Chapitre 10 : Clandestin

POV William Turner 

 

L'endroit est sinistre… Même les torches qui diffusent une lueur faible ne réussissent pas à l'égayer. C'est comme si l'espoir avait totalement déserté cette parcelle de terre isolée. A mes côtés, Mr Gibbs prend une brutale inspiration. Il est inutile pour moi de me retourner. Nous pensons la même chose. Dans quel piège Jack nous a-t-il jeté ? Derrière les murs de la forteresse battue par les vagues, des cris de souffrance nous parviennent… Sommes-nous en enfer ? Oui, sûrement. J'ai beau savoir que ceux qui sont enfermés ici sont des hors la loi, sans doute des voleurs, des assassins ou d'autres brigands je ne peux m'empêcher d'avoir pitié d'eux. Quelle chance ont-ils d'avoir une mort décente ? Ou rapide…

 

Un nouveau déglutissement derrière moi alors qu'un cri plus fort que les autres déchire l'air. C'est insupportable et pourtant il me faut le supporter. Pour mon père.

« Comment on va entrer ? » Chuchote Gibbs.

 

Et surtout … comment va-t-on en sortir ?

 

Suivi par la poignée d'hommes que Jack a désignés pour m'accompagner, je fais le tour du bâtiment. Mes doigts palpent les pierres à la recherche d'une faille. Il y en a forcément une. Le tout est de la trouver.

 

Là … des barreaux… Ma main glisse sur eux… Ils sont mal scellés, la pierre qui les retient est effritée. Voilà notre chance de pénétrer dans l'édifice. Si on peut parler de chance. Je me mets au travail et je bénis les nuages qui s'écartent légèrement et laissent filtrer la lumière de la lune. Ça va me faciliter la tâche. Pas de bruit. Surtout ne pas faire de bruit. Un premier barreau cède, puis rapidement un second. Nous y sommes presque. Pas le temps d'hésiter. Je pénètre dans la forteresse, soulagé de voir qu'aucun garde ne fait sa ronde. Derrière moi Gibbs souffle, il a du mal à pénétrer dans la prison.

 

Un par un les hommes se faufilent. Nous sommes dans l'enceinte de l'enfer.

 

Un cri retentit au loin et je maîtrise mal un tremblement. Que leur font-ils donc ? Non. Je n'ai pas envie, pas besoin de le savoir. Dieu merci, Elizabeth n'est pas avec moi. Sûrement est-elle dans notre cabine, ses beaux cheveux sur l'oreiller. J'espère qu'elle dort, j'espère qu'elle ne peut pas entendre les cris atroces qui s'échappent de cet endroit. Mais je n'ai pas le temps d'y penser. Il faut trouver la clef pour quitter ces ténèbres et retrouver ma douce Elizabeth.

 

Nous cheminons lentement, prudemment. Hors de question de se faire surprendre. Je n'ose imaginer ce que les gardes de cet endroit nous feraient si c'était le cas.

 

Jack a été précis. C'est un prisonnier du nom de Forbe qu'il nous faut trouver. Ou du moins ses effets. Comment cet homme est-il entré en possession de la clef ? Je l'ignore. La seule chose qui importe vraiment c'est qu'il l'ait.

« Will ! » Souffle Gibbs d'un ton pressant.

 

Deux gardes viennent de s'engager dans le couloir dans lequel nous nous trouvons. C'est le moment du choix. Les tuer ou les laisser nous tuer. Je serre ma main sur mon épée pour me donner du courage. Il y a une différence entre se battre pour son honneur et se battre comme un pirate. Les hommes ont à peine le temps de gémir que déjà nous sommes sur eux. Ma lame s'enfonce dans le corps de l'un d'eux et je sens un liquide chaud inonder ma main. Dieu me pardonne…. J'espère, j'espère qu'il n'a pas souffert. Que sa mort a été rapide.

 

Je suis incapable de réagir tandis que Gibbs et les autres, en habitués du meurtre, traînent les corps à l'écart. Je déglutis.

«  Il faut qu'on leur prenne leurs vêtements. »

A cet instant je ne me reconnais pas … Suis-je vraiment cet homme qui après avoir décidé froidement la mort de deux inconnus ordonne qu'on les dépouille ? Ma suggestion ne recueille aucun commentaire chez les pirates et l'instant d'après nos deux malheureuses victimes sont nues, leurs corps rendus encore plus obscènes dans la mort. Un nouveau cri brise le silence. Celui d'un homme que l'on torture. Curieusement cela m'aide à museler mes remords. Ils n'auraient pas hésité si on leur avait laissé le temps de nous tuer.

 

En silence, nous nous répartissons les rôles. Voici Gibbs et Pintel promus au rang de soldats, Ragetti et moi-même seront prisonniers. Je frissonne alors que Gibbs passe les fers à mes poignets, prenant garde à ne pas serrer afin que je puisse me libérer rapidement en cas de danger. Même ainsi je ne peux me défendre d'un sentiment de malaise… Est-ce mon destin de finir enchaîné ? Malgré tous mes efforts puis je échapper à ce sang qui coule dans mes veines ? Le sang d'un pirate…

 

Non, je ne dois pas, il ne faut pas que je pense à ça… Elizabeth m'attend non loin d'ici. Elizabeth. Ma lumière.

 

« On y va petit. Me glisse Gibbs d'un air sombre. Pas trop envie de s'attarder. »

Entièrement d'accord…

 

Nous progressons dans les couloirs, sans nous dissimuler cette fois et nous croisons deux nouveaux gardes. Le moment de vérité. Vont-ils reconnaître les clandestins que nous sommes ou alors sont-ils tellement habitués à rencontrer de nouveaux visages qu'ils ne verront rien ?

 

Un salut de la tête pour Gibbs et Pintel. Un regard méprisant pour Ragetti et moi.

« On a chopé ces deux là. Déclare Gibbs avec une hésitation imperceptible. Parait qu'ils font partie de l'équipage de Forbe. On a reçu l'ordre de les enfermer ensemble. »

Je fixe Gibbs… Où a-t-il appris à parler ainsi aux soldats ? Oui je me rappelle, il était dans la marine. Mais c'était il y a si longtemps. Pas assez pour avoir oublié ses anciens réflexes de toute évidence.

« Forbe est à l'isolement … Pas trop en état de recevoir des visites. » Ricane l'un des gardes.

Gibbs hoche la tête d'un air complice.

« Parait que ce sont des renégats, le lieutenant espère que la rage de Forbe lorsqu'il les verra les fera parler. »

Les deux soldats ont l'air navré cette fois.

«  Il est pratiquement mort… Vous arrivez trop tard. »

Je m'efforce de prendre une expression soulagée alors que mon cœur cogne dans ma poitrine. Sommes-nous arrivés trop tard ? Avons-nous tué ces hommes pour rien ?

« On peut quand même essayer. Déclare Gibbs d'un ton embêté. Vous comprenez j'ai des ordres… Peut-être que si, si on faisait en sorte de leur mettre un objet de Forbe, celui-ci les reconnaîtrait et se mettrait en colère. »

 

Je retiens mon souffle. Le plan est audacieux.

«  Toutes les prises sont sous clef. Fait remarquer le second garde

- Je le sais… Mais peut être un objet anodin ? »

Les deux hommes hésitent et j'entends Ragetti commencer à pleurnicher. Soit il est un remarquable comédien, soit il est vraiment terrifié… Je l'imite, espérant être aussi convainquant. Un sourire cruel salue notre prestation. Je ne regrette plus d'avoir ôté la vie des gardes.

« D'accord. Déclare le premier. Rien pour le spectacle de les voir s'entretuer ça vaut le coup. Suivez-moi. »

Gibbs tire sèchement sur mes chaînes et continue son babillage avec les gardes tandis que nous approchons du but.

 

Les clefs tournent, la réserve est là. Gibbs s'approche lentement des effets de Forbe. Nous échangeons brièvement un regard consterné. La clef n'y est pas.

« C'est tout ce qu'il y a ? Demande Gibbs, d'un ton hésitant cette fois.

- Quoi d'autre ? C'est qu'un sale pirate. » Commente le garde en crachant sur le sol, manquant mes bottes de peu.

Gibbs s'empare d'une chaîne en or et la fourre dans ma poche.

« Ça devrait suffire. » Commente-t-il.

 

Je l'espère.

 

Un nouveau couloir. De nouveaux râles de souffrance. Comment peut-on se faire à ça ? La clef des gardes tourne dans la serrure et la porte s'ouvre, donnant sur une geôle étroite et basse. Un homme ne peut même pas se tenir debout là-dedans.

« Laissons ces chiens se dévorer. » Suggère Gibbs en me poussant dans la geôle tandis que Pintel agit de même avec Ragetti.

« Moi je veux voir ça ! » Répond le premier garde.

Oh non !

« Je préférerais me rincer le gosier. Répond Gibbs. Et ça risque de durer longtemps. »

 

S'il voyait la forme à peine humaine qui gît dans un coin de la cellule il ne dirait pas cela…. Pourtant les gardes capitulent. L'appel du rhum est apparemment plus fort que celui du sang. Malgré le dégoût que cela m'inspire je me sens soulagé lorsque Gibbs et Pintel s'éloignent en compagnie des gardes. Immobile, j'entends Gibbs claironner qu'ils n'ont pas beaucoup de temps. Dieu fasse qu'ils réussissent à ressortir…

 

Ragetti tremble à mes côtés et je me force à surmonter mon dégoût pour m'approcher de la forme sanglante.

«  Forbe ? »

Le regard qu'il lève sur moi est aveugle. On lui a crevé les yeux. J'ai envie de vomir.

« Qui es tu ? Coasse l'homme avec difficulté.

- Will Turner. C'est Jack Sparrow qui m'envoie… Pour trouver la clef. »

Je n'ai pas le temps de réagir que le supplicié est sur moi, il me bourre de coups de poings, frappant à l'aveuglette.

« Jack Sparrow… Jack Sparrow… Répète-t-il sans arrêter de frapper.

- Ragetti ! Aide-moi ! »

Enfin le marin réagit et immobilise Forbe qui pousse un cri déchirant de douleur. Je saigne, mes côtes me font mal… Mais comment pourrais-je frapper un homme qui a déjà tellement souffert ?

« Nous allons vous sortir d'ici mais dites-moi où est la clef. »

 

Forbe se contracte, je vois bien qu'il rassemble ses dernières forces pour échapper à l'étreinte de Ragetti et frapper encore.

« Sparrow… Siffle-t-il. C'est sa faute…

- Quoi ? De quoi parles-tu ?

- Sparrow… » Siffle à nouveau Forbe.

Je suis choqué de voir les mains de Ragetti fouiller le corps de Forbe, il passe sans douceur sur ses blessures à vif et réveille la douleur.

« Pitié … Gémit Forbe alors que Ragetti le force à se mettre à quatre pattes comme, comme un animal.

- J'irais pas voir là-dedans mais m'est avis que c'est là qu'il l'a cachée. » Me déclare Ragetti en arrachant le pantalon de Forbe.

 

Oh non… oh non… Pas ça … C'est immonde, c'est dégoûtant, c'est …

 

« Dépêche-toi ! » Me presse Ragetti tandis que les gémissements de Forbe couvrent à demi sa voix.

 

Ne pas regarder, ne pas y penser. Mes doigts fouillent ce qu'ils n'auraient jamais du explorer. Mes mains sont sales. Je m'enfonce et Forbe hurle.

« Jamais l'aurez pas… »

Si. Ragetti avait raison. Au bout de mes doigts, un objet dur. Métallique. Je n'ose m'enfoncer plus, pourtant mon doigt se referme sur la clef. Il faut tirer maintenant. Comment est-ce le moins douloureux ? Vite ? Lentement ? J'hésite. Le corps de Forbe tremble.

« Vite. » Me presse Ragetti qui a de plus en plus de mal à le retenir.

 

Fermer les yeux. Et tirer.

 

Ma main est pleine d'un mélange de sang et d'excréments et la clef est chaude contre ma paume. Sous moi, Forbe pleure sans retenue.

« Venez avec nous… Ne puis je m'empêcher de dire à Forbe auquel bien plus qu'une clef je viens d'arracher une part de sa dignité.

- Va crever en enfer… Me répond l'homme, ses yeux aveugles errant sur la pièce sans me voir.

- Will… Faut qu'on se dépêche. » Geint Ragetti.

J'essaie de convaincre Forbe mais il semble décidé à garder le silence, son corps git dans une mare de sang.

« Will… » Répète Ragetti en roulant des yeux effrayés autour de nous.

 

Je me décide. La clef soigneusement glissée dans ma poche je fais levier sur les barreaux. Il est tellement simple de s'évader de ces geôles pour qui sait comment s'y prendre. Ragetti me renverse presque mais moi je ne peux pas partir. Je ne peux pas laisser Forbe ainsi. Je me penche sur lui et je le soulève, prenant garde de ne pas le blesser plus encore.

« Sois maudit… Me crache l'homme.

- Vous venez avec nous. Je ne vous laisse pas. »

 

Un sourire se dessine sur ses lèvres tandis que je le traîne hors de sa cellule. Même si je dois le porter seul j'y arriverais.

« ALERTEEEEEEEEEEEEEE Hurle brutalement Forbe. Ils s'échappent, les hommes de ce bâtard de Sparrow s'échappent ! »

 

Quoi ? Comment … comment … alors que je …

 

Derrière nous des bruits de pas, des claquements d'armes. Devant moi Ragetti se met à courir. Je sens les doigts de Forbe étreindre mon col. Il cherche à me retenir, à m'empêcher de fuir alors que j'allais lui offrir sa liberté.

«  Pourquoi… »

Je gémis en essayant de lui échapper tandis que les pas se rapprochent.

« Sparrow… Demande Sparrow. » Répond Forbe avec un rictus mauvais.

Ils sont presque sur moi… Je ne peux pas les laisser me prendre. J'écarte Forbe avec force. Son hurlement me déchire les tympans. Ça et le craquement sec que fait son os alors que je lui brise le poignet.

« Vite ! »

 

J'entends geindre Ragetti de loin… Plus le temps d'hésiter. Je repousse Forbe et je cours vers sa voix, vers la liberté. Derrière moi j'entends les soldats me sommer d'arrêter. Courir, courir pour fuir. Impossible de se battre.

 

Des coups de feu explosent et je continue à courir. La douleur dans mon épaule est à la fois surprenante et signe que je vis encore. Plus que quelques mètres… Ragetti se faufile dans l'ouverture que j'ai pratiquée un peu plus tôt et les balles fusent autour de moi. Une main me retient, agrippe ma veste… La clef est dans mon pantalon. Je lui laisse ma veste et me jette dans le trou. Ragetti est déjà loin, il court vers la chaloupe et derrière moi je sens presque le souffle des soldats.

« Ils sont coincés, ils n'iront pas loin…

- WILL ! »

 

Mon cœur cogne dans ma poitrine, j'ai du mal à respirer. C'est la voix de Gibbs là-bas dans la chaloupe. Il a réussi à fuir. Les soldats sont derrière moi, toujours plus proches… Une main se tend et je l'agrippe sans savoir celui que je dois remercier. L'eau glacée se referme sur mon corps. De loin j'entends Gibbs.

« Pagayez ! Pagayez comme si votre vie en dépendait ! »

Comme si ? Je sens mon sang s'écouler de ma blessure. Je n'ai plus mal. J'entends à peine les tirs des soldats, je ne sens plus la froideur de l'eau. Mes doigts se détendent et je sens une poigne de fer sur mon poignet.

« Te laisse pas aller Will. »

La voix de Gibbs est loin, si loin…

« Aide-moi à le remonter vite ! »

 

Mon corps est tiré hors de l'eau. Non… Pourquoi faites-vous ça ? Ça fait mal… Laissez-moi là bas.

 

Une gifle me fait ouvrir les yeux, me remet les idées en place.

« Désolé petit mais faut pas que tu dormes. »

Gibbs…

Je me force à ouvrir les yeux. La douleur irradie mon épaule. Derrière nous, les soldats s'organisent, montent à leur tour dans des chaloupes.

«  Ils laisseront pas tomber comme ça. » Rage Gibbs.

A l'horizon, le soleil se lève, la silhouette du Pearl, si loin et si proche se détache dans le ciel azuré.

«  Plus vite ! » S'exclame Gibbs en pagayant à son tour.

J'ignore la douleur et je m'empare d'une rame de mon bras valide. Nous devons réussir. Je ne peux pas laisser Elizabeth. Elizabeth. Rien que sa pensée me donne des ailes.

 

Le Pearl canonne brutalement et je frémis. Il nous a ratés de peu. Derrière nous, les soldats poussent un cri de détresse. Enfin nous arrivons. Une main se tend pour m'aider. Jack.

« On met les voiles. » Jette le pirate à l'adresse de ses hommes.

Je ne l'écoute pas. Je cherche Elizabeth. Pourquoi n'est-elle pas sur le pont ?

« Viens, faut t'enlever ça. » Me déclare Jack d'un ton rude.

Je n'ai pas la force de lutter… Jack m'entraîne dans sa cabine et je remarque à peine le désordre.

«  Tiens. Bois. » Ordonne Jack en me tendant une flasque de rhum.

 

Pour la première fois de ma vie j'apprécie la brûlure du breuvage dans ma gorge. Les doigts de Jack fouillent ma blessure et j'ai à peine le temps de crier ma douleur qu'ils ressortent, serrant un éclat métallique.

« Tu en es quitte pour une belle frayeur. » Me déclare Jack avant de s'emparer d'un fil de pêche.

Je ne comprends pas… Tout va trop vite. L'aiguille perce ma peau et j'ai envie d'hurler.

« Bois un coup. M'ordonne Jack. Ça sera pas long. »

 

Je n'ai plus de volonté. J'obéis. Les secondes passent et je tente d'ignorer la douleur. Enfin Jack termine.

« Bravo pour la discrétion. » Rumine-t-il

J'ai envie de le tuer. Nous avons failli mourir. Par sa faute si j'en crois la rage qui a possédé Forbe dès l'instant où j'ai prononcé son nom.

«  Tu as la clef ? »

 

La clef ! Je fouille dans ma poche et je sens sa froideur métallique sous ma paume. Je n'ai pas la force de parler, je la sors et Jack fait une grimace dégoûtée en la découvrant.

« Forbe a toujours aimé les cachettes. » S’amuse-t-il.

Comment peut-il trouver ça drôle ? Comment un homme peut il mettre quoi que ce soit là ? Mon écœurement doit être visible car Jack reprend.

« C'est courant chez les marins mon gars… Et qu'est-ce qu'une petite clef quand on sait ce que le manque de femme ou le désir nous pousse à prendre ? »

Quoi ? Il veut … il veut dire que… J'en oublie la douleur et Jack me sourit.

«  Tu devrais essayer… C'est délicieusement étroit… » Susurre-t-il d'un air provoquant.

 

Immonde…

 

Jack reprend son sérieux.

«  Ça va aller petit ? »

Il le faudra bien. J'hoche la tête, j'ai hâte de quitter cette pièce, hâte de dire adieu à tout ça et plus encore de retrouver Elizabeth. Pourquoi n'est-elle pas là ? Mes yeux errent vaguement dans la cabine et je ne peux retenir un hoquet de surprise en voyant le lit de Jack. Il est sur le sol, un de ses pieds a cédé. Je ne l'avais jamais remarqué avant.

« Une nuit où j'y suis allé un peu fort. » Me souffle Jack avec ce même sourire que tout à l'heure.

Je préfère ne pas penser à ce qui s'est passé… Ni au sexe de ce qui a partagé ses ébats.

« Tu crois que tu pourrais m'arranger ça ? Demande Jack sur le ton de la conversation. Du moins quand ton épaule ira mieux. »

Presque une conversation normale. Rassurante après les horreurs que j'ai vues cette nuit.

«  Oui sûrement.

- Va te reposer. » M'ordonne Jack.

 

Oui… Oui retrouver Elizabeth. Savoir pourquoi elle n'était pas sur le pont pour m’accueillir. Je me lève. Le monde tangue un peu autour de moi. Le rhum sans doute… Je comprends à présent pourquoi la démarche de Jack est toujours si hésitante.

 

« Tu devrais te laver un peu avant de rejoindre ta donzelle. » Me conseille Jack.

Je baisse les yeux sur mes bras et une nausée me prend à nouveau. Ils sont couverts de sang et de tâches marron auxquelles je ne veux pas penser.

«  Pourquoi Elizabeth n'est-elle pas là ? »

Jack hausse les épaules.

«  Les gars m'ont dit qu'elle avait veillé une partie de la nuit. Sans doute dort elle trop bien. »

 

Je souris à la pensée de ma belle endormie auprès de laquelle je serais bientôt. Tant mieux. Je suis content qu'elle n'ait pas été là, qu'elle n'ait pas vu le sang sur mes mains. Je me nettoie et je descends pesamment l'escalier qui mène à l'entrepont tandis que je sens le regard de Jack peser dans mon dos. Comme s'il attendait quelque chose. Mais Jack Sparrow n'attend il pas toujours quelque chose ? Plus tard je lui demanderais les raisons de la haine de Forbe… Plus tard…

 

J'écarte la voile qui protège Elizabeth du restant de l'équipage et je m'immobilise. Elle est telle que je me la suis imaginée durant ma plongée en enfer. Ses cheveux, épars sur l'oreiller improvisé, encadrent son doux visage. Sur ses lèvres flotte un doux sourire. La voir après la nuit dernière c'est comme voir un ange au milieu de l'enfer. J'ôte mes vêtements et je me glisse contre elle. Je ne veux pas la réveiller mais je ne peux pas m'empêcher de la toucher, de caresser la peau douce de son visage. Elle ouvre les yeux et je ne peux m'empêcher de sourire en y lisant le trouble du semi réveil.

«  Will… »

 

Sa voix est presque surprise… Sans doute parce qu'elle est épuisée. Des cernes marbrent ses yeux et pourtant je ne l'ai jamais trouvée aussi belle.

« Ne t'en fait pas. Tout va bien. Nous avons réussi. »

Ses yeux s'emplissent de larmes et elle jette un regard d'effroi autour d’elle. Je m'empresse de la rassurer.

« Ce n'est rien, ce n'est qu'une légère blessure. Jack l'a soignée.

- Jack… » Souffle-t-elle.

Sa voix me parait étrange. Mais sans doute est-ce du au fait de retrouver la lumière après autant de ténèbres. Je referme mes bras autour d'elle. Je n'ai plus mal. Contre ma paume je sens son cœur battre de plus en plus fort.

« Oh Will je t'aime. » M’affirme-t-elle.

 

Elle me semble presque désespérée. Chère Elizabeth. Je sais maintenant pourquoi elle n'a pas dormi… Elle a eu peur de me perdre comme je l'ai craint moi aussi.

 

Mes lèvres cherchent les siennes et elle pousse un soupir alors que nos bouches s'unissent. C'est mal, je sais. Mais j'ai besoin d'elle, besoin qu'elle chasse les terribles souvenirs de la nuit écoulée. Je caresse son corps. Elle se cambre. Mes doigts glissent vers son entrejambe humide.

« Will… Je suis si prête. » Souffle-t-elle en s'accrochant à moi comme si elle craignait de me voir partir.

 

Non je ne partirais pas mon amour… Jamais.

 

Lentement nos corps s'épousent. Je ne sens plus la douleur dans mon épaule. Les mains hésitantes d'Elizabeth glissent dans mon dos, je me noie dans sa tendresse.

«  Will. Répète-t-elle à nouveau comme si elle n'arrivait pas à croire que je suis là.

- Je suis là… »

Je l'embrasse et mon plaisir explose. Elizabeth… J'espère que cette fois nous aurons enfin l'enfant que nous espérons tant. Lentement je la libère, un peu honteux de ma brutalité.

« Je t'aime Elizabeth. Tu m'as manqué. »

Je glisse dans le sommeil tandis qu'elle me répond d'un ton indéfinissable. Des regrets ?

«  Toi aussi Will… »

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