Chapitre 2 Sonja

Cela faisait à présent un peu plus dune semaine que lEmpress avait repris la mer en direction de la Russie et du port de Primorsk et au grand dam dElizabeth, les tensions navaient fait quaugmenter que ce soit entre les hommes ou avec elle-même. Plus dune fois, la jeune femme s’était demandée pour elle-même quelle folie lavait poussée à réclamer ainsi la jonque au lieu de se procurer un autre navire plus petit dont l’équipage aurait été plus complaisant. Mais ces idées fondaient comme neige au soleil lorsquelle refermait ses mains sur la barre et fermait les yeux, laissant la brise fraîche caresser son visage.

 

Le fait de tenir la barre était d’ailleurs le grand plaisir qu’elle s’accordait, même si elle surprenait parfois les regards moqueurs de son équipage lorsqu’elle faisait une erreur qu’un marin aguerri n’aurait jamais commise. Pourtant, elle apprenait vite et elle s’avouait sans réserve qu’elle en tirait une grande satisfaction, la seule en fait depuis le départ de Will.

«  Capitaine Swann Turner, nous serons bientôt en vue des glaciers » L’informa Tai, l’arrachant à son plaisir.

 

Elizabeth grimaça légèrement. Le vent ou les vagues d’une mer démontée ne la gênaient pas. En revanche, les glaciers... Et surtout le froid. En digne fille des Caraïbes ou presque Elizabeth avait le froid en horreur. Se retenant de justesse de ne pas frotter le bout de son nez qui la piquait déjà elle haussa les épaules.

«  Je suppose qu’il n’y a aucun moyen de les contourner ? 

- Si vous tenez à aller à Primorsk non. Lui répondit Tai d’un ton moqueur en notant qu’elle avait la chair de poule. »

 

Elizabeth lui lança un regard hostile. L’autre avait beau être en chemise, il ne semblait pas souffrir des rigueurs du climat alors qu’elle-même ne rêvait que d’un lit chaud et d’une couverture confortable.

« Dans ce cas relaye-moi à la barre Tai.

- Les hommes se demandent quand vous vous déciderez à faire ce pour quoi nous sommes à bord.

- De quoi parlez-vous ? Lui demanda Elizabeth en sentant un froid vif lui chauffer les oreilles

- D’un abordage… » Répondit Tai.

 

Elizabeth grimaça, bien sûr elle aurait dû savoir que les pirates de l’Empress ne se contenteraient pas de naviguer tranquillement jusqu’au « Feu de Glace ». La promesse d’une richesse prochaine, dont ils ne toucheraient de toute manière aucun profit selon les plans d’Elizabeth, n’était pas suffisante pour calmer la soif d’or et de sang de ses hommes.

«  Je ne vois aucun navire marchand à l’horizon. » Répondit elle, espérant que l’autre s’en contenterait.

Ce ne fut évidemment pas le cas….

 

Tai lui fit l’un des sourires désagréables dont il avait le secret et lui désigna un point sombre à l’horizon.

«  Là. Bateau. »

Elizabeth plissa les yeux, guère convaincue que la chose noire qu’elle apercevait soit un navire.

«  Tu es sûr ?

- Les vrais pirates sentent ça. » Lui rétorqua Tai.

Décidemment il ne perd aucune occasion, songea Elizabeth avant de lui faire un sourire aussi gracieux que faux.

«  Dans ce cas je suppose que notre voyage ne souffrira pas d’un léger détour. Ordonne aux hommes de se tenir prêts à canonner et laisse le pavillon en berne pour l’instant. »

 

Tai arrondit les yeux de surprise, lui qui avait compté sur une défection d’Elizabeth pour reprendre le pouvoir en était pour ses frais. Cependant il lui restait une nouvelle chance : après tout il y avait souvent des morts durant les abordages. Aussi s’inclina-t-il et reprit-il d’un ton dégagé.

«  Si nous abordons ce navire, il vaudrait sans doute mieux que vous partagiez vos informations avec moi sur le « Feu de Glace » ainsi qu’un capitaine le fait avec son second. »

Elizabeth grimaça…. Avait donc t’elle l’air si stupide ???

 

Les mésaventures passées de Jack avec Barbossa lui revenant à l’esprit, elle répondit avec ironie.

«  Oui, bien sûr, pour que tu puisses continuer au cas où il m’arriverait quelque chose n’est-ce pas ?

- Oui. Répondit Tai avec une feinte soumission.

- Je m’en doute… Ricana Elizabeth. Mais vois-tu Tai, j’ai conscience que si je venais à commettre cette erreur, je recevrais certainement un balle perdue ou bien un coup de sabre durant l’abordage. Et je ne suis pas certaine qu’il viendrait de l’autre navire …

- Que voulez-vous dire ? Déglutit légèrement Tai.

- Que ma réponse est non… Maintenant obéis aux ordres que je t’ai donnés. »

 

L’abordage mit les nerfs d’Elizabeth à rude épreuve. Les pirates de l’Empress semblaient en effet avoir en commun un goût prononcé pour la barbarie, inclinaison dont les pauvres hommes qu’ils attaquaient firent les frais. Faisant abstraction du côté barbare de la chose, la jeune femme se défendait tant bien que mal et s’efforçait de tuer proprement lorsqu’elle y était forcée.

«  Rendez vous ! » Siffla-t-elle au capitaine ventru du navire qui observait le massacre d’un air terrifié.

Du coin de l’œil elle vit Tai Huang égorger un matelot qui venait de laisser tomber son arme à terre, transgressant toutes les règles d’un combat en mer.

«  Rendez vous ! Pressa-t-elle le capitaine en écartant tant bien que mal un nouvel assaillant. Si vous le faites, je vous promets la vie sauve ! »

Le capitaine ouvrit la bouche pour répondre mais Elizabeth ne l’entendit pas. Quelque chose venait de la toucher dans le bas du dos et de transpercer sa tunique de cuir épais, l’inondant d’une douleur fulgurante. Les dents serrées, Elizabeth crut un instant qu’elle allait défaillir et se força à se retourner, pour découvrir le visage grimaçant de Tai qui tranchait soigneusement la gorge d’un marin. Décidemment il semblait apprécier cela !

«  Lui tiré sur vous, » expliqua-t-il.

 

Haletante, Elizabeth ne répondit pas. Des deux hommes elle aurait plus vu Tai à l’origine du coup. Se forçant à rester consciente, elle se tourna vers le capitaine.

«  Dites-leur de se rendre !!!! »

Cette fois, la vue de l’homme à la gorge tranchée eut raison de la tétanie du capitaine et il poussa un hurlement terrifié.

«  On se rend !!! On se rend … Prenez tout mais par pitié laissez-nous en vie… » Gémit-il.

Elizabeth poussa un soupir soulagé qui diffusa immédiatement une douleur intense dans son dos. Tremblante, elle se retourna vers Tai, le regard fiévreux.

«  Tu as entendu. Rassemble les hommes sur le pont puis fouille les cales. »

 

Un large sourire lui répondit, Tai prenait visiblement beaucoup de plaisir à la voir blessée. Tandis qu’il s’éloignait, Elizabeth se dit une fois de plus qu’elle avait eu tort de le laisser en vie.

 

Le butin fut décevant du point de vue de l’équipage mais pas de celui d’Elizabeth qui s’empara avec reconnaissance des chaudes fourrures et des étoffes épaisses qui le composaient. Cependant cela ne faisait rien contre la douleur qui l’irradiait de plus en plus.

 

Laissant le pillage se finir, Elizabeth rejoignit en clopinant sa cabine sous le regard amusé de Tai

«  Capitaine blessé … Voulez Tai s’occupe de vous ? 

- Non merci… Répondit Elizabeth avec peine. Lui va s’occuper de moi. Déclara-t-elle en désignant un des hommes qui l’avaient saluée après sa traversée de la tempête. Occupe-toi de finir le partage puis reprend le cap… »

 

 

()()

 

Suivie par le marin dont elle était incapable de se rappeler le nom, Elizabeth se laissa tomber sur le lit et se débarrassa de sa lourde veste en grelottant.

«  J’ai dû être touchée. Une balle. Faut l’enlever mais je n’y arriverais pas toute seule. » Expliqua-t-elle à regrets. Elle détestait devoir demander de l’aide à l’un de ses hommes mais la douleur ne lui laissait pas le choix. Le marin lui renvoya un regard placide.

«  Je vais chercher de quoi. Vous restez allongée. »

Pour une fois Elizabeth ne releva pas le fait que c’était elle qui donnait les ordres et se laissa retomber sur le ventre, les dents serrées sous la douleur.

 

Au bout de quelques minutes qui lui semblèrent extrêmement longues, la porte s’ouvrit de nouveau et Elizabeth vit avec soulagement le marin s’approcher du lit avant de grimacer en reconnaissant Tai sur ses talons.

«  Tu as déjà fini ce que je t’avais demandé ?

- Le partage est fait. Il n’y avait pas grand-chose à part les fourrures.

- Nous trouverons bien à les vendre… » Se força à dire Elizabeth.

La jeune femme se crispa brutalement en sentant les doigts glacés du marin remonter sa chemise et exposer le creux de ses reins.

 

Voyant sa gêne, Tai sourit moqueusement et son regard glissa avec complaisance sur la peau nue de la jeune femme tandis que l’autre palpait sa chair. Elizabeth rougit en se rappelant du cygne et de la marque qui ornaient cet endroit précis et elle sentit les doigts du marin hésiter.

« Retire-la. » Ordonna-t-elle en haletant.

Elle frissonna en entendant le bruit des tenailles de fer et se força à se ressaisir. Ce n’était pas la première fois qu’on usait de tels instruments sur elle, les hommes de la compagnie s’en étaient donnés à cœur joie pendant son emprisonnement. Pourtant elle ne put retenir un hurlement de douleur en sentant les pinces fouiller sa chair et aperçut dans un brouillard de larmes le sourire satisfait de Tai pendant qu’elle se tordait de douleur.

 

Finalement, au bout d’un moment, la douleur cessa un peu et elle entendit le bruit mat que fit la balle en finissant dans le récipient rougi de son sang.

«  Met de l’alcool » Ordonna-t-elle dans un souffle, le souvenir de récits d’infection lus lorsqu’elle était plus jeune lui revenant en mémoire.

Un nouvel hurlement lui échappa lorsque l’autre versa une dose généreuse de rhum sur sa blessure.

«  Ça ira… Haleta-t-elle finalement en se relevant avec difficulté pour prendre un linge aussi propre que possible. Je me débrouillerais. Merci. »

 

L’homme ne répondit pas et elle entendit ses pas décroître. Tai, lui, ne bougea pas.

«  Je… Tu peux partir aussi Tai. »

Le second fit mine de ne pas l’entendre et Elizabeth grimaça en constatant que son regard était posé sur la peau nue que laissait voir l’échancrure de sa chemise.

«  N’y pense même pas. » Ragea-t-elle en serrant nerveusement le bandage.

Tai lui fit un vague sourire entre ironie et soumission et se pencha sur elle, ses doigts frôlèrent sa peau nue tandis qu’il lui prenait le bandage improvisé des mains.

«  Pas assez serré. » Commenta-t-il avant de tirer violemment sur le tissu, coupant le souffle de la jeune femme.

 

Trop fatiguée par le combat et la douleur, Elizabeth se laissa faire tandis qu’il la bandait soigneusement avant de sursauter en sentant les doigts de Tai suivre les contours de la marque infligée par la Compagnie.

« Vous devriez être prudente, susurra-t-il.

- Est-ce une menace ? » Lui demanda Elizabeth en se forçant à ne pas bouger.

Tai ne répondit pas et elle sentit avec soulagement ses doigts abandonner sa peau.

«  Va prendre la barre, Ordonna Elizabeth rudement, préférant ne pas relever la manière dont il l’avait touchée.

- Je pourrais vous tenir compagnie. » Ironisa Tai à qui son léger trouble n’avait pas échappé.

Elizabeth renifla avec mépris et se força à se retourner pour lui faire face, ignorant la douleur qui lui vrillait le dos.

«  Ce genre d’arrangement était peut-être la tradition du temps de Sao Feng mais ce ne sera pas le cas pour moi. Maintenant disparaît Tai Huang. »

 

Le pirate se raidit sous l’insulte à peine déguisée et se dirigea d’un pas pressé vers la porte, plus décidé que jamais à en finir avec l’insupportable blonde que Feng avait la bêtise de nommer Capitaine….

 

()()

 

Le restant de la journée s’écoula lentement pour Elizabeth qui, une fois la douleur considérablement estompée, en était venue à se contenter de la blessure qui lui donnait une excuse pour rester au chaud. Sans compter que cette dernière augmenterait à coup sûr son prestige auprès de l’équipage ce dont elle avait bien besoin.

 

Enroulée dans une des pelisses qui constituait leur butin, Elizabeth examina les livres qu’ils avaient rapinés dans la cabine du capitaine, se contentant de suivre les gravures attendu qu’elle ne comprenait pas le traître mot de la langue dans laquelle le texte était écrit.

 

Au bout d’un moment l’une d’elle attira toutefois son attention et la jeune femme plissa les yeux pour mieux voir la gravure qui représentait un homme de haute prestance autour duquel brillait un joyau d’une forme étrange. Contrairement aux autres gravures du livre, celle-ci avait été enluminée avec soin et mettait en valeur le bleu glacé qui entourait le rouge vif du centre du bijou. Le cœur d’Elizabeth fit un bond dans sa poitrine. Se pouvait-il que le « Feu de Glace » soit représenté dans cet ouvrage ? Peut-être ce dernier contenait il des informations importantes sur ce fameux Pavlov qu’elle devait trouver !

 

Dépitée, Elizabeth posa les yeux sur les lignes soigneusement tracées de l’ouvrage. Aucun miracle ne se produisit, elle était toujours autant incapable de comprendre les signes qui y étaient inscrits. La jeune femme tapota avec ennui la couverture du livre et jeta un coup d’œil hésitant vers la porte. Peut-être que l’un des membres de l’équipage le comprendrait et pourrait lui traduire le texte. Mais dans ce cas, rien ne l’assurait qu’il garderait le silence au contraire il y avait fort à parier que Tai serait rapidement au courant des informations qu’elle avait obtenues. Et à partir de là rien ne le retiendrait plus de fomenter la mutinerie qu’il rêvait d’accomplir.

 

Agacée Elizabeth tapota de plus belle le livre tout en songeant qu’elle aurait réellement du tuer Tai lorsqu’elle en avait l’occasion au lieu de chercher à se faire apprécier par ces maudits pirates sauvages et… Ses pensées s’interrompirent brusquement et un large sourire illumina ses traits alors que la solution lui apparaissait clairement. Gonflée par l’espoir, elle se leva à la hâte et se précipita à la porte de sa cabine qu’elle ouvrit d’un geste sec.

 

Elle regretta ce dernier à la seconde même où le vent glacial lui fouetta le visage, agrémenté de petits flocons blancs certes très jolis mais définitivement froids. Soupirant après la pelisse de fourrure qu’elle avait laissée sur le lit dans sa hâte, Elizabeth se força à sortir, consciente des regards moqueurs des autres. Apparemment ils ne souffraient pas du froid contrairement à elle. Ce qui était à ses yeux prodigieusement injuste. Ce n’était pourtant pas la première fois qu’elle explorait de froides contrées ! Déjà lorsqu’ils étaient partis secourir Jack elle avait passé une partie du voyage emmitouflée dans une couverture à la recherche d’un peu de chaleur. Et déjà elle avait été la seule !

 

S’efforçant d’empêcher ses dents de claquer, Elizabeth fit signe à Tai de venir la rejoindre, ce qu’il fit sans se presser, savourant le froid évident de la jeune femme.

«  Capitaine ?

- Où sont les prisonniers ?

- Prisonniers ?

- De l’abordage de tout à l’heure ! S’impatienta Elizabeth que le froid avait tendance à rendre nerveuse.

- Oh. Pas prisonniers… Répondit Tai avec un sourire suave.

- Comment ça « pas prisonniers » ??? Releva Elizabeth.

- Empress pas prisonniers… Empress esclaves… » Répondit Tai avec le même sourire.

 

Elizabeth hoqueta à cette affirmation et en oublia même un instant le froid, dégoûtée par ces paroles qui tranchaient radicalement avec ce qu’elle avait toujours pensé de la piraterie et ce que cette dernière représentait à ses yeux : la liberté. Cette même liberté qu’elle avait défendu des mois plus tôt face à Beckett et dont la sauvegarde lui avait coûté si cher. Rageuse à cette idée elle fixa Tai avec haine.

«  Il n’y a pas d’esclaves sur l’Empress ! Tonna-t-elle d’une voix forte. Peu importe ce qui se pratiquait avant il n’y a pas d’esclaves sous MON commandement !!! »

Tai la regarda avec étonnement et haussa les épaules, exprimant clairement son mépris de l’ordre donné.

 

Elizabeth serra les poings et se força à se calmer, le moment était mal choisi pour provoquer un affrontement sur le pont.

«  Où les as-tu mis ! »

Tai lui désigna les cales.

«  Ils rament… Expliqua-t-il. Eux font aller plus vite. »

Elizabeth lui lança un regard noir et s’apprêtait à s’élancer vers la cale lorsque les paroles de deux marins la stoppèrent net.

«  Elle aussi veut sa part, ricana le premier. Pourtant c’est pas les hommes qui manquent ici.

- Elle en profitera avant Huang il doit attendre la fin de son quart.

- Que dites-vous ??? » Les apostropha-t-elle brutalement.

 

Les deux hommes échangèrent un regard gêné.

«  Rien Capitaine.

- Au sujet de Tai Huang. » Précisa Elizabeth.

Un silence pesant lui répondit et Elizabeth surprit le coup d’œil contrit que l’un d’entre eux lançait au second qui s’était décomposé.

«  Je vois. » Ragea Elizabeth qui se dirigea à grands pas vers la cabine minuscule que le second occupait désormais.

Sans que personne ne l’interrompe, elle l’ouvrit brutalement et poussa un cri de rage en découvrant une gamine âgée au plus d’une dizaine d’années et visiblement terrifiée assise dans un coin de la pièce.

 

L’usage que le second comptait en faire ne faisait aucun doute….

 

«  Capitaine… » Commença ce dernier avec le même sourire faux qui exaspérait Elizabeth.

La main de la jeune femme partit avant qu’elle y ait réfléchi et elle frappa rudement

« Comment oses-tu ? Ragea-t-elle d’une voix tremblante. Ce n’est qu’une enfant !

- Fille. » Répondit Tai, rouge d’humiliation.

Elizabeth réalisa soudain que tous les hommes s’étaient arrêtés de travailler, certains échangeaient de coups de coudes en désignant Tai d’un air moqueur. Cela lui réchauffa un peu le cœur. Peut-être avait marqué plus de points avec l’équipage qu’elle ne le pensait.

 

Elle se retourna vers la gamine et lui fit signe.

«  Sors de là. Ordonna-t-elle. Cette enfant passe sous mes ordres. Ajouta-t-elle à l’intention de Tai.

- Et les autres ? » Demanda le second avec insolence.

Elizabeth hésita. La solution la plus simple aurait été de les libérer. Cependant, elle n’était pas sans savoir qu’une telle décision qui les priverait de bras supplémentaires mécontenterait l’équipage, sans compter que cela les ralentirait.

«  Que les hommes continuent à ramer. Finit-elle par répondre à regret. Trouve une autre occupation aux femmes et aux enfants.

- Que celle là femme. Répondit Tai en désignant la petite fille qui observait la scène d’un air terrifié.

- Bien. Répondit Elizabeth. Que les autres rament mais soient aussi bien traités que les autres membres d’équipage ou il t’en cuira. Suis-je claire ?

- Oui. Capitaine Swann Turner. » Cracha Tai qui n’avait jamais autant regretter qu’en ce moment qu’ils soient en pleine mer et qu’Elizabeth soit la femme du Hollandais Volant.

 

Elizabeth hocha la tête et coula un regard en direction de l’équipage. Elle chercha avec angoisse les signes avant-coureurs d’une mutinerie sans rien discerner sur les visages lisses des hommes.

«  Reprenez vos postes. Ordonna-t-elle en refermant son bras sur les épaules de la fillette. Celle-ci vient avec moi. »

Tai la fixa tandis qu’elle s’éloignait, remâchant l’humiliation publique qu’elle venait de lui administrer et conscient des regards moqueurs des autres hommes sur lui. Il y avait de quoi ! Il venait de se faire frapper par une femme ! Et devant tout l’équipage ! Fou de rage, le second se jura qu’Elizabeth Swann lui paierait cher cette humiliation. Dès qu’ils seraient à terre. Pour l’instant, mieux valait faire semblant de se soumettre. Elle commençait à être un peu trop populaire aux yeux de certains.

 

()()

 

Transie et indignée, Elizabeth poussa la petite fille dans la pièce tout en se reprochant intérieurement sa propre négligence. Une fois la bataille terminée, préoccupée par sa propre blessure, elle ne s’était pas inquiétée du sort des vaincus, faiblesse que Tai s’était empressé d’exploiter en sa faveur. Décidemment elle avait encore beaucoup à apprendre sur la manière de mener des hommes ! En particulier ceux de l’Empress qui ne ressemblaient en rien aux gentils pirates un peu fantasques qui composaient l’équipage de Jack Sparrow.

 

Repoussant loin d’elle le souvenir du compagnon d’aventure qui lui manquait à présent, Elizabeth observa la gamine terrifiée.

«  Tu es en sécurité, lui expliqua-t-elle doucement. Est-ce que tu me comprends ?

- Oui. Répondit timidement la petite fille.

- Bien. Je suis le Capitaine Swann Turner et tu es maintenant sous ma protection. » Lui annonça Elizabeth avant de se rendre compte de l’inutilité de ses propos : quelle enfant croirait cela après avoir vu son navire ravagé par ses hommes ?

 

La petite fille lui lança un long regard inquiet et Elizabeth soupira.

«  Personne ne te forcera à faire quoi que ce soit, je te le promets. Que faisais tu sur le bateau ? »

Un flot de paroles en russe lui répondit, tandis que la petite fille expliquait sa situation. Elizabeth secoua la tête avec incompréhension.

«  Je ne te comprends pas. Soupira-t-elle.

- J’étais avec mon papa et ma maman sur un bateau. Commença la petite en reniflant. Et puis des méchants sont arrivés et papa m’a mise dans une chaloupe et  » S’arrêta-t-elle en sanglotant.

Le cœur serré, Elizabeth passa maladroitement le bras autour de ses épaules mais l’enfant se dégagea en la gratifiant d’un regard apeuré. Elizabeth recula et reprit d’une voix douce.

«  Comment as-tu atterri sur l’autre bateau ?

- Le capitaine m’a repêchée. Il avait promis de me ramener chez moi mais les autres sont venus et ils m’ont emmenée. » Sanglota l’enfant.

Elizabeth se crispa. Deux attaques de pirates ça faisait beaucoup pour un enfant…

 

« Écoute, je sais que tu vas avoir du mal à me croire mais je te jure que je dis la vérité. Personne ne te fera de mal. As-tu de la famille dans le coin de Primorsk ? »

La petite secoua négativement la tête et Elizabeth grimaça.

« Comment t’appelles-tu ?

- Sonja Alexandra Horlanoff. Répondit la gamine d’une traite

- Ah d’accord… Déclara Elizabeth qui n’avait compris que le début du nom à rallonge. Bon écoute Sonja, pour l’instant tu vas rester ici. Connais-tu l’endroit où vit ta famille ?

- Mon père vit à Saint Petersburg. Répondit l’enfant sur le ton d’une évidence.

- Alors écoute voilà ce qu’on va faire. Réfléchit Elizabeth à voix haute. Quel âge as-tu ?

- Quatorze ans. Annonça l’enfant à la grande surprise d’Elizabeth qui lui aurait donné beaucoup moins.

- Tu sais écrire ? Demanda-t-elle

- Oui !

- Alors je vais te donner de quoi envoyer une lettre à ton père, puis une fois à Primorsk nous irons voir des, des religieuses, elles s’occuperont de toi jusqu’à ce qu’on vienne te chercher. D’accord ? »

 

Sonja haussa les épaules et Elizabeth coula un regard plein de regrets vers le livre avant de décider que cela pouvait bien attendre le lendemain…

 

Elle tapota le lit et fixa la petite.

« Couche-toi… »

Sonja lui lança un regard apeuré et Elizabeth invectiva silencieusement son second de tous les noms d’oiseaux qu’elle connaissait.

«  Ne soit pas idiote je ne te ferais rien. Je veux juste que tu restes au chaud. »

Sonja secoua la tête et lui désigna le sol. Elizabeth leva les yeux au ciel.

«  Il est dur Sonja et je préfère te garder ici. Au moins je sais que là mes ; mes hommes ne peuvent pas venir t’ennuyer. » Rougit Elizabeth, honteuse des projets que Tai avait caressés.

 

Au bout d’un moment la petite finit par céder et s’installa au bord du lit pendant qu’Elizabeth prenait place de l’autre côté. Un sourire attendri finit par lui échapper… Sonja s’était endormie à peine la tête posée sur l’oreiller.

 

()()

 

Contrairement à sa petite et involontaire protégée, Elizabeth passa une nuit blanche à se ronger les sangs. Si comme elle le soupçonnait le premier navire avait été attaqué par des pirates, les parents de Sonja étaient dans doute morts. Mais comment en être certaine ? Et surtout qu’allait-elle faire d’elle ? Bien sûr elle pouvait la confier à des religieuses comme elle y avait d’abord pensé mais qu’arriverait-il si ses parents étaient morts ? Que deviendrait-elle ? Elle avait beau ne pas être responsable de ce qui était arrivé, Elizabeth ne pouvait s’empêcher de se sentir responsable de l’enfant. Elle avait dit à Sonja qu’elle s’occuperait d’elle.

 

Un mouvement à ses côtés la sortit de ses pensées et Elizabeth se força à sourire.

«  Bonjour Sonja. »

L’autre ne répondit pas et Elizabeth soupira.

«  Tu veux manger ? Boire ? »

L’autre secoua la tête et Elizabeth grinça des dents, cette histoire lui plaisait de moins en moins. Son regard se posa malgré elle sur le livre et elle fixa Sonja.

«  Tu saurais le traduire ? Lui demanda-t-elle, calmant ses propres remords en se disant que la lecture détournerait l’enfant de ses malheurs.

- Oui. Je parle ta langue. Souligna-t-elle.

- Oui et même très bien. Sourit Elizabeth en lui tendant le livre.

- Le comte Sergei ! » S’exclama l’enfant en regardant la gravure.

 

Elizabeth crut qu’elle allait défaillir.

«  Quoi ????

- C’est le comte Sergei Alexandrov Pavlov ! C’est le mari de la sœur de la femme d’un associé de mon papa… »

Pour un peu Elizabeth en aurait pleuré de joie. Sonja venait de lui apporter sur un plateau sa carte de visite pour le possesseur du « Feu de Glace ».

«  Et bien, il habite à Primorsk il me semble …

- Oui ! S’exclama Sonja, les yeux brillants de joie.

- Dans ce cas nous irons le voir dès que nous serons arrivés. » Promit Elizabeth ravie du cours que prenaient les événements.

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