Chapitre 1 Will prend une décision

Plymouth, un an plus tard…

 

Très inquiet, William était penché sur sa mère qui gisait, allongée. Cela faisait des jours et des jours qu'une mauvaise fièvre la clouait au lit. Le médecin était venu mais sachant qu'ils ne pourraient plus le payer bien longtemps il ne s'était pas donné la peine de revenir, laissant Will totalement démuni face à la maladie de sa mère.

 

Mérédith ouvrit les yeux et contempla son fils, elle tenta de lui sourire mais ce ne fut qu’une caricature bien pauvre et fatiguée qu'elle réussit à lui faire. William se précipita sur elle.

« Tu as besoin de quelque chose maman, tu as faim ou froid peut être ? »

William tentait de calmer son appréhension par un flot de paroles mais il voyait bien que sa mère n’allait pas bien du tout.

« Non mon garçon, je n'ai besoin de rien, juste de repos. »

 

Rien que le fait de prononcer ces quelques mots l'avait épuisée, Mérédith se sentait de plus en plus mal et l'angoisse qu'elle lisait dans les yeux de son fils lui fendait le cœur. Pauvre Will… Elle savait au fond d'elle qu'elle ne pourrait bientôt plus veiller sur lui et qu'il devrait se débrouiller seul. Et même si c'était un enfant intelligent et d'une droiture hors du commun, ou peut-être à cause de cela, la vie ne s'annonçait pas facile pour lui. Si seulement Bill était là, mais non ! Will allait se retrouver seul sans personne pour veiller sur lui. A cette pensée, Mérédith ne put empêcher ses larmes de couler. Quel gâchis ! Elle ne quittait pas son fils du regard et essayait tant qu'elle le pouvait encore de graver tous les détails de son visage dans sa mémoire. Ses cheveux bruns, ses yeux noisette, son sourire si doux, semblable à celui qu'avait Bill il y avait si longtemps de ça …

 

Will vit les larmes qui ruisselaient sur le visage de sa mère et son inquiétude n'en fut que décuplée.

« Que se passe-t-il maman ? Tu as mal ? Je peux faire quelque chose ?

- Non, mon garçon, je n'ai pas mal. Assieds-toi près de moi et donne-moi ta main. »

 

Will s'exécuta, pensant que sa mère à quelque chose d'important à lui dire. Mais non ! Mérédith restait silencieuse et se contentait de le regarder avec douceur, des larmes plein les yeux. Fatigué, Will sentit ses paupières se fermer petit à petit, sans qu’il parvienne à lutter. Cela faisait des jours qu'il ne s'était pas vraiment reposé tant l'état de sa mère l'inquiétait. Mais cette fois la fatigue fut la plus forte et Will s'endormit la main dans celle de sa mère… Mérédith, elle, ne dormait pas, elle luttait, sachant que si elle fermait les yeux se serait la dernière fois. Elle s'accrochait désespérément aux choses qui l'entouraient, mais elle ne pouvait plus lutter. La petite pièce qui servait à la fois de chambre et de pièce à vivre semblait se rétrécir sur elle. Mérédith se mit à étouffer et sa main se contracta par réflexe. A ce contact Will se réveilla immédiatement.

« Qu'est-ce que tu as maman ?

- Will, mon chéri, tu veux bien ouvrir la fenêtre ? demanda Mérédith d'une voix si faible qu'il eut du mal à l'entendre.

- Mais maman, le docteur a dit que tu devais éviter les courants d'air… »

 

Will n’alla pas plus loin, devant le regard suppliant de sa mère il se leva et ouvrit en grand la fenêtre. L'air du large pénétra alors dans la pièce. Mérédith respira à grandes bouffées l'odeur de la mer, cette mer qu'elle avait en horreur car elle lui avait volé sa vie. Cette mer qui lui avait pris son mari et qui avait fait de son fils un orphelin….Elle sentit ses paupières s'alourdir…Puis, elle s'éteignit, l'image de son mari dans la tête et emporta avec elle tous ses regrets et ses secrets.

Will regarda sa mère qui tout d'un coup ne bougeait plus.

« Maman ? » Interrogea-t-il d'une voix tremblante puis plus fort, de plus en plus fort jusqu'à hurler.

 

Alors Will comprit que sa mère avait fini de souffrir et, doucement, il lui ferma les yeux. Ensuite, il se leva, avec un poids nouveau sur ses épaules et sortit chercher de l'aide pour enterrer sa mère

 

Quelques jours plus tard…

 

William se tenait devant une fosse, petite silhouette tremblante qui essayait en vain de retenir ses larmes. Aujourd’hui il disait adieu à sa mère, aujourd'hui il était totalement seul... Il n'avait plus rien. Loin de compatir à son sort, son propriétaire lui avait fait dire que s'il ne payait pas son loyer avant la fin de la semaine, il ferait appel à la garde pour lui faire quitter les lieux.

 

Alors, William, dont le seul bien était le médaillon que son père lui avait envoyé il y avait déjà un an ,décida de rejoindre cet homme qu'il ne connaissait pas et de partager sa peine avec lui.

 

Après avoir fleuri l'endroit où sa mère reposait, Will partit sur le port, un maigre baluchon d'affaires sur l'épaule et son médaillon sous sa chemise, contre son cœur. Il alla de navires en navires et chercha un bateau en partance pour les Caraïbes qui l'accepterait à son bord comme mousse. Mais partout, il ne rencontrait que dédain et indifférence, jusqu'à ce qu'il ne tombe sur Mr Dawson. Celui-ci était le second du Sweety, un bateau marchand. Apitoyé par la détresse du gamin, il décida son capitaine à embarquer un mousse d'à peine douze ans à bord. Will avait trouvé son passage pour les Caraïbes et il quitta le port vers l'inconnu comme l'avait fait son père avant lui il y avait un peu plus de dix ans…

Prologue                                                                                                      Chapitre 2

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