Chapitre 45 La fin d'une époque

Teague Sparrow, le coffre de Jones serré contre son torse, s'écrasa sur le pont de Hollandais Volant et ne put que regarder avec désespoir le coffre lui échapper et rouler sur le pont.

«  Bugger… » Grimaça-t-il.

Le pirate releva les yeux et assista, impuissant, au combat inégal qui opposait Elizabeth à Jones. Se relevant avec agilité il balança un coup de coude rageur à la première créature qui s'offrit à lui, il rattrapa le coffre et se rua aux cotés de son fils.

Les yeux de Jack s'illuminèrent en le voyant et il se tourna vers Jones.

«  Un péché... Et s'arracher le cœur ? » S'écria-t-il.

Jones se retourna vers lui, son épée sur la gorge d'Elizabeth qui le regardait d'un air terrifié.

« S'arracher le cœur n'est pas un péché c'est une sorte de sauvegarde Sparrow ! » Hurla-t-il avant de se tourner à nouveau vers Elizabeth.

Cherchant vainement une issue, Elizabeth vit l'épée s'approcher d'elle, rendant sa mise à mort imminente. Alors, elle ferma les yeux, brusquement saisie de terreur à l'idée de l'enfer que Beckett lui avait réservé et attendit le coup.

 

Un bruit mat retentit alors que le silence s'installait brutalement sur le pont, le Kraken même suspendit son acte destructeur, un navire oscillant dangereusement au bout d'un de ses tentacules. Elizabeth ouvrit les yeux et poussa un soupir de soulagement en voyant le corps de Jones effondré à ses pieds.

 

Les larmes aux yeux elle se releva et courut vers Jack avant de s'immobiliser devant lui.

« Jack … » Demanda-t-elle d'une voix chevrotante en le découvrant.

Il tenait une épée au bout de laquelle était embroché le cœur de Jones.

« C'était le seul moyen. Répondit-il d'une voix sans inflexions tandis que Teague le regardait avec horreur.

- Jack… » Répéta Elizabeth sans comprendre avant de se jeter dans ses bras et de chercher sa bouche pour un long baiser.

Jack la serra contre lui, ses mains parcoururent son corps et il chercha à toucher sa peau enfouie sous ses vêtements tandis qu'il l'embrassait farouchement, mettant dans son baiser tout ce qu'il n'aurait jamais le temps de lui dire.

 

Lizzie…Ma Lizzie …  

 

Autour d'eux, un grondement commença à s'élever, les hommes de Jones se resserrèrent alors qu'ils se rapprochaient, scandant la même phrase

« Partie du navire, partie du navire, partie du navire… »

Jack écarta doucement Elizabeth et chassa les mèches trempées qui balayaient son front, il la regarda dans les yeux avant de se tourner vers Teague.

« Papa… Dit-il pour la première fois depuis des années. Emmène-la. Maintenant ! Et loin, très loin d'ici et de Beckett… »

Teague, une boule dans la gorge hocha la tête sans répondre tandis qu'il arrachait Elizabeth aux bras de Jack, l'écartant pendant que l'équipage s'approchait de plus en plus …

« JACK ! Non ! Hurla Elizabeth. Je ne te laisserais pas… » Dit-elle en se débattant.

Teague la serra contre lui d'une main ferme et arracha sans pitié une des voiles du Hollandais Volant pendant que de l'autre il tirait un coup de fusil qui les projeta tous deux dans les airs tandis que, sur le pont, les hommes se penchaient sur Jack.

 

Jack les regarda s'envoler et sourit vaguement.

Vole ma Lizzie … soit libre…

Puis, il se tourna vers Bill qui, le visage grimaçant et le couteau à la main se penchait sur lui.

«  Le Hollandais Volant doit avoir un Capitaine … Dit-il en enfonçant sa lame dans le poitrine de Jack.

- J'ai connu pire. » Répondit ce dernier avant de sombrer dans l'inconscience

 

()()

 

Deux semaines plus tard…

 

Teague, le regard las, regarda la jeune femme frissonnante qui se tenait devant lui.

« Et où comptez-vous aller ? » Demanda-t-il plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.

Elizabeth secoua la tête avec ignorance.

« Je ne sais pas Teague … Mais loin d'ici. Je ne peux pas rester là jour après jour et penser à Jack. Dit-elle d'une voix tremblante en se mordant la lèvre

- Un jour à terre pour dix ans en mer … Murmura Teague avec chagrin. Finalement il a fait son choix. Être un homme. »

Elizabeth le regarda en tremblant et se souvint de leur fuite extraordinaire dans les airs. Elle se rappela des bras de Teague l'enserrant étroitement tandis qu'il lui murmurait que c'était ce que Jack voulait, de ses larmes lorsqu'elle avait réalisé que Jack ne la rejoindrait pas, enchaîné au Hollandais Volant pour l'éternité.

 

Ils avaient atterris en pleine mer, non loin des tentacules du Kraken qui déjà retirait son étreinte visqueuse des navires pirates sous les vivats des Seigneurs attroupés. On était venu les chercher on les avait hissés sur des chaloupes tandis qu'à l'horizon, le Hollandais Volant s'éloignait, forcé d'écumer les mers pour guider les âmes des morts. Elle avait cru mourir en apprenant que Jack était désormais le nouveau capitaine du navire, rendant à celui-ci sa mission première mais forcé de rester loin d'elle.

« L'immortel Capitaine Jack Sparrow… Murmura Teague comme s'il avait lu dans ses pensées. Jackie, il a toujours eu peur de la mort. Ajouta-t-il d'une voix qui s'étranglait.

- Je l'aimais. Dit Elizabeth. Je l'ai toujours aimé. Depuis le premier jour il m'a sauvée. Et je l'ai tué.

- Vous n'y êtes pour rien. Répondit Teague. Il a choisi son destin. Et là où il va vous ne pouvez pas aller.

- Je sais… Répondit Elizabeth d'une voix chevrotante.

- Quoique vous décidiez Elizabeth restez loin de Beckett. Jack le voulait. N'allez pas à Port Royal en espérant expier je ne sais quelle faute. Faites le pour Jack. Il voulait que vous viviez. »

 

Elizabeth hocha tristement la tête.

« Je vous le promets Teague. »

Le pirate sourit avant de la serrer doucement dans ses bras.

« Je m'étais trompé sur vous. Jack a bien choisi. »

Les larmes aux yeux, Elizabeth lui rendit son étreinte avant de s'écarter.

«  Merci Teague, pour tout. »

James, les cheveux en bataille, fit son entrée.

«  Votre chaloupe est prête Elizabeth… »

Elle se tourna vers lui, les yeux encore humides de larmes.

« Au revoir James. »

L'ancien Commodore la regarda avec affection avant de la serrer brièvement contre lui.

«  Ça n'aurait jamais marché entre vous et moi. Nos destins n'étaient pas liés. Il m'a fallu du temps pour le comprendre. Trop de temps. » Ajouta-t-il, le cœur serré à la pensée d'Audrey

Elizabeth hocha la tête en signe de compréhension avant de monter dans la chaloupe qui l'attendait.

«  Les rames sont dedans. » Précisa Gibbs.

 

Teague, Gibbs et James la regardèrent s'éloigner, elle ne devint bientôt plus qu'un point à l'horizon puis Teague se tourna vers Norrington.

« Alors comme ça vous comptez rester ici ?

- Si j'y ai ma place. Répondit James.

- Et bien, dites moi que savez-vous des lois ?

- Les lois. Répéta James avec ironie. Je les ai suivies toute ma vie…

- Bien. Se réjouit Teague qui l'entraîna à l'intérieur. Voyez-vous je cherche depuis longtemps un homme qui comme moi ait à cœur de les faire respecter. Vous a-t-on déjà parlé du Code des pirates ? »

 

()()

 

Bill le Bottier entra dans la ville d'un pas pressé et savoura de sentir à nouveau la terre sous ses pieds. Depuis son départ du Hollandais Volant, Jack ayant libéré les quelques hommes qui le souhaitaient, il cherchait son fils. Il s'était rendu à Port Royal, espérant que Will et Anamaria s'y trouvaient, se doutant que les navires de la Compagnie les avaient sauvés après la bataille qui n'avait finalement pas eu lieu.

 

Les yeux agrandis par l'étonnement devant les changements qu'avait subi la petite ville tranquille depuis sa dernière venue, Bill croisa un homme à la livrée royale qui marchait avec précipitation.

« Excusez-moi … Où allez-vous si vite ? » Lui demanda-t-il, un peu perdu.

Le soldat le regarda avec mépris.

« Et bien comme tout Port Royal, je vais à l'exécution, c'est pas tous les jours qu'on voit pendre un pirate. S'exclama-t-il.

- Un pirate… » Sourit Bill en songeant qu'il y a très longtemps, lui aussi en était un.

 

Le pas alerte, il se pressa, espérant retrouver Will ou quelqu'un qui le connaissait dans la foule des curieux. Arrivé sur la place, il chercha du regard parmi ceux qui l'entouraient un visage connu mais sans succès. A cet instant, le crieur public commença son annonce alors que les tambours se taisaient.

« William Turner… Vous avez été reconnu coupable de vol, de piraterie ainsi que de l'assassinat de notre bien aimé Commodore Norrington. En conséquence de quoi et en application de la justice de Sa Majesté vous allez être pendu haut et court jusqu'à ce que mort s'ensuive. »

Bill sentit son cœur s'arrêter de battre alors qu'il levait les yeux vers le jeune, si jeune condamné qui venait de monter à la potence.

«  William ! Non … » Murmura-t-il en se précipitant vers l'estrade.

Will, le regard fixe, se laissa passer la corde autour du cou sans réagir.

« Mon fils c'est mon fils. » Gémit Bill pendant qu'un des gardes le transperçait de son épée n'ayant trouvé que ce moyen pour l'arrêter.

Au moment où la trappe s'ouvrait et faisait basculer Will dans la mort, Mercer se tourna vers Anamaria qui, les fers aux poings, se tenait à ses côtés.

«  Nous voilà donc seuls Anamaria… » Susurra-t-il en aiguisant son couteau.

 

Des larmes brûlantes roulant sur ses joues, Anamaria regarda se balancer le corps de celui qu'elle aimait, ses yeux restèrent fixés sur lui tandis que Mercer l'entraînait. La jeune Seigneur pirate savait qu'elle allait mourir et elle s'en moquait à présent. Sa seule attente était que ça aille vite.

« Je vais prendre mon temps … » Murmura Mercer démentant la dernière pensée d'Anamaria.

 

La jeune métisse trembla en sentant le souffle de l'homme dans son cou tandis qu'il la poussait dans une pièce sombre. Ses fers tombèrent dans un bruit sourd et il libéra ses mains tandis qu'un crissement sinistre s'accompagnant de la sensation du sang coulant sur sa poitrine l'avertissait que Mercer avait commencé à jouer. Anamaria ferma les yeux, tremblante de peur, tandis que seule la respiration lourde de l'homme brisait le silence. Son pas décrut brusquement, suivi quelques minutes après d'une lueur naissante. Avalant sa salive, Anamaria ouvrit les yeux et rencontra le rictus mauvais de Mercer.

« J'ai envie de te voir. Souffla-t-il. De tout voir, la souffrance sur ton visage. » Dit-il en s'approchant.

Son couteau effleura ses seins dénudés.

 

Anamaria gémit sourdement, le cœur battant la chamade alors que la lame se faisait plus incisive, tranchant les chairs et faisant jaillir le sang.

« Si belle. » Murmura Mercer en s'abaissant pour lécher les plaies ouvertes.

Anamaria se mit à pleurer silencieusement alors qu'elle sentait sa langue progresser sur son corps suivant le tracé qu'il donnait à sa lame, lacérant sa peau comme s'il suivait un dessin dont lui seul connaissait le secret.

« Tu seras mon œuvre… » Gémit -il en défaisant le pantalon d'Anamaria.

Ce geste la sortit de sa torpeur et elle recula brutalement, elle courut vers la porte contre laquelle elle se heurta et ses poings la martelèrent sans succès. Mercer la rattrapa lentement, son regard fixe ne la lâchait pas.

« Ce n'est pas bien Anamaria … » Dit-il en la saisissant par les pieds pour la tirer brutalement en arrière.

Anamaria hurla alors qu'elle basculait et son corps heurta durement le sol de la pièce. Une lueur démente dans le regard, Mercer la traîna dans la pièce et la retourna d'un geste avant de glisser des fers à ses poignets. Il se releva puis contempla un instant la forme allongée avant de lui écarter brusquement les cuisses, laissant son couteau remonter le long de la peau tendre.

«  Pitié. Implora Anamaria, terrifiée. Tuez-moi mais pas ça… »

 

Mercer lui sourit en réponse, ses yeux s'accrochèrent au sien tandis qu'il enfonçait son couteau dans sa partie la plus intime dont la lame déchira les chairs fragiles. Anamaria n'était plus que douleur et son cri résonna dans la pièce alors que Mercer enfonçait sa lame toujours plus loin en elle. Lorsqu'elle fut sur le point de tourner de l'œil la torture cessa brutalement et la lame se retira d'elle. Mercer posa sa main sur sa poitrine déjà mutilée et sourit de sentir le cœur battre à tout rompre sous ses doigts.

« Tu es la femme la plus intéressante que j'ai jamais rencontrée. » Susurra-t-il en guidant son sexe en elle, les yeux fermés dans l'extase de sentir le sang chaud qui s'écoulait d'elle et la lubrifiait.

Anamaria gémit une fois puis ses yeux s'éteignirent, comme absents, alors qu'il allait et venait en elle, râlant de plaisir. Finalement, le sexe gonflé d'excitation, il ressortit et présenta son membre maculé de sang devant la bouche de la jeune métisse.

«  Fait moi jouir Anamaria … Et je te tuerais rapidement. »

Des hauts de cœur à cette idée, mais encore plus terrifiée par ce qu'elle le devinait capable d'inventer, Anamaria s'exécuta, elle lutta contre l'envie de vomir alors qu'elle léchait son propre sang avant de sentir son amertume sur la peau de Mercer qui s'enfonçait entre ses lèvres.

« Comme ça. Gémit-il. Ta souffrance … »

Alors qu'elle le tenait toujours en bouche, ses larmes maculant son visage, Anamaria sentit le ballet de sa lame reprendre son cours sur son corps et creuser des sillons de plus en plus profonds.

 

Elle avait perdu toute notion de temps, de dignité ou même d'exister autrement que par la douleur lorsque Mercer se retira d'elle en gémissant. Il se déversa sur les plaies qu'il n'avait cessé d'ouvrir. Puis il la regarda de ses yeux toujours aussi froids et planta son couteau dans son cœur, tournant la lame jusqu'à ce qu'Anamaria expire dans un ultime cri de souffrance.

«  Tu as été parfaite…Une œuvre d'art ma chérie. » Dit-il en embrassant tendrement ses lèvres avant de sortir et de retrouver le soleil de Port Royal.

 

Cutler Beckett le regarda approcher avec le sourire et les deux hommes échangèrent un regard complice.

« Je viens de recevoir une nouvelle affectation. Il apparaît que Sa Majesté est fort contente de mes services. Dit Beckett en riant.

- Oh … Mes félicitations Lord Beckett, je crois que le Roi ne pouvait pas trouver de meilleure personne en qui placer sa confiance.

- Je le crois aussi Mercer. Avez-vous mis un terme à toutes nos affaires en cours ?

- La dernière vient d'expirer Milord.

- Parfait. Je sens que vos goûts pour les femmes à la peau sombre vont être comblés. Nous partons pour l'Afrique. »

 

Mercer sourit avec délices et essuya sa lame avec lenteur.

« Dois-je prendre mes crayons Lord Beckett ?

- Et bien il me semble qu'hélas je suis veuf à nouveau, non ? Sourit Beckett en affectant un air malheureux

- Nous n'avons pas retrouvé son corps.

- Qui s'en soucie ? Du reste si elle est encore vivante, elle fera un jour une erreur qui me guidera jusqu'à elle. Le tout est d'être patient. Et nous avons l'éternité devant nous ou nous l'aurons bientôt. Voyez-vous Mercer, je suis sur plusieurs pistes qui nous permettraient … » Commença Beckett, la fin de sa phrase se perdant dans les bruits des préparatifs du voyage.

 

()()

 

A des kilomètres de là, Elizabeth Beckett débarquait, elle traîna sa petite embarcation sur la plage avant d'y mettre le feu. Elle la regarda se consumer et songea à tout ce qu'elle avait perdu avant d'avancer vers la mer, laissant les vagues lécher ses pieds nus. Son regard sombre et emplit de tristesse se porta vers l'horizon où ne flotterait plus jamais les voiles noires du Black Pearl qu'elle avait vues lorsqu'elle était enfant et Elizabeth caressa du bout des doigts l'anneau qui était sa malédiction et sa condamnation à vivre, avant de reculer vers les terres. Elle resta là longtemps, silhouette solitaire et songea que même la mort ne lui permettrait pas de rejoindre celui qu'elle aimait mais ne serait pour elle qu'un tourment de plus.

«  Je t'aime Jack Sparrow. » Murmura-t-elle tristement, alors que le soleil se couchait, la laissant seule avec ses remords et ses regrets.

Chapitre 44                                                                                            Epilogue

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