Chapitre 6 Attendre le bon moment

Après sa longue et ennuyeuse visite chez l’évêque de Westminster, Elizabeth retourna dans sa somptueuse demeure, toujours sous le choc du spectacle qu’Edward lui avait préparé le matin même. Sans attendre que son mari ne lui donne un nouvel ordre la jeune femme se précipita dans le boudoir dans lequel elle passait désormais la plupart de son temps et prit un livre dont elle tourna les pages régulièrement sans les voir. L’arrivée d’Edward dans la pièce mit fin à la tranquillité relative dont elle jouissait et elle leva les yeux vers son redoutable époux avec appréhension et attendit qu’il prenne la parole.

 

Les lèvres relevées en un rictus à la fois cruel et méprisant, Edward l’observa quelques minutes avant de prendre la parole.

« Votre attitude chez l’évêque a été des plus insatisfaisantes Elizabeth.

- Je, je ne comprends pas. Murmura la jeune femme, cherchant ce qu’elle avait pu dire ou faire d’inconvenant.

- Vous ne comprenez pas ! Explosa Edward en l’attrapant brutalement par le bras pour la traîner devant un miroir. Mais regardez-vous !!! Vous est-il donc impossible de paraître avenante et aimable comme il se doit ! »

Elizabeth se mordit violemment la lèvre tandis qu’il la secouait avec brutalité.

« Je comptais sur vous pour le charmer et au lieu de ça vous êtes restée dans votre coin avec votre mine de … de … religieuse attardée ! »

 

Elizabeth poussa un gémissement alors qu’il agrippait ses cheveux pour tirer sa tête en arrière et mettait sa gorge à nu.

« Qu’est-ce qui ne va pas chez vous ! Ragea-t-il. Vous n’êtes pas une oie blanche je le sais. Beckett m’a raconté votre escapade avec les pirates et je ne doute pas que vous ayez su moyenner vos faveurs alors !!! »

Elizabeth secoua la tête en signe de dénégation et répondit d’une voix tremblante.

« Ils n’ont pas attenté à mon honneur. Vous êtes pourtant bien placé pour le savoir. » Ajouta-t-elle avec amertume

Edward éclata d’un rire bref et laissa sa main descendre sur sa poitrine qu’il palpa sans douceur.

« Ne vous moquez pas de moi Elizabeth… Je sais très bien qu’il existe d’autres façons pour satisfaire un homme. Que leur avez-vous offert ? Votre jolie petite bouche ? Votre cul ?

- Vous me faites mal ! Protesta Elizabeth. Et je n’ai rien fait de ce … ce que vous dites !! Hurla-t-elle. J’ai été fiancée pendant plus d’une année et jamais mon fiancé ne s’est autorisé une seule des … choses que vous suggérez ! Pas plus que les pirates qui ont apparemment plus de sens de l’honneur que vous !!! »

 

Edward rougit devant l’insulte et la gifla violemment.

« Comment osez-vous me comparer à des sous hommes, des moins que rien !! Je vous prie de croire que vous allez arrêter avec vos mines vertueuses et vos scrupules de façade Elizabeth ! J’en ai plus qu’assez de vos rebellions incessantes et de votre froideur au lit !! »

Elizabeth essuya le sang qui coulait de sa bouche d’un revers de manche et le fixa.

« Vous pouvez me battre tant que vous le voulez Edward… Vous pouvez même me tuer si ça vous chante mais je ne serais jamais une catin pour vous faire plaisir. »

Le Duc la regarda longuement et un lent sourire naquit sur ses lèvres.

« Vous n’avez pas compris Elizabeth. Vous êtes déjà ma catin. Je crois qu’une leçon s’impose puisque vous semblez ne pas avoir compris les règles… »

 

Elizabeth frissonna alors qu’il la saisissait brutalement et l’entraînait dans le couloir.

«  Non ! Lâchez-moi ! » Hurla-t-elle.

Sans faire attention à ses protestations, Edward la fit sortir de la maison et l’amena jusqu’aux écuries. Le regard fou il la jeta sur un ballot de paille fraîche.

« Andy ! » Appela-t-il.

Terrifiée, Elizabeth tenta de ramper sur la paille mais la poigne de son mari la retint tandis que le palefrenier, tremblant à l‘idée d‘être puni, s’approchait d’eux. Sans la moindre gêne, Edward souleva les jupons d’Elizabeth et déchira à la hâte les fins sous-vêtements de dentelle qui protégeaient sa pudeur.

« Ma femme a besoin d’une leçon. Annonça-t-il froidement au domestique. On m’a rapporté ton aventure avec la petite qui sert aux cuisines. »

 

Le jeune homme baissa la tête, rougissant et tremblant à l’idée de la punition qui l’attendait.

« Je suis prêt à oublier ton incartade à condition que tu fasses la même chose à cette petite catin qui se croit vertueuse. » Déclara-t-il en maintenant Elizabeth.

La jeune femme tenta de se débattre. Elle ne savait pas ce que le palefrenier avait fait au juste à la jeune fille mais elle devinait sans peine que ça n’avait rien d’agréable.

« Votre Grâce… Commença le jeune Andy en tremblant

- Obéis !!! Rugit Edward, le visage congestionné de rage et d’excitation. Ou c’est le fouet qui t’attend. »

 

Andy lança un nouveau regard hésitant vers son maître avant de regarder les fesses offertes d’Elizabeth et rougit de se sentir excité à ce spectacle.

« Prend la par le cul. Ordonna Edward. Je n’ai pas envie que cette idiote se fasse engrosser. »

Des larmes de désespoir roulèrent sur les joues d’Elizabeth et elle tenta de se retourner vers son bourreau.

« Edward. Je vous en prie pas ça … »

Un sourire méchant lui répondit et le Duc se tourna vers Andy.

«  Choisis bien petit. Ma femme ou le fouet. »

 

Le palefrenier n’hésita pas plus longtemps. Il défit son pantalon d’un geste pressé et écarta les fesses d’Elizabeth d’une main tremblante tandis qu’il introduisait son sexe dans son bastion le mieux gardé avec un léger soupir. Elizabeth poussa un long gémissement de souffrance alors qu’il lui semblait être déchirée de l’intérieur.

« Pardon Madame. » Murmura le jeune palefrenier à son oreille en allant et venant en elle.

 

Sourde à tout ce qui l’entourait et ravagée par la douleur, Elizabeth lui répondit par un hurlement tandis qu’Edward ricanait. Elle était à demi inconsciente lorsque le palefrenier se lâcha en elle avec un râle étouffé avant de ressortir, tremblant. Sans se préoccuper du domestique, Edward se pencha sur Elizabeth et la força à tourner la tête vers lui.

« Vous voyez ma chère … Vous êtes ma catin. Vous et votre corps m’appartiennent comme tout le reste ici. Je peux vous offrir au gré de mes envies à mes domestiques, à mes amis ou à même à mes chiens si cela me plait… Soyez charmante avec ceux que je vous indiquerai et je ne serais plus forcé de recourir à de tels expédients pour vous apprendre où est votre place. Avez-vous compris cette fois ? »

 

Tremblante, des larmes de douleur et d’humiliation roulant sur ses joues, Elizabeth hocha doucement la tête, hoquetant sous la violence de ses sanglots.

« Dites-le ! Exigea le Duc. Avez-vous compris ?

- Oui, oui je, j’ai compris… » Balbutia Elizabeth qui tremblait tellement qu’elle n’arrivait pas à parler distinctement.

Edward la considéra d’un air méprisant et la relâcha brusquement. Elizabeth se roula instinctivement sur elle-même, secouée par des sanglots tandis qu’Edward se tournait froidement vers le palefrenier.

« Tu as osé toucher ma femme. » Déclara-t-il en sortant son pistolet.

Andy blêmit en voyant l’arme du Duc pointée sur lui et tomba à genoux, tremblant de tous ses membres

« Votre Grâce. Je vous en prie … Je n’ai fait qu’obéir à vos ordres !

- Insolent. Siffla Edward entre ses dents. Je n’ai pas envie que toute la domesticité apprenne que tu as pris ma femme.

- Je ne dirais rien, je vous promets … Balbutia le jeune Andy.

- Non, c’est exact. » Répondit Edward avec un sourire avant d’appuyer sur la gâchette, tuant net le jeune palefrenier.

 

Un long gémissement terrifié échappa à Elizabeth et elle se redressa brusquement, ignorant la douleur qu’elle ressentait et tenta de courir vers la porte de l’écurie. Elle n’eut pas le temps de l’atteindre que déjà Edward refermait sa main sur elle et la retenait sans douceur.

« Où croyez-vous aller Elizabeth ?

- Lâchez-moi, lâchez-moi… Gémit-elle alors qu’il la ramenait vers l’endroit où il avait forcé son palefrenier à la violer.

- Regardez bien cet homme Elizabeth. C’est une nouvelle leçon, ne vous avisez jamais de disposer de votre corps sans mon autorisation. Sinon c’est ainsi que vous retrouverez votre amant voir même pire. Vous comprenez ? »

Elizabeth hoqueta sous la violence de ses sanglots et hocha nerveusement la tête, incapable de parler.

« Bien. Nous nous comprenons finalement. Se réjouit Edward en la relâchant. A présent rentrez au château et faites en sorte de paraître présentable ce soir. Mes amis n’aiment pas les femmes aux yeux rougis. Je vous ferais savoir ce que je souhaite vous voir porter. »

 

Elizabeth ne lui répondit pas et se dirigea vers la porte, ses jambes la portant à peine. Elle ouvrit la porte par automatisme et avança vers la maison, le cœur lourd. Une fois à l’intérieur, elle baissa la tête, consciente des regards empreints de pitié que certains domestiques posaient sur elle et se dirigea vers sa chambre. Ignorant sa nouvelle femme de chambre, elle se laissa tomber sur son lit et éclata en sanglots convulsifs.

« Venez Votre Grâce, je vous ai préparé un bon bain. Murmura la nouvelle domestique.

- Un bain… Murmura Elizabeth. Comme si un bain pouvait arranger quoique ce soit…. Ajouta-t-elle, songeant que plus le temps passait, plus Edward semblait devenir fou.

- Votre Grâce… Insista doucement la femme. Vous voulez être belle pour ce soir non ? »

Un regard mort lui répondit et Elizabeth se laissa entraîner. Son corps meurtri se détendit peu à peu dans l’eau chaude tandis qu’elle tentait sans succès de chasser la scène de l’écurie de son esprit.

 

()()

 

Quelques heures plus tard, blême et le cœur au bord des lèvres, Elizabeth, assise devant sa large coiffeuse, se laissait apprêter sans dire mot, la domestique s’affairant sur ses cheveux pour les maintenir en une coiffure compliquée.

« Vos cheveux sont superbes Votre Grâce. Commenta la domestique d’un ton joyeux. C’est réellement un plaisir d’en coiffer de si beaux. »

Le regard vague, Elizabeth mit un temps à réagir puis ses lèvres se retroussèrent en un rictus amer tandis qu’elle répondait d’une voix lointaine

« Elle avait raison tu sais… La Supérieure….

- Pardon Votre Grâce ?

- La beauté…. C’est une malédiction. » Souffla Elizabeth avant de sombre à nouveau dans l’apathie.

 

Derrière elle, la domestique soupira tandis qu’elle mettait la dernière main à sa coiffure.

« Quels bijoux désirez-vous porter ce soir Votre Grâce ? »

Elizabeth sourit d’un air désabusé à sa question et haussa les épaules

« Comme si j’avais le choix … Je porterais ceux que le Duc a choisi. »

La domestique hésita mais l’arrivée d’Edward la dispensa de répondre.

« Sors. » Lui ordonna ce dernier.

Une fois qu’elle fut partie, Edward s’approcha d’Elizabeth et la jeune femme se força à rester immobile retenant son souffle dans l’attente d’un coup ou d’une réprimande. Au lieu de cela, le Duc sourit d’un air séducteur et posa un écrin sur la coiffeuse. Elizabeth posa un regard vague sur l’objet, se contentant de l’observer.

« Pour vous. Précisa le Duc. Vous pouvez l’ouvrir. »

 

Surprise, Elizabeth ouvrit lentement l’écrin. Son regard cilla à peine en découvrant un collier et des pendants d’oreille constitués de diamants.

« Afin de faire en sorte que vous compreniez que je ne vous punis qu’à contre cœur. Précisa le Duc. Mettez-les, ils iront parfaitement avec votre robe. »

Avec des gestes mécaniques, Elizabeth obéit tandis qu’il se plaçait derrière elle pour juger de l’effet dans le miroir.

« Parfaite. Approuva-t-il. Vous allez éclipser toutes les autres ce soir. Je veux que vous fassiez sentir à chaque homme que ce serait un plaisir indicible de vous posséder. Attisez le désir Elizabeth. »

La jeune femme se crispa en comprenant ce qu’il attendait d’elle… Cette soirée était une mise à l’épreuve.

« Faites en sorte que je n’ai pas à vous punir cette nuit. » Souffla le Duc à son oreille.

 

Elizabeth se mordit les lèvres en voyant ses pires doutes confirmés et Edward lui sourit gaiement.

« Ne vous offrez pas ce soir. Charmez-les, nous verrons ensuite quel parti est le plus intéressant. Vous avez compris ? Lui demanda-t-il d’un ton dur.

- Oui. Répondit Elizabeth en songeant quel plaisir se serait d’écraser la tête d’Edward dans le miroir qui lui faisait face.

- Bien… Venez Duchesse, vous avez une Cour à conquérir. » Lui annonça Edward en lui présentant son bras.

Le cœur lourd, Elizabeth posa une main tremblante sur son bras, terrifiée à l’idée de ce qu’il lui ferait si elle refusait et Edward l’entraîna à l’extérieur, un sourire de cour aux lèvres.

 

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Trouver un costume avait été plus facile que Will ne se l’était imaginé et engoncé sous une lourde perruque, le jeune homme songea avec une pointe d’ironie que Jack Sparrow avait raison en prétendant que l’or pouvait tout acheter. Un laquais lui ouvrit la porte de l’attelage qu’il avait miraculeusement dégoté et Will remercia avec timidité tandis que l’homme l’aidait à descendre.

« Qui dois-je annoncer ? Demanda le valet.

- Monsieur William Tu… Smith. Se reprit Will à la hâte. J’arrive tout droit des colonies et je souhaite retrouver la bonne société. Se crut-il obligé d’expliquer tout en tendant le carton d’invitation habilement réalisé par un faussaire que Jack connaissait.

- Monsieur. » S’inclina le valet qui s’écarta pour le laisser entrer.

 

Une fois à l’intérieur, Will s’autorisa un léger soupir de soulagement avant de fouiller la salle de bal du regard à la recherche la silhouette d’Elizabeth. Une vague de déception s’empara de lui en ne la voyant nulle part et il jeta un coup d’œil nerveux en direction des domestiques. Cela se faisait-il de demander si elle était là ? Ou bien fallait-il attendre ? Viendrait-elle ?

 

Un valet lui présenta un plateau chargé de verres et Will en prit un. Il remercia chaleureusement l’homme avant de rougir en constatant qu’il était le seul à agir ainsi attendu que manifestement les puissants ne s’abaissaient pas à remercier. Cherchant à s’occuper et surtout à passer inaperçu, Will commença à se déplacer dans la pièce, un peu étourdi par les parfums capiteux des femmes et le luxe quasi indécent de la demeure.

 

Le regard en alerte, Will se déplaçait entre les groupes, s’arrangeant pour ne se mêler à aucun et cherchait du regard Elizabeth qu’il savait être capable de reconnaître n’importe où en dépit des masques que portaient toutes les femmes de l’assemblée. Tandis qu’il découvrait ainsi la salle de bal dans laquelle les accueillait son hôte involontaire, Will se sentit brusquement découragé devant l’opulence des lieux. Qu’avait-il à offrir à Elizabeth au regard de l’aisance de son existence présente ? Une cabine sinistre et minuscule à bord d’un navire de pirate ? Comment pourrait-elle se contenter de ça après avoir évolué au milieu de telles richesses ? Bien entendu, il pourrait abandonner la piraterie vers laquelle il s’était tourné par dépit pour reprendre le métier qu’il aimait et devenir le forgeron d’une paisible bourgade isolée …. Mais cela suffirait il pour Elizabeth ? Le cœur lourd de doute, Will but machinalement son verre d’un trait, hésitant sur la conduite à tenir… Peut-être que le fait qu’il n’ait pas encore vu Elizabeth était un signe que malgré tout ce qu’il pouvait désirer leur destin n’était pas d’être ensemble … Peut être qu’il valait mieux renoncer dès maintenant plutôt que de mettre la jeune femme face à un choix déplaisant … Jack avait peut-être raison lorsqu’il prétendait que si Elizabeth avait réellement voulu le rejoindre elle l’aurait fait … Et qu’elle était heureuse de la vie qu’elle menait à présent. Peut-être qu’il s’était trompé sur la mine qu’elle arborait un peu plus tôt et que si son regard avait glissé sur lui sans le reconnaître c’était tout simplement parce qu’elle l’avait oublié.

 

Will en était là de ses réflexions, il hésitait à quitter dès maintenant la soirée lorsque le chuchotement de deux précieuses attira son attention.

« Le Duc de Somerset n’est pas encore là. Souligna l’une d’elles.

- Quelle importance. Répondit l’autre. Nous savons tous qu’il ne saurait manquer cette soirée. D’autant plus qu’il a une nouvelle femme à offrir.

- Oh elle… Répondit la première d’un ton méprisant. On dit qu’il est allé la chercher au fin fond d’un couvent dans lequel son tuteur l’avait enfermée.»

La femme marqua une pause pour ménager son effet puis reprit d’un ton faussement scandalisé.

« La Comtesse de Fork m’a raconté qu’elle avait été renvoyée en Angleterre parce que son père ne supportait plus sa conduite scandaleuse. Et qu’il a laissé Lord Beckett se charger de son éducation pour éviter qu’elle ne se précipite dans la honte et le déshonneur.

- Vraiment ? » Demanda sa compagne.

Will retint une nausée en voyant la lueur cruelle de son regard que le loup ne parvenait pas à masquer.

« Tout à fait. Confirma l’autre. J’ai entendu dire qu’elle frayait avec des pirates. Dieu seul sait ce qu’elle a pu leur offrir.. Ajouta-t-elle en roulant des yeux

- Seigneur des pirates ! Faut-il qu’elle soit folle !

- On raconte aussi qu’elle a eu un fiancé. Un minable forgeron qu’elle connaissait depuis son enfance, sans doute le pauvre Gouverneur Swann n’avait-il trouvé que cet homme pour épouser une femme dont tous savaient qu’elle s’était adonnée à des plaisirs coupables et révoltants avec des pirates !

- Oh mon dieu… Répondit l’autre en faisant mine de s’évanouir.

- Et on raconte même qu’il y a avait une autre femme parmi ces pirates et que la Duchesse de Somerset y a appris les plaisirs saphiques. Elle a d’ailleurs eu des ennuis lorsqu’elle a essayé d’en faire de même dans l’endroit où Lord Beckett l’avait bien heureusement placée. »

 

Will blêmit en l’entendant et avança d’un pas en direction des deux commères, prêt à leur rabattre le caquet, outré par les sous-entendus qu’elles colportaient sur sa tendre Elizabeth. Inconscientes des oreilles indiscrètes de Will ou ne s’en souciant peu les deux femmes continuèrent leur conversation, la seconde femme devint brusquement sérieuse.

« Enfin… Qu’elle soit ou non corrompue à la base, celle-ci connaitra le même sort que celles qui l’ont précédées.

- Elle est cependant Duchesse. » Releva la première avec un zeste de jalousie dans la voix.

Sa compagne éclata de rire et lui toucha doucement le bras tout en se penchant vers elle et Will du tendre l’oreille pour entendre la suite

« Ma chère, vous êtes pourtant bien placée pour savoir qu’en ce qui concerne le Duc de Somerset il vaut bien mieux être sa maîtresse plutôt que sa femme. »

 

Will rougit en comprenant que la femme qui agonisait ainsi Elizabeth d’insultes devait être la maîtresse de son époux. Comme pour confirmer son intuition la femme éclata d’un rire cristallin tandis qu’elle répondait.

« Certes d’ailleurs d’où croyez-vous que je connaisse aussi bien le passé sulfureux de notre chère Duchesse ?

- De la Comtesse de Fork évidemment. Gloussa sa compagne. Pauvre vieille chose, elle est entièrement à côté de ce qui se passe dans le monde.

- Edward est très inventif avec celle-ci. Chuchota la maîtresse du Duc. Tellement que, oh à vous je peux bien l’avouer. J’ai craint un moment qu’elle retienne tellement son attention qu’il ne finisse par se détourner de moi.

- Oh vraiment ! S’exclama son amie

- Mais bien entendu, elle n’y est pas plus parvenue que les autres. Se rengorgea la première. Elle résiste admirablement bien au traitement qu’Edward lui inflige mais elle finira tôt ou tard comme celles qui l’ont précédée. Dans le caveau des Somerset. » Gloussa-t-elle.

Écœuré, Will peinait à se maîtriser et il avança à nouveau en direction des commères, décidé à leur faire passer le goût de la cruauté lorsque la maîtresse se tourna vers la porte, les yeux brillants.

« Les voilà …

- Oh ! S’exclama son amie avec un ravissement non dénué de malice. Les bijoux qu’elle porte sont admirables, ce sont des diamants non ?

- En effet. » Grinça la première avec un sourire factice.

 

Leur conversation se poursuivit mais Will n’y prit pas garde. Le cœur battant follement dans sa poitrine il fixait avec désespoir celle qui ne pouvait être qu’une apparition tant elle était belle. La bouche sèche, Will observa Elizabeth tandis, qu’un sourire plaqué sur ses lèvres elle s’inclinait devant les personnes de sa connaissance. Sa robe audacieuse couleur ivoire se déployait en corolle autour de sa taille fine, une main gantée de blanc délicatement posée sur le bras de son mari elle se contentait de l’effleurer comme s’il lui répugnait de le toucher.

 

Ému, Will suivit du regard Elizabeth tandis qu’elle évoluait gracieusement dans la pièce et adressait des sourires qu’il devinait factices aux hommes pendant qu’à ses côtés le Duc de Somerset se rengorgeait comme un coq. La main de Will se porta par réflexe à son habit et il chercha le pistolet qu’il avait emporté. Ensuite le jeune homme se retira dans l’ombre sans quitter le couple des yeux. Elizabeth était là, à quelques mètres de lui… Mais se précipiter serait stupide. Il devait attendre le bon moment. Celui où son époux relâcherait enfin sa surveillance.

Chapitre 5                                                                                                   Chapitre 7

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