Chapitre 16 Trahie à nouveau

Elizabeth s'engagea dans le couloir menant aux geôles, troublée par sa crise de larmes de la nuit passée. Alors qu'elle s'approchait de la cellule dans laquelle Will était détenu, la jeune femme songea à tout ce qui s'était produit la veille. La tentative de Lord Goldmin, l'attitude de Beckett… Sans doute ses larmes avaient elles été causées par les frayeurs qu'elle avait eues. Convaincue par cette idée, Elizabeth passa une main protectrice sur son ventre et avança vers Will, le cœur léger.

 

Gibbs la salua d'un sourire tandis que Will levait un regard injecté de sang sur elle. A cette vue, les angoisses d'Elizabeth reprirent. Dédaignant le cerbère que Beckett lui avait imposé en l'absence de Mercer, Elizabeth tomba à genoux devant les barreaux.

« Will, souffla t'elle doucement, Will, je suis là. »

Le jeune homme la fixa sans répondre et le cœur d'Elizabeth se serra.

« Turner a la gueule de bois, il a passé la nuit à boire. » lança Norrington qui ne valait guère mieux.

Elizabeth se crispa et lui renvoya un regard furieux.

« Inutile de demander qui lui a soufflé cette détestable habitude ….

- Inutile en effet, commenta Norrington.

- Je ne parlais pas de Jack », cracha presque Elizabeth avant de reporter son regard sur Will.

 

Le jeune homme continua à la fixer avant de prendre la parole d'une voix râpeuse.

« Que s'est-il passé avec Jack ? Que se passe-t-il avec Jack ? »

Elizabeth se troubla légèrement.

« Quoi ? Will… Nous en avons déjà parlé, je, je n'avais pas le choix, le Kraken était après lui et

- Je ne parle pas de ça. Je parle de ce qui s'est passé avant sur le Pearl. »

Elizabeth baissa rapidement les yeux.

« Il ne s'est rien passé.

- Ah oui ? Pourtant Jack et toi vous êtes devenus très proches n'est-ce pas ? » Insinua Will.

 

Cette fois la jeune femme lança un regard rempli de reproches à James que Will intercepta.

« C'est donc vrai. » souffla-t-il avec amertume.

Le cœur d'Elizabeth accéléra et elle agrippa les barreaux.

« Non, Will attend.

- Est-ce que tu l'aimes ? » La coupa le jeune homme.

Elizabeth rougit et Will reprit d'une voix chargée de tristesse.

« Tu ne l'as jamais nié.

- Will, arrête, quand nous sortirons d'ici nous... »

Elizabeth s'interrompit devant le regard mort de son fiancé.

« Ne te fatigue pas Elizabeth, Beckett nous a dit que, que tu portais son enfant. » gémit presque Will.

Elizabeth sursauta et se mordit les lèvres. Elle n'avait jamais plus regretté qu'en cet instant de ne pas avoir tué Beckett.

 

La jeune femme tendit ses doigts à travers les barreaux.

« Will, quand nous sortirons d'ici.

- TU PORTES SON ENFANT ! » Hurla Will.

Elizabeth recula, le visage blême.

« Will, je n'ai pas le choix, c'est, il l'a exigé.

- Je ne sais pas si je peux encore te croire. » lui répondit Will avant de se détourner.

Le cœur brisé, Elizabeth ferma les yeux.

« Will, je t'en prie…

- Fin de la visite, annonça l'officier qui l'accompagnait.

- Non ! Attendez non ! S'écria Elizabeth alors qu'il la forçait à se relever. Will ! »

Le jeune homme tressaillit et se précipita vers les barreaux.

« Trop tard Turner » commenta Norrington.

 

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Anéantie, Elizabeth vit les lourdes portes se refermer derrière elle. Son cœur battait à tout rompre. Will ne la croyait pas, il ne la croyait plus. Une vague de désespoir la submergea et elle se pencha pour déverser sa bile sur le tapis précieux de Beckett.

Le regard de l'officier s'adoucit et il avança vers elle.

« Je vais vous aider.

- Non, le repoussa Elizabeth. Allez plutôt faire votre rapport à votre maitre… Il n'attend que ça. »

L'officier se raidit et s'écarta, la laissant seule avec ses regrets.

 

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Trois heures plus tard 

 

Les occupants de la cellule sursautèrent et s'entreregardèrent avec inquiétude en entendant des bottes approcher. Un soldat déverrouilla la porte.

« Turner tu viens avec nous. »

Will leva un regard triste sur lui et se redressa.

« Vous l'emmenez où ? S'inquiéta Gibbs.

- Lord Beckett a un cadeau pour lui », répondit le soldat.

Complètement anéanti par son entrevue avec Elizabeth, Will les suivit sans protester.

 

Les soldats le guidèrent jusqu'à une cellule éloignée et le poussèrent à l'intérieur.

« Ton cadeau arrive. »

Surpris, Will les regarda.

Une femme sortit alors de l'ombre.

« C'est lui ? demanda t'elle

- Oui madame, ricana un des soldats.

- Il est mignon…. Ca ne devrait pas être trop dur.

-T'as une demi-heure. » Lui répondit durement le premier soldat en la poussant dans la cellule.

 

Will fixa la catin. Elle avait de longs cheveux d'un blond jaunâtre et des yeux sombres. Sa bouche peinturlurée dévoilait une dentition qui avait dû connaitre des jours meilleurs tandis que son corset dévoilait la poitrine la plus imposante que le jeune homme ait jamais vue.

« Je ne suis pas intéressé. » déclara t'il.

La bouche de la fille se tordit en une moue séductrice.

« Bien sûr que si chéri.» lança t'elle en glissant une main sur sa cuisse.

Etourdi par le rhum et par sa dispute avec Elizabeth, Will cligna des yeux.

« Je suis fiancé.

- Oh… Et sans doute qu'elle t'attend ? Ça fait combien de temps chéri ? »

Will ne répondit pas. Les mots de la catin le renvoyaient à la crudité de la situation. Elizabeth avait flirté avec Jack, il le savait maintenant. Elle avait flirté avec un autre tandis qu'il se désespérait de la rejoindre. Et voilà qu'elle était grosse des œuvres de Beckett…

« Combien de temps ? » répéta la catin en accentuant sa caresse.

 

Will ferma les yeux en se sentant réagir. Tout lui revenait en mémoire maintenant, les cris d'Elizabeth, son plaisir dont il avait été l'invisible témoin, le baiser qu'elle avait donné à Jack, celui de Norrington qui avait causé l'échec de leur évasion. La manière dont elle protégeait l'enfant de Beckett. Tout cela lui revint sous des vapeurs de rhum. Finalement, il ouvrit les yeux tandis que la main experte de la putain caressait son entre jambe.

« Trop longtemps. » souffla t'il.

 

()()

 

Elizabeth frappa à la porte du bureau de Beckett d'une main angoissée. Elle avait passé les dernières heures à réfléchir. Le manque de confiance de Will ne cessait de la tourmenter et elle n'en viendrait pas à bout en ne le voyant que quelques minutes par jour. C'est pourquoi elle s'était décidée à…

« Entrez. » répondit Beckett d'un ton sec.

Elizabeth prit une inspiration et poussa la porte. Assis à son bureau, Beckett leva les yeux.

« Elizabeth ? Que me vaut l'honneur de votre visite ? Et pourquoi avoir frappé, il me semble que vous étiez plus hardie la nuit dernière. »

Le visage d'Elizabeth se crispa sous la remontrance implicite mais elle se força à faire bonne figure.

« J'aimerais vous parler du moins si je ne vous dérange pas. »

Cette fois Beckett se cala dans son fauteuil et recula.

« Une telle requête faite avec tellement de délicatesse me remplit de surprise. Je vous écoute Elizabeth, je ne doute pas que cela sera divertissant. »

 

La jeune femme se raidit au sarcasme mais ne broncha pas.

« J'aimerais m'excuser, se força t-elle à dire.

- De plus en plus intéressant, poursuivez donc j'ai hâte de savoir ce que cache cette douce hypocrisie. » Ironisa Beckett.

Elizabeth soupira lourdement.

« Je veux voir Will.

- Ahhh voila qui vous ressemble plus. Cependant il me semble que vous l'avez vu ce matin ainsi que nous l'avions convenu. »

 

Elizabeth se mordit la lèvre et évita son regard.

« Lord Beckett. Il me semble qu'hier soir, je vous ai involontairement rendu un grand service avec Lord Goldmin.

- Poursuivez, l'encouragea Beckett d'une voix glaciale.

- En échange, j'aimerais voir Will. Seul à seule. Dans une pièce isolée. Juste une heure. »

Beckett ne broncha pas et Elizabeth se pencha sur le bureau, l'air désemparé.

« S'il vous plait… Votre prix sera le mien.

- Dois-je comprendre que vous voulez renégocier ? » Lui demanda calmement Beckett.

Elizabeth se troubla, les larmes aux yeux.

« Oui. Je veux dire, maintenant que je porte votre enfant, il est inutile que je... tenta t'elle maladroitement.

- Vous voulez sans doute dire que maintenant que vous êtes grosse, vous voulez disposer librement de votre manque de vertu ? » Suggéra Beckett

Elizabeth rougit et un coup bref frappé à la porte la dispensa de répondre.

 

Beckett sourit.

« Permettez, une affaire urgente. »

Elizabeth ne broncha pas. Elle ne voulait pas lui offrir une nouvelle raison de l'humilier. Une femme lourdement fardée pénétra dans la pièce.

« C'est fait, annonça-t-elle avant d'apercevoir Elizabeth. Oh désolée ma belle je t'avais pas vue.

- C'est ma femme, précisa Beckett avec agacement avant de se tourner en direction d'Elizabeth. Décidemment ma chère on dirait que les catins sont pourvues de la curieuse faculté de se reconnaitre entre elles. »

 

Elizabeth pâlit sous l'insulte qu'il ne s'était même pas donné la peine de déguiser mais Beckett reprit la parole avant qu'elle ait le temps de protester.

« Annie, voudriez-vous dire à ma femme ce qui vous a occupé durant la dernière demi-heure.

- Bah….. Je sais pas si je peux Milord, se dandina la fille.

- L'identité du client suffira, à moins que Lady Beckett ne désire des détails. »

Elizabeth blêmit brutalement et Beckett lui sourit.

« Allez-y Annie.

- Bah le forgeron comme vous aviez dit, je l'ai bien reconnu vous savez, pas que je l'ai connu avant oh ça non, mais

- Abrégez. Ordonna Beckett en fixant Elizabeth qui vacillait sur son siège.

- Bah d'abord y voulait pas cause de sa fiancée qu'il y a dit…

- Et ? Demanda Beckett en fixant Elizabeth, une lueur cruelle dans le regard.

- Bah il a bien voulu. Même que j'l'ai mis dans ma bouche et qu'il est venu tout d'suite… » Commença Annie.

Beckett jeta un regard en direction d'Elizabeth et grimaça en la voyant sur le point de se trouver mal.

« Ca suffira Annie, Groves vous paiera.» la congédia t'il.

 

Une fois Annie partie, Elizabeth posa un regard douloureux sur Beckett.

« Comment avez-vous pu ?

- Moi ? Mais je n'ai rien fait ma chère, tout comme vous Turner a eu le choix. Est-ce ma faute s'il a choisi votre voie ? »

Elizabeth le toisa avec horreur.

« Vous l'avez fait exprès ! Vous saviez pour notre dispute, votre homme vous a tout raconté ! »

Beckett se contenta d'un sourire narquois.

« Calmez-vous donc ma chère. S'il arrivait quoique ce soit à notre bébé, j'en tiendrais Turner comme responsable. »

Elizabeth se leva.

« Vos manœuvres sont inutiles. Je veux voir Will. Donnez-moi votre prix. »

Beckett la toisa.

« Vous seriez donc prête à me rouvrir votre lit en échange d'une heure avec votre petit forgeron ?

- Mon fiancé ! Corrigea Elizabeth avec fougue. Et oui si c'est votre condition je m'y soumettrais. »

 

Beckett ricana et la fixa.

« Malheureusement ma chère, il semblerait que vos charmes n'aient plus désormais le prix que je leur accordais…

- Quoi ?

- C'est non Elizabeth. Aucune des choses que vous pourriez proposer ne suffira à me convaincre. Si je n'étais pas très occupé je vous regarderais avec plaisir développer vos arguments mais je n'ai pas de temps à accorder à vos tentatives ridicules. Je tiens à ce que vous me restiez fidèle tant que durera notre accord. Ceci est non négociable.

- Je vous promets de ne rien faire de répréhensible. » Gémit Elizabeth.

 

Beckett joua négligemment avec sa plume et sourit.

« Allons ma chère, comme vous l'avez admis vous-même, je ne peux pas vous faire confiance. Quand à cette chose que vous cherchez éperdument à moyenner, vous finirez par me l'offrir.

- Jamais.

- Bien sûr que si. Du reste vous devriez me remercier. En vous refusant la faveur de rejoindre Turner je vous préserve d'une grave désillusion.

- Quoi ?

- Allons ma chère, admettez au moins que je vous donne du plaisir. Plus qu'aucun ne parviendra jamais à le faire. »

 

Estomaquée, Elizabeth le fixa avant de le gifler. Beckett encaissa le coup et lui désigna la porte.

« Je pense que cette conversation est terminée. »

 

()()

 

Soir,

 

Jack gémit alors que Mercer le poussait sans ménagement dans la pièce.

« On t'a jamais dit ce que délicatesse voulait dire ? » pesta Jack en se massant les poignets.

Beckett, un vague sourire aux lèvres, le regarda faire.

« Alors êtes-vous satisfait de votre voyage ? »

Jack lui lança un regard mauvais avant de se tourner vers Mercer.

« Répond chien chien.

- En fait c'est à vous que je parlais Sparrow, intervint Beckett en lui tendant un verre.

- Trop aimable », souligna Jack qui le vida d'un coup sec avant de s'emparer de celui de Beckett.

 

Le lord le suivit du regard et sourit.

« Dites-moi Sparrow pensez-vous toujours que je cours à ma perte ? »

Jack tressaillit.

« Avec une femme comme Elizabeth Swann…

- Oh je vous en prie, nous savons tous deux ce qu'il en est. »

Jack reprit son sérieux.

« Vous avez eu ce que vous vouliez. Pourquoi ne pas nous libérer ? Avec Jones et Calypso à votre botte… D'ailleurs, je tiens à dire et que ce soit consigné que votre manière de

- Suffit Sparrow ! Vous croyez vraiment que j'allais vous laisser une occasion de me doubler ? Dès que j'ai su que vous aviez un plan, j'ai réfléchi. Vous aviez tellement peur de Calypso. A partir de là négocier avec Jones fut un jeu d'enfant, se rengorgea le lord. Tout comme obtenir la formule qui l'enfermerait à nouveau. En vérité vous m'avez aidé en servant de diversion. »

 

Jack plissa les yeux.

« Calypso a la rancune tenace.

- Justement, c'est vous qu'elle tient responsable. Ne l'avez-vous pas attirée dans le piège que je lui avais tendu ? »

Jack blêmit. Il avait été stupide, aveuglé par ce qu'il éprouvait pour Elizabeth. Il avait perdu. Pour la seconde fois.

« Mercer m'a raconté la manière dont vous avez renoncé au cœur. Se moqua Beckett. Vous avez donc votre prix.

- Elle ne représente plus rien pour vous… Laissez la partir, tenta Jack.

- Une fois de plus vous vous trompez. »

Jack écarquilla les yeux et Beckett sourit.

« Il semblerait qu'elle m'offrira bientôt un héritier. Quel dommage que vous ne l'ayez pas su avant. »

Jack le toisa et Beckett poursuivit.

« Voyez-vous Sparrow, j'ai tiré des leçons du passé. Utiliser Elizabeth m'a permis de vous affaiblir et de connaitre vos plans.

- Lizzie ne vous a rien dit. Souffla Jack. C'est un autre. »

Beckett se contenta de sourire et Jack se laissa entrainer. Un homme l'avait trahi et entrainé le triomphe de Beckett, restait à savoir lequel.

Chapitre 15                                                                                               Chapitre 17

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