Chapitre 10 Un lendemain vraiment, vraiment difficile

Elizabeth regarda autour d'elle avec une moue dubitative. Il lui semblait que cela faisait des heures qu'elle avait quitté le village de Tumen et les rivages rassurants de l'île sur laquelle ce dernier avait élu domicile. Ses bras lui faisaient mal à force d'avoir luttés contre les vagues et les courants qui poussaient sa frêle embarcation et la ballottaient au gré de leurs envies. Exténuée, la jeune femme reposa soigneusement ses rames et se pencha sur les cartes laissées par Jack. Avec une grimace, Elizabeth songea qu'elle avait été inconsciente, sinon folle, de partir ainsi sur l'océan avec pour seule embarcation une chaloupe fragile. Plissant les yeux sous l'ardeur du soleil, elle se pencha sur la carte, le visage déjà rougi par les coups de soleil qu'elle avait pris durant les dernières heures.

 

S'efforçant de maîtriser la panique qui menaçait de l'envahir, Elizabeth déplia la carte et réajusta d'une main maladroite son tricorne, espérant ainsi se protéger du soleil. De l'autre main, elle sortit la boussole laissée par Jack et chercha à se repérer. Si la carte disait vrai et si ses calculs étaient exacts, elle se trouvait à un peu près un jour et une nuit de la prochaine ville portuaire. Ce qui était faisable. Elizabeth grimaça pourtant en constatant que la dite ville était connue pour être l'un des bastions de la Compagnie des Indes, localité moins que sure pour un Roi des Pirates. Avec un soupir, elle consulta à nouveau la carte pour chercher un endroit plus sûr et finit par arrêter son choix sur un port où les autorités étaient moins regardantes et qui se trouvait cette fois à trois jours de là.

« Trois jours. » Murmura-t-elle pour elle-même tout en évaluant ses chances d'y parvenir.

 

Cela signifiait trois jours de navigation mais aussi trois jours sans dormir, ce dont malgré toute sa volonté, elle se sentait incapable. Finalement, Elizabeth repéra une petite île, point minuscule sur la carte, située à quelques encablures de sa situation présente, si elle ne se trompait pas. Avec un sourire, Elizabeth consulta sa boussole et reprit ses rames, bien décidée à se rendre sur l'îlot afin d'y passer la nuit. Tout en ramant, la jeune femme, passa les derniers événements en revue et songea malgré elle à Jack et à son départ aussi fracassant que surprenant.

 

Elle soupira et admit pour elle-même qu'elle l'avait traité de manière injuste. Jack l'avait aidée et il n'avait récolté que du mépris en échange. Avec un pincement au cœur, Elizabeth se souvint de l'incroyable apnée du pirate dans l'épave de La Fleur de la Mort et de son angoisse en ne le voyant pas refaire surface. Malgré les vantardises de Jack, elle savait que ça avait été juste. Il avait failli mourir sous l'eau. En fait il avait failli mourir pour elle ou du moins pour obtenir le morceau de Conque.

«  C'est pas pour ça que je dois faire l'amour avec lui ! » S'exclama-t-elle à elle-même.

 

Cette pensée en apporta une nouvelle et Elizabeth essaya vainement de se souvenir de sa soirée d'ivresse. Tumen lui avait dit qu'elle s'était jetée sur Jack et rien que cette idée la fit frémir tout comme celle de l'avoir embrassé.

« Stupide idiote. » Se morigéna-t-elle en tentant de chasser cette pensée inconfortable de son esprit.

 

Sans succès.

 

Tandis qu'elle ramait, elle s'imaginait dans les bras de Jack, sa bouche collée contre la sienne, éprouvant à nouveau le trouble qu'elle avait ressenti lorsque, des années plus tôt, elle l'avait laissé en pâture au Kraken. Ce baiser l'avait hantée des mois durant lorsque, avec ses compagnons d'infortune, elle était partie au bout du monde pour délivrer Jack. Et pendant quelques temps, les baisers tendres de Will lui avaient parus bien fades au regard de la sensualité de celui de Jack Sparrow. Elizabeth sourit tristement à ce souvenir et redoubla d'efforts en voyant se dessiner à l'horizon les contours de l'île sur laquelle elle projetait de faire escale pour la nuit.

 

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Un peu plus d'une heure après et au terme d'un violent effort, Elizabeth tira sa chaloupe sur le sable rosé qui lui rappela vaguement l'île sur laquelle Will et elle avaient consommé leur mariage et conçu William. Une fois la chaloupe en sécurité, Elizabeth se laissa tomber sur le sable, sa poitrine se soulevant rapidement après l'effort qu'elle avait fourni.

 

Au bout de longues minutes, elle se décida à sortir le paquet laissé par Jack et commença à déballer ses provisions. Elle lutta contre l'envie de tout dévorer et se contenta de quelques morceaux de poisson séché peu appétissants. Son regard se posa brutalement sur un miroir et elle s'étonna de la présence de cet objet qu'elle n'avait pas remarqué jusqu'alors. Curieuse, elle se pencha et observa un instant son reflet, le cœur serré en découvrant ses traits fatigués et son visage rougi par le soleil. Machinalement, elle rectifia ses cheveux avant de reposer le miroir avec un soupir agacé. Elle n'avait pas à se soucier de son apparence. Elle était seule sur cette île et n'avait de toute manière pas à plaire à qui que ce soit. Après avoir fini son repas, Elizabeth se leva, étira ses muscles douloureux et après une brève hésitation se décida à partir explorer la végétation qui constituait le cœur de l'île.

 

La main sur son épée, prête à se défendre en cas d'attaque surprise, Elizabeth progressait prudemment, ses yeux scrutaient avec angoisse les sous-bois tant à la recherche de nourriture qui lui permettrait d'économiser ses vivres qu'à l'affût d'un éventuel danger. Finalement, elle poussa un soupir de soulagement en découvrant une source d'eau claire et, oubliant toute prudence, elle se précipita sur cette dernière, se penchant pour boire à longs traits.

 

L'eau fraîche ayant apaisée sa gorge brûlante, Elizabeth jeta un bref regard autour d'elle avant de se débarrasser de ses vêtements et de rentrer dans l'eau. Elle grimaça lorsque ses coups de soleil furent arrosés par l'eau fraîche de la source. Au bout d'un moment, sa peau cessa de la brûler et elle soupira de plaisir alors que son corps se rafraîchissait et revenait à une température normale. Elle rejoignit le bord de l'eau et sortit à la hâte. Elle se pencha sur ses vêtements et grimaça en découvrant leur saleté, l'hospitalité des amis de Tumen n'était pas allée jusqu'à les laver. Après un nouveau regard rapide alentour, Elizabeth se pencha sur la source et lava un par un ses différents effets avant de repérer une grosse pierre sur laquelle elle les posa en attendant que le soleil les sèche.

 

Une fois tout cela accompli, Elizabeth s'autorisa un grand sourire satisfait. Finalement elle s'en sortait bien pour son premier jour seule. Toujours complètement nue, elle commença à explorer les abords de la source et sourit une nouvelle fois en découvrant un cocotier.

« Décidemment, la chance est avec moi. » Murmura-t-elle, ravie en cherchant de quoi secouer l'arbre pour en faire tomber les noix de coco.

Elle en évita une de justesse et manqua de se fouler la cheville en le faisant.

« Bon d'accord… Je suppose que je dois prendre ça pour un avertissement. »Marmonna Elizabeth.

 

Elle se penchait pour ramasser une des noix de coco lorsqu'un brusque craquement derrière elle l'arrêta net. Les muscles tendus, Elizabeth évalua la distance qui la séparait de son épée tout en se retournant lentement avant de pousser un cri d'effroi en découvrant un régiment de soldats. Bouche bée, l'homme de tête la fixa longuement, son regard glissa sur sa nudité tandis qu'Elizabeth, morte de honte, se ruait sur ses vêtements et s'empressait de dissimuler son corps autant qu'elle le pouvait.

 

En la voyant faire certains hommes eurent un regard égrillard et Elizabeth recula, cherchant des yeux une échappatoire. L'officier à la tête de la colonne toussota nerveusement et la regarda finalement avec étonnement.

« Vous parlez anglais ? » Lui demanda-t-il lentement.

Elizabeth évalua la situation d'un rapide coup d'œil. Elle était nue, seule et désarmée au milieu d'une bande de soldats de la Royal Navy sans la moindre possibilité de fuite. La situation n'était pas brillante mais le serait encore moins si elle était identifiée comme Elizabeth Swann ou Turner, tout dépendait du nom marqué sur son avis de recherche, par ces hommes. Le cœur battant, elle fronça les sourcils, s'appliqua à adopter une expression d'incompréhension et secoua la tête.

 

L'homme la regarda et soupira avant de lui poser la même question en espagnol. Cette fois Elizabeth n'eut pas besoin de feindre, ses connaissances dans cette langue étant trop anciennes pour lui permettre de tenir une conversation.

« Elle est peut être complètement attardée ? » Suggéra l'un des soldats, remarque qu'Elizabeth résolut mentalement de lui faire payer.

L'officier la regarda avec attention et Elizabeth frissonna sous son regard acéré.

« Peut-être. Répondit-il finalement. Mais elle reste une femme et nous ne pouvons pas la laisser ici. Il est visible qu'elle ne fait pas partie des peuplades sauvages de cette contrée. Ajouta-t-il en désignant les cheveux blonds d'Elizabeth.

- Alors qu'en faisons-nous ? » Demanda l'un des soldats en lui lançant un regard sans équivoque.

 

Elizabeth chercha désespérément des yeux un moyen de fuite ou de défense tout en pestant intérieurement contre les hommes et leurs vices.

« Nous ne savons pas qui elle est. Répondit l'officier. Elle pourrait être importante. Du reste sous ses dehors sauvages elle se tient comme une lady. Peut-être est-ce une de ces femmes naïves qui s'est laissée séduire par un homme et pour laquelle le mari trompé serait prêt à mettre un bon prix.

- Une de ces françaises dévergondées. Se moqua le soldat.

- Tout à fait … » Approuva l'officier en faisant signe à Elizabeth de se rhabiller.

 

La mort dans l'âme, Elizabeth attendit vainement qu'ils se retournent, ce qui lui laisserait le temps de remettre ses vêtements et de fuir mais au bout de longues minutes, il devint évident qu'elle n'aurait pas cette chance. Grimaçant et rouge de gêne, elle s'abaissa, s'efforçant de masquer sa nudité le plus possible et enfila sa longue chemise mouillée rapidement avant de se contorsionner pour remettre son pantalon. Elle faillit laisser échapper un juron lorsqu'un soldat plus curieux que les autres souleva avec étonnement la longue épée qu'elle portait toujours de la cachette où elle l'avait posée.

« Regardez ça Lieutenant Kolsey ! On dirait que la bougresse est armée. »

 

Le cœur battant, Elizabeth feignit une nouvelle fois la peur et recula comme si elle craignait que l'homme ne lui fasse du mal. L'officier la regarda et s'empressa de faire un geste apaisant en sa direction.

« On ne va pas vous faire de mal… Dit-il en souriant.

- Mais, si cette arme est à elle. » Commença un soldat.

Le lieutenant se retourna vivement vers ce dernier et lui intima le silence.

« Allons, ce n'est qu'une femme ! Le mieux que nous ayons à faire c'est de l'emmener avec nous puis de l'adresser aux autorités du prochain port, ils sauront bien l'aider à retrouver sa famille. »

 

Elizabeth crispa ses doigts sur les morceaux de Conque qu'elle portait autour de son cou sur la chaîne de Tumen et les dissimula sous son chemisier tandis que l'officier se tournait vers elle. A l'aide de courbettes et de gestes, il lui fit signe de les suivre. Elizabeth se résigna et affecta un air mi reconnaissant mi craintif.

 

Tout le long que dura leur marche, Elizabeth examina mentalement les diverses possibilités qui s'offraient à elle avant de se résoudre à voyager en compagnie des hommes de la Navy. Elle en était parvenue à la conclusion que, comme ces derniers croyaient qu'elle était une épouse peu vertueuse en fuite, elle ne risquait pas grand-chose. D'autant plus qu'ils semblaient décidés à la mener vers un port où elle n'aurait aucun mal à leur échapper pour embarquer sur un navire faisant voile vers l'Angleterre. Réprimant un sourire satisfait, Elizabeth les suivit docilement et constata avec soulagement que leur navire était ancré du côté opposé à celui où elle avait fait escale.

 

Elle écouta distraitement les bavardages des hommes qui portaient principalement sur le nouveau Gouverneur de Port Royal et embarqua docilement sur la chaloupe que l'officier lui désignait. Quelques instants plus tard elle était à bord de leur navire.

 

()()

 

Une fois sur le pont, le lieutenant Kolsey se retourna vers elle et s'inclina brièvement. Il lui fit signe de le suivre dans sa cabine et Elizabeth capta du coin de l'œil les coups de coudes que les hommes échangèrent. Avec un soupir résigné, elle pénétra dans la cabine décidée, la mort dans l'âme, à faire ce qu'il fallait pour obtenir son passage vers l'Angleterre.

 

Avant qu'elle ait eu le temps de fouiller la cabine à la recherche d'une arme, le lieutenant la rejoignit et elle le regarda de son air le plus innocent. L'homme s'assit sans gêne et lui fit signe d'approcher. Il remplit deux coupes de vin dont l'odeur forte réveilla la nausée d'Elizabeth après ses excès de la veille. Sans dire un mot, l'officier lui fit signe de boire et elle s'exécuta avec une grimace, un peu inquiète en constatant qu'il ne la quittait pas des yeux. Le lieutenant déboutonna machinalement sa veste d'officier et Elizabeth grinça des dents en comprenant que ce qu'elle avait soupçonné lorsqu'il lui avait demandé de pénétrer dans ses quartiers s'avérait exact.

 

L'officier but une longue gorgée de vin, qu'elle avait identifié comme du porto, et lui fit signe d'approcher tandis qu'elle sentait le navire se remettre en mouvement. Feignant l'hésitation mais ne pouvant décemment pas se faire passer pour une vierge effarouchée, Elizabeth s'avança avec réticences. Kolsey la dévisagea avec attention et referma sa main sur son poignet puis la força à se retourner. Elizabeth réprima un gémissement de fureur et se laissa faire, se forçant à lui sourire. Alors que l'homme passait derrière elle, elle sentit sa seconde main se refermer sur son poignet tandis qu'un cliquetis qu'elle pensa être celui de la boucle de la ceinture de l'homme se faisait entendre.

 

Elizabeth retint sa respiration en sentant les lèvres de l'officier caresser son cou. Serrant les poings de rage, elle ferma les yeux et se préparait à subir ses caresses forcées, lorsque la morsure froide du métal se fit sentir sur ses poignets, remplaçant rapidement la chaleur des mains du lieutenant.

« Vous êtes moins belle que dans mes souvenirs Elizabeth Swann… » Murmura l'homme en la forçant à se retourner.

 

Paniquée, Elizabeth se débattit et s'obligea à prendre un air d'incompréhension totale tout en bredouillant des sons sans le moindre sens qu'elle espérait faire passer pour un dialecte. Kolsey sourit froidement et la repoussa vers la chaise avant de sortir son pistolet qu'il pointa droit sur elle.

« C'est inutile de faire semblant. Vous en avez abusé beaucoup mais ce ne sera pas mon cas. Je vous aurais reconnue n'importe où même sans ce portrait. » Annonça-t-il en agitant un avis de recherche qu'Elizabeth jugea ressemblant mais peu flatteur.

Les lèvres serrées, elle toisa l'homme qui éclata de rire.

«  Elizabeth Swann, Roi des Pirates… La femme qui a donné l'ordre de faire feu contre son propre pays. J'étais là il y a dix ans. Bien entendu à l'époque je n'étais pas encore lieutenant, je n'étais qu'un simple soldat, mais j'ai vu ce que vous et vos hommes avez fait à notre armada et à Lord Beckett. »

 

Elizabeth déglutit et chercha désespérément un moyen de se tirer du traquenard dans lequel elle s'était précipitée.

« J'ai vu votre visage lorsque vous avez donné l'ordre de couler l'Endaviour et je ne l'ai jamais oublié. J'étais à bord et je ne m'en suis sorti que par miracle. Nous vous avons cherchée pendant des années Elizabeth et je dois dire que lorsque je vous ai reconnue tout à l'heure j'ai eu du mal à en croire mes yeux. La rumeur disait que vous étiez morte. Puisque ce n'est pas le cas nous allons nous employer à la rendre véridique dans les plus brefs délais. »

Elizabeth ne broncha pas, concentrée sur les chaînes dont elle tentait vainement de libérer ses poignets. Kolsey l'air triomphant, se pencha vers elle.

« Vous ne voulez rien dire hein ? Ce n'est pas grave j'ai les moyens de vous faire parler, peut-être même hurler. » Ajouta-t-il d'un ton qui alarma Elizabeth.

Kolsey se tourna vers la porte.

« Horton, Jaming venez ici ! »

 

Deux hommes en uniforme firent leur entrée, Kolsey se retourna vers eux et tendit son arme à l'homme le plus proche.

« Gardez la en joue et ne la quittez pas des yeux. Cette femme est le diable en personne.

- A vos ordres. Répondit immédiatement par automatisme l'homme avant de continuer d'une voix hésitante. Vous êtes sur ? Elle a l'air bien inoffensive. »

Kolsey éclata de rire et se dirigea vers l'âtre rempli de cendres de sa cabine et commença à allumer un feu.

« C'est-ce que tout le monde croit… Mais je peux vous dire que cette femme est à elle seule responsable de la débâcle de notre armada contre les pirates qui est arrivée il y a dix ans. Dieu merci, nous avons remporté de nombreuses victoires depuis ce jour maudit.

- Oh… » S'écrièrent Horton et Jaming en se retournant vers elle.

Elizabeth leur fit un petit sourire navré tandis que le second sortait son arme à son tour et la tenait en joue.

 

Les mains toujours immobilisées, Elizabeth blêmit et suivit du regard Kolsey dont le plaisir était évident. Le lieutenant se pencha sur un meuble et en sortit un objet métallique d'un air révérencieux.

« Reconnaissez-vous ceci Elizabeth ? » Lui demanda-t-il en lui agitant un fer dont le bout formait un P sous les yeux.

Cette fois Elizabeth sentit la panique l'envahir et recula instinctivement.

« C'est celui de Lord Beckett. Vous vous rappelez ? L'homme que vous avez fait assassiner. Jubila Kolsey. Je l'ai retrouvé dans les débris du navire après que vos amis et vous ayez pris la fuite. Curieux non ? Tout le bâtiment a été détruit, des centaines de braves soldats sont morts mais cet objet est resté indemne, comme si il savait qu'il servirait encore … » Ajouta Kolsey en le posant au-dessus des flammes.

 

Elizabeth paniqua pour de bon et commença à tirer sur ses chaînes avec l'énergie du désespoir en comprenant ce que l'homme avait l'intention de faire. Kolsey la regarda avec froideur et s'approcha d'elle.

« Vous n'êtes toujours pas décidée à parler hein ? Une forte tête. Lord Beckett me l'avait dit peu de temps avant de mourir. Il a regretté amèrement de ne pas vous avoir tuée tant qu'il vous tenait vous savez. »

Tremblante, Elizabeth jeta un coup d'œil affolé vers le fer qui rougissait lentement. Kolsey suivit son regard et lui sourit.

« J'ai remarqué tout à l'heure que vous ne portiez pas la marque sur votre corps. Encore quelque chose à quoi il me faut remédier. Dit-il en se dirigeant vers l'âtre. Horton. Écartez sa chemise je vous prie. » Ordonna-t-il.

 

Elizabeth se débattit comme un beau diable en sentant les doigts du soldat effleurer sa peau alors qu'il exposait sa poitrine, les manches de sa chemise glissant sur ses poignets. Le fer rougi entre les mains, Kolsey fit un signe de tête en direction du soldat.

« Maintenez la immobile. Je trouve décidemment qu'il manque une chose à son épaule. »

Elizabeth sentit les mains du soldat se plaquer à la base de son cou et la maintenir sans douceur pendant que le lieutenant s'approchait d'elle.

Le fer entre les mains, il riva son regard au sien.

« Vous voyez finalement, je vous ai fait venir dans ma cabine pour me donner du plaisir… Pirate. » Susurra-t-il en appuyant de toutes ses forces le fer brûlant contre son omoplate.

 

La douleur fut aussi fulgurante qu'intense et Elizabeth hurla en sentant le fer s'enfoncer dans sa peau tandis que le soldat blêmissait en reniflant l'odeur de la chair grillée. Kolsey, un sourire aux lèvres, laissa le fer appuyé durant ce qui sembla être des heures à Elizabeth et le retira finalement.

« Voilà qui est fait. » Annonça-t-il avec satisfaction en observant le visage tordu de douleur d'Elizabeth.

A bout de souffle, des larmes glissant sur ses joues, Elizabeth le vit se pencher vers elle à travers un brouillard de souffrance.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? » Demanda soudainement Kolsey avec surprise en effleurant sa poitrine pour prendre les morceaux de Conque.

 

Folle de douleur, Elizabeth essaya à nouveau de se débattre tandis que Kolsey tirait d'un coup sec sur les morceaux et faisait céder le simple lien qui les retenait.

« Sans doute le produit d'une rapine. Se répondit-il à lui-même en observant les objets.

- Rendez-moi ça ! » S'écria Elizabeth, paniquée à l'idée d'avoir perdu le seul moyen de sauver William.

 

Kolsey la toisa avec une surprise mêlée de satisfaction et il s'empressa de se diriger vers un petit coffret qui trônait sur sa table de travail.

« Ces objets appartiennent désormais à l'Angleterre. Et là où vous allez vous n'en aurez de toute manière pas l'utilité.

- Non ! » Hurla à nouveau Elizabeth en se débattant, ignorant la douleur cuisante de son omoplate.

 

Une gifle sèche le fit taire et elle sentit vaguement un filet de sang rouler le long de sa pommette.

«  Tais-toi sale chienne. Ordonna Kolsey avant de se tourner vers ses hommes. Mettez-moi ça en cale. Que personne ne s'en approche sans mon ordre et surtout laissez-lui ses fers. Dieu seul sait ce qu'elle est capable de faire. »

Elizabeth gémit alors qu'ils la remettaient sur ses pieds sans douceur et sentit le canon froid d'un pistolet dans son dos tenu d'une main tremblante.

« Avancez et pas d'entourloupes. Si vous bougez vous êtes morte. » Lui ordonna le soldat.

 

Percluse de douleur, Elizabeth obéit. Elle songea fugacement qu'ils semblaient réellement la tenir comme redoutable, pensée qui l'aurait ravie en d'autres circonstances mais qui n'arrangeait pas ses affaires présentes, loin de là. Quelques instants plus tard et au terme d'une descente durant laquelle elle avait failli plusieurs fois se rompre le cou elle vit avec désespoir la grille de la geôle se refermer sur elle.

 

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La nuit était tombée depuis plusieurs heures lorsqu'Elizabeth eut enfin tari ses larmes de souffrance et de désespoir. Avec un grimace elle tenta de se mettre debout avant de renoncer. Elle avait tout raté. Non seulement elle avait perdu la Conque mais en plus elle se trouvait à présent en route vers ce qui ne pouvait être que la potence. Le cœur serré, Elizabeth pensa à son fils et réalisa avec désespoir qu'elle n'aurait même pas la grâce de mourir en mer et de le serrer contre elle une dernière fois.

 

S'efforçant de retenir de nouvelles larmes, Elizabeth commença à bouger ses poignets. Elle cherchait désespérément à se libérer tandis qu'elle pouvait entendre les cris de célébration des soldats au-dessus d'elle, fêtant ce qu'ils semblaient considérer être une victoire. Grimaçant sous l'effort, elle tenta de faire basculer son corps en arrière et au bout de nombreuses tentatives, son épaule brûlée buta contre le bois de la coque et lui arracha un hurlement de souffrance.

 

A bout de douleur, elle reprit son souffle avant de se traîner vers le milieu de la cellule. Une fois là, elle rassembla toutes ses forces et poussa un cri de victoire en sentant ses bras se glisser enfin sous ses jambes avant de se matérialiser devant elle. Elizabeth reprit sa respiration quelques minutes et chercha du regard de quoi se débarrasser de ses fers. Au bout d'un moment elle avisa une sorte de clou rouillé qui dépassait du sol et elle s'en rapprocha, espérant pouvoir le faire jouer dans la serrure et briser le mécanisme de cette dernière.

 

Elle s'y essayait depuis des heures et venait enfin de faire céder la serrure, libérant ses poignets endoloris lorsqu'un cri d'alerte retentit sur le navire, rapidement suivi par le tocsin. Intriguée, Elizabeth rampa jusqu'à une fissure et poussa un cri rauque en voyant les canons du Black Pearl prêts à faire feu dans la lumière de l'aube naissante…

Chapitre 9                                                                                            Chapitre 11

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