Chapitre 13 : L'effet papillon

POV Elizabeth Swann Turner

 

 

Je ne sais plus où je suis. Je ne sais plus où je vais.

 

J'erre dans les rues du port dans lequel nous avons accosté sans en reconnaître aucune. Entre mes cuisses je sens le plaisir de Jack s'écouler. Ma souillure.

 

Je l'avais rejoint pour cesser cette… aventure mais je n'ai pas pu. Pas lorsqu'il est devant moi et qu'il me regarde comme il le fait. Pas non plus lorsqu'il me parle de sa voix rauque et chaude. Lorsqu'il me laisse deviner toutes ces … choses qu'il va me faire. Plus je le rejoins, plus j'ai envie de le rejoindre. Même à présent que je viens de le quitter j'ai envie de faire demi-tour et de le retrouver encore. Même si c'est mal.

 

J'ai l'impression qu'un étau s'est resserré autour de moi tout en m'ouvrant un nouveau monde. Un monde de plaisir. Un monde où il est inutile de calculer ses mots, ses gestes, où chaque minute est plus intense que tout ce que j'ai jamais vécu. Ses baisers sont plus passionnés qu’aucuns autres. Ses étreintes me donnent l'impression d'exister. Dans son regard j'ai l'impression d'être une femme et pas seulement une épouse.

 

Une épouse……

 

La femme de William Turner. La femme de l'homme que j'ai choisi contrairement à beaucoup de mes amies de mon ancienne vie. Un mariage imposé aurait sans doute rendu mon adultère plus « acceptable » à mes propres yeux. Là, je ne peux même pas me donner à moi-même l'excuse du malheur pour m'être jetée dans les bras de Jack.

Je suis perdue. Je suis une femme perdue. Et que Dieu me pardonne mais je n'ai aucune envie de redevenir celle que j'étais avant Jack. Estrella avait raison, je m'ennuie dans ma vie d'épouse. Mais ce n'est pas un enfant qu'il me faut pour combler ce vide. Mais ce que Jack me donne. La manière dont il me fait me sentir vivante, dont il fait battre mon cœur plus vite, dont il me fait l'amour.

 

J'aime Will. Je l'aime comme je l'aimais lorsque je pensais que jamais nous ne pourrions être ensemble et que je m'endormais en rêvant qu'il touche ma main ou qu'il m'appelle enfin « Elizabeth ». Mais ce rêve s'est réalisé désormais et ... Je ne partage pas ceux qu'il fait pour nous. Je n'ai pas envie de rentrer à Port Royal. Je n'ai pas envie de retrouver mes robes, mes corsets et la politesse affectueuse de la bonne société. Je n'ai plus envie d'être traitée comme « la fille chérie du Gouverneur Swann », j'ai envie d'être traitée comme une femme. J'ai envie d'être Lizzie et non « celle qui a épousé son ami d'enfance ».

 

Will…. Mon premier ami. Mon meilleur ami. Il m'aime je le sais. Un amour pur, tendre. Rien à voir avec ce que Jack… Non, je ne sais pas ce que Jack ressent, je ne sais même pas ce que moi je ressens.

 

Me voila revenue près du Pearl… Le Pearl, j'aime ce navire. Je m'y sens bien maintenant, mieux que dans la maison que Will appelle « chez nous ».

« Elizabeth tu as trouvé ce qu'il te fallait ? »

Quoi ??? De quoi parle Will ? Oh……………………

« Non… je … »

Le regard tendre de Will sur moi. C'est plus que je ne peux en supporter. Arrête de me regarder comme ça !

« Tu es sûre que ça va ? Tu es toute blanche… »

Sa main se pose sur mon front. Pourquoi faut-il donc toujours qu'il s'inquiète pour moi ou qu'il s'imagine que je suis malade ?

«  Tout va bien je te dis.

- Tu es restée partie longtemps. »

 

Est-ce bien des soupçons dans sa voix ? A-t-il deviné ? Un coup d'œil vers son visage me renseigne. Non il ne sait pas. Il ne comprend pas. Comment fait-il pour ne rien voir ? Comment fait-il pour ne pas se rendre compte que sa sollicitude m'exaspère, que sa tendresse m'agace, que sa présence m'étouffe.

«  J'ai cherché une boutique mais je n'en ai pas trouvé. »

Cette fois ma voix est ferme, le mensonge m'est venu spontanément. Et quand bien même ce ne serait pas le cas. Il ne verrait rien. Ou alors il s'imaginerait un malaise de femme ou de future maman.

« Tu devrais aller t'allonger. Je termine d'aider Gibbs puis je te rejoins. »

 

Ses lèvres sur mon front, son regard tendre. Est-ce ainsi qu'un homme embrasse sa femme ? Je ne réponds pas, je préfère encore ma cabine. Du reste, je commence vraiment à me sentir mal. Fatiguée, oppressée…

 

()()

 

Ça fait cinq jours que nous avons repris la mer. Ça fait cinq jours que je n'ai pas revu Jack. Oh bien entendu nous nous croisons tous les jours sur le pont ou à l'intérieur du navire mais chaque fois Will ou un autre membre de l'équipage est près de nous. Plus le temps passe et plus mon impatience grandit. J'en suis arrivée à guetter chaque occasion, chaque moment qui pourrait être volé…

 

Sans succès. A croire que les dieux sont contre nous.

 

Du coin de l'œil je vois Will s'approcher de moi. Il me désire je sais. Mais cette fois c'est moi qui n’aie plus envie.

« Que dirais tu de nous atteler à notre grand projet ce soir ? Me murmure-t-il tendrement. Je ne suis pas de quart de nuit pour une fois… »

Parce que bien sûr on ne peut pas faire l'amour la journée. Non, juste la nuit … Sans oublier que la chose a un but : concevoir ce fichu enfant dont j'en viens maintenant à détester jusqu'à l’idée. Je brûle d'envie de lui demander s'il aura encore envie de moi une fois qu'il m'aura engrossée. Au lieu de ça je lui souris. Je suis devenue très forte en sourire.

« Si tu veux… »

Un grand sourire me récompense de ma réponse et il me serre contre lui.

« J'ai une idée pour ce soir. » Me murmure-t-il presque timidement.

 

Il y un mois j'aurais trouvé ça touchant. Maintenant ça m'agace et je m'en veux de ressentir une telle chose. Ce n'est pas juste. Après tout ce n'est pas la faute de Will s'il est plus un mari qu'un amant. Pas sa faute non plus si je n'arrive pas à me contenter de la vie qu'il m'offre. Je m'adoucis :

« C'est vrai ?

- Oui… » Murmure t'il.

Ses lèvres chatouillent mon oreille et je sens son souffle sur ma peau.

« Quelque chose pour te faire plaisir… » Continue-t-il.

Me faire plaisir… Ce qui me ferait plaisir c'est de trouver un moyen de m'isoler avec ce foutu Sparrow. A croire qu'il m'obsède. Je me force à sourire à Will. J'espère que ce n'est pas encore un bijou ou une autre babiole. Mes tiroirs en sont pleins.

« Will tu n'es pas obligé de me faire des cadeaux.

- Mais c'est quelque chose de très spécial. » Précise-t-il en rougissant.

 

Un gage d'amour éternel ? Ai-je loupé quelque chose ? Non… ce n'est pas notre anniversaire de mariage, ni celui de nos fiançailles, pas non plus de notre première rencontre ou de notre premier baiser. Ni mon anniversaire (tiens d'ailleurs c'est bientôt … mon père sera déçu que nous ne soyons pas à Port Royal) ni celui de Will. Non je ne vois pas…

« Tu ne veux pas savoir ? » Me demande-t-il, encore plus rouge.

Ce qu'il me fait penser à un petit garçon comme ça. Je lui fais un sourire que j'espère tendre et je suggère :

« Fais-moi la surprise. »

Will me serre un peu plus contre lui. A travers sa chemise je sens son cœur battre vite, comme lorsqu'il est ému. Que me prépare t'il donc ?

« Je t'aime Elizabeth.

- Moi aussi Will. »

 

Les mots ont un goût de cendre sur mes lèvres. Oui je l'aime. Mais plus tout à fait comme… Comme avant. Ou plutôt si. Comme avant. Comme lorsque nous étions enfants. C'est bien là le problème.

«  Je ne veux pas te voir près de notre chambre avant que le soleil ne soit couché. » Me glisse Will d'un ton taquin.

Cabine… nous sommes sur un navire. Nous n'avons pas de chambres mais des cabines. Je me force à prendre l'air enthousiaste.

«  Promis… »

 

()()

 

La journée s'étire…. C'est long. L'après midi touchera bientôt à sa fin. Dans quelques heures la surprise promise par Will. Un collier savamment dissimulé que je trouverais en un clin d'œil mais que je ferais mine de ne pas avoir découvert avant de longues et infructueuses recherches ? Un bracelet avec nos deux prénoms gravés ? Ou pire…. Des petits chaussons brodés dans l'espoir de faire venir plus vite « notre grand projet » ?

 

Un pas derrière moi. Pas la peine de me retourner. Je sais déjà que c'est Lui.

«  Tout va bien Elizabeth ? »

Son ton est légèrement moqueur mais je suis sans doute la seule à l'avoir remarqué.

« Oui. Merci Jack. »

Oh se forcer à rester polie…

« J'aurais besoin de votre aide pour ... »

Il hésite.

« M'aider à déchiffrer une indication dans ma cabine. »

Mon cœur accélère brutalement. Oui… Se sentir à nouveau vivante. Enfin.

«  Oh et bien si je peux vous aider…

- Sans l'ombre d'un doute. »

 

Will intervient. J'espère qu'il ne va pas proposer son aide !

« Je suppose que vous en avez pour un moment…

- Sans aucun doute. » Sourit Jack.

Leurs regards se croisent. Celui de Will est complice… Que ... Mais que se passe-t-il ? Mon mari se tourne vers moi.

« Rejoins-moi dans notre chambre lorsque Jack n'aura plus besoin de toi. »

Cabine !

Un baiser léger se pose sur mes lèvres, Jack détourne le regard.

 

()()

 

Je suis Jack jusqu'à sa cabine, dont il referme soigneusement la porte derrière nous.

« William m'a demandé de t'occuper. Apparemment, il a peur que tu tentes de voir sa surprise avant qu'il ait fini. » Me déclare Jack avec un grand sourire.

 

Je lui rends son sourire. J'avais complètement oublié cette histoire de cadeau mais en cet instant je bénis Will d'avoir eu cette idée.

 

Jack avance dans la pièce.

« Tu m'as manqué Lizzie… » Souffle-t-il.

Sa main se referme sur la mienne. Nos corps se rejoignent. Nos bouches s'épousent. Simple. Évident.

 

Je l'embrasse à en perdre le souffle. Ça doit être quelque chose comme ça que ressent celui qui trouve une oasis en plein désert. Je l'entends grogner de plaisir ou peut-être est-ce moi … Peu importe.

 

Ses mains sont dans mes cheveux, sur ma chemise, sur mes fesses, sur ma peau. Les miennes défont sa ceinture avec fièvre. Contre mon bassin, son sexe, chaud, presque brûlant. Je l'empoigne.

« Bugger Lizzie… Oui c'est bon… » Souffle Jack alors que je le caresse.

Sans doute que mes façons sont plus celles d'une catin que d'une épouse respectable mais je m'en fiche. Après tout si les hommes mariés vont voir les putains c'est bien pour une raison non ?

 

Les lèvres de Jack glissent dans mon cou. Il me mordille légèrement le lobe de l'oreille et je soupire. J'aimerais qu'il le fasse encore plus fort.

« Ma Lizzie… » Répète Jack.

Oui. J'aime quand il le dit… J'aimerais qu'il le dise encore…

 

D'un geste brutal, Jack balaie ce qui se trouve sur son bureau, l'instant d'après il me force à m'y asseoir. Ses mains m'arrachent mes bottes, mon pantalon, la fine culotte que je porte. Je suis nue. Ses bottes rebondissent sur le sol et il se débarrasse de son fut à son tour. Son corps se plaque contre le mien, entre mes cuisses je sens sa vigueur caresser mon entrée.

« Tu sais ce que je vais te faire ma belle… »

 

Oh oui je le sais….

 

Mes cuisses s'écartent, mon corps l'appelle. Ses lèvres dévorent mon cou, ses mains me retiennent.

« Dis-le. Dis que tu le veux Lizzie…

- Je le veux. »

 

Entre mes cuisses, je sens ma propre excitation s'écouler, inondant le bois froid de son bureau. Aucun de nous ne s'en préoccupe. Sa bouche reprend la mienne. Son baiser est exigeant. Il prend plus qu'il ne donne. J'adore ça.

 

Une brusque poussée. Il est en moi. Ses mains me retiennent toujours et je l'entoure de mes bras. Plus proche. Je le veux plus proche. Mes cuisses l'enserrent. Je le veux au fond de moi. En moi. Plus.

« Oh oui Lizzie… oui c'est bon, c'est bon… » Murmure Jack à mon oreille.

Ses coups de rein sont violents. S'il ne me retenait pas je basculerais en arrière.

«  Parle-moi… Dis-moi… Dis-moi comment tu veux jouir… » Me glisse-t-il.

Je suis incapable de parler… incapable de penser. Pourtant…

« Encore… »

 

Oui encore, comme ça… plus fort… plus fort…

 

Ses mains se crispent dans mon dos, je sens l'orgasme monter en moi. Une vague imposante, dévastatrice.

« Plus fort… »

Les mots franchissent mes lèvres au moment où je les pense.

«  Tu es … Oui.. Lizzie… oui…. » Halète Jack en réponse.

Je ne l'écoute plus. Mon corps se cambre. Je tremble je crois. J'ai chaud.

«  Jouis pour moi ma Lizzie. » Murmure Jack.

 

J'obéis et il atténue mon cri de plaisir dans sa bouche. Je ne peux plus respirer. Je vais défaillir tant c'est bon. Mon cœur va exploser. Ou peut-être est-ce le sien ? Un coup de rein violent le projette en moi et je sens sa semence déferler dans mon corps. Il halète. Il jouit longtemps. J'ai l'impression d'être comblée.

 

Nous nous faisons face en tremblant. Il est toujours en moi et son regard est vague. Son regard d'après l'amour. Sa main caresse ma joue. J'ai l'impression qu'elle tremble légèrement ou peut-être est-ce moi qui tremble ainsi.

« Ce que tu peux être belle comme ça. T'as pas idée. » Murmure Jack avant de m'embrasser.

Un élan de fierté s'empare de moi en l'entendant. Ce que je peux aimer me voir à travers son regard… Savoir qu'il me voit comme une femme.

 

Déjà nous nous séparons. Je cherche mes vêtements qu'il a éparpillés dans sa fougue pendant qu'il m'observe.

« Dépêche toi de t'habiller trésor ou je ne réponds plus de rien… »

Un coup d'œil dans sa direction me permet de vérifier la véracité de ses dires. Je reboutonne mon chemisier pendant qu'il se décide à remettre ses vêtements.

« Si William te pose la question nous avons essayé de traduire… Quelles langues parles tu ? »

Sa question me fait sourire et je m'approche de lui. Je sais que c'est mal. Dangereux. Mais j'ai encore envie de sentir ses mains sur moi.

« Devine … »

Un sourire. Il m'attire contre lui et nos bouches s'unissent. Sa langue joue avec la mienne puis il me relâche.

 

«  Espagnol ? Suggère-t-il comme si rien n'était venu interrompre notre conversation.

- Si…

- Si une nuit. Tu peux me rejoindre… Viens…. Je te l'ai dit trésor… Ma porte t'est grande ouverte. Murmure Jack. Demain nous arriverons chez Tia. Nous ferons escale. »

Cette nouvelle me serre le cœur. Je n'ai pas envie que nous arrivions. Arriver ça veut dire bientôt toucher au but, bientôt ne plus avoir de raisons de rester sur le Pearl.

 

Un coup sec nous interrompt et nos corps se séparent instinctivement.

« Oui ? » Demande Jack.

La porte s'ouvre et Will pénètre dans la pièce. Et avec lui les remords s'installent dans mon cœur.

«  Vous avez fini ? » Demande-t-il avec un grand sourire.

Comment peut-on être aussi confiant, aussi… niais…

«  Presque mais j'aurais sans doute encore besoin des connaissances en langue d'Elizabeth. » Répond Jack.

 

Si je ne me sentais pas aussi coupable je rirais en voyant l'air surpris de Will qui avait sans doute demandé à Jack d'inventer un prétexte pour ce soir. Sauf qu'il en a inventé un pour … les jours à venir.

« C'est un texte très difficile à traduire. » Explique Jack.

Je renchéris

« De l'espagnol mais assez vieillot… »

Will secoue la tête avec un rire.

«  Je ne te savais pas aussi douée pour l'espagnol Elizabeth. »

Je lève les yeux au ciel.

« Tu ne te rappelles pas ? Madame Biddle, ma préceptrice. Elle avait épousé un anglais mais elle était née en Espagne. J'ai du subir ses leçons d'espagnol durant des années. »

 

Et le pire c'est que je ne mens même pas.

 

« Ah oui, j'avais presque oublié. Sourit Will en me prenant par la main. Ce que tu pouvais la détester…

- Et bien pas moi ! Intervient Jack. Ces leçons sont fort utiles. »

Ça oui…

Will est impatient à présent. Un peu comme quand, enfant, j'attendais que mon père découvre l'une de mes surprises (qui ne recevaient pas toujours l'accueil espéré pour tout dire) .

« Tu viens ?

- Oui. »

 

Je lui souris. Après ma trahison c'est le moins que je puisse faire. Du coin de l'œil je vois Jack détourner le regard.

«  Bonne nuit Jack ! Lui lance Will en m'entraînant.

- Oui… c'est ça… » Répond Jack dans mon dos.

Je lutte pour ne pas me retourner.

 

()()

 

Une fois dehors, Will secoue la tête avec amusement.

« Sacré Jack. Il s'arrange toujours pour tirer parti de toutes les situations… »

Certains feraient bien de l'imiter dans ce domaine.

«  Pourquoi dis-tu ça ? »

Will glisse sa main autour de ma taille et sourit.

«  Parce que je lui avais demandé de trouver un prétexte pour te garder éloignée de notre chambre. »

Cabine bon dieu !!

« et qu'il s'est comme toujours arrangé pour qu'on lui rende service. »

J'hausse les épaules.

«  Ça ne me dérange pas de l'aider… Après tout il nous accueille tous les deux à bord et on ne peut pas dire que je sois très utile sur le navire.

- Je croyais que tu détestais l'espagnol. » S'étonne Will.

Je n'ai jamais autant aimé l'espagnol qu'aujourd'hui …

« Oui… Mais je préfère encore ça à ne rien faire. »

Ou à attendre patiemment un nouveau prétexte…

« Si ça te fait plaisir. » Me sourit Will en me resserrant contre lui.

Tu n'imagines pas à quel point….

 

Je m'aperçois en arrivant devant notre cabine improvisée que, contrairement à d'habitude, l'entrepont est désert.

« Où sont-ils tous ? »

Will sourit.

«  Ils sont sur le pont. La nuit est belle et quand je leur ai dit que je voulais te faire une surprise. Ils ont accepté de partir quelques heures. »

Je suis plus touchée que je ne pourrais le dire par le geste de l'équipage… Après tout eux aussi ont droit à leur repos.

 

Will s'incline et soulève légèrement la voile qui nous isole du reste du monde.

« Madame Turner… »

Mon cœur se serre en l'entendant. Comment puis-je oublier à ce point qui je suis ? Cette réalisation et le remord qui l'accompagne me tétanisent.

« Si vous voulez bien entrer… » Sourit Will à nouveau.

Trop tard pour les remords. Et hors de question de me confesser. Je me force à sourire et j'entre.

 

()()

 

Mon cœur se serre en découvrant la « pièce ». Le réduit habituellement sombre et un peu sinistre que nous occupons est transformé. Des lampes brillent de mille feux sous notre voile, les draps sont propres (d’ailleurs où diable les a-t-il trouvés ???) et une couverture, posée à même le sol est recouverte de plats fumants.

 

Les bras de Will m'entourent et je laisse aller ma tête en arrière contre son torse.

«  Je me suis dit que ça te ferait plaisir de passer une soirée rien que tous les deux comme à la maison. »

Sauf que cela arrive rarement, Will travaille tellement. Pourtant… En voyant la table improvisée, les lumières… J'ai envie de pleurer. C'est tellement ce dont j'avais rêvé au début de notre voyage. Si seulement, si seulement Will avait fait ça avant…

« Allons ne pleure pas… Nous rentrerons bientôt chez nous. Je te le promets. » Murmure Will à mon oreille.

 

C'est encore pire comme ça. Parce que je n'ai plus envie de rentrer. Plus maintenant.

Je ravale mes larmes qui sont autant de regrets que de remords pendant qu'il me prend la main et me guide jusqu'à sa « table ».

« Assieds-toi. J'ai pillé tout ce que le Pearl pouvait contenir de mangeable. » Sourit Will.

Je lui obéis et m'installe, mon ventre grogne en voyant toute cette nourriture. J'ai faim.

 

Nous commençons notre repas en silence et Will me sert un verre de vin à ma grande surprise.

« Un peu de vin ne te fera pas de mal. Je te trouve pâle ces derniers temps… »

Cher Will… Toujours aussi attentif.

« A quoi buvons-nous ?

- A nous. Et à notre future famille. »

Pourquoi faut-il donc toujours qu'il gâche tout….

 

La nourriture est excellente et la conversation agréable. Will a du sentir mes réticences car il ne me parle que nos souvenirs agréables, de notre enfance à Port Royal. Je ris aux éclats lorsqu'il me rappelle le jour où je m'étais enfuie de la maison pour le rejoindre et où nous nous sommes perdus dans les collines attenantes à la ville.

«  J'ai cru que ton père allait me tuer ce jour-là. S'esclaffe Will. J'ai vraiment eu peur tu sais.

- Et ce n'est rien à côté de la punition dont j'ai écopé ! Il m'a envoyée chez les Taylor pendant deux semaines !

- Ah oui… Ils avaient une fille de ton âge non ?

- Victoria… Une vraie pimbêche.

- Qu'est-elle devenue ?

- Oh et bien elle s'est mariée très jeune et elle a une tripotée d'enfants. »

 

Oh oh…… Erreur…

 

Will ne relève pas. Au lieu de ça il évoque une nouvelle anecdote et nous bavardons ainsi une bonne partie de la soirée, retrouvant avec plaisir nos âmes d'enfants et le souvenir de nos bêtises. Finalement, Will se lève et me tend la main.

« Maintenant ta surprise. Enfin si je peux appeler ça comme ça… » Hésite t'il.

Cette fois je suis perplexe. Ce n'était pas le repas et les lumières la surprise ???

« C'est ... Un peu spécial… Je … Quelque chose qui… Se fait… » Rougit Will.

Seigneur… Je ne l'ai pas vu aussi embarrassé depuis, depuis notre nuit de noces en fait !

 

Will m'attire à lui et je sens ses lèvres se poser doucement sur les miennes. Sa langue caresse doucement la mienne. Je me sens un peu partie. Le vin sans doute… Ses mains glissent le long de mes hanches et les caressent lentement avant de remonter jusqu'aux boutons qu'il défait un par un. Ses lèvres embrassent chaque parcelle de peau au fur et mesure qu'il la découvre et je sens le désir désormais familier m'inonder.

 

Les lèvres de Will glissent sur mon corps avec une lenteur exaspérante. Je me tortille, je gémis… Sa bouche remonte jusqu'à mes lèvres et il m'embrasse à nouveau. Je réponds sans hésiter et je le sens durcir contre mon bas ventre.

«  Je t'aime… Souffle Will.

- Je t'aime aussi. »

Un sourire tendre me répond et il m'embrasse une nouvelle fois.

« Ce soir … C'est juste… Ton plaisir… » Me murmure t'il.

 

Quoi ??? Je ne sais pas d'où lui vient cette idée mais elle me plait aussi.

 

Ses mains défont mes pantalons et il se met à mes pieds pour m'enlever mes bottes. Sa bouche est sur mon genou, ses lèvres m'effleurent.

« On m'a dit que plus la future maman prenait de plaisir… plus ça avait de chances de réussir. » M'explique Will d'un ton hésitant.

Quoi ??? Cette fois j'ai l'impression qu'on vient de me vider un seau d'eau glacée sur la tête. Je me redresse.

« De ... Qu'est-ce que tu veux dire ? »

Je croise le regard tendre de Will tandis qu'il rougit, embarrassé.

«  Que… que pour faire un bébé il faut que je … Fasse … ça… » Répond-il en remontant lentement ses lèvres sur ma cuisse.

 

Oh il va ! Oh …. Non… Je …

 

Je suis tétanisée. Comme à travers un brouillard je vois sa tête remonter jusqu'à mon endroit le plus intime.

«  Il parait … que … enfin… Les femmes aiment être embrassées… Là… » Tente d'expliquer Will avant de poser ses lèvres sur moi.

Je sens son souffle sur moi puis sa langue timide, hésitante qui m'effleure. Il…

« Est-ce que … Est-ce que ça te plait ? » Me demande Will.

Je pourrais l'arrêter…. Je ... Je le ferais si je ne savais pas qu'il ne le fait que dans le but de concevoir ce foutu bébé qui l'obsède et pour lequel il ne m'a jamais réellement demandé mon avis. Au lieu de ça je réponds avec un sourire.

« Oui… »

 

Un regard radieux me répond et je sens sa langue me parcourir avec une ardeur surprenante. Je gémis en le sentant s'insinuer doucement en moi.

« C'est … parfumé. » Commente-t-il avant de m'embrasser à pleine bouche, sa langue retrouvant sa place en moi.

Je gémis… J'ai honte de le reconnaître mais le fait de savoir qu'en fait c'est de mon plaisir et de celui de Jack dont il s'abreuve ainsi redouble mon plaisir. Comme si j'éprouvais un plaisir pervers à me venger ainsi de son désir d'enfant qu'il m'impose. Oh….. Ses lèvres se referment sur mon petit mont de chair et je ne peux retenir un cri. Ce que c'est bon….

 

Le plaisir cesse et je me redresse difficilement. Frustrée. Pourquoi s’arrête-t-il maintenant ?

«  Je t'ai fait mal ? »

 

………………………………………....

 

« Non… je … Au contraire c'est très agréable. »

Continue !!!

Sa bouche se referme à nouveau sur moi et mes mains cherchent sa tête. Je ne me contrôle plus…. Je pousse mon bassin vers sa bouche, j'ai envie qu'il me dévore… qu'il me … Que …

 

Je me suis pas rendue compte que j'avais crié jusqu'à ce qu'il s'interrompe à nouveau. Mon corps tremble et je frissonne d'impatience en sentant la jouissance monter. Je n'en peux plus. Mes mains plaquent instinctivement sa tête contre mon bas ventre et j'entends son hoquet de surprise étouffé lorsque je me libère enfin dans sa bouche.

 

Oups……………..

 

J'ai honte à présent. Je relâche ses cheveux et je rougis en constatant qu'une de ses mèches s'est prise dans mon alliance.

« Excuse-moi… je ne sais pas ce qui m'a pris. »

Je tente de m'expliquer mais je n'y arrive pas. Will me sourit avec hésitation puis remonte jusqu'à ma bouche pour m'embrasser.

« Non… ne t'excuse pas. J'aime tout de toi… » Me glisse t'il tandis que son sexe remplace sa bouche.

 

Ses coups de rein sont doux, remplis de retenue et je gémis à nouveau.

« Elizabeth… Elizabeth…» Soupire sans cesse Will

Je lui réponds avec un sourire et tandis que je cherche sa bouche pour un nouveau baiser je le sens se crisper en moi.

« Oh mon amour… » Gémit-il tandis qu'il jouit.

 

C'est fini.

 

Will se redresse doucement et se glisse à mes côtés avant de m'entourer de ses bras.

« Cette fois… J'en suis certain nous avons réussi. » Me glisse-t-il à l'oreille.

Je ne réponds pas. En une petite phrase il vient de tout gâcher.

 

Chapitre 12                                                                                           Chapitre 14

Écrire commentaire

Commentaires : 0