Chapitre 20 Chasseurs & proies

 

Queen Anne’S Revenge

Cabine

 

Un sourire froid aux lèvres, Jack contemplait la forme endormie à ses côtés. Un instant il hésita à la réveiller et songea cyniquement au sourire qu’elle se forcerait à lui faire rapidement, suivi de baisers aussi passionnés que faux. Enfin somme toute ce n’était pas la partie la plus désagréable de son plan. Angelica avait toujours été douée pour ces choses-là, plus que pour commander un navire ou élaborer des plans de bataille. Jack posa un regard songeur sur la masse brune de ses cheveux qui s’étalait sur l’oreiller et caressa doucement une mèche. Son geste réveilla Angelica et elle posa un regard ensommeillé sur lui.

 

Jack lui sourit ironiquement et laissa sa main courir le long de son dos jusqu’à caresser la croupe qu’il savait n’avoir nul besoin de flatter pour qu’elle lui soit offerte.

«  J’ai envie de toi trésor… » Lui lança-t-il.

Comme il s’y attendait, Angelica lui fit un sourire forcé et approcha ses lèvres des siennes.

« Moi aussi Jack… Soupira-t-elle. Tu sais j’ai bien réfléchi.

- Et ? » Demanda Jack.

Angelica hésita.

« Peut-être que maintenant que toi et moi, nous… Commença-t-elle.

- Nous ?

- Tu sais bien… » Murmura Angelica qui l’embrassa dans le cou, sa main se glissant sous les draps.

 

Jack laissa échapper un soupir rauque et ferma à demi les yeux. Décidément Angelica était douée.

«  Tu es une reine en la matière trésor. » Gémit-il, sans avoir besoin de feindre le plaisir.

Angelica sourit légèrement. Teach croyait dur comme fer que Sparrow était amoureux d’elle. Et à vrai dire, elle commençait à le croire aussi. De plus, si ce qu’elle avait appris était exact, Sparrow était suffisamment stupide pour se laisser embobiner. Le manipuler afin qu’il se retourne contre Teach était tentant. Ainsi, elle ferait d’une pierre deux coups en se servant de Jack pour nuire à Blackbeard et récupérer la carte. Une fois qu’elle aurait cette dernière, elle se débarrasserait de Sparrow. Un juste retour des choses somme toute.

 

Un sourire aux lèvres à cette idée, Angelica se glissa contre lui, sa bouche agaça celle de Jack qui l’embrassa goulûment et la serra contre lui. Contre sa poitrine, Angelica sentit son cœur battre la chamade. Ravie, elle s’écarta légèrement et déposa un baiser contre son torse, laissant descendre sa bouche à mesure qu’elle lui parlait.

«  Tu sais Jack…

- Mmmm quoi trésor ?

- Je pense qu’à nous deux nous pourrions… Murmura-t-elle avant de s’interrompre pour un nouveau baiser. Nous unir contre Teach. »

 

Jack écarquilla comiquement les yeux.

« Je croyais que tu voulais l’aider…

- Il a tué ma mère. Répondit Angelica, un éclat dur dans le regard.

- Je sais trésor. Mais il m’a promis le Pearl et aussi l’immortalité. » Répondit Jack.

Angelica faillit s’étouffer d’indignation devant sa lâcheté.

«  Tu as peur de lui ?

- Non. Répondit Jack. C’est juste le plus offrant. Navré mon ange mais je ne me mettrais pas en péril pour une femme. Pas même si c’est toi…

- Lâche ! » Grinça Angelica.

 

Jack sourit avec amusement en voyant son air outré.

«  Allons trésor, tu m’en as assez voulu de ne pas respecter mes engagements non ? Tu vois… J’ai changé, j’ai un marché avec ton père et je compte bien l’honorer jusqu’au bout.

- Tu … Tu … » S’indigna Angelica.

Le regard de Jack se durcit brutalement et il la renversa sur le lit, l’écrasant de tout son poids.

« Désolé Angie chérie mais tu ne m’auras pas avec tes mines séductrices. Tu es tentante et excitante je le reconnais. Souffla-t-il d’une voix hachée par le désir. Mais je ne compte pas mettre en péril ma précieuse peau pour quelque chose que je possède déjà.

- Tu savais ce que j’allais te demander ! Ragea Angelica. Tu le savais…

- Évidement, confirma Jack d’un ton sûr de lui. Tu n’es pas la première à me faire le coup de la séduction pour m’emmener droit vers la mort. Ça manque d’originalité… Dommage pour toi mon ange. »

 

Angelica grinça des dents.

«  Cette foutue blondinette !!

- Oui, Elizabeth… Elle m’a utilisé…. Susurra-t-il à son oreille. Et regarde à quoi ça l’a menée. »

Angelica le fixa, la bouche sèche, terrifiée en comprenant que par sa propre bêtise elle venait de remettre sa vie entre les mains joueuses de Jack.

«  Que comptes-tu faire ? »

Le corps de Jack pesa un peu plus sur elle et il fit un sourire charmeur.

«  Je ne compte pas parler de cette conversation à Eddie si c’est-ce que tu redoutes. Le pauvre serait tellement déçu d’apprendre que son unique enfant complote dans son dos.

- Comme Teague le sera quand il saura ce que tu as fait ? » Lui demanda Angelica.

Jack fit mine de réfléchir quelques instants puis lui fit un grand sourire.

« Oui tout juste comme ça…

- Pourquoi garderais-tu le silence ? » Demanda Angelica.

 

Le sourire que Jack lui fit était tout sauf chaleureux. S’accoudant sur un bras, le pirate baissa lentement sa main libre et caressa la poitrine nue de la femme.

« Parce que même si je ne veux pas t’aider, j’ai très envie de faire l’amour avec toi Angie. Lui déclara-t-il sérieusement

- Tu n’es qu’un, qu’un… Bafouilla la jeune femme.

- Un pirate, je sais. Compléta Jack. Comme toi trésor. » Ajouta-t-il avant de l’embrasser langoureusement.

 

Son baiser étouffa le cri de rage de la jeune femme et elle ferma les yeux, regrettant amèrement l’erreur de calcul qui l’avait conduite à se confier à Jack Sparrow.

 

Queen Anne’S Revenge

Cabine du Capitaine

 

Assise sur le lit, Elizabeth fixait un point invisible. Elle ne réussissait plus à trouver le sommeil. Pas plus qu’à trouver la force de s’opposer, de s’opposer… A quoi devait-elle s’opposer déjà ? La jeune femme poussa un soupir lourd et fixa l’assiette à moitié vide qui séchait sur le coin de la table. Elle avait faim. Mais une partie d’elle, la seule qui réfléchissait encore, lui criait de ne surtout pas manger. Surtout pas. Elizabeth ne savait pas trop pourquoi mais elle se rappelait vaguement qu’un jour elle avait été différente de la chose amorphe et soumise qu’elle était à présent.

 

Un jour elle avait été reine des pirates, elle avait combattu. Maintenant elle n’avait même plus la force de lever une épée. Pourtant, quelque chose en elle refusait de capituler et d’écouter la petite voix pernicieuse qui, à l’instar de celle de Teach, lui disait que tout serait plus facile si elle se laissait aller.

«  Je ne peux pas. » Articula-t-elle à voix haute, le son de sa voix la rassurant.

Elle songea un instant à Will puis repoussa de toutes ses forces encore disponibles le souvenir de son mari. Penser à Will ne le ferait pas revenir. Pas plus qu’il ne la sauverait. Elle était seule face à Teach. Et elle n’était pas de taille.

 

Elle avait finalement compris que tant qu’elle serait ici, il était inutile de lutter contre le pirate. Se rebeller serait au final aussi désastreux que douloureux. L’homme prenait plaisir à l’humilier. Et puis il y avait l’équipage. Comment laisser l’équipage entre les mains d’un homme dont elle était bien placée pour savoir qu’il était capable de tout. Un bruit de clef tinta dans la serrure et Elizabeth sortit de sa contemplation pour observer Teach.

 

Le pirate, manifestement ivre mort, la fixa d’un œil noir.

« Elizabeth. La Reine des pirates. » Se moqua-t-il.

Un sursaut de rage la fit se crisper mais une fois de plus elle n’eut pas la force d’aller plus loin. Blackbeard la gratifia d’un regard appréciateur et avança dans sa direction en se débarrassant de ses vêtements superflus.

«  Tu voulais dire quelque chose ? » Se moqua-t-il en s’allongeant à ses côtés.

Elizabeth commença à trembler légèrement et Blackbeard lui prit le menton sans douceur.

« On dirait que tu commences à comprendre Elizabeth. Mais tu sais je n’en ai pas encore fini avec toi. »

 

Elizabeth leva la main pour se libérer et Teach sourit.

« Tu ne renonceras jamais n’est-ce pas ? Tu n’as donc pas encore compris que je suis plus fort que toi Elizabeth Swann ? »

Elle le regarda avec horreur tandis qu’il lui prenait le poignet.

« J’ai envie de te mettre maintenant petit garce. Viens chercher ce que tu veux. »

Elizabeth ferma brièvement les yeux. Elle savait ce qu’il voulait…. Tout son être se révulsait à cette idée pourtant elle se plaça sur Teach, son bassin frottant le sien. Lutter était inutile. Rien n’empêcherait le pirate de prendre ce qu’il voulait.

 

Blackbeard ricana.

« Il va falloir que je remercie le loa demain… Met-la. »

La main tremblante, Elizabeth guida son sexe en elle et un gémissement douloureux lui échappa tandis qu’il empoignait ses seins à pleines mains.

« J’ai de la chance Elizabeth. Tu es un met de choix. Dommage pour mes hommes qu’il soit hors de question de te partager. Après tout être la future Mme Teach mérite un traitement particulier. » Ricana Teach tandis qu’elle ondulait lentement sur lui.

Tremblante Elizabeth le regarda, les yeux alourdis par le manque de sommeil et par les herbes qui jour après jour pervertissaient son esprit en l’affaiblissant.

«  Trop lente ! » Ragea Teach en l’empoignant pour la retourner, se retrouvant sur elle.

 

Elizabeth ne bougea pas tandis que le va et vient rageur commençait. Elle avait compris que se débattre l’épuisait sans pour autant que ce soit utile.

« Sale putain… Râla Teach. Crois-moi quand je serais certain que ton corps pourra le supporter sans nuire à mes projets, je te ferais crier. »

Elizabeth détourna le visage et Teach empoigna ce dernier brusquement, la forçant à le tourner vers lui. Avec un râle rageur, il déserta son corps et se lâcha sur son visage, se déversant à grand traits.

«  Voilà quel traitement mérite la putain de la Confrérie. » Lui lança-t-il.

 

Elizabeth serra les dents, son regard s’alluma sous l’insulte et l’humiliation qui l’accompagnait. D’un air rageur elle s’empara du drap pour s’essuyer mais Teach lui tordit brutalement le poignet.

«  Non ma belle. Je tiens à ce que tu gardes mon foutre sur toi. Partout où il me plaira de te le mettre. Tu es à moi. Et j’entends bien que tout le monde s’en rende compte. »

Elizabeth le fixa, la rage dominant la torpeur qui envahissait son esprit. Sans réfléchir elle lui cracha au visage.

«  Jamais ! » Hurla-t-elle brutalement.

Blackbeard la regarda, le visage brièvement déformé par la colère avant de s’essuyer lentement.

« Tu as de la chance que j’ai encore besoin de toi. » Lui déclara-t-il lentement.

 

Elizabeth serra doucement les poings, Teach s’en aperçut et éclata d’un rire moqueur.

« Tu n’as pas fini ton repas n’est-ce pas petite garce ? Allons ce n’est pas grave. Demain tu comprendras ce qui arrive à ceux qui me résistent. Je t’ai beaucoup trop bien traitée en te laissant vivre dans ma cabine. »

Elizabeth ne répondit pas et Teach lui donna un brusque coup de pied, la faisant voler au sol.

«  Si tu bouges encore… Toi et tes amis le regretteront. » Lui affirma-t-il.

A demi assommée par le choc, Elizabeth ne répondit pas et se laissa sombrer dans l’inconscience, une part d’elle souhaitait ne jamais se réveiller tout en sachant que cela n’arriverait pas. Teach ne la laisserait pas mourir….

 

 

Queen Anne’S Revenge

Cabine

 

Syréna, affamée, releva les yeux en entendant la porte s’ouvrir. Cela faisait plusieurs jours (elle ne savait même pas combien) qu’elle était recluse dans la cabine sans personne à charmer ni même de quoi se mettre sous la dent. Elle avait tellement faim qu’elle reconnut à peine Philip, le regard hypnotisé par l’assiette qu’il portait.

 

De son côté, le jeune homme sentit son cœur s’arrêter brièvement comme à chaque fois qu’il se retrouvait face à sa chanteuse et s’immobilisa, le plat entre les mains. Un cri de surprise lui échappa lorsque Syréna se rua prestement sur lui pour lui arracher le plat des mains. Elle enfouit son visage dans l’assiette, trop affamée pour feindre d’être civilisée ainsi qu’elle en avait l’habitude.

 

Attendri, Philip observa sans broncher Syréna tandis qu’elle déchiquetait de ses dents fines et pointues le contenu de l’assiette sans se soucier de la « sauce » rouge qui maculait son visage et la montrait sous son véritable jour lequel aurait fait fuir plus d’une de ses victimes avant qu’elle ait le temps de se mettre à chanter. Malheureusement pour lui et heureusement pour Syréna Philip était trop sous le charme pour être horrifié par sa sauvagerie. Le jeune homme ne remarqua même pas que le visage de Syréna s’était modifié, la beauté habituelle dont elle se parait laissant place à la figure malfaisante et féroce qui était sa véritable apparence.

 

Totalement envoûté, Philip ne remarqua ni les dents effilées, ni les yeux recouverts d’un voile rouge. La seule chose qu’il vit c’est que sa pauvre chanteuse avait cruellement souffert de la faim et qu’elle était soulagée d’avoir enfin de quoi se nourrir. Le jeune homme songea même avec angoisse qu’elle aurait pu mourir s’il n’avait pas enfin reçu l’autorisation de franchir les portes de son paradis pour nourrir l’ange qui s’y trouvait ….

 

Rassasiée, Syréna relécha consciencieusement le fond de son écuelle puis posa son regard d’un bleu profond sur Philip, ses habitudes et son visage de séductrice reprenant le dessus à présent qu’elle avait assouvi la faim qui lui tordait les entrailles. Lentement, la sirène pivota vers sa victime et s’approcha tandis que Philip gardait le regard fixé sur elle, incapable de lutter et ne le désirant de toute manière pas.

 

La main de Syréna se posa sur le torse du jeune homme, et elle prit la parole d’une voix basse

«  Je croyais que tu m’avais oubliée comme les autres. »

Le cœur de Philip fit un bond à cette déclaration et il s’empressa de la rassurer, bégayant ses excuses.

«  Davies me tient à l’œil, il, il ne m’a pas laissé venir te voir.

- Davies ? Demanda Syréna en fronçant les sourcils

- Le second de l’autre … Blackbeard. » Expliqua Philip.

 

Syréna savoura quelques secondes l’émoi qu’elle provoquait puis revint à des considérations plus réalistes.

«  As-tu appris quelque chose ? »

Perdu dans l’éclat azur de ses yeux, Philip cligna des paupières tandis que Syréna s’efforçait difficilement de contenir son impatience. C’était bien sa chance d’être tombée sur le plus stupide du navire !

«  Oui… La fille qui … avec Teach. Elle s’appelle Elizabeth Swann, il parait que c’est la Reine de je sais plus quoi.

- La Confrérie des Pirates ! S’exclama Syréna hésitant entre l’inquiétude et le soulagement. Qui d’autre ? Ne me dis pas qu’elle était seule. »

 

Philip secoua la tête, plus que jamais conscient de la main de Syréna glissant sur son torse pour s’enfoncer dans les poils bruns de son ventre puis plus bas…

« Non… Il y a un homme… Étrange… Il … » Soupira-t-il.

La main de Syréna s’immobilisa brutalement et Philip la fixa avec frustration

« Qui ? Lui demanda-t-elle

- Il dit qu’il s’appelle Jack Sparrow. » Répondit Philip.

Cette fois la sirène oublia toute séduction et se recula au grand dam de Philip, visiblement agitée.

 

Le jeune homme se crispa et sentit la morsure de la jalousie se refermer sur son cœur. Syréna l’ignora, réfléchissant à toute vitesse… puis :

«  Est-il prisonnier ?

- Non. Au contraire. C’est lui qui a livré les autres. » Répondit Philip d’un ton vaguement méprisant

La nouvelle provoqua une moue consternée sur le visage de Syréna qui donna à Philip l’envie de se mettre des baffes. Voilà que maintenant sa belle chanteuse lui en voulait. Cette idée lui était insupportable. D’une voix hésitante il reprit, tout en tendant la main vers elle, incapable de se retenir de la toucher.

«  Syréna ? Tu m’en veux ? »

 

Plongée dans ses réflexions, Syréna ne répondit pas jusqu’à ce que, le cœur battant, Philip ne se décide à la prendre contre lui. Un sourire coquet se matérialisa automatiquement sur les lèvres de la sirène et elle se glissa contre lui, sa décision prise.

«  Non… Bien sûr que non, je ne t’en veux pas mon doux Philip. Comment le pourrais-je ? »

Ses efforts furent récompensés par un sourire extatique et Syréna reprit ses cajoleries tandis qu’elle continuait :

«  Philip… J’aimerais que tu fasses quelque chose pour moi.

- Tout ce que tu voudras… Répondit le jeune homme; les yeux mi-clos sous l’effet du plaisir qu’elle lui provoquait.

- Trouve un moyen de parler à Jack… Dis-lui, dis-lui que j’ai besoin qu’il appelle Naia. »

 

Philip se crispa brutalement.

« Pourquoi ?

- Philip… » le cajola Syréna.

Fou de jalousie, le jeune homme s’écarta et la gratifia d’un regard brûlant de rage.

« Qui est cet homme ? Est-ce que tu as chanté pour lui ? Est-ce que tu as écarté tes écailles pour lui ? »

Interdite par sa rebuffade, Syréna ne pensa même pas à mentir.

«  Oui…. »

Le regard noyé de chagrin, Philip la fixa d’un air suppliant.

«  Alors pourquoi pas moi ? Pourquoi me refuser ce que tu donnes aux autres ? »

Le regard de Syréna se voila de rouge une fraction de seconde puis elle se maîtrisa, furieuse de la résistance inédite de sa proie.

« Parce que tu es spécial Philip. » Lui assura-t-elle en l’embrassant langoureusement, sa langue se collant à celle du jeune homme tandis que sa main se refermait sur le morceau de chair qui commandait à tous les hommes.

 

Gémissant, Philip se colla contre elle, sa respiration accélérant à mesure qu’elle le caressait

« Philip… Souffla Syréna.

- Mon Dieu… » Gémit le jeune homme en jouissant, le regard noyé de plaisir.

Syréna sourit en voyant son expression et se passa la langue sur les lèvres.

«  Dis-lui pour Naia… Demande lui. Elle pourra m’aider à sortir d’ici. Philip, tu veux qu’on puisse être pleinement ensemble n’est-ce pas ?

- Oui… » Murmura le jeune homme.

Syréna lui fit un sourire coquet et l’embrassa légèrement sur les lèvres, elle avait remarqué que le cœur de son jouet battait plus fort quand elle faisait ça.

«  Va Philip. Et ne tarde pas à revenir me voir. » Lui enjoignit-elle en ajoutant mentalement qu’il ferait bien de lui ramener de quoi manger.

 

Perdu, le regard encore noyé de plaisir, Philip s’éloigna vers la porte en tremblant. Le sourire vissé aux lèvres, Syréna attendit qu’il soit sorti pour reprendre l’expression dure qui lui était habituelle. Une fois seule la sirène se demanda si elle faisait un bon calcul en s’adressant à Jack. S’il était du côté du sorcier qui la gardait prisonnière, Philip perdrait sûrement la vie. La sirène eut une moue ennuyée à cette idée puis haussa les épaules. Après tout, Philip était certes amusant mais un autre l’amuserait tout autant. De toute manière si elle ne s’était pas faite bêtement capturée, le jeune homme serait déjà mort ainsi que le voulait son destin. Que sa mort survienne maintenant ou plus tard était sans importance…

 

Queen Anne ‘S Revenge,

Cale

 

 

Le visage marbré de colère, Blackbeard s’avança vers son loa.

«  Je veux que tu augmentes la ration de potion de la fille. » Lui jeta-t-il.

Le loa se contenta de le fixer d’un air placide.

«  Si je la plonge plus dans la torpeur elle risque de ne pas se réveiller. Elle te pose des problèmes ?

- Elle résiste. Ragea Blackbeard. Elle est docile puis l’instant d’après… Son foutu esprit s’accroche. La potion était sensée affaiblir son esprit pour laisser un autre posséder sa chair. »

 

Le loa sourit légèrement en percevant les craintes de Teach.

«  Elle sera prête le moment venu. Son esprit est affaibli même si elle continue à résister. Celui de Calypso n’aura aucun mal à la chasser de son corps pour prendre sa place. »

Blackbeard ne sembla pas calmé pour autant.

« Et si le fait de boire l’eau de la Fontaine renforce son esprit en même temps que son corps ? Cette putain est capable de se retourner contre nous. »

Le loa traça des signes dans l’air sans paraître se rendre compte de la tension qui animait Blackbeard et répondit :

«  Impossible.

- Tu avais dit que ce serait l’affaire de quelques jours pour la rendre parfaitement docile. » Souligna Teach.

 

Le regard baissé, le loa continua sa préparation, imperturbable.

«  C’est normal que son esprit lutte… Tu aurais sans doute eu moins de mal avec l’autre fille mais pour cela tu aurais dû renoncer à commander la Confrérie.

- Hors de question. Le coupa Teach. Mon triomphe doit être total. »

Le loa sourit calmement.

«  Dans ce cas, amène la fille à la Fontaine, fait la boire puis épouse la sur place. Ensuite, une fois que tu l’auras ramenée à bord nous procéderons à l’emprisonnement de Calypso. »

 

Blackbeard se détendit légèrement et emplit ses narines de fumée.

« Je prendrais le petit missionnaire et Davies avec nous. Ainsi que Sparrow. Ajouta-t-il à regret.

- Tu te méfies toujours de lui ? » Demanda le loa d’un air surpris.

Blackbeard le regarda sans comprendre, des deux ça avait toujours été le loa le plus méfiant. Apparemment son « entrevue » avec Sparrow avait tout changé.

« Non je me méfie d’Angelica. Sparrow est stupide. Assez pour se laisser embobiner par elle et tenter de me trahir. »

 

Le loa fronça les sourcils.

«  Je t’avais dit qu’elle nous poserait des problèmes.

- Mais j’ai besoin d’un corps de remplacement au cas où les choses tourneraient mal. Trancha Blackbeard. Et Sparrow ne tentera rien contre moi s’il sait que sa précieuse Angelica est sur mon navire. Se moqua-t-il.

- Tu comptes l’enfermer ?

- C’est pas l’envie qui m’en manque… Ricana Blackbeard. Entre autres… Mais Angelica est aussi vénale que l’était sa pute de mère. L’enfermer serait une erreur. Le mieux est de faire mine de lui faire confiance. Je vais lui confier la Revenge pendant notre absence. »

Cette fois le loa manqua de s’étouffer et pas à cause de la fumée.

«  Elle croira avoir réussi. Continua Teach d’un ton cruel. Et elle en déduira qu’elle a plus à gagner à attendre mon retour pour me poignarder. Et puis de toute manière que pourrait-elle faire seule ? Aucun de mes hommes ne la suivra et tu seras là pour la surveiller. »

 

Le loa ne répondit pas tandis que Teach poursuivait d’un ton rêveur.

«  Ensuite… Je la livrerais à l’équipage en compensation de l’autre. Puis elle mourra… Et tu en feras ce que tu veux.

- Elle risque d’avoir des soupçons si tu lui confies la Revenge après ce qui s’est passé avec la fille. » Intervint le loa.

Un sourire froid lui répondit.

« Voilà pourquoi je vais la mettre à l’épreuve. Une épreuve toute spéciale qu’elle n’oubliera jamais. Une récompense et une humiliation loa… »

Leurs regards se croisèrent et le sorcier ricana doucement en comprenant.

«  Je gagne toujours, loa… » Lui affirma Teach.

 

Le sorcier se contenta de sourire et lui tendit la potion fumante qu’il venait de terminer.

« Une potion de fortification… » lui précisa-t-il.

Teach but le liquide brûlant d’un trait.

« Une fois que j’aurais bu à mon tour l’eau de la Fontaine, tout cela sera inutile… Se réjouit-il.

- L’outre est prête. » Lui annonça le loa.

Teach sourit et s’approcha d’un objet sinistre qui chauffait lentement au-dessus du feu.

«  La peau des cobras conservera les vertus de la potion durant cinq jours.

- Il en faut trois pour aller de la côte à la Fontaine. Observa Blackbeard.

- Ce qui signifie que tu devras te presser Blackbeard. Répondit le loa.

- Que se passera-t-il si je perds l’outre ?

- Tu seras confronté à tes pires démons comme les autres. La potion te protégera. A toi de voir si tu veux épargner ça à ceux qui t’accompagneront. Ricana le loa qui connaissait déjà la réponse de l’autre.

- Ils n’y échapperont pas… Ricana Teach en réponse.

- Non. Confirma le loa. Seul celui qui a déjà affronté ses démons intérieurs peut traverser sans peur la forêt qui mène à la Fontaine. »

 

Blackbeard lui fit un sourire complice et se pencha vers lui.

« As-tu besoin d’autre chose pour la potion loa ? »

Le sorcier jeta un œil en direction des cadavres des cobras desquels il extirpait le venin depuis plusieurs jours et grimaça.

« Le sang d’un ou deux poulets supplémentaires nous assurerait sans l’ombre d’un doute une efficacité totale.

- Tu auras tes deux poulets. » Répondit tranquillement Blackbeard.

Un ricanement monta ensuite de sa gorge et le loa le toisa tranquillement, le devinant détendu.

«  J’ai hâte de voir comment Sparrow va réagir face à ses démons. Ironisa-t-il

- Certains en meurent… Surveille la fille. Lui intima le loa. Et Sparrow est utile il connaît la formule.

- Barbossa aussi… Rétorqua Blackbeard. Pourquoi crois-tu que je continue à m’encombrer de lui ? »

Le loa baissa la tête et jeta à la hâte une poignée d’herbe dans le feu.

« La potion sera prête dans deux jours.

- Nous serons à destination dans cinq. Répondit Teach. A présent que dirais tu de lancer nos âmes à l’attaque ?

- Teague ? Demanda le loa

- Teague… » Répondit Teach avec un sourire cruel.

 

 

L’Île des Épaves,

Salle du Conseil

 

 

Teague lui-même frémit lorsque les premiers hurlements lui parvinrent de Libertalia. Les yeux rouges d’épuisement il se tourna vers son loa.

«  Je croyais que tu les avais protégés !!! »

Plus blême que jamais, le loa secoua la tête avec impuissance.

« Il… il est trop fort. »

 

Un juron lui répondit et le sorcier frémit. Depuis des années qu’il connaissait Teague, c’était la première fois, exception faite du jour où la mère de Jack était morte, qu’il le voyait perdre son calme légendaire à ce point.

«  Ouvre les portes !!! Ordonna-t-il.

- Quoi !! Non, vous n’y pensez pas… Rien ne dit que le charme qui entoure cette salle résistera si nous ouvrons. Ce serait comme, comme les inviter à entrer. »

 

Teague abattit son poing avec violence sur la table et le sorcier recula en voyant une lueur de folie briller dans son regard. Une lueur qui lui faisait irrésistiblement penser à Teach…

« Nous ne pouvons les laisser se faire massacrer loa !!! Ce sont les hommes libres de notre cité !!!

- Capitaine Teague… Tenta le loa.

- NON !! Rugit Teague en se précipitant vers la porte sous le regard ahuri de son sorcier. Tu ne vois donc pas …. L’âme des pirates c’est eux. Ce sont tous ces gens qui ont choisis de s’affranchir des lois de la Compagnie pour vivre libres. Je n’ai rien pu faire pour ceux qui naviguaient. Rien pu faire pour empêcher la mort de nos Seigneurs ni pour empêcher le Roi de la Confrérie d’être réduite à l’état de putain. »

A qui la faute… Songea le loa sans oser le dire à voix haute, conscient que Teague n’était plus exactement lui-même en cet instant.

« Mais je sauverais ceux-là !! Ceux qui nous ont fait confiance !! Hurla Teague. Je les sauverais comme il l’est écrit dans le Code !

- Si les âmes de Teach entrent c’est la mort assurée !! Paniqua le loa

- Alors je mourrais comme les autres… » Répondit Teague en ouvrant les portes.

 

Le sorcier secoua à la tête alors que les habitants se déversaient dans la salle, poursuivis par les hurlements inhumains des zombies qui détruisaient tout sur leur passage. Du coin de l’œil il vit Teague fermer les yeux et frémit en comprenant que l’autre tentait de prendre la tête de l’armée d’âmes qui s’était vouée à leur cause.

«  Non !! Vous êtes encore trop faible ! » Hurla-t-il en se ruant vers son vieil ami.

En transe Teague ne répondit pas et le loa saisit sa main brutalement, effaré de la sentir aussi froide que la sienne.

 

Avec un cri guttural, le loa rassembla toutes ses forces et sacrifia toute la puissance chèrement acquise au fil des années dans la bataille, guettant du coin de l’œil la flammèche chancelante qui ne pouvait être que Teague.

« PARTEZ !! Hurla-t-il aux âmes damnées de Teach. MAINTENANT !!! »

Un long moment s’écoula, le loa tenta tant bien que mal de résister à l’assaut, le cœur rempli de peine en voyant les lumières de nombres de leurs âmes s’éteindre, les condamnant à l’obscurité éternelle, voire pire si le loa de Teach avait étendu ses pouvoirs jusqu’à réussir à les contrôler. Puis les zombies se retirèrent, laissant derrière eux les flammes et la mort.

 

Épuisé, le loa se tourna vers Teague. Le visage du Gardien était blême. Revenant au présent et à la salle du Conseil, le loa serra un peu plus la main de son ami, sourd aux pleurs de ceux qui avaient réussi à se réfugier dans la Salle.

«  Teague… Revenez…

- Asliminada…. Répondit Teague. Tu es là. »

Le loa frémit et traça un sort de vie au-dessus de lui.

« Plus tard Teague… Entendit-il soudain distinctement.

- L’âme des pirates… Articula faiblement Teague en réponse au grand soulagement du sorcier.

- Jamais ne mourra. Répondit le loa par habitude, hors d’haleine. Fermez les portes… » Ordonna-t-il aux survivants avant de rejoindre son ami dans l’inconscience.

 

Queen Anne’S Revenge

Cale

 

Un rire secoua Teach et il ouvrit les yeux, à peine affaibli par la bataille qu’il venait de conduire.

« Pourquoi avoir ordonné d’arrêter ? » Lui demanda le loa en retroussant les lèvres

Blackbeard s’empara d’une bouteille de rhum et but à long traits.

« Parce que le plus amusant dans la chasse ce n’est pas la mise à mort. C’est de donner l’illusion à sa proie qu’elle a une chance de s’en sortir. »

 

 

Chapitre 19                                                                                           Chapitre 21

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