Chapitre 18 : Juste après

POV William Turner

 

 

La chaloupe avance lentement, trop lentement, à croire que Pintel et Ragetti font exprès de ramer en décalage. Gibbs semble aussi ravi que moi d'être ici. D'ailleurs qu'est-ce que je fais ici ? Ah oui c'est vrai les armes de Jack. Franchement il y a certains jours où j'ai l'impression que ce maudit pirate se fiche de moi et d'Elizabeth. C'est comme cette robe qu'il lui a procuré. Comme si il n'avait pas dans ses cales qui regorgent de ses pillages quelque chose de plus approprié pour une dame ! Je n'ai rien voulu dire pour ne pas peiner Elizabeth qui n'a pas porté de jolies choses depuis notre départ mais en vérité cette robe irait mieux à une prostituée de bas étage qu'à ma douce Elizabeth. Seulement, elle est tellement innocente qu'elle ne se rend pas compte que cette robe est…

 

Oh Seigneur… Rien qu'au souvenir de la manière dont elle épouse son corps j'ai les mains moites. Je crois que si Elizabeth n'avait pas été Elizabeth, je veux dire si elle n'était pas la femme pure et innocente que je connais, j'aurais pu lui faire l'amour à même la table tant elle est belle ainsi. Mais ce n'est pas comme ça que doivent se passer les relations entre un homme et sa femme. L'amour est une question de respect. Le mariage aussi.

 

Un long soupir échappe à Gibbs et je me décide à parler, faute de mieux.

« Sommes-nous encore loin ?

- Non. » Répond laconiquement Gibbs.

Qu'est-ce que je fais là… Je suis trop stupide de me retrouver dans une chaloupe en pleine nuit alors que je pourrais dormir aux cotés de ma femme. Derrière moi, Pintel et Ragetti se lancent dans l'une de leurs éternelles chamailleries que je renonce à tenter d'interrompre.

 

«  Dites-moi Gibbs, vous croyez vraiment que Jack sait où se trouve le cœur de Jones ?

- Oh ça oui… C'est une vieille histoire entre Jones et lui. »

Une vieille histoire ? Première nouvelle …

« Que voulez-vous dire ?

- Et bien, y'a quelques années de ça, le vieux Jones est venu voir Jack. Pour réclamer une dette.

- Une dette ??? Jack avait une dette envers Jones ?? »

Pourquoi ça ne m'étonne pas … Ce pirate serait capable de traiter avec le diable en personne.

 

« A cause du Pearl. Jones l'a fait sortir des abysses pour Jack.

- Et qu'a-t-il demandé en échange ?

- Des âmes… » Répond Gibbs d'un ton sépulcral.

Je frissonne à cette idée, j'ose à peine imaginer la suite.

« Même qu'on a recruté pendant des jours à Tortuga après ça ! » S'exclame Pintel.

Non … Jack n'a pas… Je jette un regard en direction de Gibbs qui hoche la tête d'un air sinistre.

«  Il n'avait pas le choix… Cent âmes ou la sienne. »

Je ne peux m'empêcher de penser qu'il aurait mieux valu que ce soit la sienne après tout, c'est lui qui avait contracté cet engagement pas ces pauvres bougres !

 

()()

 

L'armurier que Jack nous a chargé de piller, pardon « d'emprunter à long terme » est bien fourni. C'est un artisan qui connaît son métier et l'acier qu'il utilise est de tout premier choix. Malgré moi je chiffre les pertes qu'il subira à cause de notre larcin. Les autres n'ont pas autant d'états d'âme et je dois me résigner à voir le résultat du travail de ce pauvre homme alourdir notre chaloupe. Enfin nous ne pouvons pas en emporter tant que ça.

 

()()

 

Nous progressons encore plus lentement qu'à l'aller et nous menaçons de couler à chaque coup de rame trop vif. Parfois je me dis que Jack est complètement fou. Car enfin quel homme sain d'esprit enverrait une chaloupe piller une armurerie en pleine nuit pour un butin aussi maigre ???

« Elizabeth et vous rentrerez à Port Royal après ça ? Me demande Gibbs.

- Oui. Et je vous avoue que nous avons tous deux hâte de terminer ce voyage… Ce n'est pas qu'on ne vous apprécie pas mais »

Je ne veux surtout pas les vexer. Mais j'en ai plus qu'assez du Pearl et des excentricités de Jack.

 

Gibbs hoche la tête.

« Ça se comprend surtout pour Miss Elizabeth.

- Oui je pense qu'elle est fatiguée par le voyage.

- Ah ça si on est pas né sur un navire comme Jack, c'est difficile de s'y faire. »

Non ?? Vraiment ???

« Jack est né sur un bateau ??? »

Gibbs hoche la tête et se penche vers moi, signe qu'il va me régaler de l'une de ses histoires. Tant mieux ça fera passer le temps plus vite.

« En plein milieu d'une tempête ! »

 

Rien que ça …

 

«  Et bien… Dites-moi où sont ses parents ? Il n'en parle jamais. »

Gibbs me regarde d'un air embarrassé.

« Bah sa mère est morte quand il était tout jeune et … bah on est pas trop sûrs pour son père… On dit qu'il est le fils du Capitaine Teague. »

J'ai beau chercher, ce nom ne me dit rien.

« Le Gardien du Code des Pirates. M'explique Gibbs. Sa maman elle, bah parait qu'elle était issue d'une bonne famille tout ça, un peu comme votre Elizabeth, sauf qu'elle s'est laissée séduire par le Capitaine Teague et a tout abandonné pour le suivre. »

 

C'est amusant, en voyant Jack, jamais je ne me serais douté qu'il pouvait avoir des ancêtres aussi respectables…

« Moi j'ai entendu dire que c'était une nièce du Roi d' Espagne. Intervient Pintel.

- Foutaises ! C'était une aristocrate espagnole mais elle n'était pas de la famille du Roi. » Le contredit Ragetti.

Espagnole…. La mère de Jack serait … mais dans ce cas … Brusquement j'ai l'impression qu'un étau me serre le cœur.

« Jack n'a sans doute pas connu sa mère… »

Ma voix sonne désagréablement à mes oreilles, j'ai l'impression que mon cœur bat tellement fort qu'ils peuvent tous l'entendre.

«  Je veux qu'il l'a connue ! S'exclame Gibbs. C'est elle qui l'a élevé avec le Capitaine Teague, là bas à l'île des épaves. »

Donc. La mère espagnole de Jack l'a élevé et pourtant il …

«  Je pensais que Jack ne parlait pas un mot d'espagnol. »

J'ai la gorge sèche…

 

Gibbs, Pintel et Ragetti explosent de rire comme si je venais de faire une bonne blague.

«  Jack ? Pas parler espagnol ? Je sais pas qui t'a mis ça dans la tête mon gars mais il le parle mieux qu'un gars de là bas ! Ah ça faut le voir dans les auberges… Un vrai gentilhomme espagnol ! »

 

Je. Je ne comprends pas…J'ai l'impression d'entendre la voix d'Elizabeth résonner « J'aide Jack à traduire ce texte en espagnol… La langue est vieillotte mais nous y arrivons peu à peu » Mais si Jack parle cette langue depuis son enfance pourquoi a-t-il besoin de l'aide d'Elizabeth??? Dans quel but est-ce que …

«  Hé Will ? Ça va pas petit ?… t'es tout pâle. »

 

Je me force à sourire à Gibbs mais j'ai l'impression qu'une pierre m'est tombée sur le cœur. Est-ce que Jack essaierait, essaie de séduire Elizabeth ?? Non c'est ... Peut être que c'est la seule chose qu'il a trouvée pour l'occuper, pour qu'elle se sente utile. Ou… Non !! C'est impossible. Je ne peux m'empêcher de penser à cette nuit où je les ai trouvés tous deux devant ce livre en espagnol. Et Elizabeth qui a toujours détesté cette langue et…

 

« Hé !! Will !! Ça va ? »

La main de Gibbs secoue mon épaule, je me force à lui sourire.

«  Ce n'est rien Monsieur Gibbs, la fatigue c'est tout, la nuit a été longue… »

La réponse de Gibbs augmente mon malaise.

« Ah ça… J'sais pas ce qui est passé par la tête de Jack mais il a brusquement décidé qu'il nous fallait des armes. »

 

Brusquement …

 

« Ah oui ? »

Je serre mes mains sur mes cuisses pour les empêcher de trembler.

« Ça oui ! A croire que ça lui a pris comme ça ! Il est venu me voir et m'a dit « Monsieur Gibbs mettez le cap sur l'île la plus proche, il parait qu'il y a une bonne armurerie là bas »

- Comme si on en avait pas déjà assez. » Pleurniche Ragetti.

Je me force à contenir les tremblements de ma voix, mon cœur se serre de plus en plus.

«  Je croyais que nous manquions d'armes … »

Nouvel éclat de rire des trois compères.

«  Tu plaisantes ? La cale en regorge ! Précise Gibbs. C'est pour ça que je comprends pas pourquoi Jack nous a envoyé en chercher de nouvelles. Enfin il a sûrement ses raisons. »

Ses raisons… Malgré moi je pense à la soirée, à la robe, à la manière dont Jack s'est incliné devant Elizabeth, comme il la… Non impossible !! Je dois m'ôter ça de la tête, je …

« Serons-nous bientôt à bord ? »

J'ai hâte de rentrer… je .. Non c'est impossible mais… si … non !!!

 

()()

 

J'ai l'impression qu'il nous a fallu des heures pour revenir au Pearl. Mon cœur bat trop fort alors que je me précipite sur le pont.

 

Bien sûr il est là. Il nous attendait.

 

« Pas de problème ? Vous avez les armes ? »

Je me retiens pour ne pas lui coller ma lame sous la gorge et ainsi découvrir ce qu'il cherche. Ce n'est pas la bonne méthode avec Jack.

«  Oui nous les avons même si au vu du peu que nous avons pu emporter notre « expédition nocturne » me semble inutile. »

 

Les mots sortent tous seuls de ma bouche et Jack me fixe avec hauteur.

« Quand j'aurais besoin de tes conseils sur la manière dont je dois approvisionner mon navire en armes je te ferais signe Turner. En attendant va te coucher. Tu prends ton poste dans quatre heures. »

Bah voyons. Je ne réponds pas, pas encore. Avant toute chose je dois découvrir ce que Jack essaie de me dissimuler…

 

()()

 

Je ne peux m'empêcher de me sentir soulagé en retrouvant Elizabeth profondément endormie dans notre chambre. Dans un coin, la robe odieuse est soigneusement rangée et plus je la regarde plus j'ai l'impression que c'est Jack qui me nargue à travers elle. Je me force au calme et je m'empresse de me débarrasser de mes vêtements.

 

Sous les draps, contrairement à d'ordinaire, Elizabeth ne se réveille pas alors que je me glisse contre elle. Pourquoi diable est-elle si fatiguée ??? Est-ce .. Non ! Comment est-ce que j'ose même penser ça d'elle ! C'est ma femme. J'ai confiance en elle.

 

Mais pas en Jack….

 

Je n'arrive pas à dormir. Malgré moi je ne cesse de penser à cette histoire d'espagnol. Pourquoi Jack ment il ??? Contre moi Elizabeth soupire dans son sommeil. Je ne peux pas m'empêcher de me demander pourquoi elle sourit ainsi jusque dans ses rêves…

 

()()

 

Le soleil brille et Elizabeth m'offre un visage souriant. Ses mains se nouent autour de mon cou et je me sens bien ridicule au souvenir de mes angoisses nocturnes. Comme si Elizabeth était capable de rentrer dans le jeu de Jack ou de faire preuve de duplicité. Elle qui est si innocente, si droite, si honnête !

«  Je ne t'ai pas entendu te coucher … Déclare t'elle en se nichant contre mon torse comme chaque matin.

- Tu dormais profondément, je n'ai pas eu le cœur de te réveiller.

- Oh oui, j'étais véritablement épuisée, je me suis couchée dès que tu es parti. »

 

Pourquoi est-elle fatiguée à ce point ? Ce n'est pas à cause d'un bébé puisqu'elle m'a confié qu'une fois de plus nos efforts s'étaient soldés par un échec. Et pourquoi prendre la peine de me préciser qu'elle s'est couchée dès mon départ ? Est-ce parce que ça n'est justement pas le cas ?

«  Will ? Tu es sûr que tout va bien ? »

Mes doutes s'envolent alors que je regarde son visage aimant et inquiet penché sur moi.

« Excuse moi je suis fatigué … Et j'en ai plus qu'assez de Jack et de ses idées stupides. Comme si la poignée d'armes que nous avons volées cette nuit allait changer quelque chose face à Jones.

- Jack sait ce qu'il fait ! Enfin, je veux dire qu'il a plus l'habitude que nous de traiter avec ce genre de Capitaine … »Se reprend-elle.

Depuis quand Elizabeth défend elle Jack avec une telle fougue ?

 

Rapidement ses lèvres se posent sur les miennes. Je ne peux m'empêcher de me demander si ce baiser est sincère ou si elle a quelque chose à se faire pardonner …

« Que comptes-tu faire aujourd'hui ? »

Son ton est léger… La question est habituelle, je réalise qu'elle me la pose ainsi chaque matin… Pourquoi veut-elle savoir ? Est-ce parce qu'elle s'inquiète pour moi ou pour d'autres raisons moins avouables ?

« Oh et bien comme toujours … Jack a sans doute un tas de corvées à me faire faire.

- Oh… »

 

Est-elle déçue que je ne reste pas avec elle ? Ou alors… Non. C'est d'Elizabeth dont il est question. Ma femme.

« Et toi que vas-tu faire ?

- Oh… Et bien je ne sais pas trop en vérité… Je n'ai pas tellement envie de sortir du lit. »

Moue taquine. Ça c'est l'Elizabeth que je connais !

«  Pas envie de sortir du lit ?

- Pas pour l'instant Monsieur Turner … »

 

Ses mains se referment autour de mon cou, l’enserrent, ses lèvres entrouvertes sont un appel auquel je ne peux pas résister. Au diable Jack et ses corvées et ses machinations. Non ne pas penser à lui. Les mains d'Elizabeth désertent ma nuque pour parcourir mon torse , sa bouche embrasse mon épaule et je sens sa langue sur ma peau. Depuis quand ma femme est elle aussi audacieuse ?

« Will ??? »

Son ton rempli d'inquiétude me ramène au présent et à ce que nous étions occupés à faire, ou plus exactement à ce que qu'ELLE faisait…

 

J'étudie son visage. Ses lèvres sont entrouvertes, image même de la séduction. Des cernes creusent son regard.. Elle est adorable ainsi… Mais pourquoi ces marques si elle a passé la nuit à dormir ? Sa main glisse sous les draps et empoigne mon sexe. Sa caresse est lente, délicieuse…. Experte. Presque trop experte.

«  Je t'aime tellement Will… J'ai envie que tu me fasses l'amour… » Souffle t'elle en guidant ma main sur sa poitrine.

 

Contre ma paume je sens son cœur battre à tout rompre. Sa peau est douce sous mes mains rugueuses et j'oublie toutes mes inquiétudes. Elle est là. Dans MES bras. Et elle m'aime sinon pourquoi voudrait-elle que nous fassions l'amour ?

 

Ma langue explore sa bouche tandis que je la pénètre doucement, prenant garde à ne pas la blesser. Les femmes sont tellement fragiles ! Enfin je crois, parce qu'en vérité, Elizabeth est la seule femme avec qui je n'ai jamais fait l'amour. Pourquoi en aurais-je connue une autre alors que je sais depuis toujours que c'est elle la femme de ma vie ? Ses mains agrippent mes épaules et je sens ses ongles s'enfoncer dans ma chair. Aie !

«  Will… plus fort … » Soupire t'elle.

Plus quoi ??? Son corps bouge sous le mien et je … Je ne peux plus me retenir … je …

« Je t'aime Elizabeth. »

Si tu savais à quel point … Rien que de penser à toi me rend fou.

« Moi aussi Will. »

Est-ce moi ou est-ce que sa voix n'est pas un peu contrariée ?

 

Je plonge dans son regard, ses yeux se baissent rapidement. Pourquoi ?

«  Je crois que je vais dormir encore un peu … »

Encore fatiguée ??? Étrange… A moins bien sur que sa fatigue ait une autre cause. Peut-être qu'elle attend notre enfant finalement et qu'elle s'est trompée ? Enfin… je préfère encore la savoir endormie dans notre chambre plutôt que sur le pont avec Jack en train de roder autour d'elle. Je me lève et je m'habille tandis qu'elle s'enroule dans les draps.

 

Je l'embrasse légèrement. Je n'ai pas envie de la quitter.

«  A tout à l'heure Will. »

Son ton est aussi tendre que d'habitude pourtant la question franchit mes lèvres au moment où je la pense.

« As-tu prévu d'aider Jack aujourd'hui ? »

Pourquoi baisse t'elle ses yeux ainsi ?

«  Non je ne pense pas …

- Ah vous avez terminé ? Je veux dire votre traduction, de l'espagnol, c'est ça ? »

Je ne sais quel démon me pousse à la questionner de la sorte mais je ne peux pas m'en empêcher.

«  Oui oui c'est ça … Et bien en vérité, le texte est difficile et mon espagnol un peu rouillé. Je pense que nous devrons encore y consacrer plusieurs heures… »

 

Pourquoi évite-t-elle mon regard ? Quant à l'espagnol celui d'Elizabeth n'est peut-être qu'un vieux souvenir mais si j'en crois Gibbs et les autres ce n'est pas le cas de celui de Jack.

« A tout à l'heure Will. »

Pourquoi ai-je l'impression qu'elle cherche à se débarrasser de moi ?

 

()()

 

Cette journée est atroce. Vraiment. J'ai accumulé les maladresses toute la matinée à tel point que Gibbs m'a rappelé plusieurs fois à l'ordre. Mais je n'arrive pas à m'empêcher de penser à cette histoire d'espagnol. Jack est à la barre à quelques mètres de moi, un sourire vissé aux lèvres. Pourquoi son sourire m'inquiète t'il à ce point ???

 

Le pirate se baisse brutalement et cherche apparemment quelque chose…

« Bugger pourquoi faut-il qu'il n'y ait jamais de rhum sur ce navire ? »

Qu'est-ce qui me pousse à faire ça ?

« Je vais t'en chercher si tu veux. Je suppose que tu en as une bouteille dans ta cabine …

- Oui, sur ma table de travail. »

Je souris. J'ai l'impression que mon sourire sonne faux mais Jack ne relève pas.

 

()()

 

La porte grince lorsque je l'ouvre. La cabine est calme. Dans un coin, la bouteille convoitée par Jack. Il me suffit de la prendre et de sortir. Simple Pourtant mes pas me poussent jusqu'à sa table de travail. Un livre y est posé. Je l'ouvre et une vague de soulagement me submerge en constatant que je suis incapable d'en comprendre une ligne. Sans doute est ce le fameux livre qu'il a demandé à Elizabeth de l'aider à traduire. Ce qui n'explique toutefois pas pourquoi Jack prétend ne pas connaître une langue qu'il maîtrise parfaitement …

 

Je serre la bouteille de rhum dans ma main et je me dirige vers la porte. Je devrais me sentir rassuré pourtant je ne le suis pas. C'est sans doute pour ça que je m'empare de la petite fiole qui ne me quitte jamais. J'huile les gonds de la porte un par un, rapidement. A présent elle ne fait plus aucun bruit quand on l'entrouvre. Je ne sais pas pourquoi je fais ça… Mais quelque chose en moi me pousse à le faire et je n'arrive pas à lui résister.

 

()()

 

Sur le pont, Jack a laissé la barre à Gibbs. Je le cherche du regard. Il est accoudé au bastingage, Elizabeth à coté de lui. Une vague de doute reflue en moi en les voyant. Je les observe. Elizabeth semble amusée, détendue … Jack se penche vers elle. Près trop près. Leurs corps se frôlent presque. Pourquoi ne recule t'elle pas ???

 

Jack me tourne le dos et je n'arrive pas à entendre ce qu'il lui raconte. Un nouveau sourire sur les lèvres d'Elizabeth. Je déteste la voir lui sourire comme ça. Comme si, comme si, Elizabeth recule brutalement, nos regards se croisent. Est-ce ma présence qui la fait fuir ainsi ??? Ses joues sont rouges… Jack se retourne vers moi.

« Ah William ! Et mon rhum. » Ajoute t'il avec une mine gourmande vers la bouteille que je tiens toujours et que j'avais complètement oubliée.

Je n'ai pas le choix, je les rejoins.

 

« Qu'y avait il d'amusant ? Ne puis je m'empêcher de demander.

- Oh Jack m'expliquait à quel point il ne peut vivre sans rhum. » Répond Elizabeth.

Ah… je ne vois pas ce que ça a de drôle d'entendre Jack reconnaître qu'il est un ivrogne. Tout le monde sait ça.

« Je vous assure Elizabeth chaque minute passée loin de ma bouteille adorée est une véritable torture. » Répond Jack en m'arrachant la bouteille des mains.

Ne dis surtout pas merci …

« Allons Jack quand celle-ci sera finie vous en boirez une autre voilà tout. Plaisante Elizabeth

- C'est là où vous faites erreur trésor ! Proteste Jack. Tous les rhums ne se valent pas et celui-ci est sans nul doute le meilleur que j'ai jamais bu. Un régal, un délice … Une perfection ! »

Pourquoi cette réponse amuse t'elle autant Elizabeth ? Je n'y vois rien de drôle, en tout cas rien qui justifie le sourire de ma femme…

« Tu en veux mon gars ? » Propose Jack, d'un ton joyeux en m'offrant la bouteille.

Berk… Sûrement pas !

« Non merci. »

 

Malgré moi je resserre Elizabeth contre moi, comme si ce simple geste pouvait me rassurer. Ce n'est pas le cas. Je n'arrive pas à chasser le malaise qui grandit en moi.

 

()()

 

Ça fait deux jours que mes doutes ne me lâchent pas. J'ai beau essayer de me raisonner tout est maintenant suspect à mes yeux. Je pousse même le ridicule jusqu'à imaginer des sens cachés aux conversations de Jack et de ma femme. La solution serait sans doute de demander à Jack sans détour les raisons de son mensonge mais chaque fois que je m'y décide quelque chose m'en empêche. Comme si une petite voix perverse me soufflait d’attendre. Mais d'attendre quoi ???

 

Gibbs s'approche de moi et je m'aperçois qu'au lieu de démêler les cordages ainsi qu'on me l'avait demandé, je n'ai fait qu'en accentuer le désordre. Le regard que Gibbs pose sur les cordes est éloquent et je me sens rougir. Voilà que je passe pour un incapable …

« Faudrait des gars pour faire l'inventaire des armes à la cale et vérifier leur état de marche. »

Apparemment j'ai été désigné volontaire… Après tout, pourquoi pas ? Ça ne pourra pas être pire que l'embrouillamini que je suis en train de faire.

 

Je traverse donc le pont, Elizabeth est accoudée au bastingage, je crois qu'elle pourrait passer ses journées à regarder la mer … pour ce qu'il y a à voir ! Je ne peux pas résister au plaisir de l'embrasser.

«  Qu'est-ce que tu regardes ?

- Oh .. L'océan, l'horizon tout ça … » Soupire t'elle en se laissant aller contre mon torse.

Je la serre contre moi, mes doutes s'apaisent. Je me sens mal d'avoir pu douter d'elle alors qu'elle se force à endurer ce voyage ennuyeux uniquement pour que je puisse retrouver mon père. Mes lèvres rejoignent les siennes.

 

La voix de Jack nous interrompt.

« Elizabeth… Auriez-vous quelques instants de votre temps à me consacrer ? J'aimerais que nous avancions dans ce livre tant que la mer est calme. »

Pourquoi tremble t'elle ainsi… C'est léger mais je m'en rends compte.

« Oh et bien Will et moi nous … »

Le démon qui est en moi depuis quelques jours me pousse à l'interrompre.

« Ne t'en fais pas, va donc aider Jack, j'étais de toute manière en route pour la cale, des armes à vérifier.

- Oh … dans ce cas … »

 

Est-ce mon imagination ou bien viennent-ils vraiment d'échanger un regard complice ?

Elizabeth me fait un grand sourire avant de prendre l'air las.

«  Bien je suppose que dans ce cas autant que j'aide Jack… »

Si ça l'ennuie à ce point pourquoi cette étincelle dans son regard ? J'ai les mains moites alors que je l'embrasse.

 

()()

 

Cela fait dix minutes que je suis dans la cale, égrenant mentalement les secondes tandis que je ne cesse de penser aux gonds que j'ai moi-même huilés quelques jours plus tôt. Comme si une part de moi s'était arrangée pour que le moment venu je puisse espionner ma femme.

 

Non. Je ne dois pas c'est mal. Si Elizabeth s'en apercevait elle m'en voudrait à juste titre. D'un autre coté je ne peux plus vivre comme ça… Après tout quel mal y a-t-il à jeter un petit coup d'œil… juste pour me rassurer …

 

()()

 

La chance est avec moi. Le couloir qui mène à la chambre de Jack est désert… Après tout, je n'ai pas besoin de regarder, juste écouter quelques instants. Pour être sûr. Non pas que je doute d'Elizabeth mais…

 

Mon oreille se colle presque malgré moi à la porte et je retiens ma respiration.

 

Je n'entends aucune voix. Peut être ne sont-ils pas là finalement. Honteux de moi-même je m'apprête à retourner à la cale lorsque la voix de Jack s'élève.

« Délicieux… »

Quoi donc ?

«  Oh pour ma part je ne suis pas très sûre. Je crois qu'il me faudrait y goûter à nouveau. »

Je sens mon cœur se serrer brutalement. Son ton est joueur. Le genre de ton qu'elle emploie lorsque … lorsque …

« Vos désirs sont des ordres trésor… »

Jack encore. Puis le silence.

 

Ma main tremble sur la poignée. J'hésite. Vais-je me rendre ridicule ou alors… Un bruit sourd dans la pièce. Comme si, comme si un objet retombait sur le sol. Des bottes ??? Non !! Sans doute qu'ils …

 

Ma main agit toute seule, la porte s'entrouvre en silence. Un minuscule interstice. Le miroir est dans mon champ de vision. Il est tourné vers… vers le lit et ...

 

J'ai l'impression que mon cœur vient d'exploser en miettes.

 

Mes yeux se remplissent de larmes sans que je puisse les retenir et pourtant même à travers elles je vois encore.

 

Elizabeth est allongée. Nue. Au-dessus d'elle ce ... Ce sale pirate, ce maudit, ce … Ses mains sont sur elle …. Je, je ne peux pas le croire, elle va, elle va le gifler, le repousser, appeler à l'aide !!!

 

Mon cœur se brise et pourtant je n'arrive pas à détacher mon regard du miroir. Entre les mains du voleur une chose blanche, longue … une bougie …je crois ou peut être... Quelle importance bon sang !!!

«  Je ne suis pas sûr que tu sois prête … » Susurre t'il alors qu'il, qu'il introduit ce, cette bougie en …

J'ai envie de vomir… Mes oreilles bourdonnent, ma vue se brouille tout à fait pourtant j'entends encore la voix d'Elizabeth. Non pas la voix. Les soupirs d'Elizabeth.

«  Oh Jack…. Oui… Continue … »

 

J'ai l'impression qu'elle m'enfonce un poignard en plein cœur.

« Hmmm ma Lizzie… »

Je me mords les lèvres pour ne pas hurler… NON !!Ce n'est pas, elle n'est pas …

 

Mes yeux, impitoyables, continuent à fixer la scène. Je ne peux plus bouger. Je ne peux plus parler. Je reste là à regarder ma femme se tordre de plaisir sous les caresses de ce …

 

Obscène ! C'est obscène c'est …

« Goûte-toi. »

 

Cette fois je vais vomir. La langue d'Elizabeth remonte le long de la bougie (cette fois j'en suis certain c'est une bougie, comme si ce détail avait de l'importance pourtant je m'y raccroche comme à un morceau de bois en plein naufrage) Mais ça n'est pas encore assez non… Il… sa langue la rejoint de l'autre côté et ils s'embrassent sans retenue, goulûment.

 

Je dois… je dois partir … je …

 

Malgré moi je vois les mains de l'autre emprisonner ses poignets tandis qu'il passe sur elle. NON !! Je ne veux pas voir ça !! Pas ça !! Pas … Le visage d'Elizabeth est méconnaissable … C'est …

«  Jack… » Supplie t'elle.

Non… ne le supplie pas ... Ne … Pas ça.. Pas ce visage déformé par .. Par …

« Tu veux que Jackie s'occupe de toi hein… »

 

Je le hais !!! JE LE HAIS !!!!!

 

Le lit craque. Rien ne me sera épargné.

« Doucement trésor on voudrait rien casser cette fois. » Plaisante Jack.

Rien. Casser Cette. Fois. Je vais être malade ou je vais mourir ou les deux à la fois. Le rire d'Elizabeth est comme un nouveau coup de couteau en plein cœur.

 

Il l'embrasse. C'est écœurant. Il … comme si il allait la dévorer.

«  Jack ... Je n'en peux plus… »

Je … Moi non plus … Je. Dois partir. Non entrer … Je…

« Ordonne ma Lizzie… »

C'est comme si un démon pervers me forçait à rester là. Je n'arrive pas à détacher mes yeux du miroir. Je n'arrive pas à détacher mon regard d'elle. Son visage est … il n'y a plus rien d'innocent dans le regard qu'elle lui lance.

«  Je veux que tu me prennes. Maintenant.

 

NON !!! C'est impossible … elle … elle ... Des mots pareils n'ont rien à faire dans sa bouche, je, ce n'est pas Elizabeth c'est …

« Mieux que ça… »

Je vais le tuer. Je le jure.

« Baise-moi Jack ! »

 

Ma main lâche la poignée de la porte. Je recule. J'ai l'impression qu'on vient de m'assommer, de me tuer, de m'arracher le cœur… je … Ne. Des râles immondes me parviennent entrecoupés de soupirs. Inutile de regarder. Je sais tout ce qu'il y a à savoir désormais…

 

Mes jambes refusent de me porter et je sens le mur contre mon dos. Quand ai-je reculé ? Devant moi la porte est close … je ne me rappelle pas l'avoir refermée. Ça n'a aucune importance. Plus rien n'a d'importance. Je ne suis qu'un idiot. Un lâche qui n'a même pas le courage d'entrer et de les confronter à leurs actes. Mais je ne peux pas… je suis incapable de soutenir à nouveau le spectacle de leurs corps ... De leur…

 

()()

 

Je vomis par-dessus le bastingage. Je ne me rappelle pas être remonté sur le pont. Était-ce avant ou après qu'il ait …

«  Will ? Ça va ? »

Gibbs. Je me tourne vers lui. Est-ce qu'il sait ? Est-ce qu'ils savent tous ?

« Tu es tout pâle… » S'inquiète le vieil homme.

Je n'arrive pas à parler. Si je parle je crois que je vais m'étouffer dans mes propres sanglots.

« Tu devrais aller t'allonger. »

 

Ton paternel. Comme si m'allonger changerait quelque chose à ce que … ce qu'ils… Pourtant mes jambes avancent toutes seules vers la chambre que je partage avec Elizabeth. Non, non NON ne pas penser à elle pas…

«  Tu veux que j'aille prévenir Elizabeth ?

- NON !!!! »

 

Je ne me suis pas rendu compte que j'ai crié avant de voir le visage de Gibbs se décomposer.

« Euh bien.. Tu .. Devrais … dormir. »

 

Dormir… oui c'est ça. Dormir pour oublier que ma femme fait l'amour, non pardon, se fait baiser par ce sale bâtard de Sparrow !!! Je devrais y retourner, les surprendre, les … Mais je n'arrive qu'à me laisser tomber sur le lit où ce matin encore Elizabeth se pressait contre moi.

 

Je n'arrive plus à bouger. Je n'arrive plus à parler, à penser, à agir. Je n'arrive même pas à pleurer. J'ai trop mal pour ça.

Chapitre 17                                                                                           Chapitre 19

Écrire commentaire

Commentaires : 0