Chapitre 2 Honnête piraterie

Tortuga,

 

 

Ils avaient presque terminé de dépenser le trésor qu’ils avaient volé sur la Muerta…

 

Assis devant une chope de rhum, Lo Chan repoussa cette dernière avec un cri de rage. L’alcool était fade, sans plus de goût que la plus plate des eaux.

 

A l’étage, Pang repoussa la catin qui s’activait depuis plus d’un quart d’heure sur son sexe flasque. La fille lui lança un regard amusé

«  Ça arrive à tout le monde chéri… » Le consola-t-elle.

Pang lui adressa un regard mauvais en réponse. Ça arrivait peut être à tout le monde mais sûrement pas à lui. Il considéra la fille. Une rousse aux formes généreuses. Très occidentale comme il les aimait. Pourtant, il n’eut aucun mal à se convaincre qu’elle était la cause de la paresse de son sexe. Aussi, Pang s’empara-t-il de sa ceinture et se fit un devoir de corriger comme il se devait la putain…

 

Dans une ruelle voisine, attablé devant un immense cochon rôti, Ling se réjouissait à l’approche du festin. Pourtant, lorsqu’il porta la viande à sa bouche, celle-ci ne diffusa pas le petit goût caramélisé qu’il aimait tellement et qui lui rappelait le village où il était né. La viande n’avait aucune saveur.

 

Jang Ho quant à lui était dans une mauvaise posture… Il avait cherché des noises à un marin dans une taverne. Sans remarquer que dix autres l’accompagnaient. Il tomba à genoux sur le sol et des pièces s’échappèrent de son veston.

«  C’est de l’or ! » s’écria un de ses assaillants.

La bouche en sang, Jang Ho tendit la main pour protéger son trésor. Un coup de pied le repoussa en arrière et un couteau trancha sa gorge. Jang Ho s’effondra. A peine s’étonna-t-il de ne ressentir que peu de douleur.

 

L’Empress,

 

Les yeux cernés par une nuit passée à se tourmenter, Elizabeth tenait la barre de l’Empress d’une main mal assurée lorsque Barbossa fit son entrée sur le pont. La jeune femme le suivit un instant du regard, songeuse. Elle avait manqué son entrée en matière la veille. Elle grimaça au souvenir du camouflet que le pirate lui avait envoyé après qu’elle se soit offerte en récompense. Cela avait été une erreur. Sans oublier son orgueil qui, elle était bien obligée de l’admettre, avait été largement blessé par la réaction de Barbossa.

 

Voyant que le pirate ne faisait aucun signe dans sa direction, Elizabeth se crispa.

«  Jal, prend la barre. Cap au nord. » ordonna-t-elle.

 

Elizabeth se dirigea ensuite vers Barbossa.

«  Avez-vous bien dormi Capitaine Barbossa ? » lui demanda-t-elle en désespoir de cause.

L’homme se tourna vers elle.

«  Vaisseau de la Compagnie. A tribord. » Annonça-t-il.

Comme Elizabeth ne réagissait pas, Hector s’avança sur le pont.

«  Armez les canons tas de chiens !! Hissez le pavillon !! Nous abordons ce navire. »

 

Elizabeth cligna des yeux et l’équipage s’immobilisa.

«  Alors qu’attendez-vous ! Mon sabre me démange ! » S’exclama Barbossa.

Un léger sourire aux lèvres, Elizabeth s’approcha de lui.

«  Ils attendent MON ordre Hector. Je suis capitaine de cette jonque…. Vous n’êtes qu’un invité. »

Barbossa se raidit et la regarda.

« Dans ce cas que décidez-vous Capitaine Turner ? » lui demanda-t-il d’un ton rageur.

 

Elizabeth prit son temps. Elle se tourna vers le navire marchand et évalua leurs chances tandis que Barbossa la couvait d’un regard agacé. Finalement, Elizabeth se tourna vers ses hommes.

«  Armez nos canons. Nous allons aborder ce navire. » déclara-t-elle simplement, consciente qu’après le coup d’éclat de Barbossa aucun autre ordre n’était possible.

Le pirate lui fit un large sourire ironique et Elizabeth se pencha.

«  Ne vous avisez plus jamais de croire que vous pouvez commander mon navire Capitaine Barbossa. Sinon je vous garantis que l’île sur laquelle vous a déposé Jack vous semblera un paradis à côté de l’endroit où je vous enverrais croupir. Accord ou pas. » Siffla-t-elle.

 

Barbossa se raidit mais Jal intervint avant qu’il ait le temps de répondre.

«  Quel pavillon capitaine ? »

Elizabeth marqua une seconde d’arrêt. Les mâchoires serrées, la jeune femme se souvint de son emprisonnement et de la marque qui défigurait maintenant le bas de ses reins. Un cadeau des soldats…

«  Rouge. » Répondit-elle d’une voix sèche.

Barbossa la regarda avec surprise et elle se dirigea vers le bastingage. L’homme la suivit.

«  Madame Turner, est-ce que vous connaissez la signification du rouge ? Ce n’est pas qu’une jolie couleur et …commença Barbossa

- Pas de quartiers ni de prisonniers. Aucun survivant. Lui rétorqua Elizabeth. Je connais la signification du rouge aussi bien que vous. » persifla-t-elle.

 

Un sourire joua sur les lèvres de Barbossa. C’était le genre de pavillon qu’il aurait lui-même hissé. Il la suivit du regard et songea une fois de plus que, décidément, Elizabeth Turner gagnait à être connue.

 

Tortuga,

 

Lorsque Jang Ho ouvrit les yeux à nouveau, la nuit était tombée. L’homme porta instinctivement la main à sa gorge et la palpa. Rien. Ou plutôt rien hormis une légère cicatrice qu’il sentait palpiter. Un instant, le pirate crut qu’il avait rêvé. Qu’il était saoul et que l’agression dont il avait été victime n’était qu’un délire causé par l’alcool. Il porta la main à sa poche. Vide.

 

Ses pièces avaient disparues.

 

Jang Ho se leva sans effort et se dirigea vers la taverne la plus proche. Il ouvrit la porte avec fracas.

 

Dans un coin, les hommes avec qui il s’était battu un peu plus tôt buvaient. Jang Ho reconnut sa bourse posée sur leur table. Un sourire féroce aux lèvres il s’approcha de cette dernière.

«  Ceci m’appartient.» déclara-t-il.

 

Jang Ho sourit dans l’attente de la bagarre mais les hommes poussèrent un hurlement en le voyant.

«  Tu, tu es mort … » lâcha le chef.

Jang Ho ramassa sa bourse sans qu’aucun ne tente de l’en empêcher. En vérité il se sentait étrange. Il avança la main vers la flasque de rhum et en but une longue lampée sans ressentir le moindre plaisir.

 

Dans sa bourse, les pièces luisaient. Jang Ho baissa les yeux sur elles. Il y avait quelque chose. La femme qui commandait l’Empress avait dit quelque chose sur ces pièces mais… Jang Ho secoua la tête. Il devait trouver ses anciens compagnons. Sans un mot, il se détourna et sortit dans la nuit sans lune.

 

Navire Marchand,

 

Elizabeth se rua vers son assaillant suivant. Sa lame s’enfonça dans le corps du soldat et elle chancela. Ce dernier n’était qu’un enfant d‘à peine quinze ans. La jeune femme se troubla et pendant quelques secondes, elle contempla le corps de l’homme avec horreur.

 

Puis elle perçut un mouvement sur sa gauche et oublia l’enfant. Elle n’était pas responsable du fait que la Compagnie recrutait ses hommes au berceau. Avec un sourire mauvais, Elizabeth fit face à son nouvel assaillant.

 

Barbossa trancha la gorge d’un soldat d’un geste froid et pointa son pistolet à sa droite. Sans même viser il tira, arrachant la moitié du visage de l’homme. Il était trempé de sueur et de sang. Mais indéniablement heureux. Ça c’est de la piraterie, songea-t-il avant de se précipiter vers un nouvel ennemi.

 

Elizabeth huma les relents de poudre, de sang et d’urine. Son bras lui faisait mal mais elle repartit dans la bataille. Elle devait vaincre. Ne serait-ce que pour prouver à son équipage une fois de plus que Sao Feng n’avait pas commis d’erreur en la désignant pour le remplacer à la tête de l’Empress. Tout en progressant, elle se trouva dos à dos avec Barbossa.

«  Magnifique journée vous ne trouvez pas ? Lui lança le pirate d’un ton exalté.

- Je suis un peu occupée là… » Lui rétorqua Elizabeth qui lui arracha son pistolet pour tirer dans le corps d’un soldat.

 

Barbossa se contenta de sourire et ils se séparèrent, laissant un sillon meurtrier sur leur passage.

 

Tortuga,

 

Lorsque Jang Ho pénétra dans La fiancée fidèle, il aperçut Lo Chan. Sans prêter attention aux hommes sur son passage, il se dirigea vers ce dernier. Lo Chan lui lança un regard noir.

«  Le rhum est mauvais ici.

- Comme la nourriture, » intervint Ling qui venait d’apparaître.

Les trois hommes échangèrent un regard avant de regarder ceux qui l’entouraient. Ils semblaient être les seuls à ne pas apprécier les délices de Tortuga.

 

Jang Ho passa une main tremblante sur son cou. Lo Chan remarqua son geste.

«  C’est une vilaine blessure ça, je ne l’avais jamais vue.

- Ça aurait pu te tuer ! » Ricana Ling

Jang Ho blêmit. Cela l’avait tué, il en était certain. Pourtant, il était encore debout.

«  Ces putains sont mauvaises. » déclara Pang qui venait de les rejoindre.

Les quatre hommes se regardèrent.

« Que se passe-t-il ? » souffla Jang Ho en voyant les autres membres de l’Empress s’approcher du petit groupe qu’ils formaient. Tous avaient le visage tendu par la contrariété et la frustration.

 

Navire Marchand,

 

L’homme tomba à genoux devant Elizabeth.

«  Pitié… Nous nous rendons… Pitié… » Supplia-t-il

La jeune femme nota l’humidité qui inondait le pantalon du soldat et Barbossa s’approcha d’elle. Le regard de l’homme roula de l’un à l’autre et il frémit.

«  Pourparlers. » Invoqua-t-il.

 

Elizabeth le toisa sans aménité. Elle venait de le reconnaître. C’était l’un de ceux qui l’avaient marquée, comme si le destin se jouait d’elle une fois de plus. Barbossa la regarda et elle pointa son arme sur le front du soldat qui gémit.

«  Avez-vous entendu quelque chose Capitaine Barbossa ? » demanda-t-elle.

Barbossa la regarda avec surprise et une pointe d’admiration illumina son regard sans qu’Elizabeth ne s’en aperçoive.

«  Absolument rien Capitaine Turner » répondit-il, curieux de voir ce qu’elle ferait ensuite.

 

Elizabeth appuya son arme sur le front du soldat.

«  Moi non plus. » déclara-t-elle en pressant la détente.

L’homme n’eut même pas le temps d’hurler. Son crâne explosa et Elizabeth se tourna vers ses hommes.

«  Rassemblez le butin sur l’Empress. Une fois que cela sera fait coulez ce navire. »

 

Jal, le visage maculé de sang, s’inclina et Elizabeth se dirigea vers l’Empress. Resté seul, Barbossa la suivit du regard.

«  Une magnifique journée…. » Murmura-t-il.

 

Tortuga,

 

Le rhum était mauvais. Les filles étaient sans la moindre saveur. La nourriture était de cendres.

 

La plainte des marins enfla et Jang Ho songea une fois de plus aux prédictions de l’anglaise. Ceux qui prendront les pièces aztèques seront maudits, avait-elle dit. Sauf qu’elle n’avait pas exactement expliqué quelle serait la malédiction. Jang Ho passa ses doigts sur sa gorge. Et si…

«  Sortons d’ici. » déclara-t-il.

 

Les hommes le suivirent, et Jang Ho se dirigea vers la ruelle où il était mort.

« C’est ridicule. » objecta Pang.

Jang Ho se retourna vers lui et tira résolument dans son torse. Droit dans le cœur. Il n’avait jamais aimé Pang de toute manière.

 

Un cri échappa aux autres hommes et ils portèrent la main à leurs côtés tandis que Pang s’écroulait sur le sol.

«  Tu es fou ! » protesta Lo Chan.

Jang Ho cligna des yeux. Pang gisait sur le sol, inanimé.

«  Il est mort » annonça Ling.

Jang Ho fit face à ses compagnons, il allait devoir leur fournir des explications.

 

L’Empress,

 

Barbossa s’approcha d’Elizabeth. La jeune femme ne s’était pas changée. Le visage maculé de sang et de poudre, elle regardait ses hommes rassembler leur butin sur le pont.

«  Magnifique journée pour mourir vous ne trouvez pas ? »

Elizabeth, encore sous le choc de ce qu’elle venait de faire, posa un regard troublé sur Barbossa.

 

Ce dernier sentit son désir se réveiller à la vue du visage de la jeune femme. Il ne vit pas le trouble ou du moins ne songea pas à l’attribuer à un quelconque remords.

«  J’aimerais vous parler Capitaine Turner. Dans votre cabine. » déclara-t-il avec une pointe de respect.

Elizabeth fixa le navire ennemi qui sombrait.

«  Je suis un peu occupée Capitaine Barbossa. Cela peut-il attendre ? »

 

Barbossa regarda le butin s’amonceler et sourit.

«  Sans doute Capitaine Turner, mais je me demandais…

- Quoi donc ? Répondit Elizabeth, agacée par son insistance.

- Ne trouvez-vous pas que les nuits sont froides ? » Lui lança Barbossa.

Elizabeth sursauta et se tourna vers le pirate. Barbossa lui renvoya un regard qu’elle avait appris à connaître. Un regard rempli de désir et de violence. Le ventre d’Elizabeth se tordit. Elle ne savait pas pourquoi ni par quel caprice Barbossa avait changé de vues en ce qui la concernait mais elle ne pouvait pas reculer. Il n’y avait pas mille façons de faire tomber un homme amoureux. En tout cas en ce qui concernait cet homme-là.

 

Elizabeth repoussa soigneusement le souvenir de Will et de sa promesse. Après tout c’était pour lui qu’elle agissait ainsi. Et même si elle échouait, ce qui était exclu, mais même si elle échouait, Will n’en souffrirait jamais.

«  Capitaine Turner ? » demanda Barbossa d’une voix tendue.

Il avait envie d’elle. N’importe quelle catin eut pu convenir mais celle-ci était la meilleure. Le désir de Barbossa augmenta à l’évocation des moments passés dans la prison de Pavlov. Il fixa son visage maculé de sang. La preuve qu’elle était sans scrupules. Cette idée l’excita encore un peu plus et il répéta.

«  Qu’en pensez-vous ? »

 

Elizabeth sourit. Le ton qu’il avait employé ne laissait aucun doute. Entre eux, l’équilibre des forces venait de basculer en sa faveur. Une faiblesse dont elle entendait bien tirer le plus de parti possible. Elle s’approcha de Barbossa et sourit lascivement.

«  Si vous dîniez en ma compagnie cette nuit ?suggéra-t-elle.

- J’ai faim maintenant. Les batailles m’ont toujours mis en appétit » rétorqua Barbossa, la gorge sèche.

Elizabeth retint un rire suffisant. Elle le tenait.

«  Je dois m’occuper du partage. Je suis certaine que vous comprenez Hector. » Susurra-t-elle en s’écartant de lui.

 

Barbossa la suivit du regard alors qu’elle descendait avec souplesse sur l’entrepont. Oui il comprenait. Et loin de le refroidir, l’idée qu’elle fasse passer le butin avant le reste l’excita un peu plus si c’était possible.

 

Tortuga,

 

Jang Ho cherchait désespérément un explication à son meurtre gratuit, non pas que les pirates aient été décidés à venger la mort de Pang, lorsque la lune creva les nuages et diffusa ses rayons pâles.

 

Un hoquet le secoua. Jang Ho frotta ses yeux. Ling lui apparaissait comme un squelette !

«  Que, diablerie… » bafouilla-t-il.

Les autres se tournèrent dans la direction qu’il indiquait.

«  Quoi? » demanda Ling, inconscient de la métamorphose qu’il subissait.

 

Lo Chan blêmit. Derrière Ling, Pang venait de se redresser.

«  Que m’est-il arrivé ? » demanda le mort.

Jang Ho frissonna.

«  Je crois que la vrai question est que nous est-il arrivé à tous ? » murmura-t-il alors que les rayons de la lune les frappaient et les réduisaient à l’état de squelettes.

 

L’Empress,

 

Barbossa pénétra dans la cabine. Elizabeth, les mains dans un broc d’eau se tourna vers lui.

«  Avez-vous déjà songé que prendre un bain était une chose courante ? » lui demanda-t-elle.

Barbossa la fixa. Il tendit la main pour retenir la sienne alors qu’elle s’apprêtait à nettoyer le sang qui avait séché sur son visage.

 

Elizabeth frissonna. Le désir de Barbossa était tel qu’il inondait la pièce. Le pirate la poussa jusqu’à la table qu’elle avait fait dresser. D’un geste il balaya ce qui l’encombrait et la força à s’asseoir. Les mains de Barbossa soulevèrent sa tunique et Elizabeth sentit ses doigts crasseux fouiller son intimité. Elle ferma les yeux.

«  Il fait si froid… » Murmura-t-elle

 

Barbossa empoigna sa chevelure. Il voulait lui faire mal. Il voulait la prendre. Il la voulait. Leurs regards s’épousèrent et il libéra son sexe gonflé par le désir. Elizabeth gémit en le sentant se pousser en elle sans hésitations. Leurs corps se rejoignirent et Barbossa haleta. L’odeur de sexe et sang d’Elizabeth l’excitait. Elle l’excitait. Avec ses gémissements et ses mouvements. Le pirate durcit encore et se lâcha dans un râle d’extase. Sous lui, Elizabeth gémit. Barbossa se retira et la toisa.

«  Si nous passions à table Elizabeth ? »

 

Le regard voilé par le plaisir et le triomphe, la jeune femme sourit.

 

Tortuga,

 

Pang se redressa.

«  Tu m’as tué ! » reprocha-t-il à Jang Ho.

Le pirate fixa le squelette de son compagnon.

«  Pourtant on dirait bien que non. »

Réduits à l’état de squelette les hommes s’entreregardèrent, Jang Ho se crispa. De toute évidence, ils avaient vraiment un problème.

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