Chapitre 1 Après la tempête

Recroquevillée sur elle-même, Elizabeth leva la tête quand le martellement d’une paire de botte retentit dans les geôles. Quelques instants plus tard apparut devant elle une silhouette masculine enveloppée d’une grande cape noire. L’homme découvrit son visage qu’il dissimulait jusqu’alors par un carré de soie.

 

« Vous ! S’exclama-t-elle en bondissant sur ses jambes. Où est Will ?

- Moi qui m’attendais à retrouver une femme transie de faim et de fatigue, répondit-il en posant son regard acier dans celui d’Elizabeth.

- Où est-il ? répéta-t-elle.
- Bien, ne nous encombrons pas de paroles superflues puisque vous n’êtes pas disposée à cela, rétorqua-t-il.
Monsieur Turner vient de prendre la mer. »

Les yeux d’Elizabeth s’écarquillèrent de surprise tandis qu’un rire sec secouait le giron du lord.

« Je ne vous crois pas ! Qu’avez-vous fait de lui ? Rugit-elle. Si vous lui avez fait le moindre mal, je jure ...
- Il suffit, la coupa-t-il froidement. Je commence à être las des menaces. J’ai proposé à Monsieur Turner la liberté à la seule condition qu’il ne revienne jamais dans cette colonie. Il l’a acceptée.

- Vous mentez ! Cracha Elizabeth. Pourquoi l’auriez-vous gracié ?

- Car je ne trouve rien de glorieux à pendre une victime, déclara faussement Beckett. Certes, William Turner s’est accoquiné a la pire engeance de ce monde mais je le crois assez naïf et sot pour s’être fait enrôlé dans l’unique but de vous sauver la vie. Par ailleurs, je me demande ce que vous trouvez à un tel avorton.
- Will n’est pas un sot ! »


Les joues blêmes de la jeune femme s’étaient colorées de rouge sous la colère et la peur qui l’animaient. Sa poitrine compressée dans sa robe échancrée se soulevait rapidement au rythme de sa respiration.

 

L’aristocrate tirait un fol plaisir de cette contemplation tout autant de cette comédie.

« Vous êtes un monstre sans âme, reprit-elle, haineuse. Je ne vous crois pas !

- Vous avez la prétention de me connaître mais je suis réellement désolé de vous décevoir Miss Swann. Je ne suis pas le monstre que vous espérez… sous une autre juridiction que la mienne votre fiancé se balancerait au bout d’une corde à cette heure. » 

Elizabeth s’apprêtait à répliquer quand les mots se coincèrent dans sa gorge. Elle n’avait aucune confiance en cet homme mais pourquoi lui mentirait-il ? Quel intérêt trouverait-il à lui faire croire que Will était encore en vie ?

Une brusque amertume vint supplanter la fureur qui la possédait jusqu’alors. Une part d’elle se réjouissait pour le jeune forgeron et une autre lui en voulait injustement de n’avoir rien tenté jusqu’à présent pour la libérer, en admettant que Beckett lui disait la vérité.

« Comptez-vous me relâcher ? » demanda-t-elle après un temps.

Cette petite garce était décidément plus crédule qu’il ne le pensait, songea le lord en dissimulant un sourire.

« J’étais venu pour cela, » répondit-il d’une voix étonnement douce.


Beckett sortit alors une clé dissimulé sous les pans de sa cape et déverrouilla sa cellule.

« Je pourrais m’enfuir, » le menaça-t-elle en sortant de sa geôle nauséabonde.

Un fin sourire teinté d’ironie étira les lèvres de l’aristocrate.
« Vous pourriez en effet mais… où donc iriez-vous ? » Prononça-t-il lentement.

Dédaignant ses paroles, elle gravit l’étroit escalier qui menait à la liberté, suivie de près par l’envoyé de la compagnie des Indes.

Une fois à l’extérieur, la jeune femme apprécia l’air nocturne sur son front moite. Levant son visage, elle contempla quelques instant la voûte parfaitement noire. Aucune étoile n’embrochait le ciel qui paraissait étonnement bas… soudainement, elle perçut un son briser continuellement les bruits routiniers de la ville endormie. Des cloches résonnaient dans la tiédeur des Caraïbes provenant de la chapelle protestante à quelques rues des prisons de Port Royal.

 

Intriguée, Elizabeth se dirigea vers la source sonore et surprit un attroupement inhabituel sur le parvis du bâtiment.

«  Pour qui sonne le glas ? » demanda-t-elle d’une voix blanche.

Elle se tourna vers le lord qui ne l’avait pas quittée, le ventre brusquement noué. Ce dernier ne répondit pas mais regarda par-dessus son épaule.

 

Elizabeth se retourna vivement et vit James sortir de la chapelle.

« James ! s’écria-t-elle en accourant vers lui. Qui est-ce ?

- Elizabeth, murmura-t-il en prenant ses mains dans les siennes. Venez avec moi, je…

- Non ! » Le coupa-t-elle en se dégageant. 

Elle fendit la foule de citadins et de soldats pour pénétrer à l’intérieur du sanctuaire. Une rumeur basse vint flotter dans l’air pesant quand elle remonta l’autel d’un pas trainant. Des larmes coulaient sur ses joues, trahissant l’effroi qui montait en elle comme une vague dévastatrice.

 

Elizabeth s’arrêta à quelques centimètres du cercueil gisant au centre du lieu.

La peau blanche du gouverneur paraissait presque transparente à la lueur des cierges, contrastant crument avec son plus bel habit d’un bleu profond. Sa volumineuse perruque semblait peser trop lourd sur son crâne ravagé par la mort. Son visage qu’on avait tenté d’apaiser porter les stigmates d’une mort violente et douloureuse…

«  Père… » Souffla-t-elle en se courbant sur le tombeau.


Ses ongles agrippèrent le bois du cercueil alors qu’un sanglot éclatait dans sa gorge.

« Je suis désolé Elizabeth… » souffla James dans son dos.

Elle voulut crier mais ses pleurs endiguèrent le hurlement qu’elle voulait pousser. Soudainement, son regard embué accrocha l’éclat de son propre sourire. Sur les mains jointes du gouverneur reposait une miniature la représentant à l’âge de huit ans.

 

La douleur, l’épuisement, la faim et le désespoir eurent raison de sa vaillance et elle s’effondra entre les bras du commodore. D’un mouvement souple, James la rattrapa et la porta hors de la chapelle devant l’œil moqueur de Cutler Beckett.
«  Comment dit-on… fit mine de chercher le lord. Ah oui… la détresse des uns fait la bonne fortune des autres.
- J’avais ordonné que l’on scelle le cercueil, rétorqua froidement le militaire.

- Et empêcher une enfant de voir une dernière fois son père ? » Répondit sardoniquement l’envoyé.

Le regard perclus de mépris, James s’éloigna en serrant contre lui son précieux fardeau.

 

()()

 

Le petit jour s’annonçait à peine dans les cieux de Port Royal lorsqu’Elizabeth se réveilla.

« Mademoiselle ! » s’exclama une voix près d’elle.

La jeune femme reconnut sa femme de chambre, Estrella.

« Vous devez avoir faim ! Je reviens tout de suite ! »

La domestique se rua hors de la chambre pour crier ses ordres en cuisine.
« Elizabeth ? »

 

Celle-ci tourna la tête et découvrit James Norrington. Il avait retiré sa veste qui reposait sur le coin d’un fauteuil et défait son jabot dont les extrémités pendaient sur son torse.

 

Elle songea à lui demander si tout cela n’était qu’un rêve mais sa seule présence dans sa chambre lui donnait la réponse. Des larmes virent de nouveau brouiller sa vue en pensant à son père désormais mort.

«  Il ne me reste plus rien, souffla la jeune femme.

- Vous êtes forte, répondit-il en venant s’assoir près d’elle. Vous surmonterez cette épreuve. »

L’attitude flegmatique du commodore la réconforta quelque peu. Pour la première fois, elle n’avait pas l’impression d’être une chose fragile qu’il fallait à tout prix épargner.

« Je n’ai pas le choix.

- Non en effet, » poursuivit-il doucement.

Défiant les convenances et ses propres réserves, il approcha sa main pour essuyer une larme qui sinuait sur sa joue.

« Vous pourrez toujours compter sur moi, » souffla James en la fixant.


Emue, elle se redressa pour entourer son cou de ses bras tremblants. La chemise de nuit dont l’avait revêtue Estrella était fine et James pouvait sentir les rondeurs de sa poitrine pressées contre son torse. Le désir explosa dans son corps comme autant de frustration qu’il avait enduré pour elle. Il répondit à cette étreinte dans une impulsion qui n’avait plus rien d’amicale. Il s’imprégna de chacune de ses courbes comme pour les marquer sur son propre corps.

« Elizabeth… souffla-t-il, entraîné par la jeune femme qui s’allongeait de nouveau. Dites-moi d’arrêter… »

 

Elle prit le visage du commodore entre ses mains pour l’approcher du sien.

 

Elizabeth n’avait pas envie qu’il s’arrête pour une raison qu’elle saisissait mal. Elle voulait seulement se confondre dans ce fourmillement qui montait en elle et estompait la douleur qui l’animait.

Son père était mort et Will se trouvait quelque part en mer, si loin d’elle… et James était là.

« Non… » Souffla-t-elle en tendant sa bouche vers la sienne.

Le cœur prêt à exploser, il posa ses lèvres sur celles de la jeune femme et l’embrassa comme jamais il n’avait embrassé une femme. Sa langue vint goûter la sienne avec impatience et James sentit la jeune femme répondre à cet assaut jusqu’à ce qu’il se détache brusquement d’elle.

 

Ils tournèrent alors simultanément la tête et découvrirent Estrella dont le visage surpris avait viré au rouge.

 

()()

 

Rouge de confusion, Elizabeth s’adressa d’un ton plus sec qu’elle n’en avait eu l’intention à la domestique.

« Et bien Estrella ? Que se passe-t-il ? »

Estrella roula des yeux curieux en direction de James Norrington et ce dernier frémit à la pensée de ce que la femme de chambre devait maintenant s’imaginer.

«  Il vaudrait peut être mieux que je vous laisse. » Souffla-t-il.

 

Elizabeth se tourna vers lui, désemparée. Elle ne voulait pas que le Commodore parte, pas maintenant, pas alors qu’elle avait tellement besoin de lui, pas lorsque tout son monde s’écroulait… Elle ouvrait la bouche pour protester lorsque la voix glaciale de Lord Beckett s’éleva derrière sa femme de chambre.

« Norrington ? Vous êtes encore là ? » Fit il mine de s’étonner.

 

De rouge, le visage d’Elizabeth vira au cramoisi tandis que Norrington serrait les poings.

« Lord Beckett, salua t’il sans la moindre nuance de respect.

- Monsieur Norrington, pardon, Commodore Norrington, se corrigea Beckett avec sarcasme. Il ne me semblait pas que consoler les orphelines faisait partie de vos obligations envers la couronne.

- Elizabeth, Miss Swann, est l’une de mes plus chères amies tout comme l’était son père, et comme vous le savez sans doute, elle n’avait nulle personne vers qui se tourner en ces instants. » Répliqua James d’une voix tendue.

 

Un fin sourire ironique se forma sur les lèvres du Lord tandis qu’il répondait.

« Je n’en doute pas Norrington, pas plus que de votre… habileté à consoler Miss Swann. »

L’homme marqua ici une pause et James blêmit en réalisant qu’il n’avait sans doute rien manqué de la scène dont Estrella avait été le témoin involontaire.

« Cependant, aussi plaisante que soit la tâche que vous vous êtes assignée, il me faut vous rappeler vos devoirs Commodore Norrington. Reprit Beckett d’une voix glaciale. Quand à vous Miss Swann, je vous attends dans le grand salon. Rejoignez-moi lorsque vous aurez passé quelque chose de plus… approprié à votre deuil. » Persifla-t-il tout en laissant son regard errer avec complaisance sur les courbes de la jeune femme.

 

Norrington s’empourpra de rage mais il se résigna à courber une fois de plus l’échine. Contrer Beckett avant d’avoir des preuves de ce qu’il commençait à soupçonner sans réussir à le nommer serait suicidaire en plus d’être stupide. Mieux valait faire mine de se soumettre pour le moment. James s’inclina donc avec raideur devant le Lord puis adressa un sourire aussi tendre qu’il pouvait se le permettre à Elizabeth.

«  Soit, je viendrais prendre de vos nouvelles plus tard dans la journée Elizabeth, du moins si vous m’y autorisez. »

Elizabeth lui lança un regard embué de larmes mais une fois de plus Beckett la devança.

« Cela me parait fort peu approprié Commodore. Dois-je vous rappeler que Miss Swann est actuellement en grand deuil et ne doit sa liberté qu’à ma bienveillance ? »

 

Elizabeth frémit tandis que James serrait les poings.

« Vous n’allez tout de même pas la remettre en prison !! » S’insurgea-t-il.

Beckett lui répondit d’une voix douceâtre.

« Seigneur Commodore, auriez vu bu une fois de plus ? »

Cette fois Norrington rougit violemment et Beckett ricana.

« Allons Commodore, la mort du Gouverneur est déjà parvenue aux oreilles de nos ennemis qui fomentent sans nul doute une attaque de nos côtes. Ce que nous ne souhaitons pas n’est-ce pas ?

- Bien sûr… Répondit James d’une voix blanche.

- Soit, je vous laisse donc accomplir votre devoir. »

 

Comprenant que Beckett ne lui accorderait pas la grâce d’adresser de nouvelles paroles consolatrices à Elizabeth et ne voulant pas attirer l’attention, James s’inclina et sortit. Beckett adressa alors un regard rempli de concupiscence à Elizabeth et ricana.

«  Ne me faites pas attendre Miss Swann. »

 

Dans sa bouche cela sonnait comme un glas.

 

()()

 

Restée seule avec Estrella qui n’osait la regarder en face, Elizabeth passa une main égarée sur son visage. Elle ne savait plus où elle en était. Ce matin, elle aurait du porter sa robe de lendemain de noces et être une jeune mariée rougissante et au lieu de ça….

 

Des sanglots s’étranglèrent dans la gorge de la jeune femme au souvenir de la journée précédente. Son père était mort. Will était parti sans un regard en arrière. Et elle, elle…. Elle n’avait plus personne, plus de bras aimants dans lesquels sécher ses larmes à présent que Beckett avait chassé James.

 

James….

 

La voix d’Estrella, gênée, la sortit du marasme de ses pensées et Elizabeth se retourna vers la femme de chambre.

« Oh Miss Elizabeth….

- Pas un mot Estrella, je, je, je ne le supporterai pas, » souffla Elizabeth.

Un regard apitoyé lui répondit et Elizabeth laissa la domestique lui mettre la robe sombre de deuil qu’elle ignorait posséder.

 

()()

 

Dans le salon que son père réservait aux invités de marque, Beckett patientait, une moue désagréable sur le visage. Pâle et à demi coiffée, Elizabeth fit son entrée.

 

Un regard appréciateur qui n’avait rien de respectueux salua son entrée. S’en apercevant, la jeune femme serra les dents et se força à garder la tête haute, ainsi que son père l’aurait voulu. Père ! Cette pensée faillit la faire flancher mais Elizabeth se reprit. Elle ne voulait pas offrir son affliction en spectacle à Beckett. Elle aurait tout le temps de pleurer sur les débris de son existence une fois l’odieux personnage parti.

 

Un sourire cynique se forma sur les lèvres de Beckett alors que les pensées se succédaient sur le visage d’Elizabeth et il se leva avec souplesse. En habitué des lieux, il alla se servir un verre sous le regard choqué d’Elizabeth.

 

La colère submergea la jeune femme qui l’accueillit avec soulagement. Mieux valait la rage que la détresse.

« Désirez-vous un verre Miss Swann ? Demanda Beckett d’un ton moqueur.

- Non merci, je ne bois pas. Rétorqua la jeune femme.

- Oh, s’étonna Beckett. Se pourrait-il que ce vice vous soit inconnu ? J’ai peine à le croire, vous n’êtes manifestement pas le genre de femme qui répugne à se rouler dans la fange au mépris de toute décence si j’en crois la scène charmante que j’ai surpris ce matin. »

Elizabeth s’empourpra au souvenir du baiser de James auquel elle n’avait que trop répondu.

 

Beckett rit silencieusement et lui tendit un verre.

« Allons Miss Swann, cessez donc de jouer cette comédie. Nous sommes seuls et il me semble savoir précisément à quoi m’en tenir à votre sujet. »

Elizabeth serra les dents et s’empara du verre proposé.

« Voilà qui est mieux, ricana Beckett.

- Que voulez-vous ? » Demanda abruptement Elizabeth.

 

Le regard de Beckett se posa un instant sur sa gorge et un léger sourire cynique éclaira son visage avant qu’il ne reprenne.

« Vous parler des arrangements que j’ai pris pour vous. »

Elizabeth, qui s’octroyait une gorgée d’alcool pour se donner du courage, faillit s’étrangler en l’entendant.

« Les arrangements ??? Mais de quoi parlez-vous donc !!! »

 

Beckett ricana ouvertement.

« Voyons Miss Swann, vous n’êtes tout de même pas assez naïve pour croire pouvoir disposer de votre personne en toute liberté ? »

Elizabeth cligna des yeux. Elle ne comprenait pas, tout allait vite, si vite, tellement vite. Trop.

 

Le sourire de Beckett se creusa et se fit plus mauvais devant la détresse qu’elle ne songeait même plus à cacher.

« Oh, vous l’aviez cru ? Enfin ma chère pour quel genre d’homme me prendrait on si je laissais la jeune fille du Gouverneur livrée à elle-même ?

- Je ne suis pas seule, s’entendit répondre Elizabeth.

- Vraiment ? Pourtant vous voici sans la moindre protection. Ni père, ni mari pour veiller sur vos intérêts.

- Je suis fiancée ! S’insurgea Elizabeth.

- Me voilà soulagé de vous l’entendre dire, un instant, j’ai cru que vous aviez totalement oublié l’existence de Maitre Turner, répliqua Beckett. Tout comme Norrington du reste. Il semblerait que vous partagiez le même genre de, d’amnésie ? » Susurra-t-il d’une voix suggestive.

 

Elizabeth serra ses doigts autour du verre qu’elle tenait et le vida d’un trait. Elle accueillit avec soulagement la brûlure de l’alcool dans sa gorge qui la détournait pendant quelques secondes de sa situation.

 

Impitoyable, Beckett poursuivit.

«  Cependant, il semble que Monsieur Turner se soit dérobé à tous ses devoirs, navrant….

- Comment osez-vous dire ça !!! C’est vous !! Vous qui… Commença Elizabeth dont les yeux picotaient sérieusement.

- Qui quoi ? Se moqua Beckett. Qui lui a donné le choix ? Sa liberté et sa vie ou vous. Je suis au regret que vous n’avez pas fait le poids bien longtemps Miss Swann. »

Des larmes roulèrent sur les joues de la jeune femme à la pensée de la trahison de Will et Beckett observa avec satisfaction ces dernières.

«  Il me semble du reste qu’au vu de l’inconstance dont vous faites preuve, le jeune Turner ait fait son choix dans un éclair de lucidité. » Ricana-t-il.

 

Une vague de rage mêlée de honte submergea Elizabeth et elle avança vers le détestable lord.

«  Je vous le déconseille Miss Swann. Vous risqueriez de le regretter amèrement. » Lui lança le lord d’une voix coupante.

Elizabeth frémit de rage et se força à retenir la gifle qui lui picotait les doigts.

« Voilà qui est mieux, approuva Beckett. Etant votre tuteur, je n’aimerais pas entacher notre nouvelle relation par une punition aussi méritée que sévère.

- Mon…. Quoi ??? » Balbutia Elizabeth.

 

Un sourire satisfait éclaira le visage du Lord et il répondit d’un ton qui trahissait son plaisir.

« Votre tuteur Miss Swann. Votre père mort et votre prétendu fiancé au loin, un homme doit veiller sur vos intérêts. En ma qualité de représentant de la Compagnie dans cette colonie, je suis le mieux placé pour tenir ce rôle. »

Elizabeth blêmit.

« Il me semble que James, en tant que Commodore et ami de mon père serait mieux indiqué !!!

- Bien sûr, cependant… Certaines zones d’ombres demeurent au sujet de l’évasion de Sparrow. Sa Majesté le Roi George m’a fait l’honneur de me juger apte à démêler cette affaire. J’ai pour l’instant fait plus que preuve de clémence pour ceux qui se sont rendus coupables de ce crime, cependant… »

 

Elizabeth se sentit défaillir, les jambes coupées par la menace à peine voilée de Beckett. Ce dernier la prit par la taille avec affectation.

« Allons ma chère, remettez-vous…

- Vous me menacez, siffla Elizabeth.

- Tsss que de vilains mots Elizabeth.

- Miss Swann !!!!

- Comme vous l’entendrez ma chère pupille. »

 

Elizabeth le suivit des yeux tandis qu’il la forçait à s’asseoir. Brusquement l’étendue de sa solitude et du tragique de sa situation apparut à la jeune femme. Elle n’avait plus rien, plus personne. James pourrait bien sûr s’interposer mais Beckett avait été clair : le Commodore était lui aussi sur la sellette. Lui demander de l’aide causerait sa perte…. Et alors…

 

Beckett suivit avec délices la progression des émotions sur le visage de sa jeune victime.

«  Je vois que nous nous comprenons. »

Elizabeth leva un regard blessé sur lui.

« Que comptez-vous faire de moi ? Souffla-t-elle.

- Allons ma chère, à vous entendre on pourrait croire que vous vous adressez à un forban qui vous menacerait… Sans doute en raison de votre expérience de ces… animaux. »

Elizabeth sursauta et Beckett continua, sans pitié.

« Je reprends la mer pour régler mes affaires en Angleterre d’ici quelques jours. Après tout, à présent que l’affaire de l’évasion de Sparrow est élucidée et le coupable en fuite, plus rien ne me retient ici, du moins en permanence. Vous m’accompagnerez. Une fois en Angleterre, nous irons dans ma propriété de Sight Manor. Vous y résiderez tant que vous resterez sous ma tutelle. »

Elizabeth blêmit encore un peu plus.

« Une prison contre une autre…. »

 

Beckett sourit et se leva.

« S’il vous plait de le considérer ainsi… Je vous laisse à votre deuil Miss Swann, j’ai des dispositions à prendre pour notre départ.

- Je pourrais m’enfuir !

- Et entrainer la chute de Norrington ? Je ne crois pas… A moins bien sûr que vous n’ayez pas plus de considération pour lui que pour votre père. »

Elizabeth sursauta.

«  Que voulez-vous dire ? »

Beckett s’approcha et souffla à son oreille tandis qu’elle grimaçait de dégout.

«  Je croyais que Norrington vous l’avait dit… Votre père s’est ouvert les veines Miss Swann. Il faut croire qu’il n’a pas pu supporter l’idée de votre déchéance. »

 

Elizabeth recula.

«  Non… Souffla-t-elle.

- Demandez à Norrington si vous ne me croyez pas, ricana Beckett. Bonne journée Miss Swann, je vous laisse seule avec vous-même, Monsieur Mercer veillera sur vous sans toutefois vous déranger dans votre chagrin, » ricana-t-il en désignant l’homme qui s’avançait, le visage impénétrable.

 

Elizabeth ne répondit pas. Les larmes aux yeux, elle songeait à la miniature d’elle qui avait accompagné son père dans son cercueil.

« Père… » Murmura-t-elle avant de s’effondrer sous le regard froid de Beckett.

Ce dernier la considéra avec indifférence et se dirigea vers la porte. Là, il appela la bonne d’une voix égale.

«  Faites ramener Miss Swann dans sa chambre. Elle a eu un malaise, » ricana-t-il avant de sortir de la demeure.

 

Il n’avait pas de temps à perdre avec Elizabeth. Pas alors qu’il lui restait tant de pions à placer sur son échiquier.

Prologue                                                                                                Chapitre 2

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Commentaires : 7
  • #1

    emeline (lundi, 16 avril 2012 22:16)

    la suite la suite la suite la suite la suite la suite la suite la suite la suite la suite la suite la suite la suite la suite la suite la suite VOUS ALLEZ PAS ASSEZ VITE

  • #2

    JessSwann (lundi, 16 avril 2012 22:35)

    Merci Emeline, mais à notre décharge... on écrit beaucoup à côté :)

  • #3

    Ladypirate (mardi, 17 avril 2012 00:13)

    C'est vraiment très intéressant :) Félicitation à toutes les deux !!
    Elizabeth est vraiment touchante, sa solitude est immense :( James est adorable : prévenant, protecteur, compréhensif, il serait très bien pour Lizzie ^^
    Je me demande ce que Beckett (qui n'a rien perdu de son charisme) manigance, que compte-t-il faire de Lizzie une fois à Sight Manor...

  • #4

    JessSwann (mardi, 17 avril 2012 09:09)

    Merci beaucoup :)

    Oui Elizabeth son monde s'écroule ( et c'est pas fini, la pauvre)
    James est parfait comme toujours :)
    Ahaha la suite est en cours d'écriture, on ne peut pas donner de délai de publication pour celle ci parce que nos emplois du temps respectifs évoluent :)

  • #5

    Ladypirate (mardi, 17 avril 2012 19:12)

    Bah c'est normal et puis vous êtes déjà sympas de nous faire partager ces histoires !!

  • #6

    JessSwann (mardi, 17 avril 2012 21:11)

    Bah en même temps... sans lecteurs c'est moins fun :)

  • #7

    Marquise des Ombres (lundi, 30 avril 2012 10:05)

    Emeline : Patience, patience... ça ne serait pas aussi amusant sinon^^

    Ladypirate : Merci beaucoup ! Il est vrai que James réagit comme un preu chevalier avec Elizabeth. En même temps... Cela dit, nous sommes ravies de faire partager cette histoire !