Chapitre 5 Récit et Rats

Devant le silence dElizabeth, Barbossa s’éclaircit la gorge et commença.

«  Le Comte, cracha-t-il, Sergei Alexandrov Pavlov est sans aucun doute la vermine la plus tenace à laquelle les pirates soient confrontés dans ces mers. »

Elizabeth fronça les sourcils, songeant pour elle-même que quel que soit le danger que représentait Sergei, il était sans nul doute moindre comparé à Beckett : après tout si elle ou Barbossa étaient tombés sur ce dernier, ils se balanceraient déjà au lieu d’une corde au lieu de discuter dans une geôle glaciale.

«  Il est pire que Beckett. » Lui affirma Barbossa comme s’il lisait dans ses pensées.

 

Elizabeth ne se donna pas la peine de répondre et se contenta de le gratifier d’un coup d’œil sceptique. Barbossa eut un sourire sans joie et se pencha galamment sur elle.

«  Madame Turner… Il me semble que vous n’avez pas saisi toutes les subtilités de notre situation. »

Le visage d’Elizabeth se referma devant les airs supérieurs qu’affichait le pirate mais ce dernier poursuivit néanmoins.

«  Si Pavlov ne nous a pas livré aux autorités c’est qu’il a autre chose en tête…

- Oh ? Et quoi donc ? Ironisa Elizabeth.

- Si je le savais. Soupira Barbossa d’un air inattendu de regrets. En revanche de ce que je sais, aucun des pirates prétendument tombé aux mains de Pavlov n’a jamais refait surface.

- Jamais ?

- Jamais… » Confirma Barbossa.

 

Elizabeth frissonna malgré elle, un frisson autant dû à la peur qu’au froid qui s’insinuait peu à peu sous sa robe.

«  Mais si on sait que des pirates sont tombés dans ses mains, c’est donc qu’ils ont survécus pour le raconter non ? » Observa Elizabeth.

Barbossa se contenta de ricaner.

«  Cela ne veut rien dire du tout Madame Turner. Pavlov a pour habitude d’épargner les moins gradés parmi les équipages qu’il capture. Les canonniers et intendants sont pendus haut et court. Les capitaines et leurs seconds disparaissent.

- Sauf Tai Huang. Ragea Elizabeth d’une voix amère. Je l’ai vu sur le chemin qui m’emmenait ici et croyez-moi il était bien vivant et ne semblait pas sur le point de disparaître. »

 

Un nouveau sourire aux lèvres, Barbossa secoua la tête avec indulgence comme si elle n’était qu’une enfant à qui il fallait tout apprendre.

«  Madame Turner… Vous êtes, et croyez bien que je me demande encore pourquoi, le Roi des Pirates. Votre capture a plus de valeur que celle d’un second couteau chinois.

- Je ne vois pas comment Pavlov saurait ça ! Ragea Elizabeth.

- Peut-être parce que je le lui ai dit.

- Quoi ???? »

 

Barbossa plissa les yeux d’un air calculateur et expliqua sans le moindre remord.

«  Que croyez-vous donc ? J’ai tenté de négocier ma liberté.

- Je ne vois toujours pas le rapport avec moi.

- J’ai dit à Pavlov que s’il me libérait je lui amènerais le Roi de la Confrérie sur un plateau. Expliqua Barbossa d’un air dégagé.

- Charmant… Ironisa Elizabeth.

- Oh je vous en prie ne prenez pas l’air offusqué. Ce n’est pas comme si nous n’étions pas des pirates. Et de toute façon…

- Pavlov n’a pas répondu de manière positive à votre demande ? » Suggéra Elizabeth d’un ton moqueur.

 

Barbossa lui répondit par un regard lointain et la jeune femme précisa.

«  En d’autres termes il vous a dit non.

- Non, Madame Turner. Il m’a dit qu’aussi intéressant que soit ce marché, il ne pouvait laisser libre le plus redoutable pirate de la Mer Caspienne. Se rengorgea Barbossa

- Et ensuite il vous a complimenté sur votre chapeau. » Gloussa Elizabeth qui ne croyait pas un mot du récit de son compagnon d’infortune.

Le visage de Barbossa se remplit de rage et il la saisit brutalement par le bras, lui arrachant un cri de douleur

«  Ce n’est pas un jeu Miss Swann !

- Madame Turner. » Le reprit froidement Elizabeth en se dégageant d’un geste.

 

Barbossa la toisa avec agacement.

«  Madame Turner… Reprit-il d’un ton qui rappela désagréablement celui employé par Tai Huang à la jeune femme. Je crois que vous n’avez pas encore compris le genre d’homme qu’est Sergei Pavlov.

- Il faut dire que vos informations sont des plus imprécises Capitaine Barbossa. Rétorqua Elizabeth sur le même ton.

- Seigneur Barbossa. La reprit ce dernier.

- Oh… Dans ce cas je vous serais reconnaissante de vous adresser à moi comme il se doit : Roi de la Confrérie. » Répondit Elizabeth à bout de nerfs.

 

Les deux pirates cherchèrent instinctivement leurs pistolets avant de suspendre leur geste. Un silence pesant s’installa que Barbossa finit par briser

«  Vous voulez des faits Madame Turner ? Je vais vous en fournir. »

Elizabeth dédaigna de répondre ce que l’autre prit pour un encouragement.

«  Lors de vos rendez-vous galants le Comte a-t-il évoqué le souvenir de sa femme ? » Lui demanda Barbossa d’un ton vaguement moqueur.

Les yeux d’Elizabeth s’arrondirent de surprise : elle ignorait que le Comte fut marié et ne s’était à vrai dire pas posée la question

«  Je suppose que la stupidité de votre regard signifie non, continua Barbossa, ce qui ne m’étonne guère vu ce qui est arrivé…

- Et qu’est-il arrivé ? Demanda Elizabeth avec exaspération, pressée d’en finir avec les bavardages de Barbossa et de passer à l’élaboration d’un plan d’évasion.

- Elle a disparu…

- Disparu ? Je ne vois rien d’étonnant là-dedans.

- Vous n’avez vraiment aucune imagination… Soupira Barbossa.

- Je ne vois pas ce que l’imagination vient faire là-dedans, rétorqua Elizabeth. Je crois que vous avez passé trop de temps à côtoyer le Capitaine Sparrow. » Ajouta-t-elle d’un ton pernicieux.

 

La réaction de Barbossa dépassa ses prévisions. Le visage du pirate de marbra de rouge et elle recula prudemment.

«  La femme de Pavlov s’appelait Natacha. Elle avait quinze ans lorsque son père l’a mariée à Pavlov qui en avait vingt de plus. » Commença Barbossa.

Elizabeth haussa les épaules, la chose était commune chez les aristocrates, les hommes prenaient souvent une épouse nettement plus jeune qu’eux-mêmes. D’ailleurs si elle n’était pas tombée amoureuse de Will et son père n’avait pas été aussi large d’esprit, cela aurait probablement été son destin. Elle aurait épousé Norrington qui était de quinze ans son aîné.

«  Natacha Alexandrovna Sabani était l’une des perles de St Petersburg, j’ai moi-même eu l’occasion de la rencontrer dans une autre vie et je dois dire qu’elle était une grande dame. Une vraie, contrairement à vous sans vouloir vous offenser… »

 

Elizabeth grimaça et haussa les épaules.

«  En d’autres termes vous étiez amoureux d’elle et vous n’avez pas supporté qu’elle en épouse un autre. » Résuma-t-elle, sûre de son fait.

Elle s’apprêtait à poursuivre sur un ton moqueur mais Barbossa l’arrêta net.

«  Non je n’étais pas amoureux de cette femme. Mais on peut reconnaître certaines qualités à une femme sans en être épris ma chère. »

Elizabeth rougit violemment, se sentant bizarrement coupable.

«  Natacha a donc épousé Sergei. Elle a quitté St Petersburg. A cette époque, le Comte vivait dans les terres. Un domaine reculé et froid. Et désert.

- Il m’en parlé, je crois qu’il prévoyait de m’y emmener avant que Tai ne fiche tout par terre. Râla Elizabeth qui avait du mal à admettre la trahison de son second.

- Là-bas Natacha a rencontré un homme. Un marin. Beaucoup plus âgé qu’elle. » Continua Barbossa.

 

Qui s’appelait Hector, compléta mentalement Elizabeth, un large sourire aux lèvres à cette idée.

«  Un certain Pablo. Bref la femme a succombé. Pavlov l’a su et nul ne sait ce qui est arrivé à son épouse après. »

Le sourire d’Elizabeth s’effaça brutalement, les paroles de son mystérieux informateur lui revenant en mémoire. Il l’avait appelée Natacha. Il avait dit que Pavlov avait fait quelque chose en rapport avec le « feu de glace » et…

«  Vous commencez à comprendre… Triompha Barbossa devant sa pâleur soudaine.

- Ce n’était pas Pablo le nom du marin que Natacha a aimé mais Pedro. Répondit Elizabeth d’une voix blanche.

- Pedro, Pablo quelle importance ! S’impatienta Barbossa.

- Je l’ai rencontré. Le marin, Pedro, c’est lui qui m’a dit où se trouvait le « feu de glace », poursuivit Elizabeth. L’homme qui m’a parlé de lui pensait qu’il était devenu fou à cause de la vision de la pierre mais

- Que vous a-t-il dit sur le joyau ? L’interrompit Barbossa qui se moquait éperdument des errances amoureuses de Natacha Pavlov.

- Rien. A part qu’il détruisait tout.

- Qui ? Pavlov ?

- Je ne sais pas… » Soupira Elizabeth, ébranlée par ses récentes découvertes.

 

Barbossa maugréa dans sa barbe quelques imprécations sur son manque de sens pratique avant de s’immobiliser, le regard fixe. Elizabeth s’en aperçut et le regarda avec inquiétude

« Capitaine Barbossa ? »

Ce dernier ne lui accorda même pas un regard et Elizabeth frissonna en percevant la fixité de ses yeux.

«  Hector ? Tenta-t-elle timidement en ébauchant un geste dans sa direction

- Ne bougez pas espèce de jeune écervelée. Vous allez lui faire peur. Siffla Barbossa.

- Quoi ??? » Demanda Elizabeth de plus en plus inquiète.

 

Elle fouilla la pièce du regard sans rien discerner et frémit en se représentant toutes sortes d’explications plus angoissantes les unes que les autres au sujet du comportement du pirate. Barbossa avait vu le feu de glace ? Il s’était attiré une nouvelle malédiction type Muerta mais en pire ?

 

Tandis qu’elle ébauchait fiévreusement toutes sortes d’hypothèses, Barbossa bondit et referma sa main d’une brusque détente sur quelque chose qui poussa un couinement outré. Sans un regard pour Elizabeth, Barbossa bougea la main d’un geste sec faisant résonner un léger craquement dans la prison déserte. Le cœur au bord des lèvres, Elizabeth fixa la main du pirate qui s’ouvrit lentement et dévoila le corps inerte d’un rat.

«  Oh je crois que je vais vomir… » Murmura-t-elle.

 

Barbossa se redressa de toute sa taille et la toisa avec morgue.

«  Vous avez peut-être dîné avant de venir ici mais ça n’est pas mon cas. S’il n’y avait pas les rats je serais déjà mort. Il me semblait vous l’avoir expliqué.

- J’avais oublié… Murmura Elizabeth qui détourna le regard tandis que Barbossa étendait le corps du rat sur le sol.

- Le problème avec ces bestioles c’est de les ouvrir pour les vider. » Expliqua Barbossa sans paraître s’apercevoir de son dégoût.

Elizabeth ne put s’empêcher de se retourner vers lui et un nouveau haut de cœur la prit en voyant Barbossa promener son ongle long et acéré sur le ventre de l’animal

«  J’ai un couteau dans ma botte. » Annonça-t-elle d’une voix blanche en se rappelant trop tard de la seconde arme dont elle avait pris la précaution de se munir au cas où la première lui serait ôtée, ce qui était arrivé.

Barbossa suspendit son geste et se retourna vers elle.

«  C’est la chose la plus utile que vous ayez dite depuis votre arrivée. Donnez-le-moi »

 

Elizabeth le regarda d’un air plein de reproches et secoua les fers qui l’entravaient. Barbossa se contenta d’un sourire froid et se pencha sur sa botte.

«  Laquelle ?

- Gauche.

- Bien. Nous verrons comment vous ôter ces fers après » Annonça-t-il.

 

Elizabeth compléta silencieusement sa phrase avec une envie de vomir: après qu’il ait dégusté son rat. Barbossa pratiqua une incision précise et ouvrit l’animal en deux avant de plonger ses doigts dans son corps et d’en arracher les viscères

«  Écœurant… Commenta Elizabeth.

- A vous de voir, rétorqua Barbossa qui plongeait sans gêne ses doigts dans l’animal et se servait de ses ongles pour détacher la chair sanglante.

- Mais vous ne le cuisez pas ? »

 

Barbossa la fixa avec lassitude.

«  Non Madame Turner, je ne suis pas en mesure de cuire la viande délicate et délicieuse de mon rat. Pas plus que je ne suis en mesure d’accompagner ce met rare et délicat de légumes ou d’autres choses !!

- Oh… Mais c’est que… Commença Elizabeth en se sentant ridicule.

- C’est que nous sommes prisonniers de cette cellule et que nous n’avons ni nourriture, ni eau, ni moyen de nous chauffer !! » La coupa Barbossa.

Elizabeth frissonna.

«  Chauffer ? Releva-t-elle avec inquiétude.

- Au cas où vous n’auriez pas encore remarqué les nuits sont fraîches dans ces contrées. » Ricana Barbossa.

 

Cette fois le regard d’Elizabeth se remplit ouvertement de peur. Le pirate avait raison. Il faisait froid. Et ils n’avaient ni feu, ni fourrures dans lesquelles se blottir. Inconscient de ce que ses paroles avaient provoqué chez la jeune femme, ou peut-être que si finalement, Barbossa se tourna vers elle.

«  Un morceau ? Offrit-il.

- Non merci… Répondit Elizabeth d’une voix blanche.

- Vous ne direz pas toujours ça. Prédit Barbossa en engouffrant sans complexe la chair du rat dans sa bouche. Pas si voulez rester en vie. »

 

Elizabeth ne répondit pas, son estomac se rappelait brutalement à son souvenir. En effet, contrairement à ce qu’imaginait Barbossa, sa confrontation avec Pavlov avait eu lieu trop tôt dans la soirée pour qu’elle ait déjà dîné. Cependant, elle ne dit rien, le cœur soulevé de le voir faire.

 

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Elizabeth attendit patiemment que Barbossa en ait fini avec son « repas » pour reprendre le feu des questions qui la distrayait à la fois du froid et de la faim

«  Comment avez-vous atterri ici ?

- Je vous l’ai dit. J’ai tenté une attaque en force et Pavlov m’a intercepté alors que je touchais au but. »

Elizabeth sursauta.

«  Dans ce cas vous savez où est le feu de glace ! S’exclama-t-elle.

- A peu de choses près. Se rengorgea Barbossa en exhumant un objet de sa poche.

- Le compas de Jack ! S’exclama Elizabeth. Comment vous l’êtes-vous procuré ? »

 

Barbossa prit l’air suffisant et éloigna le compas des mains avides qui se tendaient vers lui.

«  Ce rat de Sparrow n’est pas le seul à savoir ruser. »

Cette fois un authentique sourire illumina les traits d’Elizabeth et elle se retourna d’un air décidé vers les barreaux de la geôle

«  Nous devons sortir d’ici.

- Brillant… Croyez-vous que je n’y avais pas pensé ? » Grinça Barbossa

 

Elizabeth l’ignora et se précipita vers les barreaux qu’elle secoua avec violence. Sans succès. Après avoir levé les yeux au ciel d’un air exaspéré, Barbossa lui lança :

«  Allons venez, je vais tâcher de vous ôter vos fers. »

Elizabeth s’immobilisa et se dirigea vers lui, acceptant avec reconnaissance la liberté toute relative qu’il lui proposait.

 

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Au terme d’une bonne demi-heure d’efforts, Elizabeth fut finalement libre, les poignets zébrés d’entailles qu’elle ne croyait pas tout fait entièrement dues à une quelconque maladresse.

«  Maintenant il faut que nous sortions d’ici. S’exclama-t-elle avec fougue.

- J’ai déjà tout essayé. Releva Barbossa.

- Mais maintenant nous sommes deux ! Nous pourrions nous entraider ! Le temps de sortir d’ici. Suggéra Elizabeth.

- Pourquoi pas… » Répondit Barbossa après un moment d’hésitation.

 

Elizabeth le toisa et un sourire ironique se forma sur ses lèvres.

«  Vous ne voudriez pas que votre dernier instant soit de vous battre avec moi Capitaine Barbossa ?

- Pas plus que vous ne désirez mourir de faim en refusant la chair juteuse des rats qui peuplent l’endroit. » Rétorqua Barbossa sur le même ton.

 

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Les heures qui suivirent s’écoulèrent en tentatives toutes plus infructueuses que les autres de forcer les barreaux des fenêtres ou de la porte de la cellule. Finalement, exténuée, Elizabeth se laissa tomber sur le sol glacé.

«  On a pas avancé d’un pouce.

- J’ai remarqué. » Observa Barbossa en souriant légèrement.

Il ne l’aurait reconnu pour rien au monde mais il appréciait la présence de la jeune femme. Au-delà de ses désagréables manières aristocratiques, Elizabeth Swann avait en elle tout de l’étoffe d’un vrai pirate. Si elle était bien conseillée cela allait de soi.

 

Elizabeth frissonna brutalement.

«  Il fait froid. » Observa-t-elle

Barbossa la toisa et nota les lèvres bleuies de la jeune femme. Un sourire ironique lui échappa au souvenir de la manière dont elle avait souffert du froid lors de l’un de leurs précédents voyages et il sortit une fiole de rhum de son veston.

«  Tenez… N’en buvez pas trop c’est tout ce que j’ai. »

Elizabeth referma sa main sur la flasque avec reconnaissance et laissa le liquide brûlant lui emplir la gorge.

«  Vous n’avez bu que ça ? S’étonna-t-elle, songeant que si elle avait été ici depuis deux semaines, la flasque aurait déjà été vide.

- Ce genre de climat ne m’est pas étranger. Souligna Barbossa.

- C’est vrai… Vous êtes le Seigneur de cette mer. Réfléchit à voix haute Elizabeth tout en songeant qu’elle était bien contente de ne pas l’être.

- En effet. » Rétorqua Barbossa en lui reprenant la flasque.

 

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La nuit qui suivit fut atroce pour Elizabeth, qui, transie et couchée à même le sol, crut de nombreuses fois que sa dernière heure était arrivée. Elle survécut toutefois et la journée du lendemain s’écoula en vaines tentatives d’évasion, jusqu’à ce que Barbossa ne se décide à exprimer la vérité crue.

«  Ça fait des heures que nous essayons. Et j’ai essayé des jours avant votre arrivée. Nous devrions économiser nos forces. »

Elizabeth opina et reconnut la justesse de l’argument même si ce dernier la déprimait. Son ventre gronda brutalement et Barbossa prit l’air détaché.

«  A tribord. Un bien dodu. »

 

Salivant à la pensée de nourriture tout en étant totalement révulsée par l’idée, Elizabeth posa un regard affamé vers la droite de la geôle. Son ventre remonta en découvrant un rat patiemment assis et occupé à lisser ses moustaches.

«  Ne bougez pas. Ordonna Barbossa sans quitter la bête des yeux.

- Où voulez-vous que j’aille ? Lui rétorqua Elizabeth d’une voix tremblante.

- Je parlais à l’autre rat. » Annonça Barbossa avant de s’élancer d’une brusque détente.

 

Elizabeth se pencha pour vomir sa bile en entendant de nouveau le bruit sinistre que fit le cou de l’animal en se brisant. Retenant ses hauts de cœur elle détourna le regard tandis que Barbossa, en véritable habitué de la chose, ouvrait l’animal pour le vider.

«  Tenez » lui offrit-il.

Le cœur au bord des lèvres, Elizabeth secoua la tête pour refuser et Barbossa la contempla avec mépris.

«  Et vous vous dites pirate ? Et bien je vous laisse mourir de faim si c’est-ce que vous voulez. »

 

Piquée au vif, Elizabeth se retourna vers lui, juste à temps pour le voir engouffrer dans sa bouche un long morceau de chair sanguinolent. Son estomac protesta et elle avança la main vers lui

«  Je ne veux pas mourir » Déclara-t-elle simplement.

Barbossa lui tendit le rat sans un mot et Elizabeth enfourna ses doigts dans la chair tout en détournant le regard et en pensant à autre chose. Finalement elle porta la chair à sa bouche, redoutant de vomir, et l’avala tout rond.

«  Il faut mâcher. Sinon vous aurez toujours faim. » Expliqua Barbossa en se servant à son tour.

 

Un regard hostile lui répondit et Elizabeth s’empara du rat, une expression de défi sur le visage.

«  Comme ça » Expliqua Barbossa sans se démonter tout en mastiquant.

Elizabeth détourna le regard pour ne pas voir le filet rouge qui s’écoulait le long de la bouche du pirate et puisa à son tour dans la chair maigre.

 

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Une fois les crampes de son ventre plus ou moins apaisée, Elizabeth s’entoura de ses bras et jeta un regard sombre vers l’extérieur que leur laissait voir les barreaux de la fenêtre. Un gémissement lui échappa en voyant des flocons tomber peu à peu et s’introduire dans leur cellule.

«  Il reste un peu de rhum. » Déclara Barbossa en lui tendant la flasque.

Elizabeth affecta un détachement qu’elle était loin de ressentir et saliva à la pensée de la chaleur promise.

«  Vous n’en prenez pas ? 

- Pas pour l’instant Madame Turner. » Répondit Barbossa qui nota les tremblements de la jeune femme.

 

Elle ne résistera pas bien longtemps, songea-t-il avec une pointe de regrets. Et moi non plus. A moins que….

Barbossa sourit légèrement, tandis qu’Elizabeth buvait le rhum, sa frilosité lui fit entrevoir le moyen de s’emparer sans mal de ce que Sparrow rêvait d’obtenir et qui ne serait somme toute qu’un prêté pour un rendu.

«  Finissez Madame Turner. » l’encouragea-t-il, un sourire faux aux lèvres.

Elizabeth ne s’en aperçut pas, trop heureuse de pouvoir se réchauffer, même temporairement. Frigorifiée, elle termina sans remords la flasque que Barbossa avait économisée durant deux semaines.

Chapitre 4                                                                                                 Chapitre 6

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Commentaires : 3
  • #1

    ߣΛCKĦ£ΛЯŦ (mardi, 28 février 2012 00:42)

    miam miam que de bonnes choses ! c'est un bon fumet ! lol

  • #2

    megan (mardi, 07 octobre 2014 15:33)

    les pauvres !!

  • #3

    Jess Swann (mardi, 07 octobre 2014 17:53)

    lol^^