Chapitre 11 Un nouveau capitaine

 

Singapour, un an plus tard.

 

Sao Feng mit pied à terre et ordonna à ses hommes d'amarrer la jonque avant de se tourner vers celui qui l'accompagnait.

« Dis-moi Jack qu'est-ce qui te permet d'affirmer que tu es digne de faire partie de l'équipage de L'Empress ? »

L'homme qui l'accompagnait lui fit un sourire carnassier.

« Je t'ai aidé non ? »

Feng l'attrapa par le cou et se mit à serrer doucement.

« La marque que tu portes peut être une ruse Jack Sparrow. Qu'est-ce qui me prouve que tu me dis la vérité ? »

Jack prit un moment avant de répondre avec un grand sourire ironique.

« Rien du tout …Tu vas devoir te fier à ma bonne mine.

- Pourquoi la piraterie ?

- Pourquoi pas ? Rétorqua Jack.

- Je dois y réfléchir. Retrouve moi ce soir au temple, je te ferais part de ma décision te concernant. » Susurra Feng d'un air inquiétant avant de s'éloigner sans attendre de réponse.

 

Jack, pensif, le regarda partir. Sao Feng un des pirates les plus dangereux et les plus redoutés. Il régnait sans partage ou presque sur cette portion du monde. Son visage rude accusait les stigmates d'une existence difficile et la discipline qui régnait à bord de L'Empress n'avait rien à envier aux plus stricts navires de la Compagnie. Jack sourit et regarda autour de lui.

 

Singapour… Curieusement, il aimait cette ville qu'il n'avait pas connue lorsqu'il était encore quelqu'un de bien. Les odeurs, la vie qui bruissait, les jonques aussi, partout de l'eau, la mer. Tout ce que Jack aimait. Tellement différent de l'endroit d'où il venait.

 

()()

 

Après avoir quitté Tia Dalma, Jack n'avait pas pu s'empêcher de se rendre à Port Royal. Il y avait pénétré de nuit, comme un voleur, pas encore assez sûr de lui pour vouloir se faire remarquer. Ses pas l'avaient menés presque malgré lui à la forge dans laquelle il était entré silencieusement le cœur battant. Un homme s'était retourné à son entrée. Un homme qui n'était pas Grant Sparrow. Il avait demandé à Jack ce qu'il désirait et ce dernier avait usé ses derniers sous pour se commander une épée. L'air de rien, Jack avait posé des questions à l'homme qui lui avait raconté que son prédécesseur avait disparu un beau matin il y avait déjà presque cinq ans. Jack avait cru que son cœur allait s'arrêter de battre, son père était parti et nul ne semblait savoir ce qu'il était devenu.

 

Mr Brown, le nouveau forgeron, lui avait servi un verre et lui avait raconté sur le ton de la confidence que Grant avait été aux dires de ses clients, un excellent forgeron mais que le départ de sa femme et de sa fille l'avait poussé dans les tavernes et les bouges les plus infâmes. Mr Brown enchaînant verre sur verre, avait raconté sans se faire prier la lente descente aux enfers de Grant Sparrow. Jack avait eu du mal à retenir son émotion lorsque Brown lui avait dit que le pire malheur de Grant avait été d'avoir un fils comme le sien. Il lui avait avoué ne plus se souvenir du nom du gamin mais en revanche il se rappelait très bien que ce dernier n'était qu'une mauvaise graine qui avait finalement fini par disparaître un beau matin, soulageant son père d'un poids énorme. Hélas trop tard pour le pauvre homme !

 

Jack d'une voix légèrement étranglée lui avait demandé si quelqu'un savait ce qu'était devenu le petit finalement et Brown avait haussé les épaules. Il supposait que ce dernier avait sûrement fini pirate ou pendu comme tous les voyous de son espèce comment aurait-il pu finir d'autre ? Jack n'avait pas su quoi répondre et avait finalement avisé un sabre qui gisait, plein de poussières, dans un coin. Lorsqu'il l'avait montré à Brown celui-ci lui avait dit que cette pièce était là depuis longtemps et que c'était celle sur laquelle avait travaillé Grant avant de quitter définitivement son commerce. Mu par une impulsion Jack l'avait achetée tandis que Brown empochait un joli bénéfice sur le travail de Grant.

 

Muni de la dernière arme forgée par son père, Jack avait donc tourné le dos définitivement à Port Royal et embrassé la carrière de pirate. De navire en navire, de taverne en taverne, Jack avait fini par être ramassé par Sao Feng et ses hommes dans un port.

 

Et leur avait immédiatement sauvé la mise en reconnaissant parmi eux un agent de la Royal Navy qui s'apprêtait à trahir l'emplacement de leur repère. Un coup de pouce du destin grâce auquel Jack se retrouvait à présent dans les rues de Singapour.

 

()()

 

Jack cherchait comment tuer le temps en attendant l'heure de son rendez-vous avec Feng lorsqu'il avisa le réduit d'un tatoueur. Il sourit. Pourquoi pas après tout ? L'homme s'inclina devant Jack et évalua en un clin d'œil sa mise. Jack dévoila quelques pièces d'un sourire.

« Que désirez-vous ? » Lui demanda l'autre avec un accent rocailleux.

Jack retroussa sa manche jusqu'au-dessus de sa marque et apprécia au passage le léger frissonnement de l'artisan.

« Un moineau libre qui s'envole vers l'horizon. » Lui dit Jack sur un coup de tête.

L'homme s'inclina.

« Il en sera fait selon vos désirs… »

 

Jack laissa patiemment l'homme le tatouer puis le paya sans faire d'histoire à la grande stupéfaction de l'autre. Une fois dans la rue, Jack soupesa la bourse pleine dont il avait délesté le client suivant de l'artisan et se mit en devoir de chercher de quoi s'abreuver. La journée commençait bien, décidemment.

 

Jack trouva un établissement caché entre deux boutiques et y pénétra en souriant, sentant qu'il allait trouver son bonheur. L'endroit fut conforme à ses espérances. L'alcool coulait à flots et Jack se fit un devoir de lui faire honneur jusqu'à ce qu'une femme, étroitement sanglée, ne fasse son apparition et s'assoit sans gêne en face de lui. Jack sourit plus largement encore. Le rhum, les femmes, l'argent qui coulait à flots. Que demander de plus ? La femme leva vers lui des yeux d'un bleu limpide qui rappelèrent brutalement et douloureusement Anne à Jack. Machinalement il porta sa main à ses cheveux et tritura la petite perle qui y était accrochée, seul vestige de ses rêves de bonheur matrimonial avec la jeune anglaise.

 

La femme le dévisagea intensément et attendit qu'il parle.

« Comment t’appelles-tu ? » Demanda Jack qui avait encore en mémoire sa toute première nuit de plaisir. A l'issue de cette dernière il s'était juré de ne plus jamais coucher avec une femme dont il ignorait le prénom.

« Alexandria. » Lui répondit la femme, étonnée.

Jack lui fit un sourire charmeur et s'efforça de ne pas penser à celle qui lui avait brisé le cœur

« Alexandria … Répéta-t-il. Alors dis-moi quel est ton prix ? Demanda-t-il rudement.

- Mon prix ? »Bégaya la femme surprise par le brutal changement qui s'opérait chez Jack.

Ce dernier s'approcha doucement d'elle et laissa son regard errer sur les courbes de son corps avec un air approbateur.

« Ton prix … » Souffla-t-il à son oreille en lui glissant une pièce dans la main.

 

Sans mot dire Alexandria empocha la pièce puis se leva et lui désigna une chambre. Jack la suivit et, sitôt entré dans la pièce, embrassa son cou avant de la pousser sur le lit sans lui laisser le temps de protester. D'un geste brusque il lui ôta sa robe. Il déchira d'un coup de couteau précis les liens de son corset et fit jaillir sa poitrine avec un sourire de satisfaction. Lentement, Jack la fit sienne pour exorciser le souvenir de celle qui l'avait rejeté. Lorsqu'il eut terminé il se leva à la grande stupéfaction de la femme qui ne comprenait pas sa hâte.

« Tu pars ?

- Tu as été payée non ? Rétorqua Jack avec un sourire cynique. Alors que veux-tu de plus ?

- Je … » Commençai Alexandria qui jeta un air navré vers son corset inutilisable.

 

Jack ne lui laissa pas le loisir de finir sa phrase. Il continua son petit discours en déambulant dans la pièce et se rhabilla tout en parlant.

« Rien du tout ma belle. Vois-tu j'ai autre chose à faire que de perdre mon temps avec des donzelles. Alors si tu voulais… » Lui dit Jack en lui faisant signe de partir.

Suffoquée de rage Alexandria s'approcha de lui et le gifla à la volée. Jack, estomaqué, mais ne voulant pas perdre la face lui fit un grand sourire.

« Ça me convient. »

 

Alexandria, ne sachant plus quoi dire ou faire, sortit, folle de rage et encore à demi dénudée ce qui déclencha les rires égrillards des marins. Jack la suivit, l'air détaché. C'était si simple finalement. Levant son verre il se sourit à lui-même. Plus jamais, JAMAIS il ne laisserait une femme entrer dans son cœur, quelle qu'elle soit. Du reste toutes les femmes se ressemblaient, lui n'avait pas besoin d'elles, enfin sauf pour assouvir certaines envies songea-t-il en souriant. Non, son premier et unique amour était l'océan et c'était très bien ainsi.

 

Jack resta dans cette taverne une bonne partie de la journée et laissa traîner ses oreilles un peu partout pour tuer le temps. Il sourit, amusé, en entendant les hommes proches de lui raconter une histoire selon laquelle un trésor aztèque gisait dans les mers des Caraïbes. Un trésor que nul n'avait jamais vu, constitué de l'or que Cortez avait exigé des aztèques. L’or était censé se trouver sur une île, l'île de la Muerta, qui ne se trouvait sur aucune carte et que seul celui qui en connaissait le chemin pouvait trouver. Cela fit éclater de rire Jack qui ne put s'empêcher de lancer une remarque acide.

« Et comment on sait qu'il existe alors ce trésor ? Puisque personne ne l'a jamais vu. »

Le petit groupe le regarda d'un air chagrin, cette question ne leur était pas venue à l'esprit.

« On raconte qu'il y a un manuscrit qui en parle, sur lequel figure la légende de la Muerta. Répondit un vieillard.

- Oh ! Et ce parchemin explique sans doute la route qu'il faut prendre pour trouver cette île de la Muerta ? Reprit ironiquement Jack.

- Non gamin. L'or est maudit. Quiconque s'en empare le devient également. C’est pour ça que le parchemin existe. Pour mettre en garde les fous qui tentent de voler les aztèques. »

 

Jack lui sourit, sûr de lui.

« Je ne crois pas à ces histoires. Déclara-t-il en se levant. Ce ne sont que des contes pour endormir les enfants. Sur ce Messieurs, je vous laisse. J'ai un capitaine à rencontrer et qui sait peut être qu'un jour je trouverais le trésor de la Muerta ? » Ricana Jack.

Il sortit trop rapidement pour entendre la réponse du vieil homme.

« Tu y croiras Jack Sparrow. Un jour tu y croiras. Guidé par le destin…

- Hein ? Fit son voisin le plus proche qui n'avait rien compris.

- Rien, ma mission ici est terminée. »Murmura le vieil homme avant de s'éloigner.

 

()()

 

Jack, le cœur battant mais tentant de le cacher progressa vers le temple où l'attendait Sao Feng. Ce dernier l'avait fait suivre tout au long de la journée et ses divers informateurs ne lui ayant rien rapporté d'extraordinaire, il était donc disposé à se débarrasser de ce jeune homme. En effet, Feng n'aimait pas avoir des dettes et Jack lui avait sauvé la mise.

 

Jack entra silencieusement et le prit au dépourvu alors qu'il était plongé dans la lecture d'un manuscrit tombé miraculeusement dans ses mains il y avait à peine quelques heures, déposé par un vieillard semblait-il. Jack s'assit nonchalamment en face de Feng sans attendre d'y être invité. Voyant le parchemin que l'autre tentait de dissimuler il sourit, l’incident de la taverne encore en mémoire.

« L'or maudit des aztèques ? » Plaisanta-t-il.

 

Feng tressaillit. Comment avait-il su ? Sans se donner la peine de répondre à la question qui lui avait été posée, il fixa Jack dans les yeux.

« Tu viens bien des Caraïbes toi ?

- Je suis ce qu'elles ont produit de meilleur !

- Très bien Sparrow. Je te donne ta chance. Mais n'essaie pas de me doubler ou il t'en cuira.

- Voyons, je suis un pirate tout comme toi Feng.

- Capitaine Sao Feng Sparrow, ne l'oublie surtout pas. Précisa Sao en se levant, empochant le précieux manuscrit. Allez dépêche-toi nous quittons Singapour dans l'heure. »

Jack, souriant, le suivit. Il avait trouvé un nouveau capitaine …

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