Chapitre 27 Un signe du destin ?

Tandis qu'Elizabeth chutait, anéantie par l'ultime trahison de Jack, des bras forts la rattrapèrent avant qu'elle ne touche le sol et son sauveur improvisé la souleva légèrement dans ses bras comme si elle n'avait pas pesé plus lourd qu'un fétu de paille.

« Pousse-toi. » Ordonna l'inconnu au jeune mousse qui avait renseigné Elizabeth sur Le Morgan.

Le garçon, impressionné, se recula immédiatement tandis que l'homme déposait son fardeau sur une voilure qui attendait au sol d'être hissée.

« Ça va ? » Lui demanda-t-il avec inquiétude.

La jeune femme ouvrit les yeux et battit des cils un instant, à peine surprise en découvrant son aide improvisé.

« Où ? Demanda-t-il simplement en la voyant frissonner sous sa robe à l'étoffe légère.

- Auberge proche … » Soupira Elizabeth avant de fondre en larmes.

 

L'homme secoua la tête avec un air empreint de pitié et l'emporta jusqu'à l'unique auberge de la petite ville portuaire. L’aubergiste poussa un petit cri surpris en voyant revenir sa cliente évanouie et l'inconnu se tourna vers elle.

« Sa chambre ?

- Je ne peux pas vous laisser monter avec elle. C'est pas correct. S'insurgea la tenancière.

- C'est ma femme. » Assura le sauveur d'Elizabeth d'une voix ferme.

 

Les yeux porcins de la matrone allèrent de l'un à l'autre, ses pensées se lisant clairement sur son visage à mesure qu'elles lui venaient. Trop vieille pour lui. C'est donc une catin.

« Ça fait un mari de trop. » Répondit-elle finalement, obstruant toujours de son corps le passage vers les escaliers.

L'homme grinça des dents et ré affermit son étreinte autour d'Elizabeth.

« Écoutez. L'homme avec elle, était, Il … Il l'a séduite et enlevée. Moi je veux juste récupérer ma femme. »

 

La femme plongea son regard dans celui, franc, de l'homme qui lui faisait face et songea que celui-ci ne ressemblait pas à une canaille comme l'autre. Il y avait des chances pour qu'il soit bien ce qu'il prétendait être. Et puis si c'était pas le cas, c'était pas ses oignons. Parce que la femme aussi jolie et triste soit elle n'avait pas l'air de s'embarrasser de la vertu.

« Allez y mais j'vous préviens j'vous tiens à l'œil. C'est au deuxième, la porte verte. »

Le jeune homme hocha la tête avec soulagement avant de reposer un regard inquiet sur Elizabeth, toujours inconsciente.

« Vous pourriez aller faire quérir le docteur ? Elle se réveille pas. S'il vous plait… »

 

L'aubergiste soupira et sourit un bref instant. Celui-là lui plaisait. Et il avait l'air honnête. Peut-être qu'elle s'était trompée et qu'il disait la vérité en affirmant que c'était sa femme. Qui d'autre qu'un mari amoureux serait prêt à payer un toubib pour prendre soin d'une femme infidèle ? Secouant la tête d'un air de pitié l'aubergiste répondit d'un ton bourru.

«  J'vais envoyer l'Tommy. »

 

()()

 

Lorsqu' Elizabeth reprit connaissance, elle était à nouveau dans son lit, la robe retroussée jusqu'à la taille et un inconnu se penchait sur elle. Effrayée, Elizabeth tenta de se dégagea et l'inconnu la maintint d'une main apaisante.

« Allons Madame Whelperd. Il faut vous tenir tranquille pendant que je vous examine. »

Elizabeth cligna des yeux, abasourdie. Madame Whelperd ? Son regard rougi par les larmes erra quelques instants dans la pièce et rencontra celui de l'homme qui l'avait rattrapée et elle détourna le visage, étouffant un petit hoquet de tristesse.

« Hmmmm. Finit par dire le médecin. Puis je vous parler à l'extérieur Monsieur ? »

Le jeune homme hocha la tête et se tourna vers Elizabeth.

«  Je ne serais pas long. Lui assura-t-il.

- Surtout restez bien allongée. » Lui conseilla le médecin.

 

Elizabeth ne répondit pas et retourna son visage vers le mur, fixant ce dernier d'un regard mort. Jack était parti. William était perdu. Ces deux phrases ne cessaient de résonner dans son esprit comme un rappel de la situation dans laquelle elle se trouvait. Elle réagit à peine lorsque son « mari » pénétra à nouveau dans la chambre, le visage blême. Le jeune homme s’approcha à pas lents d'elle et traîna une chaise à son chevet, il la contempla en silence pendant qu'elle pleurait.

 

Finalement il se décida.

« Elizabeth. Dit-il d'une voix douce. Vous ne voulez pas savoir ce qu'a dit le médecin ? »

Sans regarder vers lui, Elizabeth parla lentement d'une voix rauque de chagrin.

« Je me moque de ce qu'il a dit Joshua. La seule chose qui m'intéresse à présent c'est de retrouver Jack et de lui faire payer ce qu'il m'a fait. Ce qu'il a fait à mon fils. Il lui a volé sa liberté et je n'aurais de cesse de le traquer pour le tuer.

- Vous êtes enceinte. » Murmura Joshua.

 

Le cœur d'Elizabeth fit une brutale embardée dans sa poitrine et elle se pencha pour vomir tandis que Joshua passait son bras autour de sa taille et la soutenait

« Je pense qu'il est inutile de demander qui est le père… » Soupira-t-il.

Elizabeth frissonna longuement et secoua la tête, sous le choc de la nouvelle qu'il venait de lui apprendre.

« Ce, c'est impossible … »

Joshua eut une moue désabusée, dérangeante sur un visage si jeune.

« Je crois au contraire que c'est tout à fait possible. Vous êtes enceinte de deux mois selon le médecin. »

Elizabeth fit un rapide calcul mental. Jack était le père. Sans aucun doute possible.

« Seigneur… » Gémit elle.

 

Joshua s'approcha d'elle et tâtonna à la recherche de sa main, ses yeux bleus rivés aux siens.

« Vous n'êtes pas seule Elizabeth. Je ne vous laisserais pas… »

Elle retira sa main avec lenteur, l'esprit chamboulé.

« Ce n'est pas ton combat Joshua…

- Croyez-vous vraiment que ce soit le hasard si je me trouvais sur ce quai au moment où vous vous êtes évanouie ? Pas moi. Je pense que c'est la manière qu'a trouvé le destin pour nous réunir.

- Joshua. Murmura Elizabeth. Tu te trompes…

- Non. Je sais ce que je ressens pour vous. Et je sais que nos vies sont liées. Je l'ai su dès que je vous ai vue, complètement perdue, au milieu de ce marché. Ne me repoussez pas Elizabeth. »

 

Elizabeth détourna le regard résolument et répondit d'une voix tremblante.

«  Laisse-moi Joshua. »

Un éclair de tristesse passa dans le regard du jeune homme et il se leva.

« Je reviendrais Elizabeth. Dans un moment, je reviendrais. Je ne vous laisserais pas seule avec SON souvenir. » Dit-il en refermant la porte derrière lui.

 

()()

 

Une fois seule Elizabeth éclata en sanglots. Ainsi se finissait son histoire avec Jack, comme un rappel de celle qu'elle avait vécu avec Will. Seule à nouveau, portant dans ses entrailles un fruit auquel son instinct de mère la forçait déjà à penser. Un enfant qui l'obligeait à ne pas agir. Un bébé qui l'empêcherait de rejoindre son fils une fois sa vengeance assouvie. Elle pourrait tuer Jack Sparrow mais ne pourrait pas rejoindre William comme elle en avait d'abord eu l'intention. Son fils errerait dans le monde des morts durant dix ans. Sans elle, loin d'elle, et elle ignorait même si l'amour d'une mère aurait le pouvoir de le libérer une fois le terme des dix ans échu.

 

Elizabeth glissa doucement sa main jusqu'à son ventre et caressa inconsciemment la vie qui s'accrochait en elle.

« Mon dieu William. Pardonne-moi… » Murmura-t-elle anéantie par sa propre stupidité, les souvenirs de ses étreintes passionnées avec Jack défilant dans sa tête.

Le cœur lourd, Elizabeth se rappela des soupirs chargés de désir échangés dans les ténèbres de la cabine du navire qu'ils avaient volé, de la manière dont Jack lui avait l'amour dans les buissons lors de leur fuite échevelée, de la chambre coquette de l'auberge où Adam et Laura avaient vécus. Des instants de bonheur à présent vides de sens. Parce qu'elle avait voulu croire en Jack. Parce qu'elle n'avait pas voulu voir la lueur avide qu'il portait sur la Conque et son fabuleux pouvoir.

 

Puis elle se souvint de la nuit londonienne où elle l'avait attendu, de son écœurement en sentant sur lui les effluves du parfum des catins. De Natalia et de l'empressement de Jack à satisfaire la terrible Duchesse. Elle avait tout vu et elle avait fait semblant de ne pas savoir. Elle s'était persuadée que cela n'avait pas d'importance, que son cœur ne pourrait être brisé puisqu'elle était destinée à devenir la maîtresse du Hollandais Volant. A la lueur blafarde de la bougie qui se consumait dans la chambre dans laquelle Jack lui faisait l'amour il y avait encore quelques heures, Elizabeth réalisa à quel point elle avait été stupide.

 

Par deux fois elle s'était laissée tromper. Par deux fois elle avait remis sa vie, ses rêves et ses espoirs entre les mains d'un homme qui ne les méritait pas. Et à cause d'elle son enfant était maudit. Son regard éploré tomba sur la bourse que Jack lui avait laissée, comme il l'aurait fait pour une catin qui l'avait satisfait et sa rage explosa soudainement. Rejetant loin d'elle les couvertures dont l'avait bordée Joshua, elle se leva et jeta la bourse contre le mur avec violence, les pièces s'éparpillant dans la chambre. Le prix de sa trahison. Le prix que Jack lui avait donné. Le prix de la liberté de William.

 

A demi folle de souffrance, Elizabeth donna des coups de pieds aussi violents qu'inutiles dans les pièces d'or, des larmes de rage et de souffrance roulant sur ses joues. Elle haïssait Jack. Elle l'aimait encore. Sur cette pensée contradictoire, Elizabeth se laissa retomber sur le sol, les épaules secouées par les sanglots.

 

Elle ne se retourna pas lorsque la porte s'ouvrit, laissant le passage à l'aubergiste qui portait un plateau lourd de victuailles entre ses mains. La femme observa le désordre d'un air désapprobateur avant de s'approcher de sa cliente.

«  M'est avis que certaines méritent pas la chance qu'elles ont. » Commenta-t-elle.

Folle de rage, Elizabeth se retourna vers elle, les yeux flambants de colère. L'aubergiste ne parut pas s'en émouvoir et posa le plateau sur le lit.

« Vot' mari , le vrai, il est bien gentil de se soucier d'une catin qui le quitte pour le bon à rien qu'était là avec vous. »

Elizabeth grinça des dents et se retourna vers la femme.

« De quel droit osez-vous me juger ! Je ne suis pas ce que vous dites. »

La femme laissa errer un regard éloquent sur les pièces qui jonchaient le sol et regarda la créature qu'elle ne logeait plus qu'à contre cœur.

« Ce que je dis c'est que mon établissement est honnête. Et que si y avait pas votre gentil monsieur ça ferait longtemps que j' vous aurais mise à la porte. J'ai accepté d'vous garder cette nuit mais d'main matin j'vous remets à vot' place sur le trottoir. Maintenant v'nez manger. »

Elizabeth la regarda avec un haut de cœur et se détourna pour vomir à même le sol tandis que l'aubergiste la regardait avec dégoût.

« Vot' mari m'a dit pour l'enfant. C'est t'y une pitié de voir que ce pauv' petiot aura une mère comme ça. Au lieu d'courir les hommes feriez mieux de rentrer chez vous avec vot' mari. Un brave homme que c'lui là. Faut il qu'y soit amoureux… » Soupira-t-elle en refermant la porte sur elle.

 

Le cœur serré, Elizabeth écouta son pas décroître dans l'escalier, frappée par la justesse des paroles de l'aubergiste. Elle avait raison. Elle avait trahi William en recherchant le plaisir dans les bras de Jack. Et elle n'avait pas mieux à offrir à celui qui grandissait en elle. Elizabeth grinça des dents et se força à avancer vers le lit, elle mangea par automatisme même si la simple vue de la nourriture l'écœurait.

 

Pendant qu'elle se remplissait le ventre, elle réfléchit. Déjà s'occuper de son bébé. Partir d'ici. Trouver Calypso et peut être un autre moyen de sauver William. Trouver Jack. Le tuer. Lentement. Le faire souffrir autant qu'elle souffrait à présent. Plongée dans ses réflexions, Elizabeth releva à peine la tête lorsqu' après un léger coup contre la porte, cette dernière s'ouvrit et livra le passage à Joshua.

 

Le jeune homme la regarda quelques instants avec un soulagement non dissimulé en la voyant se restaurer. Elizabeth releva à peine la tête en le voyant. Joshua s'arma de patience et s'approcha d'elle.

« Que comptez-vous faire une fois que l'aubergiste vous aura jetée dehors ? Où irez-vous ?

- Je ne crois pas que cela te concerne Joshua. » Répondit calmement Elizabeth.

Le jeune homme la regarda avec une pointe de colère.

«  Je vois. Vous allez repartir sur les flots à la recherche de ce bâtard. Et que ferez-vous donc une fois que vous l'aurez trouvé ? Vous le tuerez ? Vous le laisserez-vous tuer ? Pourquoi ne renoncez-vous pas ? Pourquoi vous entêter à poursuivre ce que vous n'aurez jamais et qui ne vous mérite pas ?

- Tu oublies mon fils. Jack lui a volé sa seule chance.

- Et vous vous oubliez votre bébé. Même si le père de ce dernier est un salaud qui vous a abandonnée, il mérite d'avoir une mère. De ce que j'ai compris, votre premier enfant ne risque pas de mourir puisqu'il est devenu une sorte d'immortel ! »

Elizabeth se crispa et secoua la tête.

« Tu ne comprends pas William a dix ans. Il porte sur ses épaules une charge trop lourde pour lui. Un devoir qui l'empêche d'être libre. Et je ne peux pas vivre heureuse en sachant que mon fils est un esclave, qu'il est condamné à cause de ma double négligence. »

 

Joshua digéra l'information et soupira.

« Je comprends. Alors, je vous aiderais à sauver votre fils, il vous suffit de demander et je le ferais. Quoique vous me demandiez….

- J'ai déjà entendu ça. Répondit Elizabeth avec amertume.

- Je ne suis pas lui. » Rétorqua Joshua.

Elizabeth soupira longuement et se frotta les yeux, cherchant à rassembler ses idées.

«  Joshua. Je n'ai rien à t'apporter. Je n'ai rien à apporter à qui que ce soit. Déclara-t-elle avec amertume

- Elizabeth… Je ne vous demande rien. Hormis de me laisser vous aider. Vous êtes seule, enceinte et recherchée. Vous ne vous en sortirez pas seule. »

 

La jeune femme leva brutalement les yeux au mot recherchée et regarda Joshua avec inquiétude.

« Que veux-tu dire ? »

Joshua se crispa et commença à expliquer.

« Ce que je veux dire c'est que le comté tout entier recherche un couple de pirate. Une femme blonde et fine. Un homme aux cheveux noirs. Les coupables de l'assassinat d'un pair du royaume. »

Elizabeth se troubla et posa instinctivement ses mains sur son ventre dans un réflexe de protection.

« Je dois quitter l'Angleterre.

- Les ports sont surveillés. Les soldats recherchent un couple ou une femme seule. En revanche personne ne recherche un forgeron et sa promise. »

Le choc fit écarquiller les yeux d'Elizabeth.

« Joshua … Je, il faut que je reprenne la mer.

- C'est trop tard. Sparrow est parti juste à temps. Vous ne pourrez pas en faire de même. Elizabeth vous ne voyez donc pas que je vous offre la seule solution possible ? Venez avec moi. Installez-vous chez moi, ayez votre enfant. D'ici là les soldats penseront que vous avez fui l'Angleterre et vous pourrez alors reprendre la mer avec votre enfant. Si vous en avez toujours le désir. »

 

Elizabeth réfléchit à nouveau. Bien sûr Joshua avait raison mais attendre signifiait abandonner William.

« Ensuite je vous aiderais à trouver une solution pour votre garçon. Je vous le promets. Affirma Joshua, comprenant ses réticences. Mais vous devez aussi penser à celui que vous portez.

- Je, j'ai besoin d'y réfléchir Joshua. Ta proposition est très généreuse mais …

- Je comprends. L'interrompit le jeune homme. Je vais vous laisser. Je serais à votre porte demain matin. Si vous acceptez je vous emmènerais loin d'ici. Tâchez de vous reposer. Vous êtes bouleversée et cet homme n'en vaut pas la peine. » Ajouta-t-il en sortant.

 

()()

 

La nuit fut agitée pour Elizabeth, la jeune femme pleura et ragea alternativement, à peine distraite de ses sombres pensées par la lueur d'espoir que représentait l'enfant qu'elle portait. Elle était partagée entre le désir de tuer Jack et celui de courir rejoindre son fils avant de se mettre à rêvasser malgré elle à l'enfant qu'elle portait. Serait-ce un garçon à nouveau ? Un fils qui arborait le même sourire satisfait que ce maudit Sparrow ? Ou alors une fille à la peau claire et aux yeux sombres ? Une petite pirate…

 

Un sourire doux éclaira fugacement le visage d'Elizabeth à cette idée, avant qu'elle n'éclate en sanglots à nouveau à la pensée que le bonheur auquel elle s'était souvent laissée aller à imaginer dans les bras de Jack la fuyait aussi sûrement que le pirate l'avait fait la veille. Ensuite elle pensa à Joshua qui semblait s'attacher à ses pas, prêt à lui tendre la main à chacune de ses difficultés. A l'aube Elizabeth soupira. Elle avait pris sa décision.

 

()()

 

Lorsque Joshua se présenta à sa porte quelques heures plus tard, le visage d'Elizabeth portait les marques de sa nuit sans sommeil et le cœur du jeune homme se serra devant sa détresse évidente.

« Bonjour Elizabeth. Avez-vous pris une décision ? » Lui demanda-t-il, plein d'espoir.

Elizabeth lui fit un sourire forcé et referma une main tremblante sur la bourse que Jack lui avait laissée et dont elle avait ramassé les pièces, ravalant sa fierté pour le bien de son enfant.

«  J'accepte ta proposition Joshua. » Murmura-t-elle d'une voix blanche.

Un sourire lumineux la récompensa et Joshua s'approcha d’elle, la prenant par le bras.

« Vous pouvez marcher ?

- Oui. »

 

Triomphant, une joie naïve sur le visage, Joshua l'aida à monter dans sa carriole et s'assura qu'elle était bien installée sous le regard vaguement réprobateur de l'aubergiste.

« Merci d'avoir veillé sur ma femme. La remercia Joshua.

- Pas de quoi. Répondit l'aubergiste avant de se tourner vers Elizabeth. Vous avez bien d'la chance vous. »

La jeune femme ne répondit pas et salua juste la réflexion de l'aubergiste par un sourire amer. Quelques minutes plus tard, la charrette s'ébranlait, les emmenant tous deux vers l'intérieur des terres, loin de l'océan, de Jack et de William.

 

Elizabeth se laissa bercer un moment par les cahotements de la carriole et observa le profil de Joshua qui se découpait dans la lumière du jour.

« Je ne mérite pas ton aide. Surtout pas après t'avoir abandonné comme je l'ai fait lorsque notre navire a été attaqué. »

Joshua haussa légèrement les épaules et se tourna vers elle.

«  Cette folle voulait vous tuer. Rester aurait été du suicide. »

Elizabeth sourit fugacement, à peine surprise par la désinvolture avec laquelle Joshua jugeait son geste qui avait pourtant failli lui coûter la vie.

« Comment as-tu réussi à te sauver ? Lui demanda-t-elle.

- Oh et bien comme certains autres j'ai été éjecté par le souffle de l'explosion et le navire de votre assaillant nous a recueilli. La folle voulait savoir où vous étiez. Je leur ai faussé compagnie à la première occasion puis j'ai gagné une petite bourgade. Le maréchal ferrant était malade, je l'ai remplacé et voilà. »

 

Elizabeth eut un sourire triste devant la simplicité de son histoire et Joshua continua.

« Nous avons travaillé ensemble quelques semaines puis il est mort. Il n'avait pas d'enfants, ni de neveux pour prendre la relève. La ville avait besoin d'un maréchal ferrant, ils m'ont donc accueilli sans trop poser de questions.

- Je vois …. Et que faisais tu sur les quais hier ?

- Simple. Répondit Joshua. Je cherchais à me ré approvisionner en fer. Vous retrouver a été une surprise plus qu'agréable. Je vous croyais perdue à jamais. Mais le destin nous a réunis. »

 

Elizabeth ne répondit pas et laissa son regard dériver sur la campagne anglaise dans laquelle ils s'enfonçaient peu à peu, le paysage accidenté des bords de mer laissant place à une végétation fournie et luxuriante. Au terme de plusieurs heures d'un cheminement lent, ils parvinrent à l'orée d'un petit village installé au fond d'une gorge qui formait autour de ce dernier un écrin de verdure.

«  C'est ici. Annonça Joshua en lui désignant le village en contrebas avec une pointe de fierté dans la voix.

- Et comment vas-tu expliquer ma présence ? S'alarma soudain Elizabeth devant le village minuscule.

- C'est mon affaire. » Rétorqua Joshua en faisant claquer les rênes de son attelage.

 

()()

 

La maison qu'occupait Joshua était petite mais coquette. Sa propriétaire qui se trouvait être la logeuse de Joshua accueillit d'abord Elizabeth avec scepticisme mais l'entrain de Joshua eu tôt fait de vaincre ses résistances, le jeune homme lui expliqua avec fougue qu'il était allé chercher sa fiancée mais n'avait rien dit auparavant de peur de la mécontenter. Aussi Elizabeth fut elle rapidement acceptée par la plupart des villageois à l'exception des jeunes filles en âge de se marier qui virent d'un mauvais œil le fait de voir l'un des rares partis de la région pris par une femme qui semblait plus âgée que lui.

 

Une semaine après son arrivée, assise douillettement devant le feu, Elizabeth laissa échapper un soupir de soulagement. Elle était en sécurité. Bien sur son cœur était toujours brisé, son désir de retrouver William toujours aussi intense mais l'isolement de la bourgade lui offrait une sécurité qu'elle n'était pas en mesure de refuser. Fidèle aux habitudes prises sur le navire, Joshua la traitait avec retenue et cordialité et ne lui imposait pas sa présence, sentant qu'elle désirait avant tout la paix. Elizabeth s'était installée dans la petite chambre qui avait du être celle d'un enfant, refusant que Joshua lui sacrifie le grand lit et passait ses journées dans la maison. Elle restait à l'écart du reste des villageois et remâchait sa rancœur envers Jack.

 

L'entrée du jeune homme dans la demeure la sortit de ses réflexions et elle lui adressa un franc sourire. Joshua ne répondit pas à ce dernier et s'avança vers elle, brusquement sérieux.

« Elizabeth… J'aimerais que nous parlions. »

Attentive et légèrement inquiète, Elizabeth se tourna vers lui, attendant qu'il poursuive. Joshua prit une brutale inspiration.

« Je … Elizabeth… J'ai beaucoup réfléchi à cette situation. Enfin vous. Et le fait que vous soyez enceinte de ce… Bref. J'aimerais que … »Commença-t-il avant de s'interrompre en rougissant

Elizabeth laissa échapper un sourire triste et se leva.

« Je comprends Joshua. Et il serait égoïste de ma part de rester ici et de profiter de toi plus longtemps. »

Joshua la regarda d'un air catastrophé et la retint. Il mit un genou à terre.

« Non … Je … J'aimerais que mon mensonge soit vrai.

- Pardon ? Déclara Elizabeth qui refoula une envie aussi brutale d'impérieuse de courir le plus loin possible.

- Elizabeth… Je, vous savez. Je suis amoureux de vous. Devenez ma femme. »

 

Choquée, Elizabeth ouvrit la bouche pour répondre, les mots sortirent sans qu'elle ait eu le temps de réfléchir.

« Mais je ne t'aime pas. »

Un éclair de tristesse traversa le regard de Joshua et il baissa la tête.

« Je sais. Mais je vous aime assez pour deux. Et puis, je suis certain que vous finirez par m'aimer. Et il, votre enfant, il a besoin d'un père. Je peux être celui-ci. »

Elizabeth, plus émue qu'elle ne l'aurait voulu, se mordit les lèvres.

« Joshua, je, yu en as assez fait pour moi.

- Je vous jure, je vous promets …. Que si, si l'amour ne venait pas. Je vous laisserais partir. Avec votre enfant. Quand vous le voudrez. Mais laissez-moi une chance. Quand à vos sentiments et bien il me semble que ça ne vous a guère réussi d'en avoir jusqu'à présent. »

 

Elizabeth blêmit et accusa le coup. Il avait raison sur ce point. Perdue, elle regarda le jeune homme blond à genoux devant elle et rencontra son regard franc et rempli d'espoir. Son cœur se serra au souvenir de la demande de Will, du moment où Jack lui avait passé la bague au doigt pour leur mascarade. Que ne donnerait-elle pour que Jack soit à la place de Joshua à cet instant.

« Je sais que vous l'aimez encore. Et j'attendrais. J'attendrais toute ma vie s'il le faut. Lui affirma Joshua. Vous n'êtes pas obligée de me répondre tout de suite. Juste. Réfléchissez-y. S'il vous plait. »

Elizabeth, déboussolée, ne répondit rien tandis que Joshua sortait de la maison aussi soudainement qu'il y était rentré et la laissait seule avec ses réflexions.

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