Chapitre 12 Après la douleur

Trois semaines plus tard,

 

 

Allongée dans son lit aux draps de satin, Elizabeth posa un regard absent sur Estrella. La femme de chambre la regarda avec compassion et s'approcha d'elle.

« Je vais arranger vos oreillers Lady Beckett »

Elizabeth ne réagit pas et se redressa légèrement. Estrella lui lança un regard inquiet et toussota.

« Madame, si vous me permettez. »

Elizabeth garda le silence et l'autre l'interpréta comme un encouragement.

« C'est difficile Madame, mais c'est chose fréquente avec un premier enfant. Et puis Lord Beckett est si attentionné avec vous. Il a passé tellement de temps à votre chevet. Vous avez de la chance vous savez, peu d'époux sont si…

- De la chance ? La coupa Elizabeth en s'empourprant de colère. Comment oses-tu dire que j'ai de la chance ! »

Estrella rougit à son tour et s'écarta.

« Pardon Madame…. »

La voix de Beckett résonna derrière elles.

« Laissez-nous Estrella. »

La femme de chambre s'inclina maladroitement et s'empressa de sortir.

 

Une fois seuls, Beckett s'avança jusqu'au lit.

« Combien de temps cela va-t-il durer Elizabeth ? »

La jeune femme se tourna vers lui, surprise. Beckett la fixa et ajouta.

« Nous savons tous les deux que la perte de cet enfant vous est égale alors pourquoi persistez-vous à garder le lit ? »

Elizabeth se crispa en l'entendant.

« Quel mari attentionné vous faites, ironisa-t-elle.

- Je le suis plus que vous ne le méritez. » Rétorqua Beckett.

Elizabeth ramena la couverture contre elle et le toisa

« Il me semble vous avoir dit à de nombreuses reprises que je ne voulais pas de vous à mon chevet. Je n'ai que faire de vos attentions.

- Et moi de vos états d'âmes. Je n'ai toléré votre absence que parce que le médecin a jugé qu'il était bon pour vous de rester au lit le temps de vous remettre. Vous voilà remise. »

 

Elizabeth blêmit et il se pencha sur elle.

« Entièrement remise. Aussi vous rendrais-je visite cette nuit lorsque nous rentrerons du diner des Hillier. Si vous vous conduisez bien ce soir, vous pourrez voir vos amis dès demain matin.»

La jeune femme recula.

« C'est trop tôt. Je, je ne veux pas aller à ce diner ni…

- Foutaises, lorsque l'on tombe de cheval, il faut remonter en selle aussitôt, rétorqua Beckett.

- Quoi ?

- Vous êtes le cheval et moi le cavalier, précisa Beckett avec ironie. Soyez prête Elizabeth. »

 

Tremblante de rage, la jeune femme le regarda s'éloigner. Une fois seule, Elizabeth passa une main sur son ventre.

« Qu'il aille au diable, » ragea-t-elle.

 

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« Trois semaines ! » pesta Will.

Jack et Norrington échangèrent un regard las. Pour la première et sans doute la dernière fois de leur existence, les deux hommes se retrouvaient d'accord : Will était insupportable.

Le jeune forgeron se tourna vers l'ex amiral.

« Tout ça c'est votre faute ! »

Norrington serra les poings tandis que Jack ricanait.

« Désolé mon gars mais on dirait que le gamin a changé de cible. »

Will adressa un regard noir au pirate.

« Si Elizabeth meurt tu en seras tout autant responsable et crois moi je….

- Tu rien du tout si Elizabeth meurs cet idiot de Beckett nous pendra. Vu que nous sommes encore là elle n'est pas morte, CQFD. »

 

Pintel et Ragetti ricanèrent nerveusement tandis que James se tournait vers Jack.

« Sparrow….

- Quoi ? Avouez donc Amiral, vous n'êtes pas plus triste que Will de la mort de cet enfant. »

Will lui lança un regard outré tandis que Jack poursuivait.

« Beckett et Elizabeth blahhhhh. Personne n'a envie de la voir porter son enfant.

- A commencer par toi Jack ? » Demanda Will d'un ton acide.

Le pirate ne répondit pas et James se tourna vers Will qui ironisa.

« Oh Jack ne vous l'a pas dit Amiral ? Il ressent des frémissements pour MA fiancée.

- La femme de Beckett et ressentait, de temps à autres. » Grommela Jack.

James soupira lourdement tandis que Gibbs lâchait.

« Si c'est pas malheureux…

- Taisez vous Gibbs, soupira James.

- La ferme Gibbs, » ragea au même moment Jack.

 

Will secoua la tête et se détourna d'eux. Après tout aucun d'entre eux n'aimait Elizabeth comme lui il l'aimait. Aucun.

 

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Elizabeth se laissa habiller par Estrella en silence. Depuis sa chute et la perte de son enfant, elle avait l'impression d'être vidée de toutes forces. Comme si en perdant son enfant, elle avait aussi perdu tout espoir.

« Vous êtes si pâle Madame, soupira Estrella.

- Mets moi donc du rouge dans ce cas, » répondit Elizabeth d'un ton absent.

Estrella hésita puis obéit.

« Voilà, vous êtes superbe Madame, regardez. »L’encouragea-t-elle.

 

Elizabeth lui sourit machinalement et se tourna vers le miroir. Une grimace lui échappa. La robe d'un vert profond choisie par Beckett accentuait sa pâleur que le rouge peinait à dissimuler. La taille, étroitement serrée, mettait en valeur la finesse de ses hanches et lui conférait une apparence fragile. Elizabeth battit des cils.

« Ça ne va pas. » ragea t'elle en s'emparant du pot de rouge.

Sous l'œil effaré d'Estrella elle se tartina les joues jusqu'à ce qu'elle estime avoir bonne mine.

« Voilà ! » lâcha Elizabeth d'un ton de défi en reposant le pot, soulagée par son éclat de rage.

Estrella déglutit.

« Madame c'est trop, avec ce rouge vous, on dirait une femme de mauvaise vie. » expliqua t'elle maladroitement.

Elizabeth se retourna vers elle.

« Une putain tu veux dire…» répondit-elle cyniquement avant de sortir sous le regard effaré de la femme de chambre.

 

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Beckett la regarda approcher et sourit en voyant l'air de défi sur le visage d'Elizabeth.

« Je suis prête Lord Beckett » annonça-t-elle.

Beckett la détailla et son regard s'arrêta sur ses joues. Elizabeth lui sourit méchamment.

« Vous vouliez que j'ai l'air d'aller bien n'est-ce pas ? Vous comprendrez donc que vu ma pâleur j'ai eu recours à quelques artifices. »

Beckett s'inclina avec ironie.

« Le rouge vous va à ravir ma chère, je suis heureux de constater que vous assumez enfin votre nature profonde.

- Ma nature profonde ?

- Celle d'une catin ma chère. »

Outrée, Elizabeth en resta sans voix et Beckett en profita.

« Allons ne vous en faites pas, je savais qui vous étiez avant de vous épouser, cela ne me gêne pas, comme je vous le disais je n'ai jamais eu à me plaindre des putains. Surtout lorsque comme vous elles dissimulent leur décadence sous des airs respectables. »

Aiguillée par la colère, Elizabeth s'avança vers lui.

« Ne craignez-vous pas que je révèle ma nature profonde à vos amis cette nuit ? Cracha-t-elle

- Je n'ai aucune crainte à ce sujet. Je sais que vous vous garderez pour moi. u alors il vous faudra payer les conséquences. Ou plutôt vos amis les paieront.» déclara Beckett d'un ton nonchalant en s'effaçant pour la laisser monter en voiture.

 

Elizabeth s'engouffra dans la voiture et essuya d'un air rageur ses joues.

« Voulez-vous un mouchoir ? » lui proposa Beckett d'un ton égal.

Cette fois la jeune femme ne répondit pas.

 

Trois heures plus tard,

 

Un verre de vin à la main, Elizabeth posa un regard égaré sur la foule qui l'entourait. Le dîner était un cauchemar. Elle avait supporté les regards de compassion mâtinée de curiosité des autres femmes. Leurs « feintes » erreurs alors qu'elles évoquaient la grossesse de la jeune Lady Sortan, leurs regards de biais. Pourtant elle s'était refusé à leur donner satisfaction en évoquant la perte qu'elle avait subie. Du reste comment auraient-elles pu comprendre l'importance qu'avait eue cet enfant pour elle ?

 

Elizabeth avala une nouvelle gorgée et reposa son verre vide sur un plateau et en reprit un autre. Non personne ne pouvait comprendre que l'enfant avait été son laisser passer pour la liberté. Pas plus que le vide qu'elle ressentait au plus profond d'elle-même et qu'elle repoussait soigneusement, préférant se concentrer sur ce que l'enfant lui aurait donné plutôt que sur l'enfant lui-même.

 

Lady Hillier finit par ne plus y tenir et la prit par le bras pour l'entrainer vers les chaises qui entouraient la salle de bal.

« Ma chère, si chère Elizabeth, Lord Hillier et moi-même avons été si affligés d'apprendre…

- Quoi donc ? Que j'ai perdu mon bébé ? » Répondit Elizabeth avec agressivité.

Loin de rebuter Lady Hillier, son éclat lui sembla normal.

« Oui, vous savez Elizabeth, Lord Hillier et moi-même avons aussi subi ce que vous traversez et…

- Taisez-vous, » blêmit Elizabeth en vidant son verre.

Lady Hillier lui lança un regard rempli de compassion.

« Ne vous fermez pas ainsi ma chérie, je sais à quel point c'est dur, encore plus pour vous dont le père est au loin et avec votre pauvre maman…

- Ne parlez pas de ma mère. Et ne parlez pas de, du… je ne veux pas. » lui ordonna Elizabeth d'une voix tremblante.

Lady Hillier n'y prit pas garde.

« Si vous voulez parler ma chérie, nous savons à quel point cela est douloureux. Allez y racontez moi. » répéta-t-elle.

Elizabeth lança un regard éperdu autour d'elle. Elle avait envie de pleurer, d'hurler, de la frapper, de…

 

Une main chaude se posa sur la sienne et Elizabeth se retourna. Elle reconnut avec surprise Beckett. Le lord adressa un regard froid à Lady Hillier.

« Il me semble que Lady Beckett vous a clairement déclaré qu'elle ne souhaitait pas évoquer ces instants douloureux en votre présence. » déclara-t-il d'une voix glaciale.

Lady Hillier rougit.

« Lord Beckett, je, j'ignorais que vous étiez là, je…

- Quoi donc ma chère ? Si vous aviez su vous n'auriez pas importuné ma femme comme vous le faites depuis plusieurs minutes ? » Ironisa le Lord.

Leur hôtesse rougit et Beckett serra un peu plus la main d'Elizabeth dans la sienne.

 

Bouleversée, la jeune femme tourna un regard brillant vers lui. Beckett la força à se lever.

« Nous partons. Comme vous le voyez, Lady Beckett ne se sent pas bien.

- Lord Beckett, je suis navrée, je pensais que… bredouilla Lady Hillier qui lança un regard éperdu à son mari

- Je vous suggère d'arrêter de penser si cela est le résultat de vos réflexions. » La coupa Beckett d'un ton sans appel.

Sans attendre de réponse, il entraina Elizabeth à sa suite. La main dans celle de Beckett, la jeune femme se laissait faire, étourdie tant par le vin et le chagrin que rendue muette par la surprise que lui causait le comportement de Beckett.

« La calèche, vite. » ordonna le lord au laquais.

Le laquais blêmit devant la mine de Beckett et se précipita aux écuries. Au côté du Lord, Elizabeth chancela, l'air frais accentuant les effets de l'alcool dont elle s'était gorgée toute la soirée.

 

Lord Hillier se précipita vers eux alors que la calèche arrivait.

« Lord Beckett, je vous en prie, ne partez pas, ma femme oh ma chère Fanny parle souvent sans réfléchir, je vous supplie de… »

Elizabeth nota d'un air absent l'inquiétude de Hillier. En toute autre circonstance elle se serait réjouie de voir le courtisan aussi mal à l'aise mais elle ne parvenait pas à chasser de son esprit son bébé perdu.

« Pas maintenant Hillier, » trancha Beckett avec sécheresse en montant en voiture.

 

En face de lui, Elizabeth le fixa alors que la calèche partait, au grand dam de Lord Hillier.

« Pourquoi avez-vous fait ça ? » demanda-t-elle.

Beckett posa un regard glacial sur elle.

« Je ne tolèrerais pas qu'on vous manque d'égard à ce point. Tant que vous êtes ma femme, vous méritez le respect.

- Dommage que vous n'appliquiez pas cette règle à vous-même dans ce cas, » persifla Elizabeth, qui trouvait dans sa haine de Beckett un dérivatif à son chagrin.

Beckett se raidit imperceptiblement.

« J'ai sous-estimé votre chagrin Elizabeth. Je vous dois des excuses, je n'aurais pas dû vous forcer à assister à ce diner.

- Dois-je en conclure que vous m'épargnerez votre présence pour les prochaines nuits ? »

La main de Beckett chercha la sienne.

« Une fois de plus, ne poussez pas votre avantage Elizabeth…. »

 

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Elizabeth se tourna vers Beckett alors qu'il refermait la porte de la chambre sur eux.

« Il est trop tôt. » ragea t'elle, furieuse de sentir des larmes la picoter.

Beckett soupira et ôta sa perruque d'un geste las.

« Elizabeth, cessez donc vos caprices. Vous ne voulez pas rester seule, votre attitude de ce soir le prouve.

- Je préfère être seule plutôt qu'en votre compagnie ! » Explosa la jeune femme avant de fondre en larmes à son grand étonnement.

Beckett s'approcha d'elle et la serra contre lui.

« Pleurez ce soir, vous m'insulterez demain. » ironisa t'il.

 

Ivre de chagrin et de vin, Elizabeth ne résista pas. Tandis que les larmes roulaient sur ses joues, elle sentit les mains du Lord la débarrasser de sa robe puis défaire sa coiffure tandis qu'il la poussait vers le lit.

« Dormez, vous êtes ivre. » lui ordonna t'il en se déshabillant rapidement.

Elizabeth sentit le matelas s'abaisser sous le poids du lord et se calma finalement alors qu'il soufflait la bougie.

« Je suis désolée, murmura-t-elle.

- Cette fois vous êtes ivre j'en suis certain, ironisa Beckett.

- J'aurais dû vous le dire…

- Certes… Mais ce qui est fait est fait. Nous sommes tous deux responsables. » Répondit Beckett.

 

Elizabeth tendit spontanément la main vers la sienne et Beckett soupira en sentant ses doigts se refermer sur les siens.

« Je n'ai pas envie d'être seule. » murmura Elizabeth.

Beckett ne répondit pas. Sa main étreignit la sienne et il glissa sur elle avant de caresser lentement son corps. Elizabeth frissonna à son contact et elle ferma les yeux, emportée par l'ivresse et le désir. Peu importait celui qui la caressait. Elle voulait oublier.

 

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Le lendemain, Elizabeth s'étira douloureusement. Son crâne lui faisait mal et la jeune femme mit quelques minutes à se souvenir de la soirée. Une fois cela fait, elle rougit de honte. Sa main encore dans celle de Beckett elle se dégagea sans douceur.

« Ai-je suffisamment comblé votre solitude ? » demanda le Lord d'un ton égal.

Elizabeth lui lança un regard furieux et Beckett se leva.

« Vous avez abusé de moi !

- Je vous ai donné ce que vous attendiez. » Rétorqua t'il.

Elizabeth grinça des dents.

« Je veux voir Will.

- Soit, je pense qu'après cette nuit vous m'avez amplement convaincu. » Ironisa Beckett.

 

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Will se redressa à la hâte en voyant approcher Elizabeth suivie de Mercer.

« Elizabeth ! »

La jeune femme lui adressa un sourire tremblant tandis que Norrington bondissait sur ses pieds.

« Te fais pas d'illusions mon gars… C'est pas pour toi qu'elle est là. » ricana Jack.

Will les ignora et saisit les doigts d'Elizabeth.

« Comment vas-tu ? lui demanda-t-il tendrement.

- Mieux….souffla la jeune femme

- Elizabeth, ce n'est rien, nous aurons d'autres occasions de retrouver notre liberté.» balbutia Will.

 

A ces mots le visage de la jeune femme s'assombrit et elle retira sa main.

« D'autres occasions ? C'était un bébé ! Pas une occasion !»

Will blêmit.

« Je, bien sûr que non, Elizabeth ! »

Les larmes aux yeux, la jeune femme se tourna vers Mercer.

« Fin de la visite » annonça ce dernier d'une voix coupante.

Will poussa un gémissement

« Elizabeth attend, je t'aime, Elizabeth ! »

Le regard brouillé par les larmes, la jeune femme ne se retourna pas.

 

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Jack s'approcha de Will.

« Bravo mon gars dans le genre t'es champion. » ironisa t'il.

Will fixa la porte par laquelle avait disparu Elizabeth.

« Je ne comprends pas….

- Tu n'es qu'un demeuré. Lâcha Jack.

- Je suis d'accord avec Sparrow, » soupira James tandis que l'équipage hochait vigoureusement la tête.

 

Will posa un regard égaré sur eux et Jack grinça.

« Désolé de briser tes illusions mon gars mais le, cette chose qu'elle a perdue, n'était pas seulement l'enfant de Beckett mais le sien aussi. Tu vois faut être deux pour faire ça et à moins qu'Elizabeth soit une sorte de réincarnation de…

- Suffit Sparrow, le coupa James avec autorité.

- Vous êtes sûr qu'il a compris ? » Ironisa le pirate.

Will répondit d'une voix blanche.

« J'ai compris. »

Un silence salua son intervention et Will soupira.

« Elizabeth… Je ne veux pas te perdre » souffla t'il douloureusement.

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Commentaires : 4
  • #1

    Sharkna (mercredi, 02 mai 2012 14:05)

    Pauvre william il me fait beaucoup de peine :'(

  • #2

    JessSwann (mercredi, 02 mai 2012 14:15)

    Ah bah s'il te fait de la peine là, je préfère te prévenir que ce n'est hélas pas fini :(

  • #3

    Sharkna (mercredi, 02 mai 2012 14:54)

    j'ai le droit de le consoler? XD

  • #4

    JessSwann (mercredi, 02 mai 2012 15:15)

    Oh bah si tu le veux, il est tout à toi :)