Chapitre 6 Le prix de la chair

Dès l'instant où le jeune officier annonça Beckett, ce dernier pénétra dans le bureau de James.

 

Les doigts du Commodore se crispèrent involontairement sur la plume qu'il tenait tandis que la voix du lord résonnait dans la pièce.

«  Comme il est agréable d'ouvrir une porte et de vous trouver civilement installé derrière une table. »

 

James se força à inscrire un sourire poli sur ses lèvres puis se leva pour gratifier le nouveau venu d'un salut rigide.

« Que puis-je pour vous lord Beckett ? demanda-t-il froidement.

- Une affaire urgente sur laquelle vous êtes dépêché. Vous devez prendre la mer afin d'atteindre les eaux de Santiago de Cuba où sévi deux groupes pirates. Il y a quatre jours de cela, ils ont attaqué El Verraco et ont mis la ville à feu et à sang.

- Pourquoi n'en ai-je pas entendu parler ? le questionna-t-il, dubitatif.

- Les navires de la Compagnie des Indes empruntent cette voie et les ont repérés avant la Marine Royale, par conséquent j'en ai été informé avant vous. Je présume que vous ne tarderez pas à recevoir ce même communiqué.

- Je ne reçois mes ordres que de l'Amiral Anderson, répondit Norrington.

- Qui lui-même répond à mes ordres désormais, je suis gouverneur de cette colonie et envoyé de la Compagnie des Indes pour laquelle vous travaillez indirectement. De plus, les heures d'Anderson en tant qu'Amiral sont comptées. Vos directives seront émises par moi-seul, veillez à ne pas l'oublier. »

 

James garda le silence quelques instants, essayant de capter dans le regard du lord la moindre trace de mensonge.

«  Est-ce tout ? demanda-t-il, enfin.

- Pas encore. Je voulais également m'octroyer le plaisir de vous annoncer notre départ, à Miss Swann et moi-même pour l'Angleterre. Notre navire appareillera à l'aube. »
Les yeux verts de James s'agrandirent de surprise.

«  Mais vous ne deviez partir que dans une semaine ! »

Un sourire éclaira les traits sarcastiques de Beckett.

«  Eh bien j'ai changé d'avis, cela m'est plus commode. »


Une colère sourde s'empara de James qui eut beaucoup de mal à contenir sa colère.
« Vous ne pouvez pas l'emmener ainsi ! S’exclama-t-il en abattant ses mains sur le bureau.

-N'inversez pas les rôles. Je suis seul à donner les ordres, commodore. »

Un sourire dédaigneux accroché aux lèvres, Beckett prit congé en laissant James à son énervement.

 

Par-delà son humeur, une peur sournoise s'était emparée du militaire. L'idée même d'être éloigné d'Elizabeth glaçait ses veines et pourtant il avait failli la quitter définitivement quelques jours plus tôt... mais tout avait changé depuis car celle dont il avait si souvent rêvé était désormais à portée...

Une onde de chaleur traversa soudainement son corps, emportant sa colère pour instiller une brûlante frustration.

 

Possédé par cette vague aussi douloureuse que voluptueuse, il n'entendit pas Groves toquer à la porte et sursauta imperceptiblement quand ce dernier entra dans la pièce.

« Pardonnez-moi commodore mais une missive vient d'arriver. »

L'esprit encore hanté par Elizabeth, il décacheta le pli et parcouru les quelques lignes qui y figuraient.

 

Il s'agissait du même ordre que celui de Beckett et rien ne pourrait justifier un refus qui le ferait indéniablement passer devant la cour martiale.

«  Je dois m'absenter, » déclara-t-il subitement sous le regard étonné du lieutenant.

Même s'il l'avait voulu, James n'aurait pu honorer sa fonction en cet instant. Seuls le visage de la jeune femme et la douceur de sa peau occupaient son esprit et pour l'heure, la seule chose qui comptait était de la revoir.

 

Bien que Groves eut l'envie de retenir son supérieur, il le laissa partir. Nul besoin d'être devin pour savoir où il se rendait et il grimaça en songeant à l'attirance incompréhensible qu'éprouvait Norrington pour la fille du Gouverneur. Pour lui, ce n'était qu'une souillure que les pirates s'étaient enfilée les uns après les autres. Cependant, il tenait trop à l'estime du Commodore et regrettait sincèrement la disparition fort suspecte de Weatherby Swann.

Après tout, ce n'était pas la faute de ce pauvre homme si son unique fille était une putain des mers.

 

()()()

 

Estrella jeta un regard inquiet à sa jeune maitresse qui ne cessait d’aller et venir nerveusement dans la pièce depuis la visite de Beckett.

« Et ceci Miss souhaitez-vous l’emporter ? » Demanda-t-elle en brandissant un éventail coloré.

Elizabeth se retourna vers sa domestique avec rage et son regard tomba sur l’éventail d’une facture grossière qu’elle tenait. C’était un cadeau de Will, le dernier qu’il lui avait fait avant leur mariage ou plutôt avant de s’enfuir lâchement pour échapper à Beckett. Cette pensée redoubla la colère qui ne demandait qu’à exploser et Elizabeth traversa la pièce d’un bond pour arracher l’objet à Estrella. Sous le regard ébahi de la domestique, Elizabeth jeta l’éventail dans la cheminée et ricana en voyant les flammes commencer à lécher le délicat ornement.

« Ca répond à ta question ? » Demanda Elizabeth avant de se laisser glisser au sol, secouée par des sanglots.

 

Eperdue, la jeune fille entendit à peine les mots de consolation de sa femme de chambre. Elle était exténuée, presque brisée par les événements qui s’étaient enchainés depuis ce qui aurait du être le plus beau jour de sa vie. D’abord leur arrestation puis la fuite de Will qui l’avait abandonnée lâchement après tout ce qu’ils avaient partagés. Et ensuite son père, son si cher père qui…

 

Elizabeth s’étouffa à demi à la pensée de la mort de son père tandis qu’Estrella la relevait doucement et la guidait sur le lit.

«  Je vais vous préparer une bonne tasse de thé Miss et des scones au beurre, vous avez à peine mangé ces derniers jours, pas étonnant que vous vous sentiez aussi mal. »

Elizabeth cligna des yeux, révoltée : sa vie tombait en miettes et tout ce que cette imbécile trouvait à faire c’était de lui proposer une tasse de thé ??? La colère la posséda de nouveau et Elizabeth s’y abandonna totalement. Tout valait mieux que l’étau qui jour après jour se refermait sur son cœur pour l’étouffer de souffrance.

«  JE NE VEUX PAS DE TES SCONES ESTRELLA !!! »

 

Stupéfaite, Estrella balbutia des excuses tandis qu’Elizabeth reprenait avec rage.

« Crois-tu que des scones et du thé me feront oublier la mort de Père ? Ou l’abandon de Will ?

- Miss je ne

- TAIS-TOI !!! Tu crois que tes scones me feront oublier que demain matin je quitterais ma maison en compagnie de l’homme qui a ruiné ma vie !!

- Je voulais juste vous aider, » murmura Estrella le visage d’une pâleur de cire devant la rage qui métamorphosait sa jeune maitresse.

Elizabeth avait certes toujours eu un caractère difficile mais jamais elle ne s’était comportée ainsi… Médusée, Estrella vit la jeune fille se ruer vers les malles qu’elle faisait soigneusement depuis des heures et en sortir les robes et dessous fragiles dont elle avait pris le plus grand soin.

«  VOILA CE QUE JE FAIS DES ORDRES DE LORD BECKETT !!! Hurla Elizabeth.

- Oh Miss vos si jolies robes, » murmura Estrella, anéantie.

 

Elizabeth se retourna vers elle.

«  Que veux-tu que ça me fasse !!

- Mais Lord Beckett a dit que… »

La main d’Elizabeth s’écrasa sur la joue d’Estrella et la domestique mit quelques secondes à réaliser que sa jeune maitresse venait de la frapper. C’était la première fois.

 

Un silence tomba entre les deux femmes et Elizabeth, tremblante, fit face à Estrella.

«  Pardon. »

Choquée, la femme ne répondit pas et de nouvelles larmes montèrent aux yeux d’Elizabeth.

«  Estrella je suis désolée, si désolée, je n’aurais jamais du

- C’est de ma faute mademoiselle, j’aurais du me rendre compte que ce que je vous proposais n’arrangerait rien. Répondit Estrella d’un ton mécanique.

- Non, c’est moi, je, pardonne moi, je, va boire un thé, je vais ranger, » murmura Elizabeth, penaude.

Estrella la fixa tandis qu’elle ramassait les robes.

«  Je suis désolée, » répéta Elizabeth avant d’éclater à nouveau en sanglots convulsifs.

 

Le cœur d’Estrella chavira devant sa détresse.

«  Allez-vous allonger Miss, je finirais les malles. »

Elizabeth la fixa et secoua la tête.

«  Après ce que je t’ai fait…. Oh Estrella pardon. »

La domestique la reçut dans ses bras et soupira.

«  Ne vous frappez pas pour ça Miss, Dieu sait que vous avez beaucoup souffert ces dernières semaines. » Et qu’il a de fortes chances que cela continue, ajouta in petto Estrella qui n’était pas dupe des bonnes manières de Beckett.

Elizabeth gémit.

« Ce n’est pas une raison pour agir comme je l’ai fait… Pardon. »

Estrella soupira et la guida jusqu’à son lit.

« Allons calmez-vous, je vais vous chercher de quoi vous restaurer, vous aurez les idées plus claires ainsi.

- Oui, répondit humblement Elizabeth. Merci Estrella, merci pour tout, pour être aussi gentille et pour

- Chutttt, » la calma la domestique avant de sortir.

 

()()

 

Estrella, la joue marbrée de rouge, était à la moitié du grand hall lorsqu’elle entendit la voix embarrassée de Hartley.

«  J’entends bien Commodore Norrington, seulement Lord Beckett nous a donné des consignes très strictes concernant les visites de Miss Swann et … »

Estrella s’approcha et vit le visage empourpré de colère de Norrington. Le soulagement l’envahit à la vue du militaire. Assurément si quelqu’un pouvait rendre le sourire même quelques instants à sa jeune maitresse ce serait lui ! Elle avait bien vu la manière dont Elizabeth parlait du Commodore désormais tout comme elle avait vu la sincérité des attentions de ce dernier envers la jeune femme. Seulement Hartley avait raison. Lord Beckett avait défendu formellement qu’on laisse entrer Norrington. Pourtant, Estrella n’hésita pas. Sans faire de bruit, elle s’approcha et fit signe au Commodore de faire le tour de la maison. Après tout quel mal pourrait-il y avoir à redonner le sourire à Elizabeth ?

 

()

 

James s’apprêtait à répondre vertement à Hartley voir à sortir son épée lorsqu’il reconnut du coin de l’œil la domestique d’Elizabeth. Cette dernière lui faisait de grands gestes qui semblaient lui indiquer de contourner la maison. Surpris, James cilla et fit face à Hartley qui pérorait toujours sur les ordres de Beckett.

«  Soit je comprends, abdiqua-t-il, espérant ne pas s’être trompé sur le message d’Estrella. Dans ce cas, transmettez mes adieux les plus sincères et les plus chaleureux à Eli, à Miss Swann. »

Soulagé par ce revirement qu’il n’espérait plus, Hartley s’inclina avec raideur.

«  Je n’y manquerais pas Commodore Norrington soyez en assuré. Et j’ose croire que vous me pardonnerez de vous avoir reçu ainsi mais

- Les ordres sont les ordres Hartley je comprends, » le coupa Norrington maintenant pressé de rejoindre l’endroit indiqué par Estrella.

Sans attendre plus de réponse, il s’éloigna.

 

Une fois Norrington parti, Hartley se retourna et aperçut Estrella. Mécontent, il lui fit face.

«  Et bien ma fille que faites-vous là ?

- Rien Mr Hartley, je me rendais juste aux cuisines, Miss Elizabeth désire une tasse de thé.

- Ah et bien pressez-vous donc au lieu de bailler aux corneilles ! »

Estrella fit une petite révérence et se dépêcha d’échapper à la vue de Hartley.

 

()

 

Le cœur battant, James attendait depuis de longues minutes sous le couvert des arbres du parc de la résidence Swann lorsqu’une fenêtre s’ouvrit à sa gauche. Soulagé, le Commodore reconnut Estrella et sa hâta dans sa direction.

«  Je dois la voir, je vous en prie, avant son départ, » commença t’il.

Estrella s’adoucit, de tous les prétendants de sa jeune maitresse, James Norrington, le Commodore Norrington, avait toujours été son préféré. Si elle avait été à la place d’Elizabeth elle…

«  S’il vous plait, » murmura James.

 

A cet instant un bruit de porte claqua dans la demeure et Estrella sursauta avant de se reprendre.

«  Lord Beckett a formellement interdit toute visite.

- Je sais mais pour l’amour de

- Entrez, chuchota Estrella. Vite avant que je change d’avis. »

James ne se le fit pas dire deux fois et se hissa dans la pièce. Le cœur battant à coups redoublés devant sa propre audace, Estrella leva une main tremblante et lui désigna une porte soigneusement dissimulée derrière une tenture.

«  Elle mène aux étages, aux quartiers des domestiques, personne n’y circule à cette heure. Montez deux étages, traversez le couloir puis redescendez. Prenez la porte de bois juste en face de vous. Ensuite la chambre de Miss Elizabeth est la première porte à gauche. »

James, éperdu de reconnaissance, la fixa.

«  Merci ! Vous ne savez pas ce que ça représente pour moi. » Murmura-t-il, laissant de côté pour une fois le vernis qui enrobait habituellement ses paroles.

 

Il se précipita vers la porte et Estrella vacilla.

«  Par pitié faites qu’il ne se fasse pas prendre, » murmura-t-elle.

 

()

 

Tandis que James Norrington gravissait quatre à quatre les marches qui le conduiraient à Elizabeth, Mercer laissa échapper un sourire depuis son point de vue. Le Commodore était entré. Il était temps de faire son rapport à son maître.

 

()

 

Tremblante, Elizabeth qui, durant l’absence d’Estrella s’était suffisamment calmée pour regretter totalement son geste se leva alors qu’on frappait à sa porte.

«  Entre. »

Les nouvelles excuses qu’elle avait sur les lèvres moururent à la vue de James Norrington.

«  James… »

 

Le Commodore referma soigneusement derrière lui et avança vers la jeune femme.

«  Elizabeth, pardonnez mon intrusion, mais je ne pouvais pas vous laisser partir ainsi, pas sans vous avoir revue. » Déclara-t-il d’un ton que l’émotion rendait guindé.

Leurs mains se rejoignirent naturellement et Elizabeth leva un visage bouleversé sur lui.

«  Mais comment êtes-vous entré ? Beckett interdit toutes visites, cracha t-elle.

- Estrella m’a aidé, répondit négligemment James inquiet par la pâleur et les yeux rougis d’Elizabeth.

- Pour me dire adieu, » souffla la jeune femme d’une voix empreinte de regrets.

 

James la fixa. Ses yeux caressèrent la courbe veloutée de sa joue puis remontèrent vers les grands yeux sombres d’Elizabeth avant de se poser sur sa bouche charnue alors que le désir lui vrillait les reins.

«  Est-ce là ce que vous désirez ? » Demanda-t-il d’une voix enrouée.

Elizabeth avala brutalement sa salive et le fixa.

«  Vous savez bien que non… »

Le cœur de James s’affola devant cet aveu fait du bout des lèvres mais il se força à s’écarter.

«  Elizabeth, épousez moi. »

 

La jeune femme tressaillit et son visage se remplit de chagrin.

«  Oh James… ».

Norrington la fixa et pour la première fois depuis longtemps, laissa s’écouler les mots qu’il retenait.

«  Elizabeth je vous aime, je sais, que, que je ne suis pas l’homme dont vous rêviez, je ne le serais peut-être jamais, constata-t-il avec amertume. Mais à mes yeux vous êtes la femme parfaite, et, et j’ai besoin de savoir si, si j’ai une chance d’un jour pouvoir gagner votre cœur. »

Elizabeth se mordit la lèvre.

«  Je le crois, souffla-t-elle. James, j’ai, je regrette, je me rends compte que je vous ai blessé par le passé et croyez-moi si c’était à refaire, je…

- Vous écouteriez votre cœur comme vous l’avez fait alors, » la coupa James avec soupçon d’amertume.

Elizabeth secoua la tête.

«  Je l’ignore, mais je sais que depuis la mort de Père. »

Sa voix s’étrangla sur ces derniers mots et elle se força à continuer.

«  Vous êtes le seul ami sur lequel j’ai pu compter. »

Le cœur de James se serra désagréablement à ces mots et il s’écarta avec raideur.

«  Un ami, répéta t’il. Soit. Je vous remercie de votre franchise Elizabeth. »

 

La jeune femme frémit alors qu’il s’écartait.

«  Vous n’êtes pas que cela James, » souffla t-elle.

Le Commodore tressaillit et se retourna vers la jeune femme. Leurs yeux se rencontrèrent et le désir de James monta à nouveau alors qu’une brusque tension s’installait entre eux.

«  Non, vous n’êtes pas que cela, » souffla Elizabeth en franchissant l’espace qui séparait leurs lèvres.

 

Le Commodore referma ses bras autour de la jeune femme alors que leurs bouches s’unissaient pour un baiser hésitant tout d’abord avant de gagner en intensité à mesure que leurs corps s’échauffaient. Elizabeth glissa sa main sous la perruque qu’il portait et pressa son corps contre le sien. Sous les lèvres de James elle oubliait tout. Will, son père, son départ. Seul comptait l’appel de son corps qui résonnait en elle comme un hurlement de détresse et de solitude qui ne demandaient qu’à être comblées.

 

James gémit sous ses lèvres et glissa ses mains le long de sa robe tandis qu’elle s’écartait pour reprendre son souffle.

« Elizabeth, » murmura James, éperdu de désir.

Un regard brûlant lui répondit et elle souffla.

«  S’il ne tenait qu’à moi, je vous épouserais dès maintenant. »

La joie explosa dans l’esprit du Commodore et il se pencha pour l’embrasser de nouveau.

«  Elizabeth… »

 

Leur baiser se prolongea tantôt tendre, tantôt passionné alors que leurs corps s’échauffaient. Les mains de Norrington glissèrent vers les lacets du corset de la jeune femme et il tira sur les liens soyeux tandis qu’elle se pressait contre lui.

«  James, n’arrêtez pas, » souffla t’elle entre deux baisers d’une voix alanguie par le désir.

Incapable de réfléchir lui aussi, James dévoila la peau de nacre du buste de la jeune femme et posa ses lèvres sur son épaule tandis qu’elle défaisait timidement les boutons de la chemise de son uniforme.

«  Elizabeth, votre honneur, murmura James par automatisme alors que les doigts hésitants de la jeune femme glissaient sur son torse nu.

- N’a plus aucune importance à mes yeux, répondit la jeune femme à voix basse. Cette nuit je veux être votre femme James. Ainsi qu’il le devrait. »

 

Eperdu de bonheur, James l’embrassa alors que leurs peaux nues s’épousaient. Il sentit la chaleur de celle d’Elizabeth alors que ses doigts glissaient vers le jupon qui les séparait encore et Elizabeth gémit alors que désir recouvrait toutes ses pensées.

«  Oui, James…. »

 

Le cœur de Norrington fit une embardée en regardant Elizabeth. Nue, ses cheveux cendrés tombait sur ses épaules qu'il avait embrassées quelques secondes plus tôt. Elle était belle, tellement belle... plus encore que dans ses rêves. D’une impulsion, il la ramena vers lui et posa une nouvelle fois ses lèvres sur les siennes en un baiser fiévreux. Sa langue vint rejoindre celle de la jeune femme alors qu'il la poussait contre la coiffeuse un peu plus loin. Assise sur le plateau de marbre, elle soupira en sentant les mains de James caresser sa poitrine, ses pouces taquinant les petites pointes dressées.

«  Je vous ai tant attendu... » Souffla-t-il en faisant glisser sa bouche dans son cou.

Pressé l'un contre l'autre, la jeune femme sentait le désir du commodore palpiter contre ses chairs impatientes.

 

Vertigineux, il recula quelques instants pour la contempler de nouveau. D’un geste rendu fébrile par l’excitation, il fit tomber sa perruque. Elizabeth, quant à elle, sentit son cœur cogner plus violemment en regardant l’homme qui lui faisait face.

 

Des mèches brunes et désordonnées tombaient devant ses yeux verts. Ses muscles taillés par l’entraînement militaire saillaient sous le rythme saccadé de sa respiration. C’était un autre homme et le même tout à la fois. Il était beau, lui aussi…

 

Elle tendit les bras pour l’attirer à elle puis se mordit les lèvres en sentant la main de James frôler son entrejambe, provocant dans tout son corps une onde de chaleur. Tête en arrière, elle poussa une faible exclamation quand il accentua la cadence de sa caresse.

« J’ai envie de toi depuis si longtemps… »souffla-t-il en s’agenouillant entre ses jambes.

 

Ce brusque tutoiement augmenta le désir de la jeune femme qui s’accrocha aux cheveux de James alors qu’il posait sa bouche entre ses cuisses. Le corps entier secoué de tremblements, elle sentit la langue du Norrington fouiller son intimité sans plus aucune retenue.

C’était si bon… au point tel que plus rien n’existait en dehors de James et du plaisir qu’il lui donnait.


Fou de désir et abreuvé d’Elizabeth, il la souleva pour l’entraîner jusqu’au lit où ils s’effondrèrent en s’embrassant. Sur les lèvres de James, elle retrouva même son propre goût.

« Fais-moi tienne… » souffla-t-elle en ondulant contre lui, toujours prisonnier de son fut.

 

Malgré le voile voluptueux qui embrumait son regard, il contempla le visage de la jeune femme. Pour la première fois, le mot « honneur » ne prit pas forme dans son esprit.

 

Se défaisant de son étreinte, il se leva et sans la quitter des yeux, termina de se dévêtir. James vit de nouvelles couleurs teinter les joues déjà rosies d’Elizabeth. Cette dernière regarda le corps de son amant avec autant d’envie que de curiosité.
«  Tu ne peux plus reculer, murmura-t-il d’une voix rauque.
- Je ne le veux pas, répondit-elle émue. N’attends plus James... je suis toute à toi. »
Le cœur battant, il vint à ses côtés et s’allongea sur elle.

 

Haletante, Elizabeth écarta ses jambes et gémit en sentant le sexe du commodore contre le sien. Lentement, il s’enfonça en elle en se repaissant de la chaleur de ce corps tant désiré.


Elle gémit en même temps que le militaire. La rupture fut brève, quasiment indolore et vite remplacée par un flux brûlant.

«  Prends-moi comme tu as toujours rêvé de le faire, » soupira-t-elle à son oreille.

 

Enhardi par l’excitation et ses paroles, James ramena ses bras au-dessus de sa tête avant d’attraper sa cuisse pour mieux la pénétrer. Accélérant le rythme de ses reins, il allait et venait en elle avec autant de vigueur que de frustration qu’il avait endurées pour elle.

 

Le plaisir enflait en chacun d’eux, progressait comme la malchance qui les avait submergés. Leurs soupirs résonnaient en chœur, mourant entre les murs de la chambre.
« James, » souffla-t-elle alors que son corps cédait sous la jouissance.

Il posa sa bouche sur la sienne pour taire son cri et jouit à son tour, sa main soudée à celle d’Elizabeth.

 

Le silence recouvra la pièce, presque bourdonnant des échos retenus qui flottaient dans l’air un peu plus tôt.

« Elizabeth ? » demanda-t-il, toujours penché sur elle.
Après la passion, le regard du commodore trahissait une certaine inquiétude.

«  Tout va bien, » répondit la jeune femme, languide.


Une larme, délicate, coula sur sa joue comme si le poison de ses peines s’évacuait quelque peu. Jamais elle ne s’était sentie autant en sécurité qu’entre les bras de James. Il semblait détenir à lui seul le remède à ses maux…

« As-tu mal ? demanda-t-il.
- Non, » souffla-t-elle avant d’esquisser un sourire.

Le premier depuis bien longtemps.
«  Tu es si belle ainsi, déclara-t-il en écartant une mèche blonde tombant devant ses yeux. Je vendrais mon âme pour que ce sourire ne s’efface jamais… »
Sur ces mots, il caressa du bout de l’index les lèvres de la jeune femme.

« Pourquoi a-t-il fallu tout ce temps ? » demanda-t-elle.

 

Un muscle se contracta sur la joue de James et doucement, il se retira pour s’allonger près d’elle.

« Peut-être était-il nécessaire… »

La jeune femme se redressa pour le regarder à son tour.

« J’ai été aveugle… poursuivit Elizabeth en frôlant son torse. Je n’ai pas vu l’homme que tu étais, je te prenais pour… »
Elle se mordit la langue, craignant d’avoir blessé son amant mais le rire ténu de James la détendit.

«  Pour ? la questionna-t-il.

- Eh bien…  je te prenais pour un homme austère et froid. »

 

Un petit sourire habilla le visage de James qui se redressa pour caresser la cuisse d’Elizabeth.

« Tu as dit… austère… » souffla-t-il en déposant de petits baisers dans son cou avant de s’attaquer aux pointes de ses seins.

Elle gémit sous la langue qui la torturait délicieusement.

« Et froid ? » Continua Norrington en insinuant un doigt en elle.

A nouveau possédée par la volupté, elle se cambra sous le plaisir.

«  James… je… »

 

Son soupir se perdit dans un cri de frayeur tandis que la porte de la chambre s’ouvrait à la volée.

 

Chapitre 5                                                                                              Chapitre 7

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Commentaires : 5
  • #1

    Ladypirate (mardi, 28 août 2012 18:32)

    Je ne pensais pas que Groves avait une si mauvaise opinion de Lizzie...
    Estrella est vraiment géniale, Elizabeth a de la chance de l'avoir auprès d'elle, ça lui aura permis de retrouver James :) Ils forment un très beau couple, dommage que la porte s'ouvre, je crains le pire : si c'est Beckett, je crois que James peut dire adieu à Lizzie :(

  • #2

    JessSwann (mardi, 28 août 2012 18:50)

    Erf Groves déteste Liz, on le dit au début mais c'est pas aussi clair...
    Liz a de la chance oui mais la chance tourne......

  • #3

    Lester (mardi, 28 août 2012 23:43)

    Enfin ces deux-là ont comblé leur besoin! Petite question comme ca, est-ce que cette fic va ressembler a ton autre où Elizabeth quitte avec Beckett et où elle se fait marrier* par force à un lord?

  • #4

    JessSwann (mercredi, 29 août 2012 09:00)

    Coucou Lester !

    Alors en fait non ça ne sera pas le même scénario que Destinés , d'une part parce que je ne refais pas ce que j'ai fait, et d'autre part parce que nous imaginons et écrivons à deux donc c'est forcément différent de ce que je fais habituellement en individuel :)

  • #5

    Marquise des Ombres (mercredi, 19 septembre 2012 16:35)

    Merci pour vos commentaires Ladypirate et Lester. Il reste encore du chemin à parcourir pour Elizabeth et James :)