Chapitre 24 Une invitation inattendue

 

Jack guida Elizabeth jusqu'à leur calèche d'une main assurée et attendit qu'elle soit montée pour venir prendre place à ses côtés après un dernier salut du chapeau en direction de Natalia.

«  Parfait. » Commenta-t-il alors que l'attelage s'ébranlait lentement.

 

Elizabeth ne répondit pas, le cœur au bord des lèvres. Elle détestait le regard que la Duchesse posait sur Jack. Elle sentit une vague de haine monter en elle et détourna son visage, elle se retourna pour observer à travers la vitre la silhouette corsetée de Natalia qui montait en voiture. L'espace d'un instant la Duchesse se retourna et Elizabeth rencontra ses prunelles dépourvues de chaleur. Se durcissant à son tour, elle détailla le visage de la femme qui portait ça et là quelques rides habilement dissimulées mais que son œil acéré nota au premier coup d'œil. Natalia n'était pas belle, la lèvre inférieure trop fine la supérieure trop épaisse, le nez trop grand, tout cela lui donnait un air vaguement chevalin. Pourtant Elizabeth sentit une bouffée d'angoisse monter en elle. Elle n'avait pas besoin que Jack lui révèle son plan pour savoir qu'il comptait séduire la duchesse.

« Lizzie ? » Lui demanda Jack d'un ton inquiet.

Elizabeth se retourna vers lui et grimaça un faible sourire.

« Nous ne sommes pas encore invités. » Remarqua-t-elle.

La main de Jack se posa doucement sur la sienne et il la serra légèrement.

« Ne t'inquiète pas Lizzie, tout se passera comme nous le voulons. Bientôt tu auras ta Conque… » Soupira-t-il avec une tristesse qu'Elizabeth ne perçut pas, toute à sa jalousie.

 

Elizabeth resta silencieuse, le cœur s'alourdissant dans sa poitrine à mesure que l'attelage avançait, songeant au « rendez-vous » peu subtil fixé à Jack par la Duchesse.

« Qu'est-ce qui ne va pas Lizzie ? » Lui demanda Jack au bout de longues minutes d'un silence pesant.

Elizabeth sentit avec consternation les larmes qu'elle retenait déborder de ses yeux pour rouler sur ses joues et elle tourna la tête, espérant que Jack ne se rendrait compte de rien.

 

La main du pirate serra plus fort la sienne et il lui prit le menton de son autre main pour la forcer à le regarder.

« Pourquoi pleures-tu ? C'est à cause de William ? Tu as peur que nous ne réussissions pas ? »

Elizabeth se mordit la lèvre et se retint de lui avouer qu'elle avait peur qu'il ne réussisse trop bien à mettre la Duchesse dans son lit. Pourtant, elle hocha la tête en signe d'accord et le visage de Jack s'assombrit légèrement.

« Trésor, nous y sommes presque. Je vais t'aider à obtenir cette Conque et une fois que ce sera fait tu pourras faire tout ce que tu désires… » Soupira-t-il.

 

Elizabeth hocha de nouveau la tête tandis que ses larmes redoublaient. Les mots de Jack sonnaient comme un adieu. Une fois la Conque réunie, il n'y aurait plus de « nous » pour ce qui les concernait. Elle serait seule à nouveau, face à son destin, face au choix qu'elle avait été forcée de faire pour sauver William. Déjà Jack lui échappait, distribuait caresses, sourires et mots tendres aux autres femmes sans que cela ne représente quoique ce soit à ses yeux. Jack était ainsi. Il était libre. Et il le serait encore après elle. Il serait libre et elle serait enchaînée. Loin de lui, loin de William, loin de tout …

« Calme toi Lizzie, calme toi… Murmura Jack en la serrant contre lui. Dis-moi, dis-moi ce qui te pèse. »

 

Elizabeth hésita quelques instants avant de secouer la tête, elle se dégagea de son étreinte tout en s'essuyant les yeux.

« Il n'y a rien Jack. Tout est parfait. J'ai juste peur que nous ne trouvions pas la Conque.

- Tu es donc si pressée… Soupira Jack.

- Évidemment que je le suis ! S'exclama Elizabeth. C'est mon fils qui est là-bas Jack !

- Et tu es prête à tout pour le sauver. Murmura Jack.

- Je n'ai que lui Jack. » Lui répondit Elizabeth avec tristesse.

Le pirate se crispa légèrement avant de sourire.

« Bien sûr … »

 

A cet instant, la voiture stoppa devant l'auberge et le l'aubergiste s'empressa de venir ouvrir la porte à Elizabeth.

« Lady Stanley si vous voulez vous donner la peine … » Commença-t-il avant de s'interrompre en voyant les yeux rouges de larmes d'Elizabeth.

Jack s'empressa de lâcher la main d'Elizabeth et poussa un soupir las.

« Véritablement Laura, je ne comprendrais jamais ce qui vous émeut à ce point dans les offices et les églises. » Lâcha-t-il

Elizabeth déglutit et reprit avec difficultés son rôle de veuve éplorée.

« Chaque fois que je m'y rends je me sens plus proche de mon cher époux comme s'il était devenu immortel et veillait sur moi… Déclara-t-elle avant de rougir en réalisant que sa réponse n'était pas si loin de sa propre histoire

- Je suis persuadé qu'un jour vous serez aussi immortelle que peut l'être votre époux ma chère si chère Laura. » Répondit Jack d'un ton incisif.

Elizabeth mit pied à terre et songea avec tristesse que Jack ignorait à quel point il avait raison tandis que ce dernier la suivait du regard, oubliant même de descendre.

« Sir Colley ? » Toussota poliment l'aubergiste.

 

Jack parut revenir au présent et descendit lestement de la calèche, suivant le jupon sombre d'Elizabeth à l'intérieur de l'auberge. La jeune femme ne l'attendit pas et se précipita vers leur chambre. Une fois à l'intérieur, Elizabeth se laissa tomber sur le lit, le visage bouleversé. Quelques instants plus tard, Jack pénétra à son tour dans la pièce et referma doucement la porte dont il tourna le loquet.

« Allons trésor … C'est presque fini… Lui dit-il en caressant ses cheveux. Bientôt tu n'auras plus à faire semblant. »

Elizabeth s'écarta de lui et sécha vivement ses yeux.

« Tu comptes aller au rendez-vous ce soir ? Lui demanda-t-elle

- Et bien … Il n'y a pas d'autres moyens non ?

- Non. Il n'y en a pas d'autres… » Murmura Elizabeth avec tristesse.

 

Jack se tourna vers elle, le regard brillant et déposa un léger baiser sur sa joue savourant le sel de ses larmes avant de laisser sa bouche descendre jusqu'à celle d'Elizabeth et la prendre avec douceur.

« Tu es éblouissante en noir. Finit-il par dire en guidant la main de la jeune femme vers son entrejambe. Et je ne suis pas le seul à le penser. » Insinua-t-il.

Elizabeth qui trouvait plutôt qu'elle ressemblait à un épouvantail se laissa faire pendant qu'il défaisait lentement les lacets de sa robe, puis de son corset, libérant sa poitrine oppressée.

«  Nous avons du temps libre. » Lui dit Jack d'un ton suggestif.

 

Elizabeth plongea son regard rougi dans le sien et elle se laissa aller en arrière, savourant le plaisir de sentir ses lèvres sur sa peau, les mains de Jack caressèrent son corps jusque dans ses endroits les plus intimes tandis qu'il descendait jusqu'à son intimité et l'embrassait goulûment.

«  C'est à ça que je pensais pendant le sermon… » Murmura-t-il avant de glisser sa langue en elle, la caressant avec légèreté

Elizabeth ferma les yeux, elle cessa de lutter et intima le silence à la petite voix en elle qui ne cessait de lui crier que bientôt tout cela serait fini. Bientôt n'était pas maintenant. Avec un soupir elle se redressa et arracha la perruque de Jack, libérant ses longs cheveux noirs pendant qu'il remontait vers sa bouche.

« J'ai très envie de te faire l'amour … » Lui annonça-t-il en défaisant la boucle de sa propre ceinture.

 

Elizabeth ne répondit pas, elle se contenta de nouer ses bras autour du cou de Jack pour l'attirer à elle dans un baiser désespéré. Le pirate soupira dans sa bouche, sa langue l'explora tandis qu'il l'allongeait à nouveau pour prendre possession d'elle. Leurs gémissements de plaisir résonnèrent ensuite dans la pièce, leurs cris entrecoupés par leurs baisers et Jack noua doucement ses doigts aux siens alors qu'il se relevait, la dominant de toute sa taille.

«  Encore … » Supplia Elizabeth alors qu'il s'enfonçait inlassablement en elle et lui faisait oublier tout ce qui n'était pas eux.

Finalement, en nage, Jack la saisit par la taille.

« Viens … » Gémit il en se laissant tomber sur le lit, la soulevant afin qu'elle vienne sur lui.

 

Elizabeth ferma les yeux de plaisir tandis que ses hanches ondulaient, son corps allait et venait rapidement sur celui de son amant jusqu'à ce qu'un cri lui échappe alors qu'elle se sentait jouir une fois de plus au moment précis où la résistance de Jack capitulait et qu'il se déversait en elle.

 

Tous deux essoufflés, ils restèrent un moment les yeux dans les yeux, trouvant inutile de parler jusqu'à ce que Jack ne rompe le charme.

«  Je crois que toute la maison a entendu nos cris … » Murmura-t-il avec un sourire.

Elizabeth rougit et se laissa retomber à ses côtés, sa main erra sur le torse de Jack alors qu'elle fermait les yeux et nichait son visage dans son cou.

 

()()

 

Quelques heures plus tard, les cloches de l'église annonçant la fin de l'office résonnèrent comme un glas aux oreilles d'Elizabeth qui se leva par automatisme tandis que la Duchesse, vêtue d'une robe somptueuse s'avançait vers eux, le regard rivé à Jack.

«  Je suis ravie de vous revoir Sir Colley… Vous aussi ma chère. Daigna-t-elle dire à Elizabeth.

- Ma chère Duchesse, faites-moi la grâce de m'appeler Adam. Répondit Jack en s'inclinant.

- Soit, Adam. Sourit Natalia en posant une main lourde sur le bras de Jack, évinçant du même coup Elizabeth. Me ferez-vous la grâce de m'accompagner dans les jardins ? Les fleurs éclosent à peine en cette saison.

- Ce serait un honneur. » Répondit Jack en l'entraînant.

 

La mort dans l'âme, Elizabeth les suivit et réprima son désir de s'emparer d'une épée pour embrocher proprement la Duchesse. Elle ne pouvait pas s'offrir ce luxe, pas tant que le salut de William dépendrait en partie de cette femme. Devant elle, Jack et Natalia commencèrent à se livrer au jeu délicat de la séduction, Jack attendant patiemment que la Duchesse prenne l'initiative.

« J'ai ouï dire que vous étiez friand de divertissements. Commença Natalia en resserrant légèrement son étreinte sur le bras de Jack.

- Tout dépend de la compagnie. » Sourit Jack d'un air équivoque

Elizabeth frissonna alors que Natalia s'arrêtait brusquement, ses yeux épousèrent ceux de Jack.

« On raconte vous êtes un orfèvre en ce domaine. »

 

Jack lissa sa moustache d'un air suffisant et Elizabeth sentit son cœur s'alourdir devant ce petit geste qui lui était à présent si familier.

« Lorsque ma partenaire est à la hauteur oui. »

Natalia sourit légèrement et s'approcha de lui, leurs corps se frôlèrent.

« J'aimerais beaucoup que vous me montriez certains de vos talents. » Soupira-t-elle d'une voix alanguie.

Un léger cri de détresse échappa à Elizabeth tandis que Jack s'approchait à son tour et laissait sa main gantée remonter le long du bras de la Duchesse.

«  Je n'osais vous le proposer… » Murmura-t-il.

Natalia s'approcha de lui, ses lèvres frôlant les siennes.

« Renvoyez votre sœur. Il me déplait de la voir ce soir. »

Jack s'inclina.

« Vos désirs sont miens. Murmura-t-il avant de se tourner vers Elizabeth. Laura, prenez donc la voiture et rentrez à l'auberge, j'ose croire qu'un laquais de Madame la Duchesse veillera sur votre sécurité.

- Cela va de soi. » Confirma Natalia.

Elizabeth se mordit la lèvre et rencontra le regard brûlant de désir de Jack qui lui intimait de partir.

« Je me sens lasse en effet. Lâcha-t-elle d'une voix étranglée.

- John … Raccompagnez donc Lady Stanley. » Ordonna Natalia au valet qui les suivait comme une ombre silencieuse.

 

Elizabeth sentit ses jambes se dérober sous elle tandis qu'elle s'inclinait devant la Duchesse et évita le regard de Jack, le cœur lourd à la pensée de ce qui allait se produire après son départ. Elle se détourna ensuite et se força à remonter l'allée, la tête haute, suivie par le laquais. Au bout de quelques mètres elle ne put toutefois s'empêcher de se retourner, poussée par une curiosité perverse. Elle retint un haut de cœur en apercevant Jack penché sur Natalia, leurs lèvres soudées dans un profond baiser tandis qu'il entreprenait de relever les jupons de la Duchesse d'une main hardie et découvrait la peau translucide de la femme à laquelle il s'apprêtait à faire l'amour.

 

Elizabeth hésita un bref instant, tentée de faire demi-tour et d'arracher Jack aux bras de la femme mais un gémissement rauque du pirate lui parvint comme une flèche en plein cœur alors qu'elle comprenait qu'il la désirait.

« Fouettez les chevaux… Ordonna Elizabeth en refoulant ses larmes. Je tiens à rentrer au plus vite.

- Oui Lady Stanley… » S'inclina le laquais tandis qu'elle montait en voiture laissant derrière elle les corps enlacés de Jack et Natalia.

 

()()

 

Une fois de retour dans sa chambre, Elizabeth se laissa aller contre la porte, les sanglots s'étranglèrent dans sa gorge alors qu'elle n'imaginait que trop bien ce que Jack était en train de faire…. Elle se débarrassa de la lourde robe de deuil que Jack lui avait fait revêtir sans y penser et se précipita vers le lit, refoulant une brusque nausée. Elle avait toujours su que ce moment arriverait, que Jack n'était pas Will et qu'il finirait par se lasser d'elle, se tourner vers d'autres femmes, d'autres corps…. Mais elle avait cru qu'il lui serait épargné de voir une autre dans les bras de Jack, que lorsque cela arriverait elle serait capitaine du Hollandais Volant, sans cœur à briser.

 

Un nouveau gémissement étranglé lui échappa et elle resserra ses doigts sur les morceaux de Conque qu'elle portait contre sa peau. William. Elle ne devait penser qu'à son fils. Peu importait le sacrifice, peu importait qu'elle ait le cœur en miettes, du moment qu'elle pouvait le sauver. Elizabeth prit une profonde inspiration et se recroquevilla dans le lit, les larmes amères roulant toujours sur ses joues sans qu'elle puisse les arrêter. Elle avait cru pouvoir être forte, elle avait imaginé qu'elle surmonterait la perte de Jack comme elle l'avait fait pour celle de Will mais à présent qu'elle y était confrontée, elle réalisait que c'était pire encore. Dévastée par le chagrin et la jalousie, Elizabeth s’agonit d'injures, regrettant amèrement d'avoir tenté le démon en s'offrant à Jack. De l'avoir laissé pénétrer son cœur et son corps pour mieux s'y ancrer. Elle le haïssait autant qu'elle l'aimait pour avoir si bien réussi à la séduire. Un nouveau sanglot lui échappa alors que les heures défilaient lentement et Elizabeth finit par s'endormir à bout de fatigue et de chagrin.

 

()()

 

Le bruit de la porte s'ouvrant légèrement ne suffit pas à la réveiller et Elizabeth n'entendit pas Jack rentrer au beau milieu de la nuit, la perruque de travers et la chemise mal boutonnée. Elle ne vit pas non plus le pirate s'approcher lentement d'elle, se débarrasser à la hâte de ses vêtements pour se glisser contre elle et l'entourer de ses bras avec un sourire triste.

 

()()

 

Elizabeth ouvrit lentement les yeux et plissa son nez en sentant l'odeur moite de Natalia sur le corps de celui qui l'enlaçait comme s'il n'avait pas passé sa nuit dans d'autres bras. Le cœur serré, Elizabeth se dégagea de l'étreinte de Jack, sa peine toujours aussi vive que la veille. Sans y penser, elle posa son regard rempli de regrets sur le visage de Jack qui dormait paisiblement et son cœur se serra à nouveau en lisant un demi-sourire sur ses lèvres. Il avait sans aucun doute apprécié la soirée et goûté sans réserves aux charmes si promptement offerts de cette Duchesse qui aurait pu être catin. Le cœur lourd de chagrin, Elizabeth posa sa tête entre ses mains.

« Pourvu que tout aille vite. Murmura-t-elle pour elle-même. Je ne pourrais plus supporter ça bien longtemps. »

 

Un coup léger frappé à la porte l'alerta et elle s'enroula dans les draps, elle se précipita pour ouvrir et rougit en découvrant le laquais de la Duchesse.

« Lady Stanley. S'inclina ce dernier. Ma maîtresse m'a chargée de vous transmettre ceci. » Annonça-t-il en lui tendant un pli cacheté qui fleurait le parfum.

Elizabeth prit maladroitement la lettre tandis que le valet attendait stoïquement.

« Madame la Duchesse attend votre réponse. Précisa-t-il.

- Oh … Oui… » Se reprit Elizabeth en décachetant la lettre, faisant mine de ne pas avoir vu que l'enveloppe était adressée à Sir Colley.

 

Le contenu de la missive lui donna envie de vomir…..

 

Mon cher Adam,

 

Je dois reconnaître que votre réputation était bien en dessous de vos réels talents… L'aperçu que vous avez eu la grâce de m'accorder dans les jardins de l'église m'a suffisamment satisfaite pour que je désire vous voir à l'une des soirées que mon cher ami Fitzwilliam organise en sa demeure. Vous retrouverez là-bas de nombreuses connaissances triées sur le volet pour leur compagnie aimable mais non moins excitante.

 

J'espère pouvoir vous compter parmi nous ce soir et je suis certaine que votre présence sera des plus appréciées auprès de mes amies. Si vous le souhaitez, vous pouvez venir accompagné de votre charmante sœur, j'ai quelques connaissances qui seront ravies de l'aider à dépasser les réticences dont vous m'avez fait état. Je pense que tout comme moi, vous trouverez cela fort divertissant de voir cette chère âme soumise à leurs désirs.

 

Cette soirée sera bien entendu marquée du sceau de la discrétion tant pour les hôtes que pour les invités. Un loup de satin devrait suffire à garantir l'anonymat de nos chers participants. J'ai bien noté que votre sœur et vous aviez hélas perdu vos bagages sous l'assaut de brigands. Je me propose donc de fournir à votre sœur une robe ainsi que l'aide de ma camériste pour la rendre un peu plus désirable aux regards.

 

J'ose espérer que vous viendrez mon cher Adam, et je vous promets que l'aparté que j'ai prévu pour nous ne vous décevra pas …

.

Je ne peux attendre de vous sentir à nouveau en moi Adam.

 

N.

 

Elizabeth s'empourpra de rage avant de se reprendre, l'air hautain, après tout c'était précisément là où Jack et elle avaient arrêté leur plan…

« Dites à la Duchesse que mon frère et moi acceptons son aimable invitation. Déclara-t-elle.

- Bien Lady Stanley. S'inclina le valet. Madame la Duchesse avait prévu que vous répondriez cela. Elle m'a chargée de vous prévenir que sa camériste viendra vers six heures. La calèche vous attendra quant à elle à sept heures.

- Remerciez la Duchesse pour son amabilité et ses bienfaits. Se força à dire Elizabeth d'un ton superficiel. Mon frère et moi-même sommes forts honorés de l'intérêt qu'elle nous porte.

- Lady Stanley … » S'inclina le valet avant de s'éloigner.

 

()()

 

Une fois qu'il fut parti, Elizabeth claqua la porte sans douceur, dévorée par l'envie de faire des confettis de la lettre de la putain que Jack avait satisfaite durant une soirée entière.

« Qui était ce trésor ? Lui demanda Jack d'une voix endormie.

- Le laquais de ta Duchesse. » Cracha Elizabeth.

Jack bondit sur ses pieds et se précipita vers elle.

« Pourquoi ne m'as-tu pas réveillé ? S'agaça-t-il. Que voulait-elle ? »

 

Le cœur d'Elizabeth se serra à nouveau devant son impatience et elle lui tendit la missive du bout des doigts.

« Nous inviter à l'une de leurs soirées. Tu as été convainquant de toute évidence. Admit-elle avec amertume

- Tu en doutais ? Plaisanta Jack qui l'attira contre lui.

- Pas le moins du monde. » Murmura tristement Elizabeth en le voyant parcourir la lettre avec avidité.

Contre toute attente, Jack tiqua légèrement à la mention du costume que la Duchesse se proposait de prêter à Elizabeth.

« Pourquoi fait elle cela … Marmonna-t-il.

- Sans doute veut-elle te plaire. Rétorqua Elizabeth avec acidité. N'est-ce pas ce que désirent toutes les femmes ? »

 

Jack la regarda un instant, un peu décontenancé puis s'approcha d'elle.

« Quelque chose t'ennuie …

- La seule chose qui m'ennuie c'est d'être encore ici à perdre du temps pendant que mon fils est prisonnier de cette maudite Calypso. »

Jack baissa les bras en l'entendant et son regard se durcit alors qu'il lui répondait.

« Rassure-toi Lizzie. Après cette nuit tu auras en main les clefs du destin.

- Alors ce soir n'arrivera jamais assez tôt. » Rétorqua Elizabeth.

Jack se crispa et se détourna, ramassant ses vêtements.

« Allons déjeuner. La nuit sera longue.

- Sans nul doute. » Ironisa Elizabeth en enfilant sa robe, retenant une nouvelle envie de pleurer.

 

La journée s'écoula effectivement lentement tant pour Jack que pour Elizabeth. Le pirate tenta bien d'entraîner cette dernière sur les chemins du plaisir partagé mais à sa grande surprise, Elizabeth lui opposa un refus tremblant, arguant qu'ils auraient besoin de toutes leurs ressources pour la soirée.

 

Une heure avant l'arrivée de la camériste, Jack s'approcha d'Elizabeth qui semblait toujours plongée dans ses mornes pensées.

« Je pense que tu devrais réussir à échapper aux invités avant moi. Surtout ne perd pas de temps à m'attendre et fouille les appartements privés. Si Fitz garde quelque chose c'est là-bas. Je te rejoindrais dès que possible. »

Elizabeth grimaça et songea que pas une fois il n'était venu à l'idée de Jack que l'un des hommes présents pourrait la désirer. Avec un soupir résigné elle réalisa qu'à présent qu'elle s'était offerte à lui, elle avait perdu tout charme aux yeux de Jack. Et sa vie lui parut encore un peu moins brillante.

 

Jack ne vit pas son trouble et s'approcha d'elle, il entoura familièrement sa taille de son bras.

« Je n'aime pas l'idée qu'elle te fournisse un déguisement mais nous n'avons pas le choix …

- Peu importe le déguisement. Soupira Elizabeth en songeant que ce dernier ne serait sûrement pas flatteur et la ferait paraître plus terne encore aux yeux de Jack.

- Quoique tu portes tu seras magnifique…. Soupira Jack à son oreille comme s'il avait compris son angoisse. Même si la tenue dans laquelle je te préfère c'est nue dans mes bras. »

 

Elizabeth rougit brièvement de plaisir, son cœur accéléra malgré elle devant l'aveu brutal de son désir d'elle.

« Une fois que cette nuit sera finie je te ferais l'amour comme jamais. Murmura Jack à son oreille

- J'aime cette partie du plan … » Ne put s'empêcher de répondre Elizabeth avec un sourire.

 

Jack se pencha vers elle pour l'embrasser et Elizabeth s'accrocha à lui, comme s'il était son seul salut, songeant qu'après cette nuit d'adieu qu'il se proposait de lui offrir elle pourrait partir sans regrets.

« Si seulement je pouvais faire en sorte qu'elle ne s'arrête jamais. » Soupira Jack à mi-voix.

Elizabeth lui lança un long regard surpris, songeant que cela ressemblait fort à une déclaration et une vague d'espoir monta en elle.

«  Jack … Que dis-tu ?

- Rien d'important mon ange. » Répondit Jack avec l'air d'un gamin pris en faute.

 

Elizabeth ouvrit la bouche pour parler mais un coup frappé à la porte l'arrêta net. Jack poussa un soupir de soulagement et ouvrit, livrant le passage à une camériste lourdement chargée.

« Lady Stanley… S'inclina la jeune fille.

- Oh … Bien ma chère Laura je vous laisse, je vais boire un verre. Tâchez de la rendre présentable. » Ordonna-t-il froidement à la fille.

 

()()

 

Elizabeth se laissa patiemment coiffer et habiller, l'esprit vagabondant pendant que la jeune fille la préparait. Finalement, elle regarda d'un air surpris son reflet et détailla la robe d'un blanc éclatant à l'encolure bordée d'un duvet de cygne qui retombait en plis gracieux autour d'elle. La jeune camériste avait également remonté ses cheveux, les bouclant en anglaises souples qui, placées haut sur le crâne lui dégageaient le visage et la faisaient paraître plus sophistiquée qu'elle ne l'avait été depuis des années. Un masque de plume de cygne et un éventail de la même matière complétaient l'ensemble et Elizabeth se sentit rougir en réalisant que le décolleté descendait bien au delà de ce que la décence permettait et que le tissu de la robe était si fin qu'il laissait entrevoir le dessin de chacune de ses courbes. Un peu indécise elle se tourna vers la camériste qui se contenta de baisser servilement la tête.

 

Jack pénétra alors dans la pièce, entièrement de sombre vêtu et portant à la main un masque aussi noir que son costume. Il s'immobilisa un instant sur le seuil et détailla Elizabeth avec avidité.

« Je … Vous êtes … splendide… » Murmura-t-il, la bouche sèche.

Un sourire vaniteux échappa à Elizabeth et elle prit son bras. Le couple descendit les escaliers sous les regards concupiscents de l'aubergiste et de son personnel.

 

Chapitre 23                                                                                         Chapitre 25

Écrire commentaire

Commentaires : 0