Prologue

Ce jour là, les tambours résonnaient allègrement dans la petite ville de Port Royal. Le Commodore Norrington, au faîte de sa gloire, avait enfin mis la main sur l'un des plus redoutables pirates des Caraïbes : Jack Sparrow. Le Commodore sourit de satisfaction en voyant les gardes traîner le célèbre pirate jusqu'à l'échafaud. A côté de lui, sa jeune fiancée, Elizabeth Swann, ne put retenir un petit frisson en voyant apparaître le condamné.

« Est-ce vraiment nécessaire de faire cela ? Cet homme m'a sauvé la vie je vous le rappelle. »

James Norrington se tourna vers celle qu'il aimait de tout son cœur et lui sourit doucement.

« Vous savez bien que oui Elizabeth, je ne fais que mon devoir. »Lui répondit-il sous l'œil approbateur de son futur beau-père, le Gouverneur de Port Royal.

 

Les poings serrés, au bord des larmes, et se sentant plus impuissante que jamais, Elizabeth Swann chercha désespérément quoi répondre. Elle ne voulait pas que l'on pende le pirate, ce dernier l'avait aidée et lui avait sauvé la vie à plusieurs reprises ! Non, décidément, elle ne voulait pas que l'on pende Jack Sparrow. Alors qu'elle cherchait comment empêcher cela, son regard croisa un bref instant celui de William Turner et son cœur se mit à battre un peu plus fort. Dieu ce qu'elle pouvait l'aimer. Leurs aventures aux côtés de Jack Sparrow lui avait permis de connaître un peu mieux le jeune forgeron et d'apprécier son charme et sa douceur. Elle se souvint avec émotion du contact de sa paume rugueuse contre sa peau lorsqu'il l'avait soignée à bord de l'Interceptor. Qu'ils étaient bien alors, loin de Port Royal, loin du décorum et de la fatuité des exigences sociales, libres…

 

William Turner, se trouvait au milieu de la foule des curieux, seul de toute l'assemblée à ne pas avoir le regard tourné vers le condamné. Lui, il ne voyait qu'Elizabeth dans cette foule disparate. Elle était resplendissante, fière, courageuse. Si éloignée de la petite fille qui lui avait promis de veiller sur lui il y avait des années de cela. Elle se tenait entre son père et son fiancé, plus belle que jamais, une rougeur charmante colorait ses joues et Will ne pouvait s'empêcher de la dévorer des yeux.

 

Dans la cour quasi silencieuse à présent, seuls les roulements du tambour venaient troubler la monotonie avec laquelle le crieur égrainait la longue liste des crimes commis par Jack Sparrow. Chaque homme, chaque femme, présent dans l'assistance sentait le petit frisson d'excitation face au danger. Assurément l'homme qui se tenait sur l'estrade était redoutable, la liste des ignominies qu'il avait commises ne semblait pas avoir de fin et les esprits simples tremblaient en pensant qu'un tel homme avait pu s'immiscer parmi eux, prêt à les dépouiller. Grâce pouvait être rendue au courageux Commodore Norrington qui mettait chaque jour sa vie en péril afin de garantir leur sécurité !

 

Du haut de son estrade, Jack Sparrow ne pouvait s'empêcher d'arborer le sourire sardonique qu'il affectionnait tant. Il laissait de temps à autre échapper un gloussement tandis qu'il lisait l'horreur mêlée de fascination sur les visages des bonnes gens de Port Royal qui étaient venus le regarder mourir. Le bourreau s'approcha de lui et lui passa la corde autour du cou tandis qu'il demandait à Dieu d'avoir pitié de son âme. Jack sourit encore plus cyniquement. Il conserva cet air bravache jusqu'à ce que le bourreau ouvre la trappe qui le projeta dans le vide et resserra la corde autour de son cou.

 

Jack s'efforça de rester digne mais l'air commençait à sérieusement lui manquer, son visage prit progressivement une teinte violacée de mauvais augure devant les regards mi terrifiés - mi fascinés de l'assistance. Jack, à présent que le moment de mourir était venu, pensa brièvement que son existence avait été vaine puisqu'il n'avait même pas réussi à récupérer la chose la plus importante de sa vie, son précieux navire : le Black Pearl. Il fit un effort sur lui-même, il tenait à garder les yeux ouverts jusqu'au bout et son regard tomba sur la fille du gouverneur. Jack la fixa et grava ses traits dans son esprit car finalement c'était à cause d'elle qu'il en était là. S'il ne l'avait pas sauvée de la noyade, il ne serait pas dans cette position difficile. Cette pensée lui amena un petit rictus ironique. Difficile, le mot n'était probablement pas assez fort pour qualifier sa situation. L'air lui manquait de plus en plus, et il se sentit partir, loin … Si loin de toute pensée ou souffrance. Alors Jack ferma les yeux et comprit qu'il était désormais inutile de lutter.

 

C'était fini. Il avait perdu et finalement c'était Norrington qui avait raison. Il était bien le pirate le plus pitoyable de l'empire d'Espagne, sans navire, sans arme, sans équipage … Seul et mort dans quelques instants. Jack se laissait aller à la douce torpeur qui précède la mort lorsqu'une voix grondeuse vint pénétrer sa conscience et arracha un tressaillement à son corps.

« Ne crois pas t'en sortir comme ça Sparrow. Tu as une dette envers moi. »

Jack poussa un cri muet en se sentant agrippé par une sorte de chose visqueuse qui l'attira à elle.Blahhhhhhhh songea-t-il avant d'atterrir brutalement sur un sol dur et glacé.

 

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Jack, complètement perdu, se releva avec difficultés. Il tata un bref instant son corps, surpris de le sentir si chaud, presque comme s'il était vivant. Intrigué il leva sa main à hauteur de son visage et l'observa attentivement avant de s'intéresser à ce qui l'entourait. Plissant le nez, il reconnut avec bonheur l'odeur salée des embruns, tandis que son pied sentait un mouvement sous lui. Jack s'accorda un premier vrai sourire. Il était en mer ! Peu importe comment c'était arrivé, il était en mer ! Et son soulagement était immense ! Il commença à avancer sur le pont du navire et chercha des yeux une personne qui pourrait l'éclairer sur sa situation, lorsqu'un pas lourd se fit entendre derrière lui, faisant trembler le pont sous ses pieds. Jack se souvint alors de la voix qu'il avait entendue. Il se retourna lentement, espérant de toute son âme se tromper …

« Oh bugger … » Murmura-t-il en écarquillant malgré lui les yeux à la vue de celui qui venait à sa rencontre.

 

La chose qui lui faisait face était monstrueuse, mi homme, mi crustacé, il était le cauchemar personnifié des marins du monde entier qui ne murmuraient son nom qu'après s'être signés. Davy Jones. Le Capitaine maudit du Hollandais Volant. Son corps difforme était surmonté d'une tête qui n'était ni plus ni moins qu'un poulpe et dont la seule trace d'humanité résidait dans les yeux d'un bleu glacial qu'il posait sur Jack.

« Je vois que tu te souviens de moi. Déclara Jones avec un sourire vicieux. Tu te rappelles donc des termes de notre accord. J'ai remis à flots ton précieux navire en échange de quoi tu m'as promis de me servir un siècle entier.

- Mon ami. Commença Jack, sûr de lui. Le fait est que : D'une part je n'ai plus en ma possession le dit navire et que… D'autre part je viens d'être pendu pour piraterie et étant techniquement mort, je ne peux malheureusement pas honorer mon serment mais crois bien que je le regrette autant que toi. Termina-t-il avec une petite courbette ridicule.

- Ça suffit Sparrow ! Tonna Davy, tandis que Jack faisait un pas prudent en arrière. Le moment est venu de régler ta dette : ton âme. Pour les cents ans à venir, elle m'appartient !

- Mais … Commença Jack qui était de plus en plus pâle, ne comprenant pas comment il pouvait se trouver dans une telle situation.

- Cent ans de servitude Jack ! Tel est notre contrat. Je te rendrais à la mort une fois que ta dette sera intégralement payée. Bienvenue à bord du Hollandais Volant ! » Conclut Jones avant de tourner les talons sous les ricanements du reste de son équipage maudit, laissant Jack se torturer l'esprit pour tenter de découvrir comment il avait pu se retrouver sur ce navire.

 

Ce dernier était loin de se douter que la même question, quoique posée différemment, hantait présentement nombre d'esprits à Port Royal …

 

()()

 

En effet, alors que les soubresauts qui précédaient la mort commençaient à diminuer, Norrington n'avait pu retenir un petit soupir satisfait en assistant à l'agonie de l'homme qui avait passé une nuit entière sur une île, seul avec sa précieuse fiancée …

« Messieurs. Avait-il commencé à haute voix. Que ce jour reste dans vos mémoires comme celui où est mort … »

 

Mais avant que le Commodore ne puisse terminer sa phrase, un événement plus qu'inattendu s'était produit. Un énorme nuage avait brutalement plongé la ville dans une quasi obscurité tandis que, venu de nulle part, s'était élevé un vent violent accompagné d’éclairs déchirant le ciel qui avait détourné de l’exécution l'attention de tous.

 

Norrington avait été le premier à reprendre ses esprits et à se tourner vers le gibet. Ce qu'il avait vu alors, ou plutôt ce qu'il n'avait pas vu lui avait arraché un cri de colère.

« Sparrow ! Où est-il ? Où a disparu ce rat ! »

 

Elizabeth, qui n'avait pu soutenir jusqu'au bout le spectacle de la pendaison de Jack, avait alors comme le reste de l'assistance tourné son regard vers l'échafaud. Elle n'avait pu dissimuler totalement un petit sourire amusé et soulagé. Il n'y avait plus aucun corps au bout de la corde, comme si le pirate avait disparu par magie. A ses côtés, son père avait émis un hoquet de surprise de d'incompréhension tandis que Norrington, sur le point d'étouffer de rage, avait aboyé ses ordres à la garde qui courrait en tous sens à la recherche du pirate disparu.

 

William, médusé, avait lui aussi découvert la disparition de Jack et son premier réflexe avait été de fendre la foule ébahie pour se rapprocher du gibet tant la chose lui avait paru incroyable. Will avait souri, amusé et pensé que Jack était vraiment plein de ressources. Puis, il avait aperçu un petit objet au sol, à l'endroit précis où Jack s'était tenu avant de s'évaporer. Sans mot dire, Will l'avait empoché avant de s'éloigner après avoir lancé un dernier regard de regret vers Elizabeth qui s'efforçait tant bien que mal de calmer son fiancé tout en dissimulant son hilarité.

                                                                                                                    Chapitre 1

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