Chapitre 7 Libres !

Les jours s’écoulaient dans la prison de Pavlov. Chacun était une répétition des précédents pour les deux reclus. Le trou dans le mur progressait lentement. Bientôt, Elizabeth pourrait passer sa main, surtout parce quelle avait beaucoup maigri àforce de ne se nourrir que de rats. Les nuits étaient de plus en plus froides et la neige samoncelait sous le soupirail. Pourtant, ils navaient pas froid. Principalement parce que lorsque le jour déclinait, ils trouvaient assez de forces pour se rejoindre et consommer une union quElizabeth aurait trouvée risible si on lui en avait parlé quelques semaines plus tôt.

 

Cependant chaque nuit elle offrait son corps à Barbossa en échange de la chaleur et de la jouissance. Son esprit fatigué avait définitivement repoussé tous scrupules et elle se noyait dans le plaisir et la chaleur éphémère de leurs étreintes. Ils n’en parlaient pas. Ils se contentaient d’unir leur corps et de gémir dans le silence de leur prison. Leurs étreintes se faisaient plus violentes à mesure que la température extérieure diminuait. Ils ne s’embrassaient pas. Ils ne parlaient pas non plus d’amour ou d’autres fadaises qu’Elizabeth trouvait si importantes dans sa vie d’avant. Barbossa, lui, était secrètement satisfait de la situation. Certes manger des rats n’avait rien de plaisant. Mais avec l’aide d’Elizabeth, le trou dans le mur avançait et il savourait chaque nuit le plaisir de posséder une chose que Jack avait désiré sans obtenir.

 

Au début timide, Elizabeth s’était révélée une bonne apprentie dans les plaisirs de la chair et Barbossa appréciait sa fougue qui le laissait invariablement pantelant mais au moins assez épuisé pour ne plus ressentir la morsure du froid. Oui Elizabeth Turner avait changé sa réclusion. En bien.

 

Barbossa était donc occupé à guetter le rat dodu qui ne se décidait pas à franchir les barreaux ce qui signerait son arrêt de mort lorsqu’Elizabeth poussa un cri de victoire qui fit s’enfuir l’animal.

«  Madame Turner ne criez donc pas comme ça ! » Ragea Barbossa à qui avait échu la délicate tâche de chasser pour de bon au vu des maigres performances d’Elizabeth.

La jeune femme ne tint pas compte de sa rebuffade et tourna un visage noir de crasse vers lui.

«  Les pierres bougent ! Une poussée …et…

- A nous la liberté ! Triompha Barbossa.

- Une journée de travail. » Estima Elizabeth.

 

Tous deux se sourirent sans songer qu’ils n’avaient pas la moindre idée de ce qu’il y avait derrière le mur. Seule comptait la réussite. Un vent glacial s’engouffra par le soupirail et Elizabeth ramena ses bras autour d’elle tandis que Barbossa, fourbu se laissait tomber contre le mur, le dos contre le trou.

 

Elizabeth, les yeux cernés de fatigue, le fixa. Ses mains frottèrent ses bras et elle soupira.

«  Seigneur c’est de pire en pire. Quel enfer !

- Nous ne sommes pas dans les Caraïbes.

- Je sais mais j’ai trop froid. » Soupira la jeune femme en frottant ses mains l’une contre l’autre

 

Barbossa tendit la main et l’attira contre lui.

«  Un peu de chaleur ?

- Je croyais que vous étiez fatigué. Objecta-t-elle sans grande conviction en jetant un regard vers l’extérieur. Il ne fait même pas encore nuit.

- Allons ce n’est qu’un détail. » Souffla Barbossa en promenant sa main sur son corps.

Elizabeth ferma les yeux et se força à se détendre tandis que le désir familier montait en elle. Encore une chose qu’elle n’aurait pas crue si on le lui avait dit : mais elle en était bel et bien venue à désirer Barbossa dont les mains savaient si bien agacer et tourmenter son corps inexpérimenté.

 

Le pirate glissa sa main sous sa robe et remonta jusqu’à son intimité encore humide de leurs ébats précédents tandis qu’il défaisait son fut de l’autre main.

«  Venez » Lui enjoignit il en la forçant à s’asseoir sur son sexe, dos à lui.

Elizabeth gémit en sentant sa chaude érection la prendre et commença à bouger lentement guidée par les mains de Barbossa qui écarta son corsage pour caresser la peau nue de ses seins.

 

La chaleur monta brusquement et bientôt l’espace résonna de leurs râles, chacun perdu dans son propre plaisir jusqu’à ce qu’un rire froid ne brise l’instant. Elizabeth frémit et ouvrit les yeux. Elle rencontra de plein fouet le regard méprisant de Pavlov.

« J’ai toujours été curieux de voir ce que cela faisait de mettre un mâle et une femelle pirate ensemble. Ricana-t-il. Beckett aussi s’est posé cette question sans toutefois oser l’expérience. Je me demande ce qu’il penserait en voyant le résultat. »

Rouge de honte, Elizabeth s’immobilisa, consciente des mains de Barbossa crispées sur ses seins et de son souffle rauque dans son cou.

«  Me ferez-vous la joie de m’offrir une portée ? Se moqua Pavlov. J’ai toujours trouvé que les chiens étaient un sujet d’étude fascinant, bien plus que les rats mais il me semble que vous en savez plus long que moi à ce sujet » Ajouta-t-il en jetant un coup d’œil en direction des cadavres qui jonchaient le sol.

 

Elizabeth sentit des larmes d’humiliation lui monter aux cils en se représentant le spectacle qu’ils devaient offrir, elle avec ses jupons relevés et Barbossa occupé à la prendre comme un soudard de la pire espèce. Elle sentit le corps du pirate se tendre et la main de Barbossa la retint pour la forcer à rester en place.

«  Regardez-vous… Vous copulez comme des bêtes… Se moqua de nouveau Pavlov. Quand je pense que vous aviez tant de scrupules à vous offrir Elizabeth Swann.

- Je préfère cent fois le Capitaine Barbossa à vous. Répondit Elizabeth avec le plus de mépris dont elle était capable.

- Les chiennes retrouvent leurs pareils.  Rétorqua Pavlov en s’écartant. J’en ai assez vu. Je reviendrais voir si vous m’offrez une portée » Déclara-t-il en s’éloignant

 

Elizabeth serra les poings, ulcérée tandis que Barbossa la ramenait contre lui

«  Vous n’avez rien dit ! Ragea-t-elle.

- Non, je préfère qu’il nous croit occupés à copuler sans cesse plutôt qu’à préparer une évasion. Souffla Barbossa à son oreille. Et sauf votre respect, vous êtes la plus délicieuse des femelles que j’ai connu depuis longtemps »

Elizabeth tourna le visage vers lui tandis qu’il réveillait son propre désir à l’aide de mouvements saccadés.

«  Finissons Elizabeth, ensuite nous parlerons » Lui déclara aimablement Barbossa en la reprenant sans autre forme de politesse.

 

La jeune femme poussa un cri de rage et de plaisir mêlés tandis qu’il la poussait en avant et la forçait à s’appuyer sur ses avants bras.

«  Comme ça … Râla Barbossa. Il avait la pierre autour du cou.

- Quoi ? » Haleta Elizabeth dont le corps appelait un assouvissement rapide.

Barbossa la satisfit avant d’exploser à son tour. Sonnée, Elizabeth se dégagea, les membres douloureux.

«  Demain.. » Râla Barbossa en la maintenant contre lui.

 

()()

 

La nuit était tombée lorsque le froid les réveilla et Elizabeth poussa un gémissement désespéré en le sentant la caresser.

«  Quand il fera jour nous forcerons ce mur puis nous sortirons d’ici. Lui annonça Barbossa.

- Et s’il ne cède pas ?

- Tout les bastions finissent par céder… Souffla Barbossa en glissant ses mains sur son corps.

- Nous ne pouvons pas. Haleta Elizabeth encore marquée par le souvenir du mépris de Pavlov

- Un peu de chaleur Madame Turner… » Siffla Barbossa en la faisant sienne avec un gémissement rauque.

 

Elizabeth ferma les yeux et renonça à lutter. C’était trop demander. Lutter c’était refuser la chaleur, refuser le seul plaisir qui l’empêchait de devenir complètement folle. Refuser l’étreinte de Barbossa se serait comme accepter de mourir. Un cri bestial lui échappa alors qu’il se faisait brutal et elle frissonna en le sentant grossir en elle.

«  Mais si… un bébé… S’inquiéta-t-elle.

- Trop tard pour s’en soucier. » Lui rétorqua Barbossa en jaillissant en elle.

Elizabeth lui répondit par un râle et le pirate se retira.

«  Du reste si j’en crois le sang qui macule vos cuisses depuis quatre jours et qui n’a rien de virginal vous êtes à l’abri de tout hôte qui révélerait notre arrangement. » Poursuivit Barbossa.

 

Elizabeth rougit violemment devant cet exposé cru de ses dérangements féminins mais Barbossa poursuivit dans l’obscurité.

«  Demain nous sortirons d’ici puis nous ferons cracher cette maudite pierre à Pavlov »

Devant cette déclaration qui rejoignait si bien ses propres pensées, Elizabeth oublia sa honte et se nicha sans gêne contre son compagnon.

«  Puis je retrouverais Tai Huang et je lui ferais regretter d’avoir vu le jour. » Déclara-t-elle sans même se rendre compte du changement que trahissaient ses paroles : elle avait récupéré l’Empress pour obtenir le Feu de Glace afin de mener une vie calme avec Will. Or à présent, une seule idée l’obsédait : récupérer son navire et se venger de son second mutin.

Barbossa s’en aperçut mais ne releva pas. Il songea que décidemment Elizabeth Swann était une pirate née, dès l’instant où elle avait un mentor à la hauteur. Et il entendait bien être celui-là… Son triomphe sur Sparrow n’en serait que plus éclatant.

 

()()

 

Le lendemain, Barbossa et Elizabeth se mirent au travail d’arrache-pied, galvanisés par les promesses de la nuit écoulée. Jusqu’au moment où il fallut bien admettre que, sans levier, ils n’iraient pas bien loin. Barbossa examina la cellule avec rage et finit par apercevoir un barreau abandonné au milieu de l’allée qui menait à leur cellule.

«  C’est ça qu’il nous faut. » Déclara-t-il avec assurance.

Elizabeth toisa l’objet et avança d’un air décidé vers les barreaux. Elle tendit le bras au maximum mais sa main se referma sur le vide.

«  C’est pas vrai. Ragea-t-elle. Ce maudit foutredieu de métal est trop loin. »

 

Barbossa lui lança un coup d’œil surpris et la jeune femme se justifia.

«  Que croyez-vous qu’on apprenne dans les geôles de la Compagnie ?

- A réfléchir. Rétorqua Barbossa. Il nous faut de quoi approcher ce « foutredieu de métal » pour s’en saisir. »

Elizabeth grinça des dents et l’observa.

«  Votre foulard…. Et …

- Une pierre ferait l’affaire. Renchérit Barbossa.

- Voilà… » Murmura Elizabeth qui n’y avait pas pensé.

 

Quelques instants plus tard et quelques essais infructueux essuyés, Elizabeth tourna un visage radieux sur son compagnon.

«  Il suffit de tirer vers nous et je pourrais attraper le métal. »

Tous deux se jaugèrent du regard en comprenant ce que cela signifiait.

«  Je prends la barre. Déclara Elizabeth.

- Je ne vous laisserais pas me doubler. » Renchérit Barbossa.

Elizabeth soupira et lui tendit la main.

«  On reste ensemble jusqu’à ce qu’on soit sortis.

- D’accord.

- Après chacun pour soi. » Murmura Elizabeth en louchant sur le compas que Barbossa portait à la ceinture

Ce dernier lui fit un grand sourire faux et tous deux reprirent leurs tentatives, les gestes rendus maladroits par la fatigue et la faim.

 

Finalement un bruit de frottement couronna leurs efforts et Elizabeth glissa des doigts tremblants sur le métal avant de le ramener vers eux.

«  Parfait. Donnez-le-moi, je vais forcer le mur.

- Et, si, si c’est encore une prison derrière… » Demanda Elizabeth, le cœur étreint par le doute.

Barbossa lui adressa un regard fatigué.

«  Et bien nous creuserons un autre trou…

- Un autre trou. » Répéta la jeune femme d’un ton découragé.

 

Pourtant lorsque Barbossa glissa la barre de métal dans le trou qu’ils avaient fait et commença à exercer une pression, le cœur de la jeune femme bondit de joie. Après tout peu importait ce qu’il y avait derrière, réussir était déjà un progrès. Avec un halètement, Barbossa ploya un peu plus et un craquement retentit, suivit de l’éboulement d’une partie du mur. Le pirate eut juste le temps de s’écarter et de pousser rudement Elizabeth en arrière, les sauvant de justesse.

 

Elizabeth, sur le sol poussa un gémissement de rage : au lieu de libérer le passage promis, leurs efforts n’avaient servis qu’à faire s’écrouler une partie du mur dont les pierres leur bloquaient à présent l’accès. A ses côtés, Barbossa soupira lourdement.

«  Nous ne sortirons jamais d’ici… » Déclara Elizabeth sans émotion.

Barbossa lui lança un regard aigu et glissa son bras autour d’elle, la voyant frissonner.

«  Demain nous tâcherons de déblayer ce mur. En espérant ne pas être ensevelis. »

Elizabeth s’apprêtait à lui répondre par une réplique cinglante lorsque ses yeux se fixèrent sur le soupirail.

 

Un sourire tremblant se forma sur ses lèvres et elle se précipita sur le tas de neige. Elle referma ses mains sur les barreaux et commença à tirer de toutes ses forces, rejointe par Barbossa qui, comme elle, venait de remarquer qu’un côté du soupirail s’était affaissé.

 

Ils luttèrent contre les barreaux de longues minutes avant d’être projetés en arrière, emportés par l’élan.

«  Rien de cassé ? » Demanda négligemment Barbossa.

Allongée à même le sol, Elizabeth savoura pour la première fois la caresse du vent glacial sur son visage et des larmes de joies roulèrent sur ses joues.

«  Non…

- Bien dans ce cas je suggère que nous sortions d’ici » Lui répondit Barbossa.

 

Elizabeth se remit douloureusement sur ses jambes et avança jusqu’au soupirail.

«  C’est haut. »Commenta-t-elle

Ils échangèrent un regard méfiant puis elle reprit.

«  Faites-moi la courte échelle et je vous hisserais.

- Non. Vous me faites la courte échelle et je vous hisse. Je suis plus lourd que vous. »

Elizabeth le fixa et réfléchit à toute vitesse.

«  Le compas de Jack. Donnez-le-moi.

- Sûrement pas !

- Et moi je ne vous ferai pas la courte échelle si je n’ai pas le compas. Rétorqua Elizabeth.

- Votre manque de confiance en moi me blesse énormément.

- J’en suis navrée. Le compas. » Exigea Elizabeth en tendant la main.

 

Barbossa tiqua.

«  Allons Hector pressez-vous ! » S’agaça Elizabeth

Avec un soupir, le pirate lui tendit le compas. Elizabeth l’ouvrit d’un geste brusque et un sourire amer aux lèvres constata qu’il pointait désespérément vers le soupirail… et la liberté.

« Madame Turner. Pouvez vous, vous mettre à quatre pattes. Lui demanda Barbossa avec affectation.

- J’accède à votre requête Capitaine Barbossa.» Répondit Elizabeth sur le même ton en réprimant un gémissement en sentant la morsure de la neige sur ses membres.

 

Ses bras tremblèrent et elle poussa un gémissement de douleur lorsque la botte de Barbossa prit appui sur son dos. Un cri lui échappa et elle retomba le visage dans la neige lorsqu’il prit une brutale impulsion pour se hisser vers la liberté. De longues secondes s’écoulèrent, la jeune femme peinait à reprendre son souffle alors qu’il lui semblait que ses os avaient été brisés puis la voix de Barbossa s’éleva quelques mètres plus haut.

« Elizabeth ? Vous allez bien ?

- J’ai connu mieux…  Gémit elle en se redressant lentement, soulagée de constater qu’elle n’avait rien de cassé. Heureusement que vous n’avez mangé que des rats durant les dernières semaines.

- Arrêtez donc de perdre du temps, il recommence à neiger. Récupérez mon chapeau et prenez ma main. » Lui enjoignit Barbossa.

Elizabeth ne put retenir son sourire à la pensée que même dans de telles conditions, Barbossa n’en oubliait pas son précieux couvre-chef. Elle le ramassa lentement et se posta sous le soupirail.

 

«  Je l’ai. Cria-t-elle.

- Prenez ma main. »

Elizabeth referma ses doigts sur le poignet de Barbossa et se sentit soulevée du sol. Serrant le chapeau dans sa main libre elle battit des pieds à la recherche d’une prise puis au bout d’un moment, elle sentit la neige sous son torse tandis que Barbossa finissait de la traîner sur le sol avant de se laisser tomber à ses côtés avec un soupir.

 

Essoufflée elle aussi, la jeune femme inspira de longues goulées d’air avant de se redresser, clignant des yeux sous la blancheur immaculée du paysage qu’éclairait la lumière déclinante du soleil. Barbossa fut le premier à reprendre ses esprits et il se redressa. Il remit son chapeau avec un sourire satisfait puis se tourna vers elle.

«  Maintenant le compas Madame Turner. »

Elizabeth se redressa et lui fit face.

«  Quel compas ? Lui demanda-t-elle d’un air ingénu.

- Celui de Jack. Vous aviez dit que vous me le rendriez une fois sortie d’ici.

- Pas du tout. Je n’ai rien dit de tel » Rétorqua Elizabeth.

 

Barbossa la regarda d’un air outré et elle sourit légèrement.

«  Ça veut dire non Hector.

- Je pourrais vous le reprendre de force.

- Et moi je pourrais me servir de mon couteau pour vous empêcher de le faire. Rétorqua la jeune femme.

- Ce n’est pas très élégant ni très correct. Observa Barbossa.

- Depuis quand les pirates sont-ils élégants ? » Ironisa Elizabeth.

 

Les deux compères se jaugèrent du regard, chacun estimant ses chances de terrasser l’autre, puis Elizabeth brisa le silence.

«  Il fera bientôt nuit et la neige tombe. Je ne sais pas pour vous mais je n’ai pas envie de passer la nuit dehors.

- Rien ne vous empêche de retourner à l’intérieur. Se moqua Barbossa.

- Non merci. »

Barbossa observa son air buté puis reprit à regret.

«  Il semble que nous devions faire équipe.

- Je ne vois pas pourquoi.

- Vous avez le compas. Pavlov porte la pierre sur lui. Et aussi agile que vous soyez je doute que vous ayez le dessus sur lui si vous êtes seule. » Répondit Barbossa.

 

Elizabeth parut réfléchir un instant.

«  Dans ce cas, je suppose que nous devons rester ensemble… Mais je ne vous laisserais pas la pierre.

- J’étais à sa recherche en premier.

- Et moi j’en ai besoin pour sauver Will. »

Ils échangèrent un regard las et Elizabeth soupira.

«  Et si nous trouvions un accord avec Calypso. Un accord qui nous donnerait satisfaction à tous les deux ! » S’exclama-t-elle, une expression rusée sur le visage.

Barbossa la regarda avec méfiance.

«  Qu’avez-vous en tête ?

- Et bien vous voulez l’immortalité non ?

- C’est exact.

- Et moi je veux que Will échappe au Hollandais Volant. Prenez sa place, vous deviendrez immortel et Will sera libre. Ainsi nous serons tous les deux satisfaits. » Exposa Elizabeth d’un air content d’elle-même.

Barbossa secoua la tête.

«  Laissez-moi réfléchir à votre suggestion… Vous voulez que je remplace votre mari dans sa malédiction.

- Oui tout à fait ! S’exclama Elizabeth avant de se reprendre. Enfin je veux dire… Imaginez : Le Grand Capitaine Barbossa, le Guide des Morts et le Fabuleux Capitaine du Hollandais Volant. Vous seriez craint et admiré. Je suis même certaine que Calypso vous offrirait un nouveau chapeau : celui-là est un peu défraîchi. » Grimaça-t-elle.

 

Barbossa réfléchit… L’idée était séduisante mais il avait tendance à se méfier des malédictions…

«  Et imaginez la tête de Jack en l’apprenant ! » S’exclama Elizabeth.

Barbossa sourit un peu plus largement.

«  Vous seriez le Roi des Océans. Beaucoup mieux qu’un simple Seigneur Pirate. Lui glissa Elizabeth d’un ton persuasif.

- Je vais y penser Madame Turner. L ‘idée est plaisante mais

- Pas de mais. C’est le seul moyen d’être satisfaits tous les deux. Et puis ce n’est pas comme si vous aviez encore beaucoup de temps devant vous. Persifla Elizabeth.

- Si vous continuez sur cette voie c’est le vôtre qui sera compté. Lui rétorqua Barbossa, outré. Je suggère que nous remettions la suite de cette aimable conversation à plus tard. J’aimerais trouver un abri pour la nuit et je suis certain que vous aussi. Observa-t-il en la voyant frissonner.

- Et à manger. Répondit Elizabeth avec conviction en commençant à marcher.

- Je prendrais plutôt par là… » Soupira Barbossa en lui désignant la direction opposée.

 

Un regard hautain lui répondit et Elizabeth commença à patauger dans la neige, transie.

«  C’est vous qui connaissez le coin » Ironisa-t-elle.

A bout de forces, Barbossa préféra ne pas rétorquer et tous deux se mirent en route, pressés de trouver un abri avant que la nuit ne soit totalement tombée.

 

()()

 

Ils marchèrent longtemps, les dents serrées sous l’effort sans voir le moindre être vivant que ce soit un animal ou un homme. Finalement Elizabeth grimaça.

«  Vous êtes sûr que c’est par là ?

- Oui.

- Mais comment pouvez le savoir avec toute cette neige ! » S’exclama Elizabeth en regardant d’un air dégoûté autour d’elle.

La nuit était tombée depuis près d’une heure et la lune donnait à la neige une lueur sinistre qui ne faisait rien pour rassurer la jeune femme. Barbossa se retourna vers elle et sourit brusquement.

«  Là-bas, une cheminée ! »

 

Elizabeth tourna la tête dans la direction indiquée et un franc sourire éclaira son visage. Une cheminée… Et qui fumait ! Cela signifiait un feu, un repas chaud ! Sans réfléchir elle se précipita en avant et Barbossa pataugea dans la neige pour la rejoindre.

«  Attendez donc. Vous croyez qu’ils vont nous laisser entrer comme ça ?

- Allons personne ne peut laisser quelqu’un dehors par un temps pareil ! S’insurgea Elizabeth. Les règles de l’hospitalité…

- Ne s’appliquent pas aux pirates.

- Nous ne sommes pas obligés de leur dire qui nous sommes… » Observa Elizabeth.

 

Barbossa la toisa

«  On voit que vous ne vous êtes pas regardée dans une glace. Sans parler du joli souvenir que vous portez au bas de votre dos.

- Comment savez-vous que… » Commença Elizabeth avant de s’interrompre en rougissant de la stupidité de sa question.

Le regard de Barbossa lui répondit avec éloquence et elle se redressa.

«  Je ne compte pas me déshabiller devant eux.

- Moi qui pensais que c’était votre plan pour vous laisser entrer…

- Pourquoi vous en avez un ?

- Oui. Vous frappez, vous attirez un homme dehors et je le tue. »

Elizabeth s’arrêta net.

«  Quoi ? Mais qui vous dit que

- C’est un repaire de chasseur. Lui annonça Barbossa.

- Vous n’en savez rien !

- Si. Maintenant avancez et souriez. » Lui ordonna Barbossa.

Elizabeth obéit tout en se promettant d’agir à sa manière le moment venu.

 

Quelques longues minutes plus tard, la jeune femme se présenta à la porte, le ventre grognant sous l’effet des effluves de soupe qui lui parvenaient et flattaient ses narines. Défaillant presque de faim elle frappa à la porte. Un concert de rire gras lui répondit et elle entendit une chaise racler le sol. Puis la porte s’ouvrit, lui laissant voir trois hommes attablés en plus de celui qui venait de lui ouvrir. Relevant la tête, Elizabeth se tourna vers ce dernier.

«  Pouvons-nous entrer ? » Demanda-t-elle poliment.

 

Les hommes s’entreregardèrent et éclatèrent de rire. Songeant que cela partait mal, Elizabeth le regarda d’un air suppliant, espérant qu’il comprendrait. L’homme qui lui avait ouvert se tourna vers ses compagnons et leur adressa quelques mots en russe avant de la prendre par le bras.

«  Quoi ? S’affola Elizabeth. Lâchez-moi »

Sans tenir compte de ses protestations, l’homme s’adressa à nouveau à ses compagnons en riant et la tira vers l’étable adjacente. Elizabeth frissonna en comprenant ce qu’il avait l’intention de faire et commença à se débattre faiblement. L’autre la poussa dans l’étable. Elle sentit la chaleur des bêtes qui dormaient là et un cheval hennit en se voyant dérangé. Là l’homme la poussa sur la paille et s’assit sur elle puis déchira sa robe. Elizabeth hoqueta de détresse et la voix de Barbossa s’éleva brusquement, s’exprimant en russe.

 

L’instant d’après Elizabeth sentit un liquide chaud inonder son dos et l’homme qui la maintenait s’écroula au sol.

«  Pensez-vous toujours que votre méthode est la bonne madame Turner ? » Ironisa Barbossa.

La jeune femme dédaigna de répondre et se précipita vers le cadavre pour le dépouiller du long coutelas de chasse qu’il portait. Barbossa hocha la tête d’un air appréciateur et la regarda.

«  Combien ? Demanda-t-il froidement.

- Trois à l’intérieur de ce que j’ai vu. Répondit Elizabeth sur le même ton.

- Attirez en un dehors. Je vous couvre.

- Je n’ai pas besoin d’être protégée. » Rétorqua Elizabeth en serrant le coutelas.

 

Elle se présenta à la porte quelques secondes plus tard et cogna à cette dernière. Un homme vint lui ouvrir et la regarda avec surprise, cherchant son compagnon. Elizabeth lui sourit brièvement et avant qu’il ait le temps de comprendre lui enfonça son coutelas dans le ventre, avant de le ressortir, et d’écarter l’homme.

«  Je vous avais dit de l’attirer ! Gronda Barbossa en se ruant sur l’homme le plus proche.

- J’ai pas pu résister. » Rétorqua Elizabeth en courant après le quatrième qui se précipitait vers un fusil .

Son couteau s’enfonça dans la nuque de l’homme au moment où il refermait sa main sur le fusil tandis que Barbossa, ayant enfin le dessus, tranchait la gorge de son adversaire.

 

Les deux compagnons reprirent lentement leur souffle puis Barbossa la regarda.

«  Voulez-vous un peu de soupe ?

- Nous devrions déjà les sortir. Rétorqua Elizabeth en désignant les deux corps.

- Vous êtes trop sentimentale. Soupira Barbossa en traînant le premier sur le sol.

Elizabeth ne répliqua pas, elle se précipita sur la marmite fumante et s’empressa de remplir deux bols à ras bord.

 

Barbossa entra et jeta un coup d’œil aux deux cadavres restant avant de venir la rejoindre. Médusé, il l’observa tandis qu’elle buvait la soupe brûlante à même le bol avec un grognement satisfait puis l’imita, tous deux se jetant sur le pain dur pour le déchiqueter.

 

Une fois le bol de soupe dûment avalé et un second servi, ils se firent face.

«  Qu’allons-nous faire ? Demanda Elizabeth. Vous avez dit que Pavlov l’avait sur lui. »

Barbossa prit le temps d’avaler sa bouchée.

«  Autour de son cou, je l’ai aperçu lorsque hier il vous insultait si copieusement. Je pense qu‘il l‘a toujours sur lui.»

En entendant cette hypothèse, Elizabeth grinça des dents et songea au nombre de fois où elle aurait pu lui subtiliser le collier.

« Dès que nous aurons pris un peu de repos nous repartirons et nous trouverons bien un moyen de le trouver seul » Poursuivit Barbossa

Elizabeth se cala dans son siège et ferma brièvement les yeux, savourant la chaleur du feu qui pétillait derrière elle. Puis, ses instincts reprirent le dessus et elle observa.

«  Il n’est jamais seul. Deux ou trois hommes lui servent de garde du corps et ils ne sont jamais bien loin lorsqu’il sort. »

 

Barbossa tiqua.

«  Alors il faudra pénétrer chez lui. Vous connaissez les lieux ?

- Assez pour faire un plan. Répondit Elizabeth avec un sourire froid au souvenir du nombre d’heures passées chez le comte.

- Sa chambre ?

- Je ne suis pas allée jusque-là. Rétorqua-t-elle.

- Dommage. Le surprendre dans son sommeil aurait été un avantage. »

 

Elizabeth haussa les épaules et examina la pièce dans laquelle l’homme qu’elle avait tué gisait.

«  La mort n’est jamais belle à voir…Observa Barbossa.

- Je préfère que ce soit lui plutôt que vous ou moi. Répondit froidement Elizabeth en se levant pour faire les poches du cadavre.

- Trop d’honneur de faire partie de votre plan de survie. » Lui répondit Barbossa.

Elizabeth ne répondit pas. Son regard brilla en apercevant un grand baquet qui ne semblait attendre que d’être rempli. Maintenant que son estomac était calmé, elle sentait sa peau la démanger…Barbossa suivit son regard.

«  Il y a un puits dans la cour… Il suffirait de faire chauffer de l’eau. »

 

Elizabeth tourna un regard brillant vers lui

«  Trouvez leurs réserves de nourriture, je m’en occupe. » Annonça Barbossa en se levant.

Reconnaissante, Elizabeth ne protesta pas et commença à fouiller la pièce. Lorsque l’eau fut chaude, elle avait rassemblé des légumes et une viande grasse qu’elle ne connaissait pas, mais tant que ce n’était pas du rat, ainsi qu’une bouteille pleine de vodka et deux pommes. En les voyant, le regard de Barbossa s’alluma.

«  Votre bain est prêt Madame. Plaisanta-t-il.

- Notre bain vous voulez dire. Le baquet est assez grand pour deux et vous en avez autant besoin que moi. Le repas cuira pendant ce temps. »

Barbossa la regarda avec surprise et Elizabeth haussa les épaules en se débarrassant de ses vêtements crasseux.

«  Allons Hector, inutile de faire chauffer deux fois de l’eau. Lui lança-t-elle. Et puis nous ne sommes plus à ça près. »

 

Barbossa ne répondit pas et se mit en devoir de se débarrasser de ses vêtements, exhibant un torse amaigri qu’Elizabeth observa négligemment, trop occupée à se frotter à l’aide du petit morceau de savon qu’elle avait trouvé.

«  Je dois dire que c’est fort agréable… Soupira Barbossa en s’enfonçant dans l’eau chaude

- Et nécessaire. » Ajouta Elizabeth en fronçant le nez.

Tous deux se frottèrent en silence jusqu’à ce que l’eau devenue marron ne refroidisse puis ils sortirent et s’enveloppèrent dans les capelines des chasseurs.

 

«  Je propose que nous passions à table. » Déclara Elizabeth que la nourriture et le bain avaient mise en joie.

Tous deux dévorèrent leur second repas, l’arrosant généreusement de vodka et parlant peu. Finalement alors que Barbossa croquait les deux pommes qu’elle lui avait généreusement attribuées d’office, Elizabeth soupira d’un air satisfait et observa la neige qui tombait dru à l’extérieur.

«  Ça va recouvrir les corps. » Observa Barbossa.

Elizabeth ne répondit pas et finit sa chopine d’un air décidé avant de se diriger vers le dortoir que les hommes s’étaient aménagé.

 

Elle se glissa sous la fourrure avec un soupir et savoura la sensation des draps rêches sur sa peau. Depuis le seuil, Barbossa la regardait.

«  Venez donc vous coucher. Vous devez être fatigué. » Lui enjoignit Elizabeth

Le pirate haussa le sourcil puis s’approcha du lit.

«  Il fait chaud ici. Commenta Elizabeth tandis qu’il se glissait à ses côtés, ignorant les autres paillasses

- Je croyais que vous n’aviez jamais assez chaud Elizabeth » répondit le pirate en refermant son bras autour d’elle.

Elizabeth, les joues rougies par l’alcool, s’étira.

«  Pourquoi pas après tout ? Murmura-t-elle

- Comme vous l’avez dit, nous ne sommes plus à ça près… Et puis nous avons une alliance. Décida brusquement Hector. Nous allons suivre votre idée.

- Mon idée ? Demanda Elizabeth avant de glousser en sentant les mains de Barbossa sur son corps

- Je prendrais la place de Turner. » Répliqua Barbossa.

 

A la mention de Will, le cœur d’Elizabeth se pinça légèrement. Elle connut la morsure des remords pour la première fois depuis bien longtemps. Pourtant ceux-ci s’évanouirent rapidement sous l’effet des caresses précises de Barbossa et la jeune femme s’offrit sans réserve, songeant qu’après tout… Il fallait bien fêter leur nouvel accord.

Chapitre 6                                                                                                Chapitre 8

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