Chapitre 11 Marchandage

 

Bien loin de la sinistre île de la Muerta, de son Black Pearl et de James Norrington, Jack s'apprêtait à goûter les lèvres d'Elizabeth. Il les effleura et savourait d'avance leur douceur lorsque la jeune femme ouvrit brutalement les yeux. Elizabeth recula, incrédule avant de se mettre à crier.

« Comment osez-vous ! » Lança-t-elle, indignée.

Jack, le cœur battant à tout rompre se reprit rapidement, il était hors de question de laisser voir son trouble à cette gamine prétentieuse.

« Je vous l'ai dit trésor, je ne suis pas quelqu'un de bien, je suis un pirate, et je suis dangereux. »

Elizabeth n'écoutait pas, elle était dans une rage folle qu'elle ne s'expliquait pas elle-même.

«  Je vois ! Vous êtes bel et bien tel que je le pensais ! Un lâche doublé d'un menteur et d'un hypocrite qui profite du sommeil d'une femme pour tenter de l'abuser ! Vous êtes méprisable ! » Cria-t-elle en le giflant avec violence.

 

Jack sentit à son tour la colère l'envahir, cette petite peste, non contente de l'insulter, venait de le gifler de la manière la plus éclatante qui soit. Il lui saisit le poignet.

«  Ne recommencez jamais cela Elizabeth.

- Miss Swann pour vous ! Je ne tiens pas à entretenir la moindre intimité avec vous ! Vous n'êtes qu'un sale égoïste qui fait passer ses intérêts personnels avant quoique ce soit d'autre !

- Oh vraiment ? Tandis que vous Miss Swann vous êtes bien sûr un modèle d'abnégation et de retenue, n'est-ce pas ? Dans ce cas expliquez-moi par quelle opération divine vous vous êtes retrouvée endormie dans mes bras ? »

Elizabeth, au comble de l'embarras, se sentit rougir alors que sa colère retombait peu à peu.

« Je … J'avais froid.

- Oh… Et bien sûr comme VOUS aviez froid vous avez jugé que j'étais suffisamment bien pour vous servir de chaufferette ? Quelle générosité de votre part de m'avoir cru assez bien pour cela. Ajouta-t-il cyniquement.

- J'ai pensé que vous sauriez faire preuve de décence et d'un sens moral ! Que vous ne laisseriez pas passer l'occasion de vous conduire enfin comme quelqu'un de bien. »

Jack soupira et avança vers elle.

«  Trésor, je suis un pirate je vous l'ai dit…

- Et donc ça vous autorise à ne pas faire preuve du moindre honneur et à prendre de force ce qui ne sera jamais pour vous ! Commença-t-elle à crier. Jamais, vous entendez ! Je préfèrerais encore mourir plutôt que de vous laisser poser les mains sur moi ! Je n'ai rien absolument rien de commun avec quelqu'un comme vous et je ne tiens pas à ce que ça change ! Est-ce que c'est clair ? »

 

Jack serra les poings de rage tandis que derrière lui retentissait le rire de Davy Jones.

« Parfaitement Miss Swann. Soyez bien assurée que je ne vous toucherais plus même si vous veniez à me supplier de le faire. Lança-t-il d'un ton froid.

- Vous rêvez Jack ! Je vous déteste ! Hurla-t-elle.

- Nous verrons cela Miss Swann … Sourit Jack avant de se tourner vers Jones. Tss cette fille est folle de moi. Que veux-tu ? »

Jones grimaça des tentacules et intima d'un regard mauvais à Elizabeth de faire silence.

«  Nous avions un accord Sparrow, qu'en est il de ta part du marché ? »

Jack se contenta de sourire en guise de réponse. Jones s'approcha et ouvrit la cellule.

« Suis-moi ! »

Jack, sans un regard pour Elizabeth, obtempéra sans discuter pour une fois à la grande surprise de Jones.

 

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Ce dernier les conduisit directement dans sa cabine, il s'assit et prit le temps de bourrer sa pipe avant d'interroger sa recrue.

« Alors Jack … Le rhum a été bu et la demoiselle furieuse, qu'as-tu à me raconter ? »

Jack réfléchit rapidement, en vérité il n'avait pas appris grand-chose hormis que Beckett voulait son compas qui était actuellement dans les mains du jeune Turner. C'est alors qu'il aperçut la boite à musique de Jones, intrigué, il se souvint avoir déjà vu cela quelque part. Il la prit dans sa main tandis que peu à peu il comprenait le plan de Beckett.

« Lâche ça ! » Ordonna Jones, le sortant brutalement de ses réflexions.

 

Jack obéit et fit un large sourire désinvolte à Jones.

«  Beckett veut mon compas. Lequel le mettra alors en position de localiser un coffre, et lorsqu'il se sera emparé de ce qu'il contient, et crois-moi il y parviendra. Il pourra alors ordonner que l'on trouve une certaine dame dont la libération assortie d'une petite condition à remplir lui apportera enfin ce qu'il désire. Or moi je sais comment l'en empêcher …

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Et qui est-ce Beckett ?

- Beckett est entre autre le fiancé de la petite peste avec laquelle tu m'as enfermé.

- Je croyais que tu avais dit qu'il s'appelait Norrington ! Gronda Jones l'air menaçant.

- Que veux-tu l'inconstance des femmes, je ne t'apprends rien non ? »

Davy retint la bouffée de rage qui l'envahit à cette pensée.

«  Très bien Sparrow quelle est donc ta si brillante idée pour mettre hors d'état de nuire ce Beckett ? »

Jack lui décocha un sourire plus large encore avant de s'asseoir avec désinvolture… Il marchait !

« Libère moi ainsi que la jeune femme et je te promets de récupérer l'objet que désire tant Beckett.

- Te libérer ! Mais tu plaisantes Jack ! Je te rappelle que tu me dois un siècle de servitude !

- J'ai pensé à ça. Dis-moi, mon âme n'est pas la seule à pouvoir accomplir ton sale travail non ? Et si nous faisions, disons, un échange.

- Un échange ? Demanda Jones curieux de savoir jusqu'où Jack était prêt à aller.

- Une âme, jeune, pure. Un jeune homme amoureux, d'une fille ! Et dont tu détiens déjà le père. Ne serait-ce pas magnifique de réunir cette famille à bord de ton navire, de voir l'angoisse d'un père reconnaissant son fils condamné à la même peine que lui ? »

 

Jones claqua des tentacules, l'idée lui plaisait mais le marché était outrageusement disproportionné.

« Ça ne remplacera pas ta présence à bord Jack, ce marché est surtout intéressant pour toi ! Pourquoi devrais-je vous libérer tous les deux ?

- Parce que vois-tu, si tu me libères je me trouverais alors en prédisposition de pouvoir en finir une bonne fois pour toutes avec ce Beckett. »

Jones le regarda d'un air suspicieux.

« Explique-moi ça. »

Jack se pencha alors sur Jones et commença à lui exposer son plan à voix basse.

 

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Pendant ce temps, à présent seule dans sa cellule, Elizabeth se calmait peu à peu et commençait à réaliser qu'elle était peut être allée trop loin. En fait si elle y réfléchissait, il avait raison de dire que c'était elle qui était venue vers lui. Sur le moment elle n'avait rien vu de mal dans le fait de s'allonger près de lui pour profiter un peu de sa chaleur mais à présent elle se rendait compte que son comportement pouvait porter à confusion. Elle rougit et songea que c'était ça qui avait fait croire à Jack qu'il pouvait l'embrasser. À présent qu'elle était seule elle devait bien aussi reconnaître qu'une grande partie de sa colère venait du fait que l'espace d'un instant elle avait eu envie de le laisser faire, attirée malgré elle vers lui.

 

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«  Savvy ? » Termina Jack à l'adresse de Jones.

Ce dernier le dévisageait d'un œil nouveau.

« Et tu dis vraiment la vérité Jack ? Ce n'est pas encore une de tes ruses idiotes ?

- Je ne vois pas pourquoi tu dis ça ! S'offusqua le pirate. Je te jure sur mon âme que tout ce que je t'ai dit est vrai. Alors on scelle ça dans l'encre ? » Suggéra-t-il en tendant la main.

Jones l'ignora un instant avant de répondre.

«  J'ai besoin d'y réfléchir. Pour l'instant. Commença-t-il avec un sourire pervers.

- Qu'on le fouette… » Termina Jack d'un air résigné tandis que Jimmy qui ne se trouvait jamais loin s'emparait de lui et levait son fouet.

Jones interrompit son geste de manière inattendue et donna un instant à Jack l'espoir d'échapper à la correction.

« Non, attends j'ai envie de le corriger moi-même … Voyons Jack tu n'imaginais quand même pas que j'allais passer sur la petite scène à laquelle j'ai assisté tout à l'heure ? Toi, le responsable de la vertu de mademoiselle dont la sauvegarde est si importante pour la bonne marche de ton plan, tu as apparemment voulu t'accorder un petit passe-droit. Ne me dis pas que tu croyais que cela allait rester impuni ?

- Je l'espérais un peu. Commença à fanfaronner Jack avant d'être interrompu par un coup d'une rare violence.

- Regardez-vous tous ! Voilà comment on châtie la désobéissance à bord du Hollandais Volant ! » Ricana Jones qui frappait de toutes ses forces, faisant gicler le sang à chacun de ses coups.

 

Jack les dents serrées, s'efforçait de ne pas crier, il ne voulait pas offrir cette satisfaction à son bourreau qui se régalait manifestement de le voir dans cette position. Pourtant un coup vicieux eut raison de lui et Jack laissa échapper un long gémissement de douleur en s'écroulant au sol. Jones souriant, vint alors se planter devant lui et lui releva la tête à l'aide de ses tentacules.

« Te voilà enfin à genoux Jack Sparrow.

- Capitaine… je suis le Capitaine Jack Sparrow. Souffla-t-il.

- Ramenez ce cafard dans sa cellule ! » Ordonna Jones sans lui prêter plus d'attention.

 

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Elizabeth se leva vivement en voyant Jack revenir, traîné par deux des monstres de Jones qui le jetèrent en ricanant dans la cellule. Jack, dont les blessures saignaient abondamment, se laissa tomber au sol sans avoir la force de faire un mouvement pour panser ses plaies. Elizabeth s'approcha doucement de lui.

«  Jack, je suis désolée. » Dit-elle sans savoir si elle parlait de ses meurtrissures ou de l'attitude qu'elle avait eue.

Jack ne lui répondit pas, perdu dans les pensées qui lui venaient naturellement en la voyant devant lui.

 

Désolée. Elle est désolée, bah c'est pas elle qui vient de recevoir une correction ! Tout ça parce que j'ai eu la stupidité de croire que je pourrais l'embrasser rien qu'une fois ! Mais je lui ferais ravaler ses insultes à cette petite peste qui s'imagine valoir tellement plus que moi ! Vous verrez miss Swann si vous faites encore la fière lorsque vous me supplierez de vous prendre… Parce que vous le ferez ! Vous vous traînerez à mes pieds pour que je vous touche. Et une fois que ça sera fait je vous prendrais plus fort et plus intensément que je ne l'ai jamais fait avec aucune femme. Je vais vous faire gémir Elizabeth et je ne m'arrêterais que lorsque MOI je l'aurais décidé !

 

Jack sourit en imaginant la manière dont il se glisserait en elle et son érection grandit à mesure qu'il se représentait en train de caresser sa peau, premier explorateur de sa virginité…

« Jack… Vous saignez ! »

Il sursauta et sentit une main douce se poser sur son épaule.

«  Que faites-vous Miss Swann ?

- Je nettoie vos blessures et je les bande. Répondit-elle sobrement avant de déchirer sans hésitation un grand morceau de sa somptueuse robe de mariée, gardant pour seule protection un jupon qui ne cachait pas grand-chose.

- Trop aimable… ne vous sentez pas obligée surtout. Ironisa Jack. Je m'en voudrais que vous souilliez vos mains sur un être tel que moi. »

Elizabeth soupira, elle avait certes mérité cette pique.

« Je vous ai dit que j'étais désolée. Je, je ne voulais pas vous blesser ou vous insulter. J'étais en colère voila tout. S'excusa-t-elle.

- Vous n'avez pas le pouvoir de me blesser Miss Swann. Répondit-il en s'efforçant de ne pas penser à la manière dont ses mains effleuraient sa peau tandis qu'elle terminait de couvrir ses blessures.

- Elizabeth. Corrigea-t-elle en guise de bonne volonté avec un léger pincement au cœur en constatant son indifférence.

- Trop d'honneur vraiment…

- Allez-vous m'en vouloir jusqu'à la fin de vos jours !

- Ce serait vous accorder plus d'importance que vous n'en avez à mes yeux. »

Elizabeth ne répondit pas et durant un bref instant ses mains se crispèrent sur l'étoffe qu'elle finissait de nouer à la grande satisfaction de Jack à qui son trouble n'avait pas échappé.

«  J'ai terminé. » Se borna-t-elle à annoncer avant de s'écarter de lui.

 

Ils entendirent alors le pas reconnaissable entre tous de Jones dans les escaliers. Elizabeth se rapprocha inconsciemment de Jack, angoissée à l'idée de voir encore le redoutable capitaine s'approcher d'eux. Jones regarda Jack avec un sourire mauvais.

« J'ai réfléchi à ta proposition Jack. Je suis d'accord, mais gare à toi si tu essaies de me rouler. »

Jack s'accorda un petit sourire prétentieux … il avait réussi !

«  Quelle proposition ? Demanda Elizabeth d'une voix aigue.

- Il vous expliquera, pour l'instant sortez d'ici tous les deux, vous allez devoir nager un peu.

- Vous nous libérez ? » Lança-t-elle avant de regarder Jack avec admiration.

Elle ne savait pas comment ce dernier s'y était pris mais ça avait marché !

« Oui… Pour l'instant. Lança désagréablement Jones avant de regarder vers les bandages improvisés de Jack. Quel dommage. Tant d'eau salée qui va s'accumuler là-dessus et pénétrer tes blessures.

- Allons y j'ai hâte de quitter cet endroit. » Répondit Jack en se dirigeant vers la sortie.

 

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Ils arrivèrent sur le pont, Elizabeth plissa les yeux tant elle était éblouie par la soudaine lumière du soleil qu'elle n'avait pas vu depuis ce qui lui semblait être des jours. Jones leur montra à tout deux un point au loin et ricana.

« J'espère que vous savez nager Miss Swann.

- Ne vous en faites pas pour ça ! Déclara-t-elle avec morgue avant de s'avancer vers le bastingage, suivie par Jack.

- Quarante jours Sparrow ! Pas un de plus ou notre accord sera nul, n'oublie pas ! » Rappela Jones avant que ses deux prisonniers ne plongent.

 

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Essoufflés par l'effort qu'ils venaient de fournir, Elizabeth et Jack s'écroulèrent sur le rivage.

«  Oh j'en ai assez des îles désertes. Gémit Elizabeth tandis que Jack se levait avec un sourire joyeux aux lèvres. Seigneur… Ne me dites pas que vous connaissez cet endroit et que du rhum s'y trouve… » Supplia-t-elle en le voyant avancer sans hésiter vers une caverne qu'elle avait du mal à discerner.

 

Jack, ne l'écoutant plus, s'enfonça dans la grotte et ressortit quelques instants plus tard avec une bouteille de rhum à la main avant de la regarder avec méfiance.

«  Ne touchez pas au rhum hein ! Je vous ai promis de vous sortir du Hollandais Volant et je l'ai fait. Alors ne vous avisez pas de refaire un feu de joie avec mon rhum ! La seule chose que nous ayons à faire c'est attendre bien sagement quelques jours qu'on vienne nous chercher.

- Mais … Commença Elizabeth qui ne comprenait pas comment il pouvait être si sûr de lui.

- J'ai dit faites-moi confiance ! Coupa Jack.

- Alors vous dites que tout ce que nous devons faire, c'est nous asseoir sur cette plage et boire du rhum en attendant que quelqu'un vienne nous chercher ! » Tenta encore Elizabeth.

Jack lui décocha un sourire ravageur avant de lui donner une bouteille de rhum.

« Bienvenue sur l'île de Molokai mon ange… »

Chapitre 10                                                                                            Chapitre 12

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