Prologue

La pluie ruisselait en larges rubans humides le long des services de porcelaine fine et des verres en cristal qui avaient été placés sur les tables par des mains attentives dans le jardin de la chapelle de Port Royal tandis que le vent soufflait et faisait entendre ses gémissements plaintifs. De chaque côté de l’allée, les bancs garnis d’orchidées gisaient, désertés par les invités que la soudaine tempête tropicale avait chassés, conférant à l’endroit une tristesse sombre, prémices du drame qui s’apprêtait à déferler aussi sûrement que l’orage qui grondait.

 

Seule au milieu de tout ce chaos, une mince silhouette vêtue d’une robe richement brodée paraissant faite de fils d’or, demeurait agenouillée devant l’autel déserté, son bouquet d’orchidées à la main. La jeune femme qui se trouvait là ne sentait pas les gouttes sur son visage, mélange de pluie et de larmes, pas plus qu’elle n’avait conscience de la masse alourdie de ses cheveux blonds trempés par l’orage. Ses yeux sombres et mélancoliques étaient tournés vers l’horizon sans le voir et son visage était assombri comme si elle devinait qu’un drame était en train de se produire et qu’elle ne pouvait rien faire pour l’éviter. Pourtant, soutenue par l’espoir que son pressentiment était infondé, la future mariée attendait celui à qui elle avait choisi d’unir sa vie, insensible aux éléments qui se déchaînaient. Le vent souffla de plus belle et souleva de ses cheveux le voile arachnéen que sa domestique avait eu tellement de mal à ajuster le matin même et dont la splendeur n’était plus à présent qu’un souvenir lointain. La jeune fille ne s’en préoccupa pas, imperméable à tout ce qui n’était pas celui qu’elle attendait et ignora les exhortations des invités qui lui criaient de venir s’abriter. Elle ne bougerait pas. Elle attendait William Turner. Son fiancé. Son promis. Son amour.

 

Finalement, un grondement causé par le martèlement des bottes des soldats sur les pavés de la chapelle résonna derrière elle et Elizabeth Swann se retourna lentement. Une expression de joie rapidement tempérée par l’inquiétude se propagea sur son visage lorsqu’elle reconnut parmi les nouveaux arrivants celui qu’elle attendait. Seulement Will était encadré par deux gardes et ses poignets entravés par des fers. Sans se soucier des invités qui l’observaient à présent avec une curiosité mal dissimulée, Elizabeth laissa glisser son bouquet de mariée au sol et releva ses jupons pour courir vers l’abri de la chapelle et les bras de son fiancé. Ses pas claquèrent légèrement dans l’allée tandis que des gouttes de pluie pareilles à des larmes glissaient sur les pétales délicats du bouquet abandonné.

 

Sans prêter attention à l’homme vêtu d’un lourd manteau de satin noir qui paraissait commander le régiment, Elizabeth étreignit le veston du jeune homme, ses doigts se serrant doucement sur ce dernier. 

« Pourquoi font-ils ça ? Demanda-t-elle d’un ton désespéré en fouillant le visage de son fiancé du regard en quête d’une réponse.

- Je n’en sais rien. Répondit-il d’un air d’incompréhension totale tandis qu’elle peinait à retenir ses larmes. Tu es ravissante… » Ajouta-t-il dans un souffle.

Sa déclaration amena un bref sourire sur le visage d’Elizabeth vite remplacé par le chagrin et l’angoisse.

« On dit que le mari ne doit jamais voir sa promise avant le mariage. » Répondit-elle d’un ton nerveux.

Ses yeux errèrent sur le visage du jeune homme, perdus dans la contemplation des traits de son fiancé et ses doigts glacés effleurèrent les poignets entravés de ce dernier.

 

Noyée dans les yeux de Will, le cœur battant la chamade, Elizabeth entendit à peine la voix de son père qui, à quelques mètres, tempêtait après les soldats. De la même manière, la jeune promise fit à peine attention à l’exclamation incrédule de son père en reconnaissant l’homme au manteau noir et ne se retourna que lorsque le Gouverneur tempêta de nouveau.

« Lord ou pas Lord vous n’avez aucune raison, autorité ou qualité pour arrêter cet homme. S’écria le Gouverneur Swann en désignant Will tandis que les doigts d’Elizabeth se crispait sur ceux du jeune homme.

- C’est bien ce qui vous trompe. Déclara sèchement le petit homme au grand effroi d’Elizabeth. Monsieur Mercer ! »

 

Plus que jamais inquiète, Elizabeth vit un homme inquiétant s’approcher du Lord et déplier avec révérence une liasse de papiers. Le lord s’empara du premier et le tendit au gouverneur.

« Voici le mandat d’arrêt du dénommé William Turner. » Annonça-t-il d’une voix froide à l’élocution soignée.

Elizabeth croisa le regard incrédule de son père et celui-ci prit le papier. Il commença à le lire rapidement tandis qu’Elizabeth se tournait vers Will, remplie d’incompréhension.

« Ce mandat est au nom d’Elizabeth Swann ! » S’exclama son père avec incrédulité.

 

La jeune fille se retourna vers le Lord tandis que le visage de son fiancé accusait le choc

« Oh vraiment ? C’est ennuyeux … J’ai dû me fourvoyer Arrêtez la. » Ordonna froidement le Lord, un éclair de joie mauvaise dans le regard.

Elizabeth n’eut pas le temps de protester que déjà deux soldats l’arrachaient sans ménagement aux bras de Will.

« De quoi suis-je accusée ? » Demanda-t-elle d’une voix blanche alors que Will essayait vainement de s’interposer entre les soldats et sa fiancée.

Imperturbable, le lord continua son discours et sortit un nouveau mandat avec flegme.

« J’ai ici celui de Monsieur William Turner. Annonça-t-il. Et j’en ai un autre pour Monsieur James Norrington. Claironna-t-il tandis qu’Elizabeth sentait la morsure froide de l’acier se refermer sur ses poignets. Est-il présent ? » Demanda-t-il d’un ton théâtral.

 

Tout en tentant de lutter contre les gardes qui la maintenait et qui l’enchaînaient, Elizabeth se retourna vers le Lord d’un air combatif.

« De quoi est-il accusé ? S’exclama-t-elle, révoltée par le traitement qu’ils subissaient.

- Il a des mois que le Commodore Norrington a démissionné de ses fonctions. Tenta le Gouverneur d’un ton mécontent.

- Je ne pense pas que cela réponde à ma question. Rétorqua froidement le Lord.

- Lord Beckett. Je crois que nous avons une question sans réponse nous aussi. Intervint Will en jetant un rapide regard inquiet en direction d’Elizabeth.

- Nous sommes sous la juridiction du Gouverneur de Sa Majesté à Port Royal. Déclara à son tour Elizabeth en détachant chaque syllabe avec haine. Et vous devez nous dire de quoi nous sommes inculpés. »

 

Le Gouverneur jeta un regard désabusé à sa fille et répondit d’un ton amer.

« Vous êtes accusés d’avoir conspiré pour éviter la corde à un homme condamné par la Couronne et l’Empire. Commença-t-il à lire. Et condamné à mort c’est pourquoi la… »

Le Gouverneur s’arrêta brusquement et le Lord compléta froidement l’acte d’accusation, ses yeux couleur glacier rivés à ceux d’Elizabeth.

« C’est pourquoi la peine de mort vous sera également infligée à mon grand regret. » Déclara-t-il d’un ton qui contredisait ses paroles.

Elizabeth ne bougea pas, elle réalisait lentement ce que l’homme venait de dire tandis que Will se retourna vivement vers elle, dévoré par l’angoisse.

 

Beckett avança vers eux.

« Vous vous souvenez peut être d’un pirate dénommé Jack Sparrow. Susurra-t-il à Will.

- Capitaine ! » Corrigea Elizabeth d’un ton hargneux en même temps que son fiancé

Beckett se tourna vers elle d’un air vaguement amusé tandis que Will déglutissait et posait un regard désabusé et amer sur l’horizon.

« Le Capitaine Jack Sparrow. Répéta-t-elle avec hargne.

- Le Capitaine Jack Sparrow oui… Je n’en doutais pas. » Répondit le Lord avec ironie en la regardant d’un œil moqueur.

 

Les deux jeunes amoureux eurent à peine le temps de protester que, déjà, les soldats les séparaient et les entraînaient loin de l’autre. Éperdue de détresse, Elizabeth eut à peine le temps de regarder une dernière fois le visage de son promis tandis que, derrière elle, résonnaient les cris de son père suppliant l’envoyé de la Compagnie des Indes de ne pas l’arrêter… Ses cris la poursuivirent longtemps alors qu’elle était jetée sans ménagements dans une cellule humide et froide et attirait la convoitise des hommes emprisonnés dans la geôle voisine.

 

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Choquée, Elizabeth resta longtemps seule dans sa cellule, les mains soigneusement croisées sur sa robe pour les empêcher de trembler. La tête basse, elle laissa les heures s’égrener douloureusement, chaque minute passée l’éloignant de ce qui aurait dû être le plus beau jour de sa vie. Celui de son mariage avec l’homme dont elle était amoureuse depuis ses douze ans.

 

La nuit tomba, les ténèbres envahirent la cellule à la faveur de la maigre ouverture vers l’extérieur et la liberté et Elizabeth laissa une larme rouler sur sa joue en songeant à ce qui aurait dû être. La nuit qui étendait son manteau d’étoiles sur Port Royal aurait dû être la leur. Une nuit de découverte, de caresses hésitantes, de mots tendres murmurés, de plaisirs inconnus… Une nuit d’amour partagé qu’elle avait tellement attendue. Sa nuit de noce. Et au lieu des promesses d’un bonheur tant espéré et d’un avenir ensemble, Will et elle étaient à présent séparés et leur destin se révélait soudain moins brillant, si tant est qu’ils en aient encore un.

 

Plongée dans ses amères réflexions et ses regrets, la jeune femme releva à peine la tête lorsque deux soldats s’immobilisèrent devant sa cellule, suivis de peu par son père. 

« Oh Seigneur. Soupira le Gouverneur en la découvrant. Sortez-la de là. Dépêchez !

- Ça vient. » Grommela un soldat à peine poliment pour toute réponse tandis que les clefs tournaient lentement dans la serrure de sa prison

L’horizon d’Elizabeth s’éclaira brusquement alors que la grille de sa cellule s’ouvrait avec un grincement et elle se précipita dans les bras ouverts de son père sans que les soldats ne soient assez rapides pour l’intercepter.

« Seigneur Elizabeth. S’affola son père en la serrant contre lui. Tu vas bien ? »

 

La jeune fille déglutit et referma ses doigts sur le plastron de son père, mue par le besoin pressant de se blottir dans ses bras comme elle le faisait enfant après un gros chagrin ou lorsqu’elle s’éveillait d’un cauchemar.

« Où est Will ? Murmura-t-elle en levant des yeux inquiets sur son père.

- Pas maintenant Elizabeth. Souffla le Gouverneur en la serrant plus étroitement.

- Monsieur Swann. Les ordres sont clairs, nous devons l’emmener immédiatement auprès de Lord Beckett. Les coupa grossièrement un soldat en tentant de l’arracher à son étreinte.

- C’est Gouverneur Swann. Toujours. Pourquoi croyez-vous que je porte cette perruque ? Pour me réchauffer la tête ? Grinça Weatherby en la gardant contre lui. Et Elizabeth est encore ma fille. Je l’accompagnerais moi-même voir cet homme. Il me semble que j’en ai encore le droit. » Ajouta-t-il avec une amertume perceptible qui eut pour effet de redoubler l’inquiétude d’Elizabeth.

 

 

Les gardes échangèrent un regard tandis que le Gouverneur maintenait son étreinte en tremblant légèrement avant de renoncer à argumenter.

« Bien. » Souffla le gouverneur en glissant son bras autour de la taille de sa fille pour la soutenir avant de l’entraîner dans le couloir.

Il la tira hors des ténèbres sinistres du cachot de Port Royal, tous deux talonnés par des soldats dont la mission était claire. Elle n’aurait pas l’occasion de s’enfuir.

 

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Transie, Elizabeth fut finalement poussée dans une pièce à la chaleur étouffante dans laquelle brûlait un bon feu de bois.

« Voici ma fille Lord Beckett. » Annonça inutilement le gouverneur au lord qui trônait derrière un large bureau d’acajou qui le faisait paraître encore plus petit qu’il ne l’était déjà.

L’homme adressa un geste dédaigneux aux gardes qui accompagnaient la jeune femme et son père et ces derniers s’effacèrent, les laissant seuls.

 

Une fois les soldats partis, Lord Beckett fit signe à Elizabeth d’approcher ce que cette dernière fit volontiers. Elle avança avec hardiesse vers l’homme qui avait osé gâcher le plus jour de sa vie, prête à en découdre.

« Asseyez-vous Miss Swann. Lui ordonna froidement Beckett, un sourire mauvais aux lèvres.

- Je suis très bien debout. » Rétorqua sèchement la jeune femme une lueur de défi dans le regard.

Derrière elle, son père esquissa un mouvement catastrophé tandis que Beckett soutenait son regard, un sourire ironique aux lèvres.

« Comme vous voudrez Miss Swann. Répondit-il calmement avant de détourner son attention d’elle pour servir deux verres de sherry. Un verre Gouverneur ? Vous êtes tout pâle… » Se réjouit il ouvertement.

 

Bouillant intérieurement de rage, Elizabeth entendit son père accepter le verre tendu par Beckett avec une exquise politesse et serra les poings en voyant la main de son père trembler lorsqu’il prit le verre.

« Comment trouvez-vous nos prisons Miss Swann ? Votre cellule est-elle à votre goût ? Demanda Beckett en se retournant vers elle avec un sourire poli.

- Elle est parfaite je vous remercie. Ironisa Elizabeth. Et je préfère encore y être plutôt que…

- Elizabeth … Je t’en prie… La supplia son père d’un ton qui arrêta net Elizabeth dans son élan

- Vous devriez écouter votre père Miss Swann et vous montrer un peu plus reconnaissante.

- Reconnaissante ? Cracha Elizabeth sans pouvoir se retenir. Et de quoi ? D’avoir gâché mon mariage ? De m’avoir privée de ma nuit de noce ! Cria-t-elle en avançant vers le Lord qui restait imperturbable.

- Elizabeth. Écoute ce qu’il a à te proposer au moins… » Supplia à nouveau le Gouverneur sous le regard ironique de Beckett.

 

Elizabeth se tourna vers son père et croisa un bref instant son regard emplit de détresse. Le cœur serré, elle capitula et se retourna vers son bourreau.

« Et que proposez-vous ? » Demanda-t-elle d’un ton hautain.

Beckett sourit légèrement et joua négligemment avec son verre, le faisant tourner entre ses doigts tandis que le Gouverneur détournait le regard.

« En plus d’être très belle vous êtes une jeune femme décidée Miss Swann. Commença Beckett attirant un sourire crispé sur les lèvres d’Elizabeth. Néanmoins, le fait de savoir ce que l’on veut est une regrettable faille dans l’éducation d’une jeune femme lorsque cette dernière se trompe de combat. Poursuivit-il. En accord avec votre père, je me propose donc de corriger cette regrettable inclinaison en vous envoyant en Angleterre.

- Quoi ??? S’étonna Elizabeth, méfiante.

- Voyez-vous, il y a là-bas un établissement tenu par des nonnes qui, j’en suis certain, sauront corriger cette attirance pour la débauche et la fange qui semble être la vôtre. Bien entendu il va de soi que votre père me transférera votre tutelle et qu’il ignorera l’endroit où vous vous trouvez. Je ne voudrais pas qu’il laisse échapper votre localisation par inadvertance. Mais rassurez-vous, chacune des lettres qu’il me remettra à votre adresse vous sera transmise tout comme je m’engage à lui donner celles que vous écrirez en réponse. »

 

Elizabeth blêmit et se retourna vers son père, ignorant une fois de plus Beckett qui les regarda avec cynisme.

« Et c’est cela que tu voulais que j’écoute ! S’indigna-t-elle. Tu, tu vas le laisser m’enfermer dans un couvent quelconque où je finirais mes jours !!

- Elizabeth. Ce, ce n’est que temporaire… Commença le gouverneur tandis que la jeune femme fulminait. Le temps que tu, que tu te calmes… Ajouta-t-il d’un ton contraint

- Père ! Tu ne peux pas faire ça… Le supplia Elizabeth, sa voix se brisant sur les derniers mots.

- Elizabeth, j’accepterais tout si ça peut m’éviter d’avoir à subir le spectacle de ma fille montant à l’échafaud… Soupira à regret le Gouverneur. Je t’en supplie, ne m’inflige pas ça…

- Encore une fois, vous devriez écouter votre père Miss Swann. Intervint Beckett. Je vous offre une chance qui ne se représentera pas et que beaucoup paierait cher pour avoir. Si vous la déclinez, plus personne pas même votre père ne pourra intercéder en votre faveur et cela quel que soit le prix qu’il offrira. Je vous conseille donc d’accepter de vous soumettre. »

 

Elizabeth se retourna vers lui, les yeux étincelant de rage.

« Vous me proposez de quitter une prison pour une autre ! S’indigna-t-elle

- Non c’est inexact Miss Swann. Corrigea Beckett. En vérité le choix est plus simple que cela. Soit vous acceptez et vous vivez. Soit vous refusez et vous mourrez. Pour le reste ce que vous appelez « liberté » n’est somme toute qu’un concept désuet. Ironisa-t-il.

- Je t’en supplie Elizabeth… Accepte. » Murmura le Gouverneur sans réussir à dissimuler son émotion.

 

Elizabeth, le cœur serré, pinça les lèvres en entendant la détresse de son père et se retourna vers son bourreau, folle de rage à l’idée de devoir abdiquer.

« Et que deviendra Will ? Demanda-t-elle d’une voix rauque

- Ma générosité ne s’étend pas jusqu’à  Monsieur Turner. Il sera jugé et la sentence rendue lui sera appliquée sans détour. Répondit Beckett toujours aussi froidement.

- En d’autres termes il sera pendu… Murmura Elizabeth en sentant son cœur se briser

- Je veillerais à ce qu’il ait un procès équitable. S’empressa de lui affirmer le Gouverneur

- Comme si ça pouvait changer quelque chose. Souffla Elizabeth avec amertume.

- Dans ce cas-tu n’as plus rien à faire ici. Rétorqua le Gouverneur avec une inhabituelle froideur causée par son angoisse de la perdre.

- Choisissez Miss Swann. La vie ou la mort. Susurra Beckett

- Je t’en prie Elizabeth, aucun homme, pas même Will ne vaut la peine que tu lui sacrifies ta vie… » La supplia son père.

 

Elizabeth se retourna vers ce dernier et ferma les yeux en lisant l’angoisse et le chagrin sur son visage. Les mêmes que lorsque sa mère était morte, emportée par une pneumonie alors qu’elle avait à peine cinq ans. Le gouverneur avait failli ne pas se remettre de la mort de sa femme, ne trouvant sa force que dans la présence de sa fille vers qui, elle le savait, il avait reporté toute son affection. Elle ne pouvait pas lui faire endurer cela… De plus, une fois en Angleterre, elle trouverait bien un moyen d’échapper aux nonnes et de rejoindre Will… Elle trouverait… Rassérénée par cet espoir, Elizabeth sourit légèrement et se tourna vers Beckett.

« Vous avez gagné Lord Beckett. J’accepte votre proposition. » Déclara-t-elle avec hauteur.

Son cœur se serra en entendant le long soupir de soulagement de Weatherby Swann.

 

Beckett lui répondit par un sourire calculateur et ironique tandis qu’elle tendait sa main vers lui pour sceller leur accord.

« Sage décision Miss Swann. Approuva Beckett en serrant ses doigts glacés entre les siens. Il m’aurait déplu de voir pendue une telle beauté. » Ajouta-t-il galamment sans pour autant la lâcher, l’attirant vers lui.

Elizabeth retint un hoquet de surprise en sentant ses lèvres chatouiller le lobe de son oreille. Le souffle du Lord se diffusa sur sa peau tandis que son père, écœuré, détournait les yeux.

« Je préfère vous avertir … Toute tentative d’évasion de votre part serait chèrement payée par votre père. Souffla Beckett avant de la relâcher. Votre bateau lève l’ancre dans une heure Miss Swann. Cela vous laissera le temps de vous dire adieu. Ajouta-t-il, à voix haute cette fois.

- Déjà ! » S’écria le Gouverneur d’une voix blanche.

 

Beckett se retourna vers lui.

« Vous ne voudriez pas risquer de voir la survie de votre fille compromise n’est-ce pas ? Alors signez ces documents qui me la confient…

- Non, non … Bien sûr que non. Bredouilla Weatherby en paraphant d’une main tremblante.

- Allons, vous devez savoir que pour chaque chose que l’on désire il y a un prix à payer… J’ai trouvé le vôtre Gouverneur. Triompha Beckett. Faites vos adieux. Mes hommes vont vous accompagner. Les congédia Beckett. Miss Swann ce fut un plaisir.

- Croyez bien qu’il n’est pas partagé… Ne put s’empêcher de répondre Elizabeth

- Les nonnes arrangeront cela aussi. » Rétorqua Beckett en lui tournant le dos.

 

Anéantie, Elizabeth se laissa entraîner par les gardes tandis que, la mine coupable, son père la suivait. Ce dernier la serra longuement dans ses bras alors qu’elle se préparait déjà à embarquer.

« Écris moi s’il te plait …Souffla-t-il. Et je t’en prie pardonne-moi. Je n’avais pas d’autre choix. » Ajouta-t-il d’une voix brisée.

Elizabeth le regarda avec tristesse et réalisa qu’il semblait avoir vieilli de dix ans depuis la veille et le serra aussi étroitement que ses fers le lui permettaient.

« Je sais. Je t’aime. Lui assura-t-elle en retenant ses larmes

- Oh Elizabeth… Souffla-t-il en caressant son visage, les larmes aux yeux lui aussi, déchiré de devoir la perdre pour la sauver.

- S’il te plait, si tu vois Will… Dis-lui, dis-lui que mon cœur lui appartiendra toujours… Murmura Elizabeth

- Je le ferais, je te le promets. » Soupira le Gouverneur.

 

Sans attendre la fin de leurs adieux, les gardes arrachèrent brutalement Elizabeth aux bras de son père et la tirèrent en arrière avant de la traîner jusqu’au navire.

« Non, s’il vous plait, ma fille. Encore une minute. Les supplia le Gouverneur d’un ton qui finit de briser le cœur d’Elizabeth.

- Désolé Gouverneur. Ce sont les ordres. » Se contenta de répondre laconiquement un des gardes tandis qu’Elizabeth se retournait et apercevait derrière un rideau de larmes la silhouette de son père.

 

Tandis que la cabine dans laquelle elle avait été jetée se refermait sur elle, Elizabeth se précipita à la porte et la frappa de toute la force de ses poignets entravés.

« Père !! » Hurla-t-elle avant de se laisser tomber au sol.

La jeune femme pleura des larmes de souffrance et de rage tandis que son navire quittait le port dans la nuit mourante et l’éloignait inexorablement de tous ceux qu’elle aimait.

                                                                                                                      Chapitre 1

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