre, Estrella je crois, mais si cette attention vous déplait…. »

Elizabeth le regarda.

« Il faudra plus qu'une attention pour effacer le mépris que vous m'inspirez Lord Beckett. »

L'homme ne broncha pas.

« Oh il semble en effet que j'ai une idée très précise du prix de vos faveurs Mademoiselle Swann. Observa-t-il. Vous avez été plus que claire à ce sujet. »

Elizabeth le fixa de plus belle, se forçant à ne pas rougir.

« Je n'avais pas le choix…

- Une autre femme avec vos sentiments aurait choisi la mort. Se moqua Beckett. Mais pas vous… »

Cette fois Elizabeth blêmit.

« Si la seule vie en jeu avait été la mienne, je l'aurais fait sans hésiter.

- Dans ce cas, il est heureux pour vous que je possède d'autres moyens de pression. Rétorqua Beckett.

- Laissez-moi. » Ragea la jeune femme.

 

Beckett s'inclina.

« Votre serviteur Mademoiselle Swann. Une dernière chose toutefois, ne vous mettez pas en tête de m'échapper de quelque manière que ce soit. Les conséquences seraient terribles. Pour vous, pour vos amis, et pour tous ceux que vous auriez convaincus de vous aider. »

A ces mots, Elizabeth baissa les yeux. En apprenant la présence d'Estrella, elle avait cru brièvement pouvoir élaborer un plan.

« Nous avons un accord, lui asséna durement Beckett. Souvenez-vous-en.

- Je ne vois pas comment je pourrais l'oublier. » Rétorqua Elizabeth avec amertume.

Après un dernier sourire Beckett s'effaça.

 

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Les poings serrés, Will contempla la cellule dans laquelle on l'avait jeté en compagnie de Jack et de quelques autres membres d’équipage. Il gémit en entendant la musique qui leur parvenait depuis les étages et le salon de Beckett et frappa un coup sec dans le mur.

« Pas la peine de te mettre dans un état pareil Will. Ce genre de soirée est souvent prodigieusement ennuyeux. » Commenta Jack.

Le regard de Will s'obscurcit.

« Toi … Tout ça est ta faute, si tu n'avais pas été là Elizabeth et moi serions mariés !

- Faux. Si je n'avais pas été là ta donzelle se serait noyée.

- Quoi ? » Demanda Will suffoqué par son culot.

Jack sourit.

« Réfléchis petit. Si je n'avais pas été la première fois qui aurait sauvé notre jolie Elizabeth de la noyade ? Sûrement pas ces imbéciles de soldats.

- J'aurais dû laisser Norrington te pendre, soupira Will.

- Pour toutes les erreurs que l'on commet il y a toujours un prix à payer, se réjouit Jack en s'installant sur le sol. Mmm confortable cette paille. »

 

Will secoua la tête, anéanti.

« Je ne te comprends pas, même si ce que tu prétends sur Calypso est vrai. Comment peux-tu la laisser, la laisser …

- Quoi ? Se donner du bon temps avec Beckett ? »

Will serra à nouveau les poings et le sourire de Jack s'effaça.

« Ne crois pas que je l'accueille avec plaisir petit, murmura-t-il. Seulement Elizabeth n'a pas besoin de porter ce poids en plus du reste. Si tu l'aimes autant que tu le dis, arrange toi pour ne rien lui faire voir. »

Will leva un regard surpris sur Jack mais ce dernier se détourna, l'air sombre.

« Ferait mieux d'essayer de dormir… » Grommela Jack.

 

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« Sûr que votre choix en a surpris plus d'un Mademoiselle Elizabeth. Mais enfin, Lord Beckett a une belle prestance et il faut reconnaître que c'est un homme charmant » gazouilla Estrella tout en aidant la jeune fille à se coucher.

 

Elizabeth sourit ironiquement.

« Oui… Lord Beckett est tout à fait charmant.

- Et quel homme attentionné, je n'en croyais pas mes oreilles lorsqu'il est venu me dire qu'il m'engageait pour veiller sur vous comme avant.

- Oh c'est tout Lord Beckett ça, charmant, attentionné. » Persifla Elizabeth.

Sa femme de chambre ne parut pas s'apercevoir de l'ironie de sa jeune maîtresse et poursuivit son babil.

« Bien sûr j'ai été très étonnée d'apprendre que votre cœur s'était épris de lui mais lorsqu'il m'a appris ce que ce Turner vous avait fait … Oh Mademoiselle je suis si heureuse que vous ayez enfin trouvé un homme qui vous respecte et qui vous aime autant. Même si je dois dire que le Commodore, enfin l'Amiral, Norrington n'aurait pas été non plus un mauvais choix mais Lord Be…

- Que veux-tu dire sur Will ? » La coupa Elizabeth.

 

Estrella rougit et s'interrompit net.

« Pardonnez-moi Mademoiselle, j'ai parlé sans réfléchir, j'ai été indiscrète et …

- Que t'a dit Lord Beckett ? Répéta Elizabeth.

- Oh, et bien vous savez cette femme horrible avec qui il est parti. Je suis sûre qu'il regrettera de vous avoir perdue, quand je pense qu'il semblait si amoureux alors qu'en fait, il…

- Tais-toi » souffla Elizabeth.

Estrella leva les yeux sur elle et prit l'air contrit devant la pâleur de sa jeune maîtresse

« Pardon je n'étais pas à ma place … Et je, j'espère que vous n'en voudrez pas à Lord Beckett de me l'avoir dit. Il m'a fait jurer le silence et je vous assure que je respecterais ma parole.

- Je n'en doute pas, Beckett fait toujours en sorte qu'on respecte ses promesses. » Ironisa Elizabeth avec amertume.

 

Gênée, Estrella sortit. Une fois seule, Elizabeth laissa couler les larmes qu'elle retenait depuis son retour. Beckett avait décidément tout prévu. Il avait même sali le nom de Will pour dorer le sien.

 

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Le lendemain, ce fut la mine défaite qu'Elizabeth se présenta devant son fiancé, encadrée par deux gardes. Assis à son bureau, Beckett ne lui accorda pas un regard.

« On me rapporte que vous voulez me parler qu'y a-t-il ?

- Je veux voir Will. »

Beckett ne broncha pas. Il plongea sa plume dans l'encrier et répondit d'un ton décontracté.

« Nous étions d'accord Mademoiselle Swann. Vos visites seront une fois par semaine. Or vous avez vu Turner et les autres avant-hier. Et du reste la couturière vous attend pour prendre vos mesures.

- Quoi ?

- Pour votre robe de mariée ma chère. Maintenant allez-y » la congédia Beckett sans un regard.

 

Elizabeth sentit une rage incontrôlable monter en elle. Furieuse, elle s'approcha et balaya d'un geste brusque le nécessaire à écrire et tout ce qui se trouvait sur le bureau.

« Je n'irais nulle part tant que je ne me serais pas assurée du bien être de mes amis. » gronda-t-elle.

Beckett regarda l'encrier brisé sur le sol.

« Vous n'êtes plus en position de négocier Mademoiselle Swann. »

Les mains d'Elizabeth se crispèrent sur le bois du bureau

« Vous non plus. Lord Beckett, nous ne sommes pas encore mariés. Vous n'avez donc aucun droit sur moi. Et vous n'en aurez aucun si je ne peux m'assurer de mes compagnons.»

Leurs regards s'affrontèrent un instant et Beckett secoua la tête.

« Je n'aime pas les femmes entêtées.

- Dans ce cas je vous suggère de vous en acheter une autre. » Répliqua Elizabeth avec mépris.

Beckett sourit avec ironie.

« Avez-vous conscience que ce que vous venez de dire est aussi dégradant, voir même plus, pour vous que pour moi ? Il ne viendrait nullement à l'idée de reprocher à un homme de visiter des putains. En revanche, que croyez-vous que les amis de votre père penserait de la manière dont vous vous marchandez ? »

Elizabeth rougit de honte et Beckett éclata de rire.

« Très bien Mademoiselle Swann, marchandons votre visite pour cette fois.

- Que voulez-vous ? »

 

Beckett joua un instant avec la plume qu'il tenait et fit mine de réfléchir.

« Voyons, que vaut une visite… »

Elizabeth le fixa avec angoisse et il avança vers elle.

« Que diriez-vous d'un baiser Mademoiselle Swann ? Une misérable avance sur notre nuit de noce, vous en conviendrez. Embrassez-moi avec suffisamment d'ardeur et vous aurez votre visite.

- Offrez moi la visite et je vous embrasserais ensuite. » tenta Elizabeth.

Beckett ricana.

« Non. Le paiement d'abord. »

Elizabeth baissa les yeux.

« J'attends Mademoiselle Swann. » la rappela Beckett.

 

Elizabeth prit une inspiration et contourna le bureau. Surpris, Beckett se leva par automatisme et leurs regards se rejoignirent. Elizabeth déglutit et refoula une nausée avant de poser ses lèvres sur les siennes. Sa main glissa sur la nuque du Lord et elle regretta de ne pas être assez forte pour la lui briser. Les lèvres de Beckett s'entrouvrirent et elle glissa sa langue dans sa bouche, les yeux clos alors qu'elle imaginait que c'était Will qu'elle embrassait ainsi. Les mains de Beckett étreignirent fiévreusement sa taille et il la pressa contre lui avant de la relâcher.

 

Essoufflé, ils se firent face sans dire un mot. Finalement, Elizabeth le toisa avec mépris.

« Il me semble que c'est votre tour de respecter votre parole.

- Monsieur Mercer vous accompagnera, déclara Beckett d'une voix parfaitement maîtrisée. Ensuite vous irez chez la couturière. A votre retour vous viendrez nettoyer votre désordre. » Déclara-t-il en lui désignant l'encre répandue sur le sol.

Elizabeth lui lança un nouveau regard chargé de mépris.

« Bien sûr… » Déclara-t-elle avant de tourner les talons.

 

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Will se précipita aux barreaux en la voyant approcher. Elizabeth lui renvoya un sourire pâle et baissa les yeux. Will frémit.

« Elizabeth que s'est-il passé ?

- Rien. » Mentit elle.

Leurs doigts se rejoignirent à travers les barreaux et Will sentit le cœur lui manquer.

« Elizabeth, regarde-moi, que s'est-il passé ? »

La jeune femme secoua la tête pour chasser ses larmes de honte et le fixa.

 

Ses yeux dans ceux de Will, elle répondit d'une voix tendre.

« Rien d'important. »

Will fronça les sourcils. Il n'était pas dupe.

« Tu vois. Rien d'important. Puisqu'elle te le dit. » Déclara Jack dans son dos d'un ton faussement plaisantin.

La conversation de la veille revint en mémoire de Will et il se força à sourire.

« Je suis si heureux de te voir »

Le visage d'Elizabeth se détendit.

« Moi aussi » murmura-t-elle.

Leurs doigts se nouèrent un peu plus fort et Elizabeth sourit franchement cette fois. Peu importait Beckett, cet instant valait tous les baisers du monde et plus encore.

 

Will la couva d'un regard inquiet.

« Est-ce que …

- Il me traite bien. Grimaça Elizabeth. Et pour vous ?

- Tout va bien. Intervint Jack avant que Will ait eu le temps de répondre. Sauf que ça manque cruellement de rhum. »

Elizabeth sourit en voyant Gibbs opiner vigoureusement tandis que Will soupirait.

« Je dis pas ça pour moi mais pour lui.. » souffla Jack en désignant Will.

Les yeux d'Elizabeth et du pirate se croisèrent et elle comprit ce qu'il taisait. L'ivresse changerait les idées de Will. Et soulagerait Gibbs. Sans parler du pirate.

« Je verrais ce que je peux faire, maintenant si vous pouviez… »

Les yeux de Jack s'emplirent de tristesse et il baissa rapidement le visage pour qu'elle ne s'en aperçoive pas.

« Bien sûr. Je vous laisse avec Will. »

 

Elizabeth ne le regardait déjà plus. Les yeux dans ceux de Will, elle avança le plus possible son visage vers le sien.

« Fais-moi confiance Will. Mon cœur n'est qu'à toi. Peu importe le reste. Une fois sortis de cet enfer je serais tienne. Si tu veux encore de moi, souffla-t-elle, sa voix se brisant sur les derniers mots.

- Ardemment. » Murmura Will en embrassant ses doigts.

Les deux amoureux échangèrent un regard rempli de promesses puis Mercer intervint.

« Il est temps Mademoiselle Swann. »

 

Le visage d'Elizabeth s'assombrit.

« Je reviendrai, dans une semaine. Je jure que je reviendrai. »

Incapable d'articuler un mot, Will ne répondit pas. Jack s'en chargea pour lui.

« N'oubliez pas le rhum et par pitié ne le brûlez pas cette fois. »

Soulagée par sa plaisanterie, Elizabeth sourit.

« J'y penserais Jack…. »

 

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Elizabeth vécut sa visite chez la couturière avec un sentiment d'irréalité. Elle n'avait du reste rien d'autre à faire que de se laisser mesurer. Lord Beckett avait déjà choisi la robe qu'il souhaitait la voir porter pour leur union. Elizabeth ne put retenir un sourire cynique à cette nouvelle : de toute évidence, le Lord ignorait que cela portait malheur que le marié voit la robe de sa future épouse avant la cérémonie.

« Désirez-vous voir les croquis ? » demanda poliment la couturière.

Elizabeth secoua la tête.

« Je laisse Lord Beckett me faire la surprise. » ironisa-t-elle avec acidité.

 

Ce furent les seuls mots qu'elle prononça durant toute la durée de sa visite. Elle n'avait pas le cœur à parler. Le visage de Will était encore dans son esprit et elle se remémorait avec délices les brefs instants qui leur avaient été accordés.

 

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A son retour, Elizabeth se dirigea vers le bureau de Beckett. Elle grimaça en découvrant le seau d'eau à présent froide et la brosse qui l'attendaient. Tout en frottant le marbre qui recouvrait le sol comme dans la plupart des pièces, la jeune femme songea que la prochaine fois ce ne serait pas le sol qu'elle viserait mais bel et bien le visage haï de son futur époux. Et elle se ferait un plaisir de le frotter jusqu'à ce qu'il disparaisse.

 

Chapitre 2                                                                                                 Chapitre 4

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Commentaires : 2
  • #1

    Sharkna (lundi, 30 avril 2012 21:02)

    Excellente la scène que Elizabeth fait dans le bureau et je raffole du coté machiavélique de Beckett.
    Merci de nous permettre de voir nos chère personnages de Pirates moins doux que ce que nous montre Disney :D (même si j'adore les Disney lol)

  • #2

    JessSwann (lundi, 30 avril 2012 21:10)

    Ahhh ça Beckett a toujours été un perso interessant pour moi et j'adore le mettre face à Elizabeth
    Si tu aimes les scènes tu vas être gâtée....

    Ah euh oui moi je suis quand même beaucoup moins douce et edulcorée que disney hem faut bien lire les posts de présentation mdrrrr

    Merci en tout cas