Prologue

Sur une île,

 

 

Trois jours. Cela faisait maintenant trois longues journées qu’il pourrissait sur cette île sans rien à manger. Ou presque…. Fort de son expérience, Hector Barbossa avait rapidement trouvé une source de nourriture dans les vers de sable qui peuplaient l’endroit. Il l’avait compris dès la première nuit lorsqu’il avait senti les animaux visqueux ramper le long de sa jambe. Il n’avait pas hésité. Il ne s’était même pas demandé si les vers étaient ou non empoisonnés. C’était ça ou mourir de faim. Et si Hector Barbossa devait mourir, ce ne serait pas de faim. Du reste, les vers devaient être comestibles attendu qu’il était toujours debout. Les entrailles en feu, certes, mais vivant. En vérité, son plus gros problème à ce jour était l’eau. Il n’avait rien d’autre à boire que l’eau salée de la mer et sa gorge le brûlait.

 

Hector jeta un regard à son pistolet qui attendait sagement sur le sable. Une pression. Une seule petite pression et il n’aurait plus soif. Sauf qu’il n’était pas prêt à se conduire aussi lâchement. Il était le capitaine Barbossa que diable ! Et tout son être s’insurgeait à l’idée de trouver la mort à la suite d’une mutinerie. En particulier si Jack Sparrow était à l’origine de cette dernière. Hector passa la langue sur ses lèvres craquelées et ferma les yeux. Le sommeil l’aiderait à oublier la soif. Pour quelques heures.

 

 

L’Empress,

 

Accoudée au bastingage, Elizabeth Turner posa un regard las sur son équipage. La plupart des hommes étaient devenus paresseux. Les poches remplies du trésor de la Muerta, ceux qui avaient survécu au naufrage de l’île ne pensaient plus qu’à dépenser l’or qu’ils avaient amassé.

 

Les yeux d’Elizabeth s’emplirent de contrariété alors qu’elle observait un de ses matelots fort occupé à exhiber une des pièces du trésor maudit des aztèques. La jeune capitaine s’adressa à lui d’un ton sec.

«  Range cette pièce Lo Chan. Je ne veux pas la voir à bord. »

Un ricanement lui répondit et Elizabeth songea froidement que lhomme risquait de ne plus rire longtemps. Une fois que les premiers effets de lor aztèque se feraient sentir il y avait fort à parier pour quil regrette de ne pas lui avoir obéi. Lui et les autres.

 

Elizabeth embrassa le pont du regard. Comment de ses hommes avaient commis l’irréparable ? Combien seraient bientôt des morts vivants ? Elle n’était pas certaine de vouloir le savoir mais pourtant il le fallait. Elizabeth soupira et lança d’une voix forte.

«  Combien d’entre vous ont désobéis à mes ordres et ont dérobé une pièce comme celle de Lo Chan ? »

 

Une salve de ricanement ébranla le pont et Elizabeth se crispa. 

«  Combien ? Avancez que je vous compte. »

Plusieurs avancèrent et une boule remonta dans la gorge d’Elizabeth alors qu’elle les dénombrait. Plus de la moitié de son équipage…. Lo Chan ricana.

«  Alors Capitaine que comptez-vous faire pour nous punir ? Nous tuer un par un ? »

Les autres rirent à sa blague et Elizabeth sourit ironiquement.

«  Je doute dy arriver. Vous débarquerez à la prochaine escale. Je ne veux plus de vous à bord. Suis-je claire ? »

Une fois de plus Lo Chan rit.

«  Parce que vous croyez quavec cet or on a lintention de continuer à naviguer ? »

Nouveau sourire froid dElizabeth.

«  Et bien on dirait que nous sommes daccord cette fois Lo Chan. Vous débarquerez à Tortuga.

- Et notre part du butin ? Rétorqua lhomme dun ton insolent.

- Il semble que vous vous la soyez vous-même attribuée non ? Vous avez donc ce que vous méritez. Chaque homme gardera pour lui ce quil a pris sur la Muerta. Les hommes restés à bord pour surveiller lEmpress peuvent se partager ce que jai moi-même ramené. »

 

Un murmure surpris salua sa générosité et même Lo Chan ne trouva rien à redire. Elizabeth savoura cet amer succès et se détourna, le regard fixé sur l’horizon.

 

Calypso ne s’était pas contenté de la Croix de Ponce Pilate… Ou plutôt si. Will ignorerait toujours sa trahison. A la pensée de son époux, le regard d’Elizabeth se chargea de chagrin. Il lui manquait tellement…

« Un cœur contre un cœur », lui souffla le vent.

Elizabeth soupira un peu plus. Briser le cœur de Barbossa pour retrouver Will. A côté de cette dernière mission, trouver le Feu de Glace et la Croix de Ponce Pilate faisait figure de promenade de santé. D’aussi loin qu’elle connaisse Barbossa, elle ne l’avait jamais vu faire preuve d’un quelconque attachement envers autre chose que son foutu navire et son affreux chapeau. Comment pourrait-elle briser son cœur dans ce cas ? Et avant cela … Comment allait-elle le retrouver ?

 

Le découragement envahit la jeune femme et elle caressa un instant l’idée de débarquer sur une terre où elle pourrait attendre tranquillement le retour de Will. Puis, elle songea à Lee.

 

Il était mort pour qu’elle réalise son rêve. Elle ne pouvait le trahir en renonçant sans combattre. Le visage de la jeune femme se remplit d’une expression décidée et elle agrippa le bastingage. D’abord Tortuga. Là elle trouverait quelqu’un qui saurait où est Hector et se débarrasserait des maudits qu’elle abritait et dont la proximité la dégoûtait.

 

 

Sur une île,

 

L’eau, pure et fraîche était à portée de main. Hector tendit les doigts pour s’en saisir mais ne s’empara que du sable dans lequel grouillaient les vers. Il leur arracha la tête d’une main tremblante car il ne supportait pas leurs gros yeux noirs et mâcha une pleine poignée. Sur sa langue, la chair était flasque, chaude. Le sang que contenaient les vers n’étancha pas sa soif.

 

Hector se laissa retomber sur le sable avec un râle. Cinq jours qu’il était ici si ses calculs étaient bons. Pour la centième fois il maudit Calypso, Sparrow et cette foutue Elizabeth Swann…

 

Tortuga,

 

Elizabeth regarda sans regrets s’éloigner les hommes qu’elle avait chassés. Elle se tourna ensuite sur l’équipage restant.

«  Si d’autres veulent les suivre, ils sont libres de le faire. »

Un silence lui répondit. Puis deux hommes s’avancèrent. Le cœur d’Elizabeth se serra. Que ferait-elle s’ils choisissaient tous de l’abandonner ? Recruter un nouvel équipage serait aussi long que périlleux. Elle laissa les deux hommes débarquer sans un mot puis fixa la poignée qui restait sur le pont.

«  Et vous ? »

 

Les hommes s’entre regardèrent puis Jal s’avança.

«  On reste capitaine. »

Elizabeth le regarda avec méfiance.

«  Pourquoi ? »

Le visage de Jal se fit sérieux.

«  Parce quaucun capitaine na jamais offert toute sa part à ceux qui sont restés à bord. Ce qui est plus que juste.

- Je nagirais pas toujours ainsi, et je ne compte pas changer de style de commandement, souligna Elizabeth.

- Oui mais au moins vous êtes juste, répondit Jal dans un anglais approximatif. Alors les gars et moi on a voté. On reste. »

 

Le cœur d’Elizabeth fit un bond de joie mais elle se força à rester à rester impassible. Elle avait enfin gagné le respect de ses hommes. Ils n’étaient certes qu’une poignée, mais elle préférait une dizaine de cœurs fidèles à une trentaine de mutins en puissance. Pourtant, il était clair que l’Empress avait besoin d’hommes.

«  Jal, tu seras mon second. Ta première tâche est de me trouver des matelots pour remplacer ceux qui sont partis. Nous allons passer deux jours à Tortuga. Chacun aura du temps libre pour dépenser son argent. Organisez-vous pour que l’Empress ne reste pas sans surveillance. Jal veillera à ce que chacun ait le même temps libre. La moitié d’entre vous ce soir, l’autre demain. Jal tu choisiras le soir qui te convient le mieux. »

 

Jal s’inclina et Elizabeth regarda ses hommes.

« Je vais à terre. »

La jeune femme sauta sur le quai et tangua brièvement. La terre ferme lui semblait bizarre sous ses pieds. Elle haussa les épaules et partit vers la taverne dune démarche un peu dansante.

 

Sur une île,

 

Hector regarda sans bouger la source qui ondulait devant lui. Dans un coin de son esprit il savait qu’elle n’était pas vraie. Que c’était une hallucination due à sa soif comme les précédentes. Pourtant, il avança la main vers le filet d’eau. Ses doigts se refermèrent sur le vide et Hector commença à envisager sérieusement la mort.

 

Tortuga,

 

Barbossa ? Personne ne l’avait vu depuis des mois. En revanche, le Black Pearl avait fait escale quelques jours plus tôt. Le capitaine du Pearl ? Jack Sparrow bien sûr !

 

Elizabeth soupira lourdement. Barbossa semblait s’être volatilisé.

«  Moi je sais où il est… » Déclara une voix dans son dos.

La jeune femme sursauta et grimaça légèrement en croisant le regard dune catin qui n’était pas de la première fraîcheur.

«  Et bien parle. » lui ordonna-t-elle.

La femme lui sourit et Elizabeth nota avec horreur quil lui manquait deux dents.

«  Pas gratuitement chérie. »

 

La jeune capitaine sortit une poignée de pièces de sa poche. La main avide de la catin se referma sur elles et elle répondit.

«  Parait qu’ils l’ont laissé sur une île en chemin.

- Cest Jack qui tas dit ça ? »

Un rire rauque salua sa question.

«  Allons chérie, Sparrow préfère les filles comme celles-ci, déclara la catin en lui désignant une somptueuse rousse à la mine avenante. Par contre ses matelots

- Tu es certaine de ce que tu dis ?

- Sur une île ma belle Cest-ce quil a dit.

- Je suppose que tu ne sais pas laquelle. »

Un rire moqueur lui répondit et la catin la planta là pour aller offrir ses services à un matelot imbibé de rhum.

Elizabeth retourna sur lEmpress en soupirant. Une île, c’était mince comme information Mais peut être que.

 

Une fois dans sa cabine, Elizabeth déroula une grande carte maritime. Concentrée, la jeune femme sortit sa boussole et regarda la carte. Elle allait en avoir pour des heures, les cartes n’étaient pas son fort. Pourtant elle se força à essayer. Elle repéra d’abord la zone où se trouvait normalement la Muerta puis, à partir de là, calcula l’emplacement où elle avait été abordée par Ching.

 

La jeune femme prit ensuite son compas. Si Jack s’était rendu directement à Tortuga, ce qui collait au niveau du temps, il avait dû abandonner Barbossa dans ce périmètre. Elizabeth traça un arc de cercle et réfléchit. Dans cette zone, les îles étaient nombreuses. Elle passa une heure à éliminer les plus grandes et celles qu’elle pensait être peuplées. La jeune femme se massa les tempes et observa d’un œil circonspect la dizaine d’îlots restant.

«  Penser comme Jack » marmonna-t-elle.

 

Le pirate n’avait sans doute pas pu se débarrasser immédiatement de Barbossa. Une mutinerie prenait du temps, hélas elle était bien placée pour le savoir. Elizabeth biffa donc trois nouvelles îles. Il en restait sept. Avec un peu de chance…

 

Elizabeth sentit une nouvelle vague de découragement monter en elle puis se reprit. Elle devait réussir. Pour Will. Pour Lee.

 

L’Empress,

 

Les trois premiers îlots n’avaient rien donné. Sa longue vue en main, Elizabeth examina le quatrième. Là encore, rien. Elle s’apprêtait à renoncer lorsqu’un mouvement attira son attention. Elle régla un peu plus sa longue vue. Ce n’était pas un homme non, mais la plume d’un chapeau immense !

 

Une exclamation de joie lui échappa et elle se tourna vers Jal.

« Approche le navire autant que possible et fait mettre une chaloupe à la mer. »

 

Sur une île,

 

Cela faisait dix jours, non neuf, non onze… Il ne savait plus. Le soleil lui brûlait le corps. Ses lèvres tâchées du sang des vers qu’il mangeait étaient sèches.

«  Il est là !!! »

Hector ouvrit les yeux et ricana en voyant Elizabeth Swann. Il n’aurait jamais cru qu’au moment de mourir, il penserait à elle.

«  Foutue Miss Swann. » coassa-t-il.

 

Elizabeth se précipita vers lui.

«  Jal, de l’eau vite. »

Le second lui tendit la gourde et Elizabeth sempressa den verser sur les lèvres de Barbossa. Ce dernier ricana.

 

Elizabeth posa une main inquiète sur son front. Si Barbossa mourrait sa chance de retrouver Will mourait avec lui !!!

« Ramenez-le à bord » ordonna-t-elle en ramassant le précieux chapeau du pirate.

Barbossa se sentit flotter un instant puis ce fut le noir.

                                                                                                                  Chapitre 1

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