Version 1 : Rédemption

«  L’éclair vert signifie qu’une âme de l’au-delà revient dans le monde des vivants »

Monsieur Gibbs.

 

 

Lorsqu’il ouvrit les yeux, la première chose que vit Davy Jones fut l’océan. Immense, impassible. Un océan que la fureur de Calypso avait déserté. Calypso… Une larme roula sur la joue de Jones et il porta une main à son visage pour en interrompre la course avant de suspendre son geste.

 

Sa main était redevenue humaine. Dans sa poitrine la souffrance était aussi vive que le jour où, au terme de dix années de service, il avait compris que Calypso s’était joué de lui. Son regard se remplit d’incrédulité, et, oubliant ses larmes il fixa sa main comme s’il ne l’avait jamais vue. Une main d’homme. Une main qu’il porta à son visage avec hésitation avant de palper les contours de sa chair à la recherche des tentacules qui l’avaient envahi durant les années qui avaient suivies l’abandon de sa charge. Ses doigts se refermèrent sur le vide au lieu des appendices monstrueux et Jones éclata de rire.

 

Autour de lui des dizaines d’hommes gisaient hébétés, certains dans des chaloupes, d’autres comme lui flottaient dans les eaux sombres sans avoir besoin de faire le moindre effort pour cela. Il était mort. Il était humain.

 

Lorsque la lanterne commença à briller au loin, le cœur de Jones se mit à battre plus fort. Il ignora les gémissements des hommes autour de lui ainsi que leurs questions. Il n’avait pas besoin qu’on lui dise ce qui était en train de se produire. Il le savait pour avoir accompli lui-même cette tâche dix années durant : Le Hollandais Volant venait chercher les âmes pour les guider dans l’au-delà.

 

Il monta à bord sans hésitation puis caressa du regard la barre qu’il avait lui-même menée des siècles durant. Dans un coin, il aperçut un cercle d’hommes serrés les uns contre les autres. Il les connaissait tous. Macchus, Jimmy Leg, Bill le bottier… Il les avait tous recrutés, usant de leur terreur de la mort pour leur vendre son esclavage. Sans s’en rendre compte il avança dans leur direction et s’éloigna du groupe formé par les pirates et les soldats que la mort avait enfin mis d’accord.

 

Ses yeux rencontrèrent un bref instant ceux de Cutler Beckett et il sourit en voyant la terreur peinte sur le visage du petit homme. Ce dernier se tourna vers lui et le toisa.

« Pourquoi me regardes-tu ainsi-toi ? Demanda le lord avec morgue avant d’hausser les épaules. Oh, et puis après tout c’est de bonne guerre » Soupira-t-il.

 

Jones s’immobilisa devant lui pour graver dans sa mémoire les traits de celui qui avait eu l’audace de se croire son maître. Puis, il sourit

«  N’y voyez rien de personnel Lord Beckett » Répondit-il calmement, utilisant les mots que ce dernier avait prononcés lorsqu’il lui avait ordonné de mettre à mort le Kraken.

Sans attendre la réaction de Beckett, il reprit sa route vers ceux qu’il avait attachés au navire et son regard brillant se posa sur celui qui l’avait remplacé.

 

William Turner se retourna vers lui, une cicatrice barrant son torse à l’endroit où un cœur avait battu et se troubla légèrement

«  Qui es-tu ? Nous nous connaissons ? »

Le cœur de Jones chavira. Il n’imaginait que trop bien ce que lui ferait son ancien équipage s’ils comprenaient qui il était réellement. Il retint son souffle tandis que son remplaçant étudiait son visage. Finalement, Will Turner déclara

«  Tu es un homme du Pearl ?

- Non. » Répondit Jones, espérant que son timbre de voix ne le trahirait pas.

 

Le jeune capitaine déglutit à nouveau puis le questionna.

«  Es-tu un soldat ?

- Non. » Répondit Jones

Il hésita puis regarda ses anciens hommes et scruta leur visage en quête de celui qui pourrait le trahir.

«  Non, répéta-t-il. Je ne suis qu’un des hommes du Hollandais Volant »

 

Le moment de vérité. Ses anciens esclaves allaient ils le reconnaître ? Aucun d’entre eux ne s’interposa et Will posa un regard empreint de compassion sur lui.

«  Je vois… Je pensais qu’ils étaient tous là » S’excusa-t-il presque en lui désignant le petit groupe.

Jones posa franchement son regard toujours bleu mais maintenant dépourvu de son irréalité monstrueuse.

«  Je suis passé par-dessus bord pendant le maelstrom. » Expliqua-t-il.

Somme toute ce n’était que la vérité.

«  Je vois… Murmura Will en le fixant, toujours troublé

- Will… Ça va être l’heure, de la rejoindre. » Les interrompit Bill le Bottier en posant un regard plein de compassion sur le jeune homme.

 

Jones observa le visage de ce dernier tandis qu’il levait les yeux comme s’il regardait à travers eux. Ce regard qui avait été le sien des siècles plus tôt. Le regard d’un homme qui s’apprête à vivre sa dernière journée dans les bras d’une femme aimée avant d’être privé d’elle pour dix ans.

«  Je sais… » Répondit Will.

Jones sourit légèrement, un sourire ironique en comprenant que comme lui, l’autre espérait que lorsque dans dix ans il se retrouverait à l’aube de cette même journée, la femme serait là à l’attendre patiemment. Il ne voulut pas se trahir et tut les mots qui lui brûlaient les lèvres… Après tout Turner découvrirait bien assez tôt la duplicité des femmes…. Jones se demanda quel choix il ferait alors mais la voix de Turner le sortit de ses réflexions amères

«  Jones vous a obligé à rester sur ce navire. Je ne suis pas lui. Je vous libère de votre serment. Ceux qui voudront rester à bord sont les bienvenus. Les autres sont libres de rejoindre la terre et la vie » Déclara Will d’une voix forte.

 

Un murmure incrédule secoua l’équipage et Jones sursauta. Il dut se mordre les lèvres jusqu’au sang pour ne pas crier sa rage de voir son œuvre détruite en quelques mots. Puis, le premier, Bill le bottier répondit.

«  Je reste »

Jones le considéra avec curiosité… Fallait-il qu’il soit stupide pour balayer ainsi sa seconde chance. Autour de lui les autres répondaient à leur tour. Beaucoup choisissaient la liberté, d’autres plus rares, parmi ceux qui étaient à bord depuis le plus longtemps choisirent de rester, sans doute par crainte de retrouver un monde dans lequel plus personne ne les attendait. Puis Turner se tourna dans sa direction.

«  Et toi ? Que choisis-tu ? » Demanda-t-il doucement.

 

Jones posa son regard bleu sur le navire tellement hait. Il était là depuis plus longtemps qu’aucun d’entre eux. Peut-être même que le navire était né avec lui et s’était constitué autour de son corps comme la prison qu’il était devenu.

«  Je pars. » Lâcha Jones.

 

Ils embarquèrent dans une chaloupe, Will dans une autre. Ceux qui avaient choisi le Hollandais Volant restèrent à bord. Jones ferma les yeux lorsque son corps traversa la frontière invisible qui séparait les deux mondes.

 

Contrairement aux autres il ne se retourna pas pour voir l’éclair vert qui saluait leur retour à la vie. Assis dans un coin de la chaloupe, il resta immobile pendant que les autres ramaient, le rapprochant de la vie.

 

Il éclata de rire en posant la jambe - la jambe pas la pince !- sur le bois rustique du quai sur lequel ils débarquèrent. Puis, alors que ses esclaves se ruaient vers les filles de joie et reprenaient leurs existences là où il les avait arrêtées, Jones resta immobile. Ses yeux observèrent ce monde qu’il ne reconnaissait plus et il finit par avancer lentement, dédaignant les appels vulgaires des filles. Il était trop bien placé pour ignorer ce que cachaient les sourires et les promesses des femmes.

 

Il continua donc sa route et passa devant les échoppes et les tavernes. Il repoussa une ou deux catins plus audacieuses que les autres sans s’arrêter. Puis une voix attira son attention. C’était celle d’un prêtre. Une petite silhouette vêtue de noir qui gesticulait au milieu de la débauche du port dans l‘indifférence générale.

«  Ne vous adonnez pas aux plaisirs de la chair où vos âmes seront damnées ! » S’égosillait le prêtre.

 

Jones le fixa avec attention et l’homme se tourna vers lui

«  Toi, veux-tu être sauvé ?

- Je ne sais pas si je peux l’être, répondit Jones

- Rejoins-nous… Et je t’apprendrais comment guider les âmes ! » S’exclama le prêtre d’une voix persuasive.

Un sourire joua sur les lèvres de Jones

«  Je crois que je sais guider les âmes. » Plaisanta-t-il.

Le prêtre lui tendit la main

« Alors rejoins-nous, aide nous… Comment t’appelles-tu ? »

 

Jones hésita puis répondit :

«  William. Je m’appelle William Turner.

- Sois le bienvenu William Turner. » S’inclina le prêtre.

Jones sourit à nouveau, amusé. Turner avait pris sa place… Quoi de plus naturel qu’il prenne la sienne dans la nouvelle vie qui s’offrait à lui ?

Prologue                                                                                                     Version 2

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Commentaires : 4
  • #1

    Wizzette (vendredi, 02 décembre 2011 11:41)

    Jones va avoir du mal à s'adapter à sa nouvelle vie, mais il va réussir.

  • #2

    JessSwann (vendredi, 02 décembre 2011 14:24)

    Lol Jones en tant que prêtre qui guide les âmes, l'idée m'éclate

  • #3

    Microcosmos (samedi, 05 mai 2012 17:03)

    Muahaha!! Jones devenu prêtre ...
    "-Est ce que tu as peur de ..... Enfin, je veux dire... Aaaaaaaameeenn!!!"

    J'ai beaucoup aimé! Bravo à toi, Jess! Je vais de ce pas lire les autres versions ^^

  • #4

    JessSwann (samedi, 05 mai 2012 18:09)

    Lol merci beaucoup, je trouvais ça drole aussi de le faire devenir prêtre :)