Chapitre 17 Ce que mon coeur désire le plus

Après avoir accompli le double exploit d'échapper conjointement à Beckett et à Amand, Jack reprit lentement la direction du port, satisfait de cette aventure dont il s'était tiré beaucoup mieux qu'il ne l'avait redouté. Malgré lui, son esprit revenait sans cesse vers la petite fille triste qu'il avait rencontrée. Il espérait de tout cœur l'avoir aidée car il connaissait la douleur de la perte d'une mère même s'il évitait d'y penser depuis un grand nombre d'années déjà. Cependant, cette rencontre et la détresse de l'enfant avaient réveillé les vieilles blessures qu'il croyait avoir enfouies à jamais au fond de lui. Il s'appuya un bref instant contre un mur et s'efforça de calmer la vague de chagrin qui venait de le cueillir par surprise. Des années après l'abandon de sa mère et de sa sœur, son cœur saignait toujours autant.

 

Il se redressait et s'efforçait de reprendre une contenance lorsqu'une femme emplie de sollicitude s'approcha de lui.

« Vous allez bien mon père ? »

Jack mit quelques secondes à réaliser que c'était à lui qu'elle s'adressait, ayant complètement oublié l'habit qu'il avait revêtu pour mieux passer inaperçu.

« Parfaitement, allez en paix. » Ajouta-t-il pour faire bonne mesure.

 

Jack mit à profit le trajet qui conduisait à la ville portuaire la plus proche pour reprendre son sang-froid. Il ne devait pas repenser à sa mère ou à ce qu'elle aurait dit en voyant son fils pirate et poursuivi par des soldats. Elle lui avait préféré un de ces sales français et ne méritait plus qu'il s'appesantisse sur elle. La pensée de sa mère, le conduisit néanmoins à réfléchir au parchemin qu'il avait dérobé à Feng. D'un geste précis, il le sortit de l'endroit où il l'avait dissimulé et commença à relire la liste pour la centième fois au moins depuis qu'elle était en sa possession. De La Fuenté. Le nom de jeune fille de sa mère, peut-être était-ce un signe du destin, peut-être était-il en mesure de trouver le trésor de la Muerta ? Mais il ne savait toujours pas comment et malgré ses recherches discrètes, il n'avait plus jamais entendu parler de ce trésor dont l'existence lui paraissait de plus en plus sujette à caution. Aussi fourra-t-il à nouveau le papier dans sa poche, se promettant d'y penser plus tard.

 

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Les années passèrent sans lui apporter plus de renseignements ni d'événements marquants. Jack voyagea de navires en contrées, de pays inconnus en jonques hostiles. Mais il eut beau chercher, explorer le monde, il ne parvint pas à donner le sens qui manquait si cruellement à son existence. Il errait sans but, sans espoir, à la dérive dans une vie de plaisir qui ne lui apportait ni la paix, ni le bonheur auxquels il aspirait tant. Il se noyait dans le rhum et dans les bras des catins pour oublier sa solitude et le sentiment d'abandon qui couvait toujours en lui, prêt à ressurgir à tout instant.

 

Jusqu'au jour où, alors qu'il se trouvait dans la taverne d'un port dont il ignorait même le nom, un vieil homme à la peau parcheminée vint s'asseoir à ses côtés. Jack leva un regard abruti par l'alcool vers lui.

« Tu paies ta tournée l'ami ?

- Si tu veux Jack.

- On se connaît ? Demanda Jack d'une voix mal assurée en plissant les yeux.

- P'têt bien. » Répondit l'autre en lui avançant un verre.

Jack, le but et afficha un air sardonique. Il était sûr de ne pas connaître le vieil homme mais profita sans scrupules de l'occasion de se rincer le gosier sans débourser.

 

Au bout d'un moment, l'homme commença à parler.

« J'ai vu la bête immonde tu sais …

- Pardon ?

- Il a coulé le navire, puis le Hollandais Volant est venu moissonner les âmes. Continua l'autre, le regard perdu.

- Dis donc l'ami tu es sûr de ne pas avoir trop forcé sur le rhum ? Le Hollandais Volant n'est qu'une légende, tout le monde sait ça.

- Une légende ! S'écria l'homme, qui montra son bras déformé par une blessure qui ressemblait à s'y méprendre à une trace de ventouse. Est-ce là le résultat d'une légende ? » Cracha-t-il sous les grimaces de dégoût des marins les plus proches.

 

Jack lui-même détourna le regard un instant, ne sachant plus quoi penser, tandis que le vieillard reprenait la parole.

« Le Hollandais Volant et son Capitaine Davy Jones, disposent de pouvoirs fabuleux, ils règnent sans partage sur les océans, commandent le terrible Kraken et ont le pouvoir d'envoyer par le fond ou de ramener à la surface n'importe quel navire !

- Vraiment ? Demanda Jack songeur.

- Oui, du moins si on croit à ces histoires… » Sourit l'homme qui jeta une poignée de menue monnaie pour payer son rhum avant de sortir sans se retourner.

 

Jack ne s'en rendit même pas compte tout à la révélation que son cœur attendait tant et qu'il venait d'avoir. L'histoire du marin venait de lui ouvrir des perspectives qu'il n'avait jamais envisagées. S'il trouvait Jones peut être pourrait-il passer un marché avec lui, et récupérer la seule chose qu'il désirait dans ce bas monde, le Wicked Wench ! Ainsi il réparerait en partie l'acte terrible de Sao Feng en ramenant à la vie le navire sur lequel il avait appris à aimer la mer. Il en deviendrait le capitaine, et prendrait sa revanche sur le destin. Jack sourit, oui plus il y pensait, plus il trouvait cette idée séduisante. Le Capitaine Jack Sparrow, l'homme qui possédait le navire le plus rapide des Caraïbes, l'homme qui allait trouver le fabuleux trésor de la Muerta ! Décidément ça sonnait bien, se félicita-t-il. Le cœur gonflé par l'espoir d'avoir enfin un but et la volonté affermie, Jack se souvint des paroles prononcées par Tia Dalma au sujet du compas qui ne quittait jamais sa ceinture.

 

« Garde le précieusement et quand tu sauras vraiment ce que tu veux, reviens me voir. »

 

Jack se leva alors rapidement et sortit de la taverne d'un pas décidé. Il avait enfin trouvé son but et il l'atteindrait coûte que coûte.

 

Il se mit donc en route pour le bayou et se débrouilla tant bien que mal pour y parvenir, pressé de réaliser son projet et certain qu'il pouvait compter sur Tia pour l'y aider.

 

()()

 

Seul comme toujours, il pénétra dans la cabane de Tia sans frapper, sachant très bien que sa vie était aussi solitaire que la sienne. La belle prêtresse leva son regard sombre sur lui lorsqu'il pénétra dans la pièce et un sourire sensuel étira ses lèvres.

«  Je t'attendais.

- Me voilà ma belle. » Répondit Jack sans plus s'étonner de la prescience dont elle faisait preuve.

Le sourire conquérant, il jeta un petit regard aux formes de la femme que sa robe ajustée qui avait connu de meilleurs jours mettait en valeur avant de s'approcher d'elle d'une démarche féline. Il lui sourit d'un air joueur.

« Je sais ce que je désire le plus au monde en ce moment même. »

 

Pendant un bref instant de pur bonheur, Tia s'imagina qu'il était revenu pour elle, que finalement il était tombé amoureux d'elle et répondait à ses sentiments. Jack l'embrassa tendrement, sa bouche épousa la sienne dans un baiser qui la fit frissonner tandis qu'il la guidait doucement vers son lit sans qu'elle ne songe à protester.

 

Quelques heures agréables passèrent, au terme desquelles Jack se leva. Il remit ses vêtements avec détachement et prit tout son temps avant de reprendre la conversation.

« Que sais-tu de Davy Jones ? »

Cette question à un tel moment surprit Tia qui frissonna avant de répondre à contre cœur.

« Qu'il vaut mieux l'éviter lorsqu'on est un marin.

- Est-ce que c'est vrai qu'il a le pouvoir de renflouer les navires ?

- Oui c'est exact mais le prix qu'il demande est disproportionné, il n'accepte que les âmes en paiement de ses services. Un siècle de servitude tel est invariablement son tribut. Lui précisa Tia d'un ton grave.

- Très bien si c'est le seul moyen, je paierais le prix. Annonça Jack d'une voix calme.

- Oh, et quelle est donc cette chose si précieuse à tes yeux pour la possession de laquelle tu te dis prêt à sacrifier ta liberté ? Une femme ? » Se moqua Tia, le cœur serré à l'idée que la réponse puisse être oui.

 

Jack la regarda d'un air exaspéré.

« Bien sûr que non, aucune femme ne vaut qu'on sacrifie sa liberté pour elle ! En revanche un navire...Un vrai navire, qui me conduira partout où j'aurais envie d'aller, ça, ça en vaut la peine ! S'exclama Jack d'une voix vibrante d'amour

- Je vois … Soupira Tia, vaincue. Donc ce que tu veux le plus au monde c'est un bateau.

- Oui. Tu m'avais dit de revenir lorsque je saurais ce que je désire le plus, me voilà. »

Tia soupira en lisant la détermination farouche inscrite dans ses yeux et sur son visage et se rendit compte que toute finasserie était inutile.

« Si c'est vraiment ce que tu veux, si c'est vraiment ce navire-là, le compas t'y conduira.

- Tu te moques de moi ! Il n'indique même pas le nord !

- Non chéri. C'est un objet magique. Il indique où se trouve ce que tu désires le plus au monde… »

 

Jack, la regarda alors attentivement pour sonder son visage, craignant qu'elle se fiche de lui. Tia le laissa terminer son examen avant de reprendre d'une voix caustique.

« Si tu ne me crois pas ou si tu n'en veux pas … »

Jack posa instinctivement la main sur son compas.

« Non je le garde il est à moi !

- Alors ouvre-le et il te mènera au plus cher désir de son ton cœur. »

 

Avec une expression de ravissement sur le visage qui le fit paraître plus jeune, Jack ouvrit le compas et regarda l'aiguille hésiter avant de se fixer une fraction de seconde.

« Pense que Davy Jones est le moyen de te donner ce que tu veux… » Soupira Tia.

Jack l'écouta et vit l'aiguille se fixer sans hésitations, il lui sourit alors.

« On dirait bien que j'ai un cap Tia.

- Il semblerait oui. Répondit elle d'une voix triste en voyant Jack se tourner, le regard brillant vers l'horizon qui semblait l'appeler.

- J'arrive ma belle… » Murmura-t-il.

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