Chapitre 2 Le pirate, la fille du Gouverneur et le forgeron

1862, Mer des défunts, autre monde,

 

William reposa le livre à sur la table, la couverture bien à plat, le titre semblant se détacher en lettres de feu. Cela faisait au moins la centième fois qu'il lisait le roman que Virginia lui avait offert et il en était toujours aussi ému. Il avait souffert pour Heathcliff, ne s'identifiant que trop bien au petit garçon élevé à l'ombre des puissants et qui souffrait de ne pouvoir posséder celle qu'il aimait par-dessus tout. Le jeune Heathcliff et son absence de père, sa solitude dans le monde tout cela avait éveillé de la compassion chez le jeune forgeron. Et Catherine… comment ne pas penser à Elizabeth en lisant ses lignes qui décrivaient si bien ce qu'il avait ressenti des années auparavant pour la fille du Gouverneur ? Seulement la suite l'avait bouleversé, horrifié… Le comportement de Heathcliff, son égoïsme, sa vengeance envers des innocents. Will avait refermé le livre en ressentant à la fois un malaise immense et un soupçon de culpabilité. Certes Heathcliff avait été odieux mais jusqu'au bout il avait aimé son « Elizabeth » jusqu'après la mort même de celle-ci. Contrairement à lui. Sa vengeance le transformait en un monstre aussi atroce de Davy Jones mais d'un autre côté son amour pour Catherine le rendait presque humain. Will soupira et observa l'horizon se demandant fugacement ce qu'était devenue Virginia … La jeune fille devait s'être mariée sans doute et avait probablement oublié l'inconnu de la lande…

 

1867, Écosse

 

Virginia le visage rieur, tressait ses longs cheveux bruns, afin de les réunir en un chignon compliqué qui dégagerait ses traits. Son cœur battait follement tandis qu'elle tentait vainement de se calmer face à l'effervescence de la journée. Le mariage. Rien que le mot la faisait rougir, évoquant des gestes qu'elle ne soupçonnait pas et qu'elle n'était pas sure de vouloir connaître. Elle avait lu de nombreux ouvrages sur le mariage, sur les couples romantiques qui s'aimait dès le premier regard mais elle ne l'avait jamais expérimenté elle-même. Une telle chose était-elle possible ? Une histoire d'amour telle que celle de Heathcliff et Catherine pouvait elle se produire, deux cœurs séparés se retrouvant au-delà de la mort sans cesser de s'aimer.

 

Avec un sourire indulgent pour elle-même Virginia chassa ses rêveries romantiques et se leva avec vivacité puis pénétra dans la chambre d'Agnès. Elle s'immobilisa sur le seuil tandis que sa sœur se tournait vers elle, le soleil se reflétant doucement dans ses cheveux dorés.

«  Tu n'es pas encore habillée Virginia ! Seigneur dépêche-toi donc. La houspilla sa sœur

- Oui. Je. Murmura Virginia se sentant brusquement gauche et empruntée devant la beauté radieuse de sa sœur. Agnès, tu es sure de ton choix ?

- Ne sois pas ridicule. Répondit sa sœur en ajustant sa robe blanche. Évidemment que je suis sure ! John est un homme merveilleux, il possède une ferme, des terres et je ne tiens pas à rester vieille fille comme toi. » Jeta-t-elle avec mépris.

 

Virginia blêmit sous la rebuffade qu'elle mit sur le compte de la nervosité de sa sœur

« Mais, es-tu amoureuse de lui ? »

Agnès soupira et considéra sa sœur avec affection

« Virginia… Quand comprendras-tu enfin que la vie n'est pas comme dans les livres ? Jamais tu ne rencontras de Heathcliff ou de Harenton ou je ne sais quel autre héros romantique. Ce ne sont que des personnages et ce que tu appelles l'amour n'est qu'un rêve. Tu ferais mieux de laisser tomber cela et de te trouver un mari. Tu as encore l'âge tu sais et tu n'es pas laide. »

Virginia écarta une mèche folle du visage de sa sœur.

« Tu ne m'as pas répondu. L'aimes-tu ?

- Il fera un bon époux et j'ai plus que hâte de connaître les délices d'une nuit de noce. » Sourit Agnès en baissant la voix sur les derniers mots.

 

Virginia rougit avant d'éclater de rire.

« Agnès tu n'es pas sérieuse ! Ne me dit pas que tu te maries pour ça !

- Et si c'est le cas où est le mal ? Tu ferais bien d'y songer toi aussi, ce ne sont pas tes rêveries romantiques qui satisferont ton corps ou ta curiosité… »

Virginia rougit violement en raison des images que sa sœur faisait naître dans son esprit.

« Peut-être, mais moi quand je me marierais ce sera parce que je serais sure d'avoir trouvé mon véritable amour et non pour satisfaire une sorte de curiosité.

- Alors tu finiras vieille fille… » Soupira Agnès d'un ton sans appel avant de se diriger vers l'église.

 

1870,

 

Virginia se promenait sur la lande déserte, son châle jeté négligemment sur ses épaules lorsqu’une lueur attira son attention. La même lumière verte que dix ans auparavant. Le même éclair que lorsque William Turner était venu sur la lande. Son cœur battit un peu plus vite au souvenir du jeune homme à qui elle avait prêté son livre favori. Des mois durant elle avait guetté son retour, impatiente de connaître son avis sur Heathcliff et Catherine. Chaque matin elle s'était rendue sur la lande, même lorsque celle-ci avait revêtu son beau manteau neigeux, pour fouiller l'horizon à la recherche d'un navire qui laisserait descendre une chaloupe contenant le jeune homme. Finalement, lorsque le printemps avait refleuri de nouveau, Virginia avait arrêté d'attendre, sûre que William n'était pas celui qu'elle croyait. Elle l'avait vu comme une sorte de héros romantique, blessé et tourmenté par l'existence ayant connu les affres d'un grand amour tragique alors qu'il n'était qu'un homme comme les autres qui ne lui avait pas trouvé grand intérêt puisqu'il n'était pas revenu. Du reste s'il le faisait elle ne lui adresserait plus la parole…

 

Pourtant, la lueur fit bondir son cœur et elle courut, échevelée jusqu'à la falaise.

 

Au loin, la silhouette d'un navire se détachait dans l'aube naissante et une petite chaloupe s'en éloignait et se rapprochait doucement de la plage. Virginia vit tout cela et sut instantanément que c'était lui, qu'il était finalement revenu lui rendre son livre, dix ans jour pour jour après leur rencontre. La tête pleine de formules acides, Virginia dévala la pente en direction de la plage où il allait accoster, espérant cette fois arriver avant lui.

 

Will traîna sa chaloupe sur le sable et resserra sa veste autour de lui. Il avait longuement hésité à revenir ici, mais son envie de revoir la jeune Virginia avait été la plus forte. Il se sentait stupide mais ne pouvait s'empêcher de revenir, il déposerait le livre sur le seuil de la maison de ses parents et partirait. Il ne pouvait pas se permettre de revoir la jeune femme, il ne pouvait pas se permettre de lui laisser voir qu'il n'avait pas vieilli. Lentement, Will se pencha sur la chaloupe pour y récupérer le livre et la lettre qu'il avait écrite pour remercier la jeune femme.

« William …. »

 

La voix était la même que dans son souvenir à la fois douce et interrogative et William tressaillit en réalisant qu'il avait passé les dix dernières années à penser à une inconnue. Il se retourna et tenta d'afficher l'air indifférent qu'il avait si souvent vu à Jack du temps où ce dernier était encore en vie. Elle se tenait devant lui et elle était exactement telle que dans son souvenir. Will sourit devant la mise simple, la robe de percale bleue passée à la hâte au-dessus d'une camisole blanche, le même chignon d'où s'échappait des mèches brunes et soyeuses, le châle qui enveloppait le corps juvénile et les yeux noisette qui l'observaient avec une pointe de ressentiment. Il lui tendit gauchement le roman dont la couverture semblait à présent lui brûler les doigts.

«  Je vous ai ramené votre livre. »

 

Virginia rougit légèrement et son cœur se mit à battre plus fort en découvrant le visage qui avait hanté ses rêves durant les dix années écoulées. Lorsqu'elle croisa les yeux de Will, tous les discours acides et drôlement spirituels qu'elle avait répété cent fois durant ces années lui parurent hors de sujet et stupides.

« Merci. » Murmura-t-elle en tendant la main pour récupérer le livre.

 

Leurs doigts se frôlèrent et ils rougirent en même temps, lâchant le roman qui retomba entre eux avec un bruit mat tandis que la lettre de Will s'en échappait, et s'envolait vers la mer. Virginia la vit et commença à courir derrière.

« Mon dieu William votre papier ! »

Will la regarda un moment et pour la première fois depuis des années, il ressentit l'envie de rester à terre plus d'une journée, un besoin impérieux qu'il n'avait pas éprouvé depuis son départ la première fois, après sa nuit de noce avec Elizabeth Swann.

 

Insensible au froid, les souliers et le bas de la robe trempés, Virginia finit par revenir la lettre à la main, claquant des dents.

« Tenez. »

Will la prit avant de se raviser.

« Je l'avais écrite pour vous, je ne pensais pas vous revoir.

- Vous ne pensiez pas ou ne le vouliez pas ?

- Cela a-t-il de l'importance ?

- Ça en a pour moi. Assura-t-elle en plongeant une nouvelle fois son regard dans le sien

- J'aurais aimé vous revoir avant Virginia je crois même que j'aurais aimé vous connaître des siècles plus tôt. » Murmura Will.

La jeune femme haussa le sourcil devant cette déclaration surprenante, prête à lui dire de garder son baratin et ses belles paroles pour d'autres lorsque quelque chose dans son regard l'arrêta.

« Qui êtes-vous donc ? »

 

Will évita son regard et reprit le livre qui était resté au sol.

« Tenez Virginia.

- Qui êtes-vous ? Répéta-t-elle.

- Vous ne le croiriez pas. Murmura Will d'un ton triste.

- Essayez toujours.

- Ça serait trop long à raconter et votre époux doit vous attendre.

- Je n'en ai pas. Je n'ai jamais trouvé d'homme qui fasse battre mon cœur. »

Will s'immobilisa brusquement ému à cette pensée

- Vous n'avez jamais aimé…

- Non. Et je refuse de me marier pour avoir une nuit de noce ou parce que c'est dans les convenances. Je veux me marier parce que j'aime, parce que c'est mon choix et parce que j'aurais trouvé celui qui me convient. » S'exclama avec feu Virginia.

 

Will la fixa avec nostalgie et lutta contre l'envie brutale d'être celui-là, conscient qu'il n'en avait pas le droit.

« Je vous souhaite de le trouver.

- Racontez moi, s'il vous plait racontez moi ce qui vous rends si triste et que vous tentez de cacher.

- Ce n'est qu'une histoire d'amour. Murmura Will. Une simple histoire comme celle de votre Catherine et de Heathcliff.

- J'aime les histoires. Racontez-moi William, pour me remercier de vous avoir prêté le livre. Ajouta Virginia avec un sourire espiègle.

- Soit mais mon histoire est longue et vous êtes trempée.

- Alors venez. »

 

Et sans s'en rendre compte, Will reprit le petit chemin escarpé menant à la maison des Morland, suivant le jupon bleu de la jolie Virginia. La jeune femme entra d'un pas décidé et se pencha vers lui.

« Donnez votre manteau. »

Will lui tendit, surpris du silence qui régnait dans la maison

« Où sont vos parents ? Et votre sœur ?

- Mes parents sont morts. Mon père il y a un an, ma mère quelques mois. Ma sœur Agnès s'est mariée et elle et son époux vivent ici désormais attendu que je ne pouvais pas rester seule sans être mariée. Ils sont partis pour la journée à la ville. » Annonça-t-elle s'efforçant de ne pas trembler en parlant de la mort récente de ses parents.

 

Will la regarda, une expression d'intense pitié dans le regard, c'était toujours la même souffrance, quel que soit le coté où il se trouvait. Les morts ne voulaient pas renoncer aux vivants et les vivants regrettaient les morts… Il baissa la tête, pour ne pas qu'elle voit ce qu'il ressentait, sûr que sa pitié blesserait la jeune femme. Virginia resta silencieuse un moment et s'occupa l'esprit en remplissant la bouilloire d'eau pour le thé. Elle prit son temps pour allumer le foyer de la petite cuisinière, emplie de gratitude devant la discrétion dont faisait preuve son invité. Du coin de l'œil Will la suivit du regard, luttant contre l'envie subite de la tenir contre lui, de la consoler. Il allait céder lorsque Virginia, réconfortée par l'accomplissement de tâches quotidiennes, se tourna vers lui

« Asseyez-vous donc William. Nous n'allons pas prendre le thé debout. »

 

Sans rien dire, Will s'assit comme elle lui avait demandé et admira la grâce avec laquelle elle le servait, souriant devant sa moue concentrée tandis qu'elle tachait de ne pas renverser la moindre goutte. Il songea que jamais Elizabeth ne lui avait versé de thé avant que sa vision ne se brouille et ne le ramène presque un siècle plus tôt. Beckett, Jones et lui, sur l'Endaviour autour d’une tasse de thé. Distrait il remua silencieusement son thé, envahi par les souvenirs de cette journée-là.

« Je crois que le sucre est dissous à présent. » Murmura doucement Virginia.

Will lui sourit nerveusement et revint au présent.

« Je le crois aussi.

- Racontez-moi l'histoire dont vous m'avez parlé William. »

Il prit une gorgée de thé et commença

« Tout a commencé il y a un peu plus d'une centaine d'années dans les Caraïbes… »

 

Et Will raconta l'histoire qu'il avait gardée enfouie en lui pendant toute sa vie. Il parla à Virginia d'un petit forgeron si fou amoureux de la fille du gouverneur qu'il alla jusqu'à s'allier à un pirate, jusqu'à combattre des morts vivants pour la sauver. Il lui raconta la douceur du premier baiser échangé sous le soleil déclinant, l'amour qu'il ressentait alors puis les heures sombres. Le doute et les remords à l'idée d'avoir causé la mort de son père puis le mariage interrompu, l'emprisonnement. La fiancée et le pirate. Leur baiser sur le pont du navire puis l'anéantissement du pirate et la peine du forgeron. Will raconta le voyage au bout du monde, le silence, la gêne jusqu'au mariage si inattendu et la mort du forgeron. Le cœur de Jones et la Malédiction. Un jour à terre contre dix ans en mer. La fille du gouverneur qui resta fidèle mais qu'il n'aimait plus. Puis sa mort, quelques décennies après celle du pirate et le soulagement honteux de celui qui savait ne plus aimer depuis longtemps.

 

Virginia l'écouta en silence. Les larmes aux yeux devant le feu qu'il mettait dans son histoire, elle imaginait la fille du gouverneur, blonde, innocente, perdue. Will se tourna alors vers elle, la bouche sèche mais soudain plus léger.

« Je, c'est l'histoire la plus triste que j'ai jamais entendue. C'est aussi la plus belle histoire d'amour que je connaisse. Murmura Virginia. C'est si tragique, dites-moi, les amoureux se retrouvent ils dans l'autre monde ? »

Will la regarda un peu surpris.

« Mais je vous l'ai dit Virginia. Le forgeron est attaché à son navire, il ne peut pas aller avec elle. Du reste ses sentiments pour elle, sa passion ont disparus, usé par le temps et l'éloignement. » Murmura Will d'un ton triste.

Virginia le dévisagea.

« Je sais ça, je ne parlais pas d'eux. Je parle du pirate et de la fille du gouverneur. Se sont-ils finalement retrouvés ? »

Will la considéra avec surprise.

« Le pirate ? Mais le pirate n'a jamais aimé que lui-même. Un égoïste, un lâche qui faisait passer son intérêt avant celui des autres et n'hésitait pas à trahir, à tricher… Il la désirait mais ne l'aimait pas. »

Ce fut au tour de Virginia de paraître surprise.

« Voyons William vous avez lu Les Hauts de Hurlevent n'est-ce pas ? Ne voyez-vous pas à quel point le pirate de votre histoire ressemble à Heathcliff ? »

 

Will eut un instant l'air si ahuri que Virginia aurait éclaté de rire si l'histoire qu'elle venait d'entendre ne lui avait pas paru aussi tragique.

« J'aurais plutôt tendance à penser que c'est le forgeron qui ressemble à Heathcliff. Répondit Will avec un feint détachement.

- Au début oui, parce que le forgeron, comme Heathcliff a grandi auprès d'elle et est tombé amoureux. Mais votre histoire (qui mériterait d'être écrite) est plus complexe. Au départ on a le Commodore, le Forgeron et la Fille du Gouverneur. Alors on se dit que le Forgeron est Heathcliff jusqu'à ce que le Pirate entre en scène. Alors l'histoire qu'il vit avec la Fille balaie toutes les autres. »

 

Will but une gorgée de thé tout en sentant le froid l'envahir brusquement.

« Expliquez-moi donc comment vous comprenez les choses Virginia. Demanda-t-il une pointe d'amertume dans la voix

- Enfin Will c'est évident ! Dès leur première rencontre il la sauve alors qu'il ne la connaît même pas. Puis ensuite il ne cesse de la sauver. Il sacrifie sa vie pour elle, il lui offre son immortalité, il lui pardonne le baiser de la mort qu'elle lui a donné … »

Virginia s'interrompit un moment.

« Il fait d'elle une reine alors que c'est la dernière personne qu'il devrait croire.

- Il n'avait pas tellement le choix. C'est elle ou son ex second mutin et par ailleurs tout ça faisait partie de son plan. Lança Will cette fois ouvertement acide

- Vous avez une vision si injustement sombre du pirate…

- Peut-être parce que vous oubliez que, sans le pirate, le forgeron et sa bien-aimée auraient pu vivre ensemble. Sans la malédiction. Alors peut-être qu'il n'aurait jamais cessé de l'aimer. Du reste la fille est toujours restée fidèle à son forgeron. »

 

Virginia secoua la tête, navrée.

« Parce qu'une fois mariée elle n'a pas eu le cœur de repousser celui qui était mort pour elle. Parce qu'elle a de l'honneur et parce qu'elle a aimé le forgeron comme Catherine aimait Linton mais la suite de l'histoire, ses larmes lorsqu'elle a appris la mort du pirate montrent que c'était ce dernier que son cœur désirait le plus au monde. »

Will se crispa de nouveau à ces mots qui faisaient si bien écho au fameux compas de Jack. Sans le remarquer, perdue dans l'histoire qu'elle venait d'entendre Virginia termina son explication.

« Quel gâchis… Le pirate a sûrement passé le reste de sa vie à l'attendre tandis qu'elle restait enchaînée à sa promesse au forgeron. Tant de peine inutile. Si le forgeron l'avait libérée elle aurait pu vivre son amour. Ne peut-on changer la fin ? Faire en sorte que les amoureux se retrouvent comme Heathcliff et sa Catherine, après tout le véritable amour ne meurt jamais. »

Will la fixa, bouleversé.

« Vous pensez que le forgeron a été égoïste ? »

Virginia plissa le front.

« D'une certaine manière… »

 

Will se leva brusquement.

- Il est l'heure Virginia. Je dois y aller, merci pour le thé, les gâteaux et la conversation.

- William ! Attendez, pourquoi partez-vous ainsi ! »

 

Sans un mot, Will alla jusqu'à la porte et l'ouvrit en grand tandis que le soleil amorçait doucement sa descente. Il avait encore le temps mais la manière dont Virginia voyait son histoire le décevait et le peinait tout à la fois… Il commença à avancer, des larmes brouillant ses yeux à la pensée qu'elle puisse avoir raison.

 

Virginia courut derrière lui et le rattrapa, hésitante sur la conduite à tenir.

« William ! Voyons ce n'est qu'une histoire ! Pourquoi y accordez-vous tant d'importance ? »

Will plongea son regard dans celui de la jeune fille dont le vent faisait voler les cheveux qui avaient finalement réussi à échapper à la résille délicate qui les maintenait et plaquait contre son corps mince la fine robe qu'elle avait revêtue.

« Ce n'est pas qu'une histoire Virginia. Le pirate s'appelait Jack Sparrow. La Fille du Gouverneur Elizabeth Swann et le Forgeron s'appelle William Turner. »

 

Virginia blêmit.

«  Que voulez-vous dire ? Je, je ne comprends pas, pourquoi donner votre nom au forgeron ?

- Cette histoire est vraie Virginia. Je suis le forgeron si amoureux de son Elizabeth qu'il mourut pour elle. Je suis cet homme qui ne peut ni vivre ni mourir. Je suis le capitaine du Hollandais Volant. Je suis le maudit. »

Virginia sentit son cœur s'arrêter de battre.

« C'est impossible. Vous, vous avez dit qu'il n'avait plus de cœur ! »

 

William la fixa intensément. Il n'y avait nul dégoût ou pitié dans son regard, juste de l'incompréhension. Doucement, il prit sa main et la posa sur sa poitrine là où avait battu son cœur. Virginia ferma les yeux en réalisant que rien ne palpitait sous ses doigts puis les rouvrit pour caresser la cicatrice qui barrait sa poitrine. Will frissonna à son contact, lui qui n'avait pas connu la caresse d'une femme depuis des années. Il ouvrit les yeux et plongea dans ceux de la jeune fille à qui il avait livré tous ses secrets.

 

La main de celle-ci remonta le long de son torse et caressa sa joue dans un geste à la fois tendre et maternel. Will se pencha doucement sur elle sans réfléchir et déposa un baiser sur ses lèvres froides avant de l'attirer contre lui, la sentant mollir dans ses bras. Le temps semblait s'être suspendu autour d'eux tandis qu'il l'embrassait doucement. Jusqu'à ce qu'il réalise ce qu'il faisait. Troublé, Will l'écarta brusquement de lui.

« Pardonnez-moi. Je n'aurais jamais dû faire ça, je, je n'ai pas le droit de détruire encore une vie. Je pars. Adieu Virginia.

- Non ! William non, je vous en prie restez un peu, le soleil n'est pas couché. Et vous ne pourrez pas revenir avant dix ans.

- Je ne reviendrais pas. Oubliez-moi et soyez heureuse Virginia. Jeta Will avant de courir vers sa chaloupe, des larmes lui brouillant les yeux

- Non ! »

 

Virginia courut le plus vite qu'elle put mais ne parvint pas à rattraper le garçon qui lui avait volé un baiser. Les larmes aux yeux, le visage tourné vers l'horizon elle regarda le soleil se coucher, faisant disparaître William Turner et son navire. Lorsqu'elle ne le vit plus elle reprit le chemin de la lande déserte se sentant plus seule qu'elle ne l'avait jamais été sans savoir que dans l'autre monde, bouleversé par son geste, William Turner versait ses premières larmes de regret depuis des années…

Chapitre 1                                                                                          Chapitre 3

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