Chapitre 8 Juste une larme

Un mois et demi plus tard, Port Royal.

 

Elizabeth ouvrit brutalement les yeux, aux aguets. Sentant qu'elle ne parviendrait plus à trouver le sommeil, elle passa un vêtement avant de se diriger comme hypnotisée vers la mer. Elle resta de longues minutes à contempler l'océan que seule la lune éclairait tandis que le vent jouait dans ses cheveux et écartait les pans de son vêtement, dévoilant son ventre qui déjà s'arrondissait un peu. Presque invisible, une larme roula sur la joue de la jeune femme. Les derniers mois n'avaient pas été faciles pour elle et elle avait du mal à accepter le fait qu'elle ne reverrait plus jamais Jack. Chaque jour elle pensait à lui, elle ne réussissait pas à l'oublier et ne le souhaitait pas. Doucement elle posa la main sur son ventre, pour protéger inconsciemment l'enfant qui grandissait en elle. Leur enfant à Jack et à elle. Le regard perdu vers l’horizon, elle se souvint du choc que cette nouvelle lui avait causé. C’était Tia Dalma qui la lui avait annoncée là-bas, dans le bayou.

 

Elizabeth se rappela la peine, la souffrance, qui avaient été les siennes à la mort de Jack puis cette incompréhensible nuit passée dans les bras de Will, à faire l'amour, à se découvrir. Le réveil avait été difficile. Aujourd’hui encore, elle se souvenait douloureusement de ce qu’elle avait ressenti, de son dégoût d’elle-même et aussi de sa confusion devant ce qu’elle avait fait. Elle s'était arrachée aux bras de Will, prenant garde de ne pas réveiller le jeune homme, et s'était rhabillée comme dans un cauchemar avant de marcher droit devant avec la ferme intention de rejoindre Jack par n'importe quel moyen. Tia l'avait suivie et l’avait retenue de justesse, tremblante de rage.

« Alors la voilà la femme que Jack admirait pour son courage, pour son appétit de vivre !! » Lui avait-elle lancé d’un ton méprisant.

 

Désemparée, Elizabeth s'était retournée vers elle pour se dégager, pétrie de remords devant ce qu'elle avait fait, devant son manque d'honnêteté tant à l'égard de Will que de Jack.

« Vous ne vous rendez pas compte, j'ai fait quelque chose d'impardonnable cette nuit ... comment ai-je pu faire ça ? Comment ai-je pu oublier Jack aussi vite ?

- Vous n'êtes pas responsable de ça. C'est moi qui ai fait en sorte que ça se produise. Je vous ai fait boire une potion qui a disons, aiguisé vos sens à tous les deux. Avait répondu Tia un rien embarrassée.

- Vous avez quoi ! ?? Mais pourquoi avez-vous fait ça ?? »

Tia Dalma avait hésité longtemps avant de lui répondre. Puis, presque tendrement, elle avait pris la jeune femme par la main et lavait forcée à sasseoir. D'une voix douce elle lui avait dit ce qu'elle savait, ce dont elle était sûre à présent.  

« Elizabeth. Crois moi je n'ai pas fait pas ça pour vous faire du mal mais pour vous protéger. J’ai fait ce que Jack aurait voulu je pense, pour vous et pour votre enfant.

- Mais de quoi parlez-vous ? Quel enfant ?? »

Tia s'était accordée un instant avant de répondre à cette question.

« L'enfant que vous avez conçu avec Jack. »

 

Toute sa vie Elizabeth se rappellerait les sentiments qui l'avaient traversée lorsqu'elle avait compris que Tia Dalma lui disait la vérité. Une bouffée de joie débordante, le besoin farouche de protéger son enfant et puis le poids de la peine qui lui retombait brutalement sur les épaules. La mort de Jack. Le gâchis de leurs vies détruites, cet enfant qui allait naître sans jamais pouvoir connaitre son père. Toutes ces pensées la traversèrent en une fraction de seconde et un sentiment d'injustice grandit en elle accompagné d’une bouffée de colère envers Jack qui ne serait pas là pour voir leur enfant grandir. Des larmes dans les yeux, elle s'était alors retournée vers Tia.

« Alors ce que j'ai fait avec Will est encore plus monstrueux. Me donner à lui alors que je porte l'enfant de Jack en moi. Cet enfant qui ne connaître jamais son père à cause de moi, à cause de mon indécision. Je ne me pardonnerais jamais ce qui s'est produit. Si Jack ne m'avait pas connue il serait encore vivant, il serait libre et Will serait encore heureux. Au lieu de ça, nos vies à tous les trois sont brisées et Jack est mort. Avait-elle gémit. Et moi je me sens incapable de vivre avec ce poids. Que dirais-je à mon enfant quand il me demandera où est son père ? Et Will comment vais-je lui expliquer que je porte l'enfant de Jack ? Surtout après cette nuit ? » 

Tia avait plongé son regard sombre dans le sien, la fouillant jusqu'au tréfonds de son âme.

« Vous n'allez rien dire du tout ... Vous allez faire ce que Jack aurait voulu que vous fassiez pour qu'à son tour il soit fier de vous. William vous aime et il aimera cet enfant. Votre bébé ne souffrira pas de l'absence de son père. Ce sera celui de Will. Il grandira dans un foyer aimant, dans une famille heureuse loin des dangers qui peuvent guetter l'unique rejeton du Capitaine Jack Sparrow. C’est pour ça que je vous ai drogués. »

 

Elizabeth s'était sentie horrifiée devant le plan que suggérait l'autre femme.

« Vous voulez que je mente, que je fasse croire à Will qu'il est le père de mon enfant ! ?

- Pour le protéger Elizabeth ! Ce que je vais vous dire va sans doute vous paraître très dur, mais Jack est mort vous ne pouvez rien changer à ça. Par contre votre enfant lui est en vie tout comme Will et vous-même. A présent, vous pouvez choisir de dire la vérité et de briser la vie de Will, de votre enfant et la vôtre. Ou alors vous pouvez prendre sur vous et faire ce qui est nécessaire pour protéger le bébé de Jack puisque son père n'est plus là pour le faire.

- Mais Will...

- Il vous aime et il a confiance en vous tout comme il aimait Jack. Sa mort a été atroce pour lui aussi, ne rajoutez pas à sa peine en lui révélant votre trahison. Jack n'a pas mérité sa haine, son seul tort a été de vous aimer. »

 

Elizabeth était restée un long moment sans rien dire puis elle s'était tournée vers Tia

« J'ai besoin de réfléchir, seule. 

- Soit mais n'oubliez pas ce que je vous ai dit, rien, aucun sacrifice ne pourra vous rendre Jack. » Avait déclaré Tia avant de s'éloigner.

Elizabeth était restée des heures dans le bayou et finalement elle avait pris sa décision. Parce qu'un jour Jack lui avait dit qu'il admirait ceux qui étaient prêt à faire le nécessaire et que plus que tout elle voulait se montrer à la hauteur.

 

Un violent coup de vent la ramena à la réalité, la sortant de ses souvenirs douloureux. La décision qu'elle avait pris ce matin-là avait été la plus difficile de toute sa vie et même maintenant elle n'était pas sure qu'elle soit la bonne. Elle s'assit sur un gros rocher et serra entre ses doigts le petit dragon qui n'avait plus jamais quitté son cou depuis qu'il était entré en sa possession. Tia avait bien tenté de lui reprendre, arguant que le garder pourrait les mettre tous en danger mais elle ne l'avait pas laissée faire. Cette amulette représentait tout ce qui lui restait de Jack et elle ne parvenait pas à s'en détacher. Elle la gardait toujours près de son cœur à l'abri des regards tout comme elle dissimulait sa grossesse aux yeux du monde.

 

Tia s'était fait une raison à regret, elle avait compris que quoiqu'il arrive Elizabeth ne céderait pas même si elle ne parvenait pas à comprendre l'attachement d'Elizabeth au petit dragon. C’était presque comme si la jeune femme avait compris ce qu'il était vraiment, ce qui était impossible. Seuls quelques initiés savaient que l'amulette renfermait une partie de l'âme de celui ou de celle qui s'était sacrifié. Et Elizabeth ne faisait pas partie de ces derniers. Du reste, Tia ne lui avait pas appris, cela n'avancerait à rien la jeune femme de savoir ça. Il était déjà exceptionnel en soi que l'amulette conserve sa couleur rougeâtre signe qu'un lien très étroit unissait la porteuse et le supplicié. En dire plus n'aurait rien apporté, hormis un surcroît de souffrance pour tous.

 

Elizabeth laissait ses larmes couler librement, le vent qui jouait avec ses cheveux lui faisait l'effet d'une caresse sur sa peau, juste un effleurement qui lui rappela douloureusement Jack. Ça faisait déjà plus d'un mois qu'il avait disparu et elle ne parvenait toujours pas à l'admettre malgré tout ce qu'elle savait sur son sort. Doucement elle posa la main sur son ventre et s’adressa à son enfant comme elle avait pris l'habitude de le faire depuis quelques jours.

« Je suis tellement désolée. Murmura-t-elle. Tellement triste de savoir que tu ne rencontreras jamais ton père. Jack était un homme bien, un pirate qui avait le sens de l'honneur. Bien sûr tu entendras parler de lui. Beaucoup te diront que Jack ne valait pas grand-chose, qu’il n'était qu'un pirate sans âme et sans cœur mais c'est faux. Il était bien plus que cela et je veillerais à ce que tu le saches ... »

Perdue dans ses souvenirs Elizabeth ne put s'empêcher de penser à son retour à Port Royal. Dune certaine manière la mort de Jack lui avait facilité les choses. C’était horrible mais tel était bien le cas. Lord Beckett possédait à présent le cœur de Jones grâce à la trahison de Norrington et avait appris la disparition de son vieil ennemi. Satisfait, Beckett avait "généreusement" amnistié Elizabeth et Will arguant du fait que c'était en partie grâce àeux que la terre avait enfin été débarrassée de la présence de Jack Sparrow. En entendant cela, Elizabeth avait dûse retenir de toutes ses forces pour ne pas hurler. Seule la pensée de son enfant et son désir de le protéger l'avait retenue de le faire. Elle avait eu plus de mal àse contrôler face àson père, en apprenant la nouvelle celui-ci avait pris une mine navrée tout en déclarant d'un ton apaisant que c'était mieux ainsi sans parvenir tout à fait à cacher le soulagement que lui inspirait la nouvelle. Une fois de plus elle avait dû se maîtriser, se retenir de lui crier que celui dont il parlait avec tant de désinvolture n'était autre que le père de son futur petit enfant. Mais elle s'était tue comme elle le faisait depuis des mois. À présent sa vie se résumait à cela, se taire, enfouir ses sentiments, cacher sa peine la plupart du temps et pleurer lorsqu'elle était seule face à elle-même. Le seul à Port Royal qui avait été près de découvrir la vérité était Norrington, lorsquil avait appris la nouvelle il avait longuement fixéElizabeth et fouilléses yeux comme pour y lire une confirmation avant de déclarer avec une fausse désinvolture qu'assurément elle devait être bien peinée par le décès d'un homme qui lui était si cher et si proche. Manière à la fois élégante et ironique de lui présenter ses condoléances. Une fois de plus elle avait cachéce qu'elle ressentait. Elle avait très bien compris que la sécurité de son enfant, de leur enfant dépendait de son silence. Mais il y avait des moments comme cette nuit où elle ne pouvait plus cacher sa peine... 

 

Délicatement, sans réfléchir à ce qu'elle faisait, Elizabeth serra son amulette entre ses doigts, toute entière habitée par le souvenir de Jack. De toute son âme elle s'adressa à lui en pensée.

Jack. Je voudrais tant que tu sois ici près de moi, que tu me serres contre toi, que tu me fasses rire avec tes pitreries. Je donnerais tout ce que j'ai pour entendre encore une fois le son de ta voix. Pour te voir prendre notre enfant dans tes bras. Tu n'as pas idée de tout ce qu'il me restait encore à te dire. Tu es mort sans même savoir que je portais ton enfant. Le plus beau cadeau que tu pouvais me faire. Je t'aimais Jack. J’ai longtemps refusé de l'admettre mais au fond je l'ai toujours su. Depuis le premier jour, dès la première seconde où ton regard s'est posé sur moi. Oh Jack pourquoi es-tu parti ? Pourquoi si vite ? Pourquoi alors que j'avais tant besoin de toi ? Pensa-t-elle tandis que ses larmes roulaient sur ses joues et que le vent continuait à jouer avec son vêtement

 

Elizabeth ferma les yeux et tendit son cœur vers celui qu'elle aimait sans pouvoir le dire à quiconque.

Tu me manques Jack, tes sourires me manquent, tes caresses aussi. Si tu savais à quel point j'aimerais savourer encore une fois le goût de tes lèvres, sentir ton souffle sur ma peau, tes mains sur mon corps, juste une dernière fois. Juste pour encore connaitre le bonheur d'être auprès de toi. Songea-t-elle

A cet instant précis, le petit dragon sembla se réchauffer dans ses mains tandis que dans son esprit, une voix tout d'abord ténue s'élevait.

 

« Tu m'aimais donc trésor, tu vois je t'avais dit que tu ne pourrais pas résister. Que tu voudrais savoir ce que ça fait. »

Elizabeth sursauta brusquement en reconnaissant la voix de Jack et son cœur accéléra

Mais comment est-ce possible ? Pensa-t-elle.

« Jack ?? Jack où es-tu !! Commença-t-elle à crier sans s'en rendre compte.

- Je suis là ma Lizzie. Tout comme je te l'avais promis juste pour toi, je ne te quitte pas mon ange. Jamais. »

Complètement perdue, Elizabeth crut un instant qu'elle devenait folle et qu’elle imaginait la voix de Jack, que tout ceci était dans sa tête.

« Non trésor, je suis là enfin si on peut dire.

-Mais Jack comment est-ce possible ? Prononça-t-elle

- Je suis le Capitaine Jack Sparrow !!! »

En entendant cela Elizabeth laissa ses larmes s'écouler. Elle ne comprenait pas comment une telle chose était possible mais c'était bien vrai elle entendait Jack. Pour la première fois depuis qu'il était mort elle se sentit en paix et  

« Jack, j’ai tant et tant de choses à te dire.

- Je sais trésor ...

- Jack, je porte ton enfant »

Un instant Elizabeth cru l'avoir perdu. Elle n'entendait plus rien. Dans ses mains le petit dragon tremblait sans qu'elle s'en aperçoive tant son esprit était tourné vers Jack, cherchant à l'entendre à nouveau. Puis elle entendit un long soupir emplit de peine et la voix de Jack s'éleva à nouveau dans son esprit.

« Un enfant ... décidément la vie est cruelle, elle reprend tout ce qu'elle donne et même plus. Ma Lizzie je suis désolé, j’aurais aimé être là, lui apprendre à manœuvrer le Pearl. Être avec toi, avec vous.

- Jack ce n'est pas tout je.

- Ne t'inquiète pas mon ange je comprends et je ne te demande pas d'explications... Je te l'ai dit j'admire les personnes qui sont prêtes à faire le nécessaire aussi pénible que cela puisse être. Et du reste c'était ce que je voulais pour toi, que tu sois heureuse, que tu aimes.

- Jack, je

- Laisse-moi finir trésor. Si j'avais su pour l'enfant, j’aurais choisi un autre destin. Mais il est trop tard à présent ...

- Je ne comprends pas. Tu es là non ? Murmura Elizabeth avec de tristesse.

- Pas comme tu le voudrais mon ange, je crois que si tu peux m'entendre, c’est parce que tu le souhaitais du fond de ton cœur. Murmura Jack d'un ton mélancolique.

- Je t'aime Jack. Ça n'a pas changé et je sais à présent ce que je dois faire demain.

- Non ! Non ma Lizzie, ne fais pas ça. Ça ne changera rien au fait que nous sommes séparés. Je connais ton cœur Lizzie, je sais ce que tu ressens vraiment. N’essaie pas de lutter contre ça.

- Jack, sanglota la jeune femme. Je voudrais tant que tu sois là juste encore un peu.

- Mais je suis là. Ferme les yeux, ne résiste pas, viens. »

Sans dire un mot, Elizabeth obéit, les yeux clos elle laissa les sensations lenvahir. Le souffle du vent s'apparentait de plus en plus àune caresse àprésent et la voix de Jack l'emmenait loin, très loin. Sans qu'elle s'en rende compte les battements de son cœur accélérèrent à mesure que son esprit se liait plus étroitement à celui de Jack tandis que le petit dragon qui reposait dans sa main se réchauffait de plus en plus et tremblait au rythme du cœur d'Elizabeth ... 

 

A cet instant un cri de rage retentit dans tout le Purgatoire, Satine toujours prisonnière du siège sur lequel Jack l'avait attendue, hurla sa frustration. Ce n'était pas possible l'homme ne pouvait plus être. Il était en elle, elle l'avait absorbé lui et tous ses souvenirs, du moins le croyait elle. Et pourtant elle ressentait ses vibrations en dehors d'elle. Pire elle avait l'impression qu'il n'était pas seul et qu'il lui échappait de plus en plus. Alors Satine lutta pour le retenir. Jusqu’au moment où elle se rendit compte que d'une certaine façon il était toujours en elle, mais de manière différente. Il était dans l'amulette. Elle avait réussi, enfin d'une certaine manière. Habituellement seule une infime part de sa victime finissait dans l’amulette, et l'essentiel de son essence se fondait dans le dragon, le constituait et renforçait son pouvoir à chaque être absorbé. Mais cette fois ci, ça ne s'était pas passé comme prévu. L’homme avait réussi à lui échapper en préférant se fondre dans l'amulette plutôt qu'en elle. Satine chercha en elle-même les souvenirs de l'homme et n'en trouva pratiquement aucun. La seule chose qu'elle possédait de lui c'était le sentiment d'un désir ardent, le sourire d'une jeune fille qu'elle reconnue pour l'avoir entrevue sur l’Empress. Alors Satine sut comment l'homme avait fait pour lui échapper. Elle chercha dans les souvenirs de ceux qui la composaient et comprit que cet homme-là aimait tellement la jeune fille qu'il s’était accrochée à elle et qu'apparemment quelque chose s'était produit. Ce qui lui avait permis de rejoindre l'amulette. Son âme était là-bas, prisonnière sans doute mais il parvenait apparemment à établir un contact avec la femme. Il parvenait encore à ressentir. À penser par lui-même !! D'une certaine manière il jouissait encore d'une certaine liberté alors qu'elle avait totalement perdu la sienne. Satine poussa un nouveau cri de rage pure cherchant un moyen de rompre l'étreinte entre l'homme et la femme sans y parvenir, iIs étaient trop loin d’elle et de son pouvoir.

 

Une autre personne ne parvenait pas à trouver le sommeil cette nuit-là. William tournait en rond dans sa chambre, il avait l'impression d'être en cage. Des souvenirs, des désirs, qu'il avait cru oubliés revenaient à la charge le hanter. Un peu plus tôt il s'était réveillé en sueur, le cœur tambourinant dans sa poitrine après son rêve. Cette nuit-là, pour la première fois depuis des semaines, il avait rêvé de Jack. Il lui semblait encore sentir le goût des lèvres du pirate sur les siennes, la douceur de sa peau sous ses doigts, la chaleur de son étreinte. En repensant à cela Will étouffa un sanglot. Il ne pouvait pas, il ne devait pas y songer, plus jamais. Jack était mort et il ne le reverrait jamais.

 

Désemparé, Will sortit prendre l'air et se promena sur la cote où Gibbs avait amarré le Black Pearl. Le navire paraissait à présent vide, sans âme depuis qu'il était privé de son capitaine. Les marins avaient moins d'entrain et si Gibbs avait repris le commandement c'était plus parce qu'il ne voulait pas trahir Jack qui lui avait confié le navire que par ambition personnelle. Du reste le Pearl ne naviguait plus guère il restait à quai et se balançait mollement dans la crique la plupart du temps. C’est que les eaux chaudes des Caraïbes n'étaient plus très sures depuis que Lord Beckett dictait sa loi à Jones. Les fils du ciel avaient bien des difficultés à sauver leur peau, Will soupira tristement. Oui, tout avait bien changé depuis la disparition de Jack, ils avaient tous changés, lui y compris. Sa nuit avec Elizabeth n'avait pas réussi à effacer totalement de son esprit les caresses de Jack. Bien sûr Elizabeth était douce, si douce et il l'aimait tellement mais Jack lui avait apporté quelque chose de plus. Le premier, Jack lui avait fait découvrir ce qu'était la passion, le désir charnel et surtout l'impression d'être unique, fragile et désirable. Will poussa un long soupir de frustration. Mais qu'est ce qui ne tournait pas rond chez lui pour qu'il pense encore à Jack à ce point, pour qu'il le désire encore.

Oh Jack tu me manques tant, je voudrais tant que tu sois là surtout aujourd'hui ... Will fut interrompu dans ses regrets par la voix de son père.

« Will mon gars, le jour se lève, tu devrais te préparer c'est une journée importante pour toi. »Lui dit Bill qui avait presque retrouvé une apparence normale. 

Will sourit àson père s'efforçant d'oublier la manière dont ce dernier avait été libéré de l'emprise de Jones. En vérité, Beckett avait été tellement heureux de la mort de Jack qu'il avait choisi de récompenser Will pour le service qu'il lui avait rendu et avait ordonné à Jones de libérer son père. Un geste qui pouvait paraître généreux mais qui s'accompagnait de conditions que Will avait eu du mal à accepter. En vérité les exigences de Beckett auraient pu sembler minimes mais il n'en était rien. Le Lord tirait sa plus grande joie de voir Will ployer l'échine devant lui, ne pouvant répondre à ses sarcasmes, aux moqueries régulières qu'il adressait vers celui qu'il appelait Sparrow le plus souvent devant Will ou Elizabeth. Mais aucun des deux ne pouvaient lui répondre ils avaient l'un et l'autre trop à perdre Will serra les poings en repensant à cela.

Un jour Jack je lui ferais ravaler ses paroles à ce Lord de pacotille. Je te le jure je te vengerai, j'attendrai mon heure comme tu me l'as appris. Je ne ferai rien de stupide jusqu'àce que l'autre baisse sa garde et alors je le frapperai plus durement qu'aucun autre. Juste pour toi Jack, pour ta mémoire, pour que chacun se souvienne du Capitaine Jack Sparrow.

« William ? Mon gars faut y aller là, tu ne voudrais pas être en retard n'est-ce pas ? Pas aujourd'hui. »

Will interrompit ses tristes réflexions et décocha un sourire de gamin à son père.

« Non papa je ne veux pas être en retard, je vais m'habiller. »

 

Quelques heures plus tard,

 

Will, le sourire aux lèvres, l'air altier, se tenait face à l'océan. Le ponton tout autour de lui était décoré de lys blancs. Le vent faisait s'agiter les rubans clairs qui étaient disposés un peu partout tandis que la société présente attendait, les yeux rivés vers l'extrémité du ponton, que vienne celle pour qui le cœur de Will n'avait jamais cessé de battre. Enfin, un murmure secoua les invités alors qu'Elizabeth apparaissait accrochée au bras de son père et encore bien pâle après sa nuit sans sommeil. Avec un sourire le gouverneur accompagna sa fille jusqu'à l'autel, son cœur de père ému de voir enfin sa chère enfant se marier. À présent que ce pirate était mort il savait que plus rien ne viendrait faire vaciller le bonheur de sa tendre Elizabeth. Lentement, le gouverneur s'écarta et remit sa fille entre les mains de l'homme qu'elle avait choisi d'épouser tandis que les invités restaient muets, saisis par la tenue de la jeune femme. Elizabeth avait choisi une robe d'une blancheur immaculée, comme une sorte moquerie envers l'ordre établi et ceux qui en étaient les garants. Mais ce n'était pas la blancheur de la robe qui surprenait les invités c'était le médaillon rouge sang qui reposait au creux de sa poitrine et qui se détachait comme une blessure à vif sur la peau laiteuse de la jeune femme.

 

Will, le cœur débordant d'amour, se pencha sur sa fiancée et prit doucement sa main dans la sienne, caressant légèrement ses doigts. A cet instant, pour lui, nulle autre qu'Elizabeth ne comptait. Elle était sa femme, son amour et elle portait son enfant. Il avait cru délirer de joie lorsqu'il y avait une semaine Elizabeth lui avait appris que selon toute vraisemblance elle attendait un enfant. Tout d'abord le jeune forgeron avait été embarrassé en se rappelant la manière dont il s'était conduit dans le bayou, En faisant l’amour à Elizabeth il lui avait volé sa virginité tout en la déshonorant. Lorsqu’il avait constaté son absence à ses côtés à son réveil il avait cru l'avoir perdue pour toujours. Il s'était mis à sa recherche mais Tia l'avait arrêt et lui avait conseillé d'attendre que sa fiancée vienne vers lui. Alors Will avait attendu de longues, si longues heures. Et lorsque finalement Elizabeth était revenue, elle l'avait embrassé légèrement sur les lèvres sans dire un mot. A la suite de cela ils étaient rentrés à Port Royal plus soudés que jamais.

 

Le prêtre égrenait son sermon et Will contempla Elizabeth, son regard caressa un bref instant le ventre de la jeune femme. Hier ils avaient parlé du prénom qu'ils souhaiteraient donner à leur enfant. Si c'était un garçon ils l'appelleraient Jack. Ils étaient d'accord là-dessus. Will, avec un rien de culpabilité, songea qu'Elizabeth ne saurait jamais les vraies raisons pour lesquelles il souhaitait appeler son enfant Jack. Will voulait juste donner le prénom de celui qu'il avait tant aimé et qu’il souhaiterait plus que tout avoir à ses côtés en ce jour où il épousait celle qu’il aimait tendrement. Le sourire tremblant, Will sentit ses yeux s'embuer en pensant à Jack, et ne chercha pas à retenir son émotion, tandis que ses yeux laissaient couler une larme pour Jack, juste une seule larme.

 

Elizabeth, de son coté, n'écoutait pas non plus le sermon du prêtre. Sa petite main glissée dans celle de Will, elle observait celui qui était en train de devenir son mari. Elle le regarda, pleine de tendresse, son cher Will si bon, si amoureux. Comme elle l'aimait songea t'elle le cœur gonflé. Bien sûr elle ne l'aimait pas comme elle aimait Jack mais pourtant elle l'aimait, purement, sincèrement, de toute son âme. Elle l'aimait comme un ami très cher et un compagnon de route. Elle l'aimait comme on aime quand on a dix-sept ans. Elle aimait sa douceur, sa délicatesse, le respect dont il faisait preuve envers elle. Elle aimait la réaction qu'il avait eu quand elle lui avait parlé de l'enfant. Lorsqu'elle avait vu le bonheur que cette nouvelle lui procurait elle avait su qu'elle avait fait le bon choix… Hier ils avaient parlé du prénom qu'ils donneraient à leur enfant si c'était un fils. Ils l'appelleraient Jack. Elle n'en aimait que davantage Will pour cela. Elle était heureuse que son enfant porte le prénom de son père, qu’il ait au moins cela. A la pensée de Jack, elle sentit la tristesse l’envahir, même à cet instant alors qu'elle était en train d'unir sa vie à celle de Will elle ne pouvait s'empêcher de pleurer Jack. Oui elle aimait Will. Mais Jack, ce qu'elle ressentait pour lui était tellement plus complet. C’était son port et son âme sœur. Lui elle l'aimait comme un amant, comme une femme aime un homme. En pensant à tout cela, le regard plongé dans celui de Will, à son tour Elizabeth ne put contenir son émotion et une unique larme s'échappa de ses yeux, juste une larme, pour Jack.

 

Les deux nouveaux époux se sourirent avec amour, chacun d'entre eux relégua au fond de son cœur les secrets inavouables tandis que leurs lèvres se rejoignaient pour un baiser passionné. Un baiser de jeunes mariés. Alors qu'Elizabeth Turner nouait ses bras autour du cou de son époux pour approfondir leur baiser, au Purgatoire Satine laissa échapper un rire sauvage. Finalement c'était mieux que l'homme ne soit pas en elle, il souffrait plus ainsi. Elle sentit sa peine, atroce, brûlante, son cœur qui se broyait même si c'était ce qu'il avait voulu que la femme fasse. Satine rit encore une fois même si elle ne comprenait pas pourquoi une chose qu'il avait attendue faisait autant de mal à l’homme..

 

A Port Royal, le baiser de Will et d'Elizabeth ne semblait pas avoir de fin tandis que sur la peau blanche d'Elizabeth roulait une unique goutte rouge. Le petit dragon venait de laisser exploser sa peine une fois de plus. Et ce qui tachait à présent la robe de la jeune mariée c'était la larme versée par un pirate tellement amoureux qu'il avait donné sa liberté et sa vie pour la femme qu'il aimait. C'était aussi toute la somme de regrets et de jalousie d'un homme qui voyait celle qu'il aimait dans les bras d'un autre. C'était juste la souffrance d'un homme, c'était juste une larme ...

 

FIN

Écrire commentaire

Commentaires : 7
  • #1

    HollySparrow (samedi, 24 novembre 2012 22:43)

    Mon chapitre préféré. Ou comment me faire pleurer en un paragraphe, le paragraphe de fin. Ou comment me déprimer pour le reste de la soirée. Et j'ai mal au cœur, j'ai mal au cœur pour Jack, pour Liz, pour Will. Vraiment, j'ai le cœur serré et j'arrive pas à m'arrêter de pleurer, c'est beau ce que t'écris Jess, c'est trop beau... :)

  • #2

    JessSwann (samedi, 24 novembre 2012 22:46)

    Erf désolée, je ne fournis pas les mouchoirs :( mais contente que tu aimes, merci beaucoup

  • #3

    HollySparrow (samedi, 24 novembre 2012 22:50)

    Tu devrais ! Je vais finir par te coller un procès sur le dos, c'est moi qui te le dis, je pleure trop quand je lis tes fics...

  • #4

    JessSwann (samedi, 24 novembre 2012 22:53)

    * S'en va sur la pointe des pieds* j'y peux rien si je suis toujours sur l'écriture triste

  • #5

    JackSparrowLeDernierDesPirates (mardi, 15 juillet 2014 13:44)

    Je pleurs c'est trop triste!! Et moi pour me faire pleurer, faut y aller mais là c'est trop triste trop trop trop trop triste mais c'est juste trop beau.

  • #6

    MlleSparrow (mardi, 15 juillet 2014 14:05)

    Le dernier paragraphe c'est trop triste... :'(:'(:'(:'(:'(:'(:'(:'(:'(

  • #7

    Jess Swann (mardi, 15 juillet 2014 15:45)

    Lol j'écris pour faire pleurer ^^
    Merciii (encore une histoire que je pourrais remettre en originale )