Chapitre 41 Un longue nuit, partie 2

Tétanisé sur son siège qu'il n'avait pas quitté, Jack regardait Elizabeth, il était sous le choc des mots qu'elle venait de prononcer. A cet instant il sut qu'il ne pouvait pas la laisser partir, même si c'était la meilleure chose à faire il ne s'en sentait pas le courage, pas maintenant, pas avant de lui avoir parlé.

 

Elizabeth, la main sur le bouton de la porte, retenait ses larmes à grand peine, c'était fini, elle avait tout perdu et elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle allait faire à présent. Elle ne pouvait pas aller voir Will, ce ne serait pas honnête ni pour elle ni pour lui et d'une certaine manière elle l'aimait trop pour lui faire encore du mal. Mais elle ne pouvait pas non plus rester à bord du Pearl et affronter l'indifférence de Jack maintenant qu'elle osait reconnaître la force des sentiments qu'elle lui portait. Elle ouvrit la porte en grand et sortit sans se retourner, elle n'en avait pas le courage, elle ne pouvait pas soutenir son regard à présent qu'il savait.

 

La voyant passer le seuil de sa cabine Jack se réveilla enfin.

«  Elizabeth, je … attendez ne partez pas ! »

Elizabeth s’immobilisa, elle retint son souffle et attendit le cœur battant, ce qu'il allait dire ensuite.

«  Elizabeth restez, je enfin je vous désire aussi. » Lâcha Jack avec effort.

Elizabeth se raidit sous l'insulte que contenait sa phrase. Elle fit volte-face brutalement et vint se planter devant lui, rouge de colère.

« Ne vous croyez pas irrésistible Jack Sparrow ! » Lui dit-elle avant de le gifler de toutes ses forces.

Jack la regarda, incrédule, ne comprenant pas ce qu'il avait fait pour mériter un tel traitement.

« Euh je crois que je la méritais pas celle-là. » Souligna-t-il en reprenant le ton ironique qui lui était familier.

 

Folle de rage et d’humiliation, Elizabeth leva la main prête à le frapper à nouveau mais Jack fut plus rapide et lui saisit le poignet qu'il retint fermement.

« Tout doux, Mlle Swann, ne commettez pas l'erreur de tenter de me gifler à nouveau. Dit-il d'une voix rauque.

- Et vous, ne commettez pas l'erreur de me prendre pour une fille de joie. Rétorqua-t-elle fièrement en plongeant ses yeux dans les siens.

- Une fille de joie, allons donc mademoiselle vous m'avez mal compris. Répliqua-t-il en insistant sur le mot avec ironie.

- Vous êtes immonde et méprisable. Lâcha la jeune femme toujours aussi en colère et frustrée par la poigne de fer de Jack.

- Ah ! Voilà qui vous ressemble plus trésor. Dit Jack qui lui lança un sourire sardonique et relâcha sa prise progressivement. Faites attention à ce que vous faites. La prévint-il.

- Ne vous inquiétez pas cracha t'elle Je ne risque pas de m'approcher de vous ! Vous m'écœurez ! »

A ces mots Jack sentit à son tour la colère prendre possession de lui.

« Alors que faites-vous ici dans ce cas ? Pourquoi être revenue ? Pour m'insulter ? Répondez Elizabeth ! Cria-t-il en s'approchant d'elle.

- Je suis ici parce que votre fichu compas vous désigne comme étant ce que je désire ! » Hurla t'elle en réponse avant de se mettre à pleurer.

 

D'un coup toute la colère de Jack retomba comme elle était venue, il la prit dans ses bras et soupira.

« Allons ne pleurez pas trésor, ça va s'arranger. Lui dit-il maladroitement.

- Je ne vois pas comment ! S’exclama-t-elle en le repoussant rudement.

- Elizabeth, je ne sais pas quoi vous dire, je ne voulais pas vous blesser tout à l'heure je voulais… s'interrompit Jack qui ne parvenait pas à trouver les mots

- Oh ce que vous voulez est très clair, rassurez-vous Jack ! S'exclama Elizabeth qui saisit la bouteille de rhum et la termina d'un trait.

- Non vous vous trompez je vous assure je … »commença Jack.

Elizabeth voyant qu'il avait du mal à s'expliquer sentit son cœur se serrer, un moment quand il l'avait retenue, elle avait espéré que peut être elle ne lui était pas indifférente.

« Ne vous fatiguez pas Jack, j'ai compris. » Dit-elle tristement.

 

Jack la regarda, impuissant. Il avait beau essayer les mots ne parvenaient pas à franchir ses lèvres. Il savait qu'il devait dire quelque chose à Elizabeth sans quoi elle partirait mais il avait du mal à assimiler les derniers événements et à assumer la nature de ses sentiments. Il se rapprocha d'elle et plongea son regard dans le sien puis il leva la main prêt à dire quelque chose. Elizabeth soutint son regard en silence, troublée par sa proximité, le cœur battant follement. Jack la regarda longuement, et fut incapable de résister, il la prit dans ses bras et l'embrassa d'abord doucement puis avec fougue. Elizabeth lui rendit son étreinte passionnée sans oser y croire. Au bout d'un moment Jack la relâcha et sourit avec défi.

« Alors Lizzie, me trouvez-vous toujours aussi repoussant ? Parce que là je dois avouer que ce n'est pas flagrant. Déclara Jack d'un air sardonique.

- Vous... vous êtes… je vous...commença t'elle sa colère ravivée par le petit sourire qu'il affichait.

- Oui, ma colombe, allez-y, je vous écoute, dites ce que vous avez sur le cœur. Ne vous gênez pas, soyez franche. Néanmoins je me dois de vous dire qu'il est peu probable que le Kraken vienne nous rendre visite cette fois. » Dit-il plus ironique que jamais, essayant inconsciemment de saborder ses chances.

 

Désespérée et saisissant sa dernière chance, Elizabeth s'approcha à nouveau de lui, le cœur battant. Elle leva lentement sa main, et attira son visage contre le sien.

« Je ne mens pas Jack, plus maintenant, pas ce soir, je vous ai dit la vérité, si je suis ici c'est pour vous dit-elle contre sa bouche. Vous aviez raison, je veux être libre avec vous, savoir ce que ça fait, quel gout ça a. »

Jack leva une main hésitante et caressa les cheveux de la jeune femme.

« J'ai très envie de savoir quel gout ça a, répondit-il d'une voix rauque. Je...moi aussi je veux être avec vous. » Lâcha-t-il péniblement, rendant les armes et se laissant aller à ses sentiments.

Inconsciemment, Elizabeth sentit tout ce que ce simple aveu pouvait lui couter. Elle lui sourit, émue par sa maladresse, et mit un doigt sur ses lèvres.

« Chut embrassez-moi, pirate. Lui dit-elle avec malice.

- Je ne peux qu'accéder à votre requête, » lui répondit-il en souriant.

 

Il se pencha sur elle et pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, il prit son temps. Il gouta légèrement ses lèvres en l'attirant contre lui avant d'approfondir son baiser. Il l'embrassa de toute son âme et savoura chaque instant de leur étreinte, il sentait le cœur d'Elisabeth battre très fort contre sa poitrine et ce simple contact le rendit stupidement heureux. De son côté, Elizabeth avait l'impression que plus rien n'existait autour d’eux, inconsciemment elle se serra encore plus fort contre Jack. Ce dernier s'écarta finalement d'elle à regret et lui sourit.

« Je crois qu'il faudrait mieux que nous nous arrêtions là, sinon je crois que je risque de ne plus pouvoir me contrôler et de nuire gravement à votre honneur. Lui déclara-t-il d'un ton faussement badin.

- Jack je vous l'ai dit c'est vous que je veux, juste vous. » Murmura-t-elle en le prenant par la main et en l'entrainant vers la couche.

 

Jack, le cœur prêt à exploser, la regarda envouté par sa jeunesse et son innocence mises en exergue par la robe blanche que Tia avait trouvée dans sa cabine et qu'elle portait depuis leur visite à Port Royal. Les yeux d'Elizabeth dans lesquels se reflétaient les bougies dont il se servait pour éclairer sa cabine, brillaient d'un éclat qui lui était inconnu et à cet instant il la trouva plus belle que jamais. Il s'exhorta au calme, ne voulant pas gâcher la magie de l'instant.

« Trésor, je ne veux pas que vous, enfin…

- Je ne veux plus attendre Jack, je ne veux pas prendre le risque de vous perdre à nouveau, je ne veux plus avoir de regrets... » Répondit elle d'une voix douce en dégrafant lentement son corsage, ses yeux rivés aux siens.

Elizabeth, tremblante d'émotion prit la main de Jack qu'elle posa sur sa gorge.

« Apprenez moi, Jack, apprenez moi à aimer et à être libre. » Lui demanda-t-elle d'une voix altérée.

Jack cessa alors totalement de lutter contre ses sentiments et son désir, et lui fit découvrir l'amour avec douceur et tendresse, faisant en sorte de ne pas la brusquer avec une délicatesse inattendue.

 

La nuit, leur nuit qui leur semblait à tous deux hors du temps s'écoula ainsi.

 

()()

 

Jack, qui s'était réveillé aux aurores, contempla Elizabeth qui reposait paisiblement à ses côtés, il sourit alors pour lui-même, d'un sourire étonnamment jeune, dénué de l'ironie que l'on pouvait y déceler habituellement. Un coup léger, frappé à la porte de sa cabine, lui rendit instantanément toute sa méfiance. Prenant garde de ne pas réveiller sa compagne il s'habilla en hâte et se rendit sur le pont où Gibbs l'attendait.

« Que se passe-t-il l'ami ?

- Ben vous nous aviez donné quartier libre pour la nuit... ce dont nous vous sommes reconnaissants, s’empressa d'ajouter Gibbs. Mais le fait est que la nuit est terminée et nous sommes venus prendre vos ordres.

- Mes ordres oui bien sûr. Et bien as-tu rempli nos cales ? Se renseigna Jack.

- Bien entendu, répondit Gibbs en souriant. Il y a du rhum et du bon !

- Dans ce cas nous levons l'ancre sur le champ. »

 

A ces mots, les membres d'équipage s’entreregardèrent, se demandant ce qui justifiait une telle hâte de la part de leur capitaine. Jack les regarda avec hargne.

« Alors qu'est-ce que vous attendez tas de chiens galeux !

- Jack, il manque Will et Elizabeth, osa souligner Gibbs, on ne va pas les abandonner non ?

- On lève l'ancre tout de suite. » Affirma Jack d'un ton qui ne souffrait aucune discussion.

L'évocation de Will avait réveillé en lui sa vieille angoisse de perdre ce qui lui était cher, il essaya de cacher son anxiété derrière un sourire cynique.

« Le jour se lève Gibbs, le quartier libre est terminé tant pis pour ceux qui ne sont pas à bord, nous partons.

- Oui mais pour quelle destination Jack ? Avez-vous une idée, partons nous chercher un trésor? Demanda Gibbs les yeux remplis d'espoir.

- Un trésor ? En quelque sorte, tu sais Gibbs, tous les trésors ne sont pas d'argent et d'or. » Ajouta Jack rêveusement tandis qu'à son grand soulagement le Black Pearl s'éloignait lentement de l'île de Tortuga.

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