Chapitre 20 Rencontre et retrouvailles

Jack avait réussi à amener son navire dans le port de l'île de Tortuga au terme de nombreuses semaines de solitude passées en mer, ces dernières ayant peut-être été les plus heureuses de sa vie. Il ne se lassait pas de la contemplation de la figure de proue de son Black Pearl, la jeune femme qui y était représentée semblait l'appeler et personnifiait à ses yeux l'océan, son seul et unique amour. Il avait investi la cabine du capitaine avec émotion et retrouvé les objets qui avaient jadis appartenus au capitaine Linley. La première fois qu'il s'était assis devant la table de travail et qu'il avait posé ses mains sur le bureau, les larmes lui étaient venues aux yeux et il avait pris conscience qu'il avait finalement réussi son rêve. Il était devenu le capitaine du navire sur lequel il avait fait ses premières armes.

 

Arrivé à Tortuga il avait arpenté les rues à la recherche d'hommes assez fous pour l'aider à trouver l'or maudit qui, selon la légende, reposait dans l'île de la Muerta. A présent assis dans un coin de l'auberge de « La Fiancée Fidèle » il observait les hommes qui formaient la population disparate et haute en couleur de la taverne. Jack savait que Tortuga était le siège de tout ce que les Caraïbes pouvaient contenir de hors la loi, pirates, ruffians et autres repris de justice. Des hommes auxquels aucun capitaine de la Compagnie des Indes n'aurait accordé un regard. Des hommes que lui aussi aurait peut-être méprisés s'il n'avait pas appris douloureusement que parfois certains choix sont subis plutôt que décidés. A présent il était l'un des leurs, il avait volé, menti, triché et pillé sans vergogne comme la plupart de ceux qui traînaient leur misère dans les rues de Tortuga la décadente. Et il ne le regrettait pas. Il se découvrait finalement plus libre ainsi, n'obéissant à aucunes règles ou plans pré établis par la Compagnie. A ses yeux, ces hommes de Tortuga se révélaient finalement plus riches que les nantis et leurs beaux uniformes brodés car ils étaient libres.

 

Le cours de ses réflexions fut interrompu par un homme de haute stature. Ce dernier s'arrêta devant lui et le dévisagea, la lippe ironique devant ses dreadlocks difficilement retenues par le bandana de Grant, ses yeux couverts à outrance de khôl et sa fine barbiche noire et tressée. Jack soutint l'examen sans broncher puis ses yeux sombres rencontrèrent finalement ceux de l'inconnu.

« Puis-je savoir pourquoi tu me dévisages ainsi l'ami ? »

L'homme s'assit sans attendre qu'il l'invite à le faire et croqua nonchalamment dans une pomme dont le jus lui dégoulina sur le menton, se prenant dans la barbe parsemée d'éclats argentés qui trahissait l'âge de l'homme autant que les rides peu profondes qui tapissaient son visage.

«  Il parait que tu recrutes un équipage, j'aimerais savoir pour qui. »

Jack sourit sans masquer sa fierté.

« Pour moi.

- Ah et de quel navire es-tu donc le capitaine ?

- Le Black Pearl. »

L'homme eut un léger sourire.

« Oh et puis je savoir comment tu t'es emparé d'un aussi beau navire ? L'aurais tu volé à son légitime propriétaire ? »

 

Jack préféra laisser planer le doute, avoir une dette envers Davy Jones n'était pas forcément un gage de compétence. La seule chose que cela prouvait c'est qu'il avait pu être suffisamment désespéré pour vendre son âme. C'est pour cela que Jack se contenta d'afficher un petit sourire prétentieux.

« Je suis le Capitaine Jack Sparrow. » Répondit-il sur le ton d'une évidence.

L'autre le regarda avec plus d'attention, surpris par son arrogance.

« Jack Sparrow hein…

- Capitaine !

- Capitaine. Corrigea-t-il avant de reprendre d'un ton songeur. Tu as laissé un mauvais souvenir à Sao Feng.

- Ohhhhhhh ce cher Feng que devient-il donc ?  Demanda Jack avec une désinvolture soigneusement étudiée.

- Il est à Singapour où il calme sa rage après l'offense qu'il a subie. La perte d'une certaine jeune personne a fini par représenter une douleur plus vive pour lui que celle d'un parchemin. Cependant il est connu que si le responsable d'une colère si, impressionnante lui tombait dans les mains, il serait plus que disposé à se venger ou à récupérer son bien. »

 

Pour toute réponse, Jack lui décocha un sourire éblouissant avant d'ajouter.

« Et bien je ne vais pas prétendre qu'il me manque. Sur ce, si tu veux bien m'excuser l'ami, j'ai à faire. Dit il en le plantant là pour aller rejoindre une brune plantureuse dont la profession ne laissait aucune place à l'imagination.

- Karen ! S'écria-t-il en affichant un air ravi et en la prenant par la taille. Je t'ai cherchée partout. » Poursuivit-il au grand ravissement de la fille qui se laissa entraîner.

 

Jack poussa la porte de la chambre et regarda une dernière fois l'homme qui l'avait abordé et qui ne paraissait pas disposé à bouger. Il avait l'air expérimenté et aguerri à de nombreuses choses, peut-être qu'il ferait un bon second. Les gloussements de la catin ramenèrent Jack au présent et il se pencha pour dévorer son cou avec conviction tandis que ses mains défaisaient habilement le laçage de la robe. Une fois ses appétits charnels satisfaits, Jack ressortit de la chambre sans plus se soucier de la femme qui retenait toute son attention il y avait encore une heure.

 

L'homme était encore là, assis à la même place que lorsque Jack l'avait quitté et il semblait l'attendre, un air exaspéré sur le visage. Jack se dirigea vers lui de sa démarche chaloupée, un sourire satisfait sur le visage.

« Alors Capitaine Sparrow peut-on parler sérieusement à présent ?

- Tu as toute mon attention l'ami. Déclara Jack d'un air aviné qui démentait son affirmation.

- Quarante pour cent des prises et j'accepte de devenir ton second. » Annonça calmement l'homme.

Jack répondit instantanément, l'air totalement dégrisé cette fois.

« Et pourquoi je voudrais de toi comme second sur mon bâtiment ? Je ne connais même pas ton nom !

- Hector Barbossa. Répondit l'autre. Je connais les eaux du monde comme ma poche, j'ai déjà navigué dans le monde entier, je suis même allé dans des lieux dont tu ignores l'existence. Je n'ai pas peur d'affronter le danger si il y a un profit à la clef. Et du reste je suis le seul à être suffisamment fou pour te suivre dans ta recherche de l'or que l'on dit maudit.

- Oh, tu sais ça également.

- Je sais ça.

- Dix pour cent et tu m'accompagnes.

- Tu plaisantes ! Trente.

- Quinze.

- Vingt.

- D'accord. Sourit Jack. Vingt pour cent de tout ce qu'on pourra amasser. » Annonça-t-il en tendant la main.

Hector la serra brièvement avant d'afficher un sourire rusé.

«  Tu ne le regretteras pas Jack. Et si on arrosait ça dignement ?

- Bonne idée l'ami. C'est toi qui invite. » Lança Jack, un sourire détendu aux lèvres.

 

La nuit s'écoula ainsi entre beuveries et bagarres animées et établit les bases d'une relation de piraterie entre les deux hommes.

 

Le lendemain Jack laissa son nouveau second commencer à rechercher des hommes dignes de faire partie de l'équipage du Black Pearl pendant qu'il se pavanait dans les rues de la cité et appréciait la nouvelle popularité que lui conférait son statut de Capitaine. Un homme dont les vêtements rapiécés avaient connus de meilleurs jours s'approcha de lui avec hésitation avant de se décider à parler.

« Jack ? Jack Sparrow ? »

Ce dernier plissa les yeux un instant avant de le reconnaître, lui qu'il n'avait pas vu depuis des années.

« Bill, Bill Turner ! Je te croyais dans l'équipage de Sao Feng ! Il n'est pas ici au moins ? Demanda rapidement Jack avec un petit air inquiet qui fit sourire Bill.

- Non il n'est pas là. Je ne sers plus sous ses ordres, de même que l'on ne m'appelle plus Bill Turner mais Bill le Bottier. »

Bill leva ses yeux bleus vers l'océan avant de reprendre.

« William Turner Senior est mort, et je pense que personne ne le regrettera.

- Et ton fils ?

- Il sera mieux sans moi. Si je revenais vers Mérédith et lui, je finirais par repartir à nouveau. L'appel de l'océan sera le plus fort, je le sais Jack, je le sens, ce n'est pas du sang qui coule dans mes veines mais de l'eau salée. Alors même si j'ai envie de connaître ce petit garçon, de savoir si il me ressemble, je préfère rester à distance plutôt que de leur briser un jour le cœur. Il ne me connaît pas, je ne peux pas lui manquer. »

 

Jack le regarda un instant et repensa malgré lui à sa mère, à sa sœur, aurait-il préféré ne pas les connaître? Il resta un long moment silencieux puis prit le bras de Bill.

« Si tu veux j'ai présentement un navire et j'aurais besoin de bons marins.

- Tu es capitaine mon gars ? »

Jack bomba fièrement le torse.

« Capitaine Jack Sparrow, pirate des Caraïbes et autres océans, futur détenteur du trésor de Cortès ! »

Bill le regarda avec nostalgie.

« Tu rêves toujours d'être le meilleur Jack.

- Je n'en rêve pas, je le suis. Regarde Bill voilà mon navire, le Black Pearl. »

Bill ouvrit la bouche, un instant sans voix.

« Il a coulé. Je l'ai vu c'est impossible, comment as-tu ?

- Je suis le Capitaine Jack Sparrow… E je voulais ce navire plus que tout au monde. Alors tu te joins à nous ?

- D'accord Jack. »

 

Jack avança de sa démarche chaloupée que Bill lui avait toujours connue et posa sa main sur l'épaule de Barbossa avant de lui dire d'un ton joyeux.

« J'ai recruté un homme ! »

Barbossa le regarda et afficha un air interloqué, une file d'homme soigneusement alignés derrière lui. Jack l'engagea à se pousser de son chemin avec de petits gestes nerveux et vint se planter devant les hommes.

« Je suis le Capitaine Jack Sparrow, du Black Pearl. Commença-t-il sans prêter attention à l'air exaspéré de Barbossa qui commençait à en avoir assez de l'entendre répéter sans cesse qu'il était capitaine. Êtes-vous prêts à entamer un long voyage ? Un périple qui sera peut être dangereux ? Toi ! Répond ! Ordonna Jack en désignant un homme au hasard.

- Oui Capitaine. » Répondit l'homme une lueur avide dans le regard.

Jack arbora un petit air satisfait de lui-même avant de crier brutalement.

« Alors en route tas de fainéants ! L'océan nous attend ! »

 

Tandis que les hommes s'empressaient d'obéir, accompagnés par Hector et Bill, Jack caressa le compas qui pendait à sa ceinture avant de monter à bord du Black Pearl. Avec son aide, il trouverait l'île de la Muerta et deviendrait ainsi le plus fameux des pirates d'Espagne. C'est avec cette pensée en tête qu'il guida le Black Pearl hors de la baie de Tortuga, laissant la brise marine caresser son visage, tandis que Barbossa dirigeait l'équipage d'une main de fer et que Bill faisait connaissance avec ses nouveaux compagnons de voyage.

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