Chapitre 11 Explications

Le Victory,

Quelque part dans les Caraïbes

 

 

Pour la dixième fois au moins en une heure, l’Amiral Greitzer se retourna d’un air indécis vers le Commodore Groves, qui, le visage fermé, observait l’horizon

« Qu’en pensez-vous Monsieur ? » Lui demanda Greitzer qui n’avait toujours pas réussi à se faire à sa toute nouvelle et incroyable promotion qui l’avait propulsé au grade d’Amiral.

Du jamais vu à son âge et totalement inespéré pour le jeune officier qui peinait à se représenter ce qu’on attendait de lui.

Le Commodore Groves crispa légèrement sa mâchoire tandis que le matelot le plus proche leur jetait un léger coup d’œil. 

« Amiral Greitzer. Vous ne devriez pas m’appeler « monsieur » mais plutôt « Commodore » ou alors « Groves » ou mieux … Théodore.

- Je n’oserais jamais Monsieur. »

Groves jeta un petit regard vers les hommes et soupira.

« Vous n’avez pas le choix Amiral. Vous êtes le plus haut gradé ici, les hommes attendent de vous que vous les guidiez. En vérité, ils sont à l’affût du moindre faux pas. » Souffla-t-il.

Greitzer le saisit par le bras et le regarda, éperdu. 

« Parce que je ne mérite pas cette promotion. Vous le savez, je le sais, les hommes le savent. C’est vous qui devriez être à cette place monsieur. Pas moi. Moi je ne suis pas un sraquège comme vous… »

Stratège, corrigea mentalement Groves avant de se pencher sur son jeune officier.

« Écoutez-moi Greitzer… Que vous le vouliez ou non. Vous voilà Amiral. Que l’on juge cela juste ou injuste n’entre pas en ligne de compte. Je ne vous cacherais pas que j’espérais cette promotion.

- Pardon Monsieur… » Murmura Greitzer dont la vie était devenue un enfer depuis qu’on l’appelait Amiral.

Agacé Groves le fixa dans les yeux.  

« Ne vous excusez pas Greitzer. Lord Hawks vous a nommé Amiral parce que vous connaissiez des choses que j’ignorais. Prenez donc un peu d’assurance et jouez le rôle que l’on vous a assigné. J’ai vu la chute de l’Amiral Norrington. J’ai vu celle de Lord Beckett. Je n’ai aucune intention d’assister à la vôtre. Alors reprenez-vous que diable et ramenons à lord Hawks la tête de ce Blackbeard accrochée à la proue de notre navire ! »

Greitzer lui fit un pale sourire.

« Merci…. Je crois que jamais aucun Amiral n’a eu un meilleur Commodore que vous. »

Groves sourit légèrement en lentendant et lui fit un clin d’œil discret. 

« Merci Monsieur. Maintenant que diriez-vous de m’expliquer tout ce que vous savez sur Blackbeard ainsi que votre plan pour le coincer.

- Mais je n’ai pas de … Commença Greitzer avant de s’interrompre en rougissant légèrement alors qu’il comprenait la feinte de l’autre. C’est trop secret pour être discuté sur le pont Mon, Théodore. Venez donc dans ma cabine. »

Pendant un terrible instant, Greitzer craignit d’être allé trop loin en utilisant le prénom de son Commodore mais Groves sinclina avec décontraction. 

« Avec plaisir Monsieur. Permettez-moi de confier le navire au Lieutenant Miles. »

Pour un peu Greitzer se serait donné des baffes… Il n’y avait même pas songé !

« Faites donc. » Répondit-il.

Groves se chargea de donner ses ordres avec diligence puis avança vers Greitzer.

« Pardonnez-moi mon manque de rapidité Monsieur. »

Greitzer répondit sur le même ton empli de raideur et lui fit signe de le suivre.

Une fois dans la cabine du jeune amiral, Groves perdit son allure soumise et se pencha vers Greitzer. 

« Asseyez-vous et dites-moi ce que vous savez. A nous deux nous trouverons bien une solution. »

Greitzer hocha la tête, reconnaissant.

« Merci Mon…Théodore. Je ne sais pas ce que je ferais sans vous. D’autant plus que vous auriez toutes les raisons de me haïr.

- Ne dites donc pas de bêtises. Répondit Groves d’un ton bourru. Je vous l’ai dit. J’ai assez vu d’hommes perdre le combat contre ces sales pirates pour tolérer que cela se produise à nouveau. Maintenant dites-moi tout ce que vous savez, même les détails. N’omettez rien même si vous pensez que c’est ridicule, improbable ou sans intérêt. »

Reconnaissant, Greitzer commença son récit, guidé par son excellente mémoire tandis que Groves l’écoutait avec attention, une carte déployée devant lui, cherchant à définir la localisation du repère de Teach grâce aux légendes que racontait Greitzer. Car après tout dans toute légende il y avait un part de vériténon ?  

 

Queen AnneS Revenge,  

Cabine

Syréna frissonna en entendant la clef jouer dans la serrure de sa prison, elle hérissa ses écailles alors quelle redoutait de voir son tortionnaire franchir la porte. En effet, les visites de Blackbeard s’étaient multipliées depuis les derniers jours, la même scène se reproduisaient à chacune dentre elles : le pirate la menaçait puis la forçait à écarter ses écailles pour se déverser en elle et chacune de ses étreintes étaient plus violente que la précédente. Aussi la sirène ressentit elle un mélange de plaisir et de soulagement, lorsquau lieu du visage haï, elle vit apparaître Philip. 

Ravie, Syréna se redressa légèrement et lissa ses longs cheveux bruns.  

« Philip… » Susurra-t-elle heureuse de redevenir le chasseur après avoir éprouvé la position de la proie.

Pas encore totalement remis de sa blessure à la tête, Philip lui fit un sourire hésitant et lui tendit une écuelle fumante. Affamée, Teach ayant tendance à négliger de la nourrir, Syréna se précipita sur cette dernière et déchiqueta la nourriture offerte avec des petits soupirs ravis.

Au bout dun moment, rassasiée, la sirène savisa du silence inhabituel du jeune homme qui se contentait de suivre ses gestes dun regard sombre.  

« Approche Philip. Susurra-t-elle. Pourquoi ne viens-tu pas m’embrasser ? » Suggéra-t-elle.

Philip se mordit la lèvre et se força à ne pas bouger, son cœur s’affolant à la vision de sa tentatrice chanteuse.

« Philip ? S’inquiéta Syréna, dépitée de ne pas voir son jouet réagir comme elle le désirait.

- Est-ce que… Est-ce que c’est vrai que vous vous êtes offerte à ce … Blackbeard ! S’écria Philip incapable de contenir plus longtemps sa jalousie avant de se reprendre en tremblant. Pardon je n’ai pas le droit d’exiger quelque chose de vous… »

En entendant la dernière phrase Syréna ravala la réplique cinglante qui sapprêtait àfranchir ses lèvres carmin. Une telle conscience de sa place méritait bien une petite récompense. La sirène sapprocha donc de Philip avec lenteur et glissa une main charmeuse le long de son torse.  

« Je suis obligée de lui obéir… Se justifia-t-elle

- Mai, mais vous m’avez dit que c’était impossible … Balbutia Philip. Que vous deviez être libre et … »

Syréna fronça ses jolis sourcils.

« Parce que tu es spécial Philip. Je veux chanter pour toi avant de t’offrir tout ce que j’ai. » Murmura-t-elle d’un ton câlin.

A son grand plaisir, elle sentit le cœur de Philip faire une embardée dans sa poitrine. 

« C’est vrai je suis spécial ? Alors vous … vous m’aimez ? »

Syréna dédaigna de répondre à cela se demandant fugacement ce que c’était donc qu’il appelait « amour » et l’embrassa avec avidité, sa langue explora sa bouche et elle se retint de mordre dans la chair fraîche. Philip répondit, ses mains glissèrent le long de la croupe de la sirène et flattèrent ses écailles.

Ravie de l’aubaine, Syréna accentua son baiser faisant perdre la tête au malheureux Philip qui se pressa contre elle, éperdu de désir.

« Syréna, Syréna … » Balbutia-t-il alors qu’elle relâchait sa bouche.

Un sourire carnassier éclaira le visage de la sirène en sentant la chair du jeune homme palpiter à travers son pantalon. Sa main blanche descendit jusqu’à ce dernier et elle commença à lui caresser lentement l’entrejambe, léchant avec délectation la peau tendre du cou de Philip.

Le cœur du jeune missionnaire accéléra encore et il poussa un gémissement sonore, àdemi fou de désir.  

« Syréna … Syréna. Laisse-moi, laisse-moi te… » Geignit il en posant ses mains sur sa poitrine pour la caresser.

La main de la sirène se crispa sur son sexe et elle le caressa rapidement, le faisant jaillir rapidement à la grande honte du jeune homme. Ravie, Syréna s’approcha de lui.

« Sois patient… Je t’offrirais tout une fois sortie d’ici. Crois-moi tu t’en rappelleras jusqu’à la fin de tes jours. » Ironisa-t-elle.

Philip déglutit, ensorcelé par le visage dange de sa jolie succube.  

«  Je ferais tout… pour le mériter… » Haleta-t-il.

Syréna glissa une main fraîche sur sa joue et sourit, imitant la tendresse.

« Je sais que tu trouveras comment me libérer Philip. Va maintenant … »

Philip hocha la tête, perdu et s’éloigna. Il la suivit des yeux jusqu’à ce qu’il retrouve l’extérieur et le regard tristement ironique de Davies qui referma silencieusement à clef derrière lui, conscient qu’aucun mot ne parviendrait à venir à bout du charme dont Philip était la consentante victime.

 

Le Black Pearl,  

Pont

 

Elizabeth, accoudée au bastingage, savourait le silence de la nuit, tout en tentant vainement de mettre de lordre dans ses idées. Elle avait laissé Jack Sparrow lembrasser. Pire encore, elle avait aimé ça. Et elle ne pouvait penser sans frémir à ce qui se serait produit sils navaient pas été interrompus. Le cœur serré, la jeune femme se représenta Will et se souvint des heures douloureuses quils avaient vécues après quelle ait sacrifié Jack au Kraken. Elle se remémora le silence, la culpabilité, la souffrance aussi Ils nen avaient jamais réellement reparlé. De son côté, elle avait refusé de penser à ses sentiments, tout comme Will, une fois au courant des raisons qui lavaient poussée à une telle extrémité avait semblé oublier lhistoire. Sauf quElizabeth navait pas oublié elle. Et quelle savait que le Kraken n’était pas la seule raison qui lavait poussée dans les bras de Jack Sparrow. Seulement En épousant Will elle avait fait un choix. Et elle entendait bien sy conformer. 

Lui aussi sur le pont, Jack lobservait depuis de longues minutes et un sourire ironique lui échappa en lentendant soupirer bruyamment. 

« Quelque chose me dit que vous regrettez que nous ayons été interrompus. » Ironisa-t-il en venant s’accouder à ses côtés.

Elizabeth s’écarta prudemment et répondit sans le regarder.

« Nous n’avons pas été « interrompus » Jack.

- Oh il me semble pourtant que nous étions fort occupés. » Répondit le pirate.

Elizabeth se tourna vers lui et le regarda avec hargne.

« Ce qui s’est produit dans la cale ne doit jamais se reproduire Jack !

- Trésor, vous en mourriez d’envie ! S’exclama Jack. Vous en mourrez toujours d’envie d’ailleurs… Alors pourquoi résister ? »

Elizabeth secoua la tête.  

« C’est ça. Allons dans ma cabine et jetons nous sur le lit pour faire ce que vous faisiez il y a une heure avec Angelica ! Ironisa-t-elle.

- Faut bien s’occuper. » Plaisanta Jack.

Elizabeth le fixa, à bout de patience.

« Jack la seule raison pour laquelle je vous ai laissé m’embrasser dans cette cale est parce que vous m’avez prise par surprise. Rien de plus.

- C’est faux et vous le savez.

- Non Jack. Et je vous préviens que si vous tentez encore une chose de ce genre je vous ... Je vous …  Chercha Elizabeth.

- Enchaînerai un mat en attendant qu’une grosse bestiole vienne me dévorer ? Suggéra Jack.

- Par exemple ! Ragea Elizabeth. Et croyez-moi cette fois ci je ne commettrais pas la bêtise de venir vous rechercher !!! » Lui lança-t-elle avant de tourner les talons, furieuse.

 

Isla Sinistra,  

Repaire de Blackbeard

 

Teach posa un regard satisfait sur la Revenge qui, soigneusement arrimée, attendait patiemment que leurs « invités »soient en vue. A ses côtés Davies huma avec satisfaction lair viciéde l’île.  

« Que fait-on capitaine ? » Demanda-t-il.

Teach se retourna vers lui, agacé par son intervention.

« Tu tiens le Queen prêt à partir et tu t’assures que le petit missionnaire reste à bord.

- Il restera tant que la sirène y sera … Soupira Davies

- Tant mieux. Pour l’instant, assure-toi que le navire soit prêt à lever l’ancre rapidement puis prend quelques-uns des hommes les plus méritants et rejoint moi dans une heure. J’ai encore une petite chose à régler …

- Bien capitaine. Répondit Davies d’un ton ravi, comprenant à demi-mot quel genre de chose son capitaine avait à régler.

- Continue comme ça Davies. » Approuva Teach en lui claquant vigoureusement dans le dos avant de s’éloigner d’un pas assuré.

Teach traversa l’île sinistre qui portait décidemment bien son nom et accorda à peine un regard aux habitants qui seffaçaient craintivement sur son passage et se dirigea droit vers une maison en ruine. Sans prendre la peine de frapper il pénétra dans la demeure endormie et appela dune voix tonitruante.  

« Victoria !!! »

A son appel, une porte souvrit craintivement et une femme aux traits réguliers qui approchait la quarantaine passa un visage apeuré à lembrasure. Un sourire cruel aux lèvres, Teach sapprocha de Victoria Dale, sa treizième femme et possession.  

« Te voilà sale catin. » La salua-t-il.

Victoria, qui contrairement aux autres conquêtes de Teach était issue de l’aristocratie, trembla en voyant son colosse de mari qu’elle avait cru réussir à dompter au début de leur union.

« Edward… » Tenta-t-elle d’une petite voix.

Teach traversa la distance qui les séparait en deux enjambées et la saisit brutalement par le bras puis la traîna à lextérieur de la maison sans se soucier de ses cris deffroi. Une fois dans le jardin minable il la poussa violemment sur le sol et retroussa sa chemise de nuit, découvrant des jambes fines.  

« Toujours tes jambes de jeune fille hein Victoria.

- Edward je vous en prie … » Tenta-t-elle à nouveau.

Une gifle la cueillit sur le coin de la joue, l’assommant à demi et Teach en profita pour défaire son ceinturon. Victoria gémit douloureusement et se laissa retomber dans l’herbe brûlée par le soleil, elle écarta les cuisses et serra les dents.

En la voyant, Teach ricana de plus belle.  

«  Pas comme ça ma belle. Faut bien qu’on t’apprenne comment on fait chez les pirates. » Déclara-t-il en la retournant sans douceur.

Il s’enfonça d’une poussée hargneuse dans son fondement sans se soucier des cris de douleur que son traitement causait. Les larmes aux yeux, Victoria sentit le sexe de son mari la pilonner et déchirer les chairs fragiles sans remords avant de grossir en elle et d’exploser vigoureusement.

« Sale putain. » Lui lança Teach en la saisissant par les cheveux pour la relever.

Victoria poussa un cri de douleur alors qu’il la traînait dans la rue, les habitants détournèrent le regard, trop terrifiés par Blackbeard pour oser s’opposer à lui.

« J’ai été injuste avec mes hommes. J’ai pas partagé. Lui lança Teach. Il est temps de réparer cette injustice.

- Non ! » Hurla Victoria en comprenant ce qu’il s’apprêtait à faire.

Blackbeard ne lui répondit pas et la traîna jusqu’à la taverne la plus proche.  

« Ouvre ta cave. » Ordonna-t-il à l’aubergiste qui se dépêcha d’obéir en tremblant.

Sans se soucier des cris d’horreur que poussait Victoria, Teach la projeta dans la pièce, le corps de la femme dévala les escaliers puis il referma la porte et s’empara des clefs.

« Offre-moi ton meilleur rhum. Ordonna-t-il à l’aubergiste. Mes hommes ne vont pas tarder. »

L’homme obéit et Teach nota avec satisfaction que sa main tremblait.

« Une goutte par terre et tu es mort… » Menaça-t-il.

Terrifié l’aubergiste le fixa et Teach éclata de rire.

«  Je plaisante ! Sers l’ami. »

 

Auberge de lIsla Sinistra  

Un peu plus tard

 

Derrière Davies et soigneusement encadré par la dizaine de robustes marins qui les accompagnaient, Philip franchit avec réticence le seuil de la taverne. Teach, une pinte à la main leur fit signe dapprocher et son regard aigu se posa sur le jeune missionnaire.  

« C’est ça que t’appelle « méritant » Davies ? » Gronda-t-il.

Le cœur du second fit une embardée et il se força à répondre calmement.

« Non mais j’me suis dit que c’était le meilleur moyen de le garder à l’œil. »

Teach observa Philip, qui embarrassé, jetait des regards inquiets alentour.  

« Après tout pourquoi pas … Finit-il par dire. Il passera après toi. Et je veux voir ça. » Ricana-t-il.

Davies posa une main sur l’épaule de Philip et le força à s’asseoir avant de lui mettre une pinte de rhum dans les mains.

« Bois ça petit t’en aura besoin. » Lui souffla-t-il.

Philip le regarda sans comprendre tandis que les hommes s’asseyaient et faisaient résonner la taverne de l’écho de leurs plaisanteries graveleuses.

Au bout dun moment, Blackbeard qui trônait au bout de la table, se tourna vers Davies.  

« C’est l’heure du partage. En tant que second la primeur te revient. » Ricana-t-il en lui tendant les clefs de la cave.

Davies les prit sans sourciller et se leva pesamment, sous les ricanements avinés de ses compagnons. Philip le regarda se diriger vers la cave, ne comprenant pas précisément de quoi ils parlaient.

Au bout dun moment, Davies revint, un sourire aux lèvres. 

« Merci Capitaine. » S’empressa-t-il de dire sous les rires de ses hommes.

Blackbeard ne répondit pas et se tourna vers la cantonade.

« C’est le tour de notre petit missionnaire. Que diriez-vous de descendre pour l’encourager ? »

Un concert de grognements amusés salua sa suggestion et Philip se retrouva forcé de se lever.

«  Mais où va-t-on … Murmura-t-il à Davies avec inquiétude.

- C’est pas possible d’être aussi con. Soupira le second. Tu vas dans la cave et tu te comportes comme un homme. »

Isla Sinistra,  

Cave de l’auberge

 

Philip descendit les marches avec appréhension, ses yeux peinaient àsaccoutumer à la pénombre qui y régnait. Devant lui Blackbeard désigna une forme recroquevillée sur le sol et tonna dune voix de stentor. 

« Comme je sais que tu m’en veux de t’avoir pris ta femelle poisson, en réparation je t’offre une autre femelle ! » Ricana-t-il, faisant éclater de rire leurs compagnons.

Le regard noisette de Philip se posa sur la femme allongée sur le sol, les jupes encore relevées et les cuisses portant les traces du passage de Davies et il déglutit.  

« C’est très gentil. Commença-t-il. Mais …

- Quoi ? Le coupa Blackbeard qui s’amusait beaucoup. Tu refuses un don de ton capitaine ? C’est que t’es eunuque alors. Baisse donc ton froc pour qu’on puisse en juger. »

Philip rougit jusqu’à la racine des cheveux et regarda avec inquiétude les hommes qui faisaient cercle autour de lui avant de se résigner et d’exhiber un morceau de chair flasque.

Teach ricana.  

« Mais c’est pourtant qu’il a ce qu’il faut. Alors vas-y ! » Lui ordonna-t-il en le poussant vers Victoria.

Philip regarda avec dégoût la femme allongée et Teach se tourna vers ses hommes, les prenant à témoin.

«  Le missionnaire a tout ce qu’il faut et pourtant il s’en sert pas ! Que doit-on faire dans ce cas ?

- Lui couper ! Répondirent d’une même voix trois hommes parmi ceux qui tourmentaient habituellement le jeune homme.

- Tu les as entendus. » Déclara simplement Blackbeard en se tournant vers Philip.

Le jeune homme frémit mais il avait beau faire, la femme au sol n’éveillait aucun désir dans ses reins. Davies intervint soudain. 

« Faudrait ptête qu’elle se bouge un peu Captain. Le petit, il doit pas avoir l’habitude qu’on le regarde. Moi je suis pas sûr que j’y arriverais à sa place. Tenta-t-il à voix basse.

- C’est juste. » Ricana Teach en se dirigeant vers Victoria.

Faisant fi de ses gémissements de douleur il lui releva brusquement le visage et porta sa bouche à la hauteur de la ceinture de Philip.

« Fait le bander. » Ordonna-t-il.

Victoria lança un regard noyé de larmes à Teach mais ce dernier écrasa sans pitiéson visage contre lentrejambe flasque de Philip. Davies frissonna et lança un regard au jeune homme, inquiet à lidée que ce dernier ne réagisse pas.  

Philip bondit en arrière lorsque les lèvres de Victoria effleurèrent son sexe mais la poigne de Teach le retint. 

« Allons petit comédien… T’as pas envie qu’on te coupe ce qui ne te sert à rien non ? »

Philip sentit son cœur s’affoler à cette pensée, il imagina la réaction de Syréna s’il venait à se présenter devant elle l’entrejambe vide. Aucune femme ne resterait avec un homme pareil… Et puis sans ça il ne connaîtrait jamais la douceur de son étreinte… Impossible !

Alors que la bouche de Victoria se refermait totalement sur son sexe flasque, Philip ferma les yeux et imagina que la langue qui le parcourait était celle de Syréna, que ses lèvres rouges embrassaient son endroit le plus intime tandis que ses doigts caressaient ses bourses. Un long gémissement lui échappa et il se sentit grossir. Ignorant les ricanements que sa réaction suscitait, Philip repoussa violemment Victoria et la força à sallonger avant de sabattre sur elle, les yeux toujours clos, et imagina que les douces écailles de Syréna remplaçait la chair de Victoria. Cette idée redoubla son excitation et la prit brutalement, ses reins allaient et venaient dun mouvement désordonné, faisant crier de douleur Victoria. Perdu dans son fantasme, Philip ne lentendit pas, pas plus quil ne saperçut du silence épais qui était tombé sur les occupants de la cave. Les mains crispées sur les hanches de Victoria, il torturait sa chair sans sen rendre compte, Philip accéléra ses mouvements, senfonçant le plus loin possible avant de ressortir pour mieux la reprendre. Au bout de quelques minutes à ce rythme il finit par se lâcher dune brutale poussée, un cri rauque lui échappa alors quil imaginait quil faisait lamour à Syréna.  

La main de Davies se posa sur son épaule et Philip rouvrit les yeux, le cœur affolé. 

« Ça va Phil. Elle a eu son compte… » Lui glissa le second hésitant entre le soulagement qu’il y soit arrivé et la surprise devant la violence inattendue dont il avait fait preuve.

Son cœur reprenant peu à peu un rythme normal, Philip regarda la forme gémissante au sol.

«  Je suis désolé… Balbutia-t-il. Je ne sais pas ce qui m’a pris... Je... »

Le rire de Blackbeard le coupa dans sa lancée.

« En voilà un drôle de missionnaire de Dieu. Se moqua-t-il en l’écartant. Et bien on dirait que le spectacle est fini. Ceux qui veulent rester pour en profiter sont libres de le faire. » Annonça-t-il en désignant Victoria.

Honteux, Philip s’écarta rapidement et nota avec remords les larmes qui maculaient les joues de la femme avec qui il venait de coucher, même avec beaucoup dimagination on ne pouvait parler damour.  

« Viens Phil… Lui enjoignit Davies tandis que Philip remontait machinalement son pantalon et suivait passivement les autres vers l’auberge.

- Tu me plais bien finalement ! » Ricana Blackbeard en lui assénant une claque dans le dos qui manqua de le faire tomber.

Philip ne répondit pas, choqué par lui-même et se rassit, il suivit d’une oreille distraite les conversations alors qu’il se demandait comment il avait pu agir de la sorte.

La soirée prit fin au petit matin lorsquun matelot annonça que Victoria Dale Teach venait dexpirer, son corps navait pas supportéplus longtemps les traitements des soudards auxquels Teach lavait livré et dont Philip faisait partie.  

« Et bien me voilà à nouveau veuf. Fit mine de regretter Teach. On dirait bien que je vais devoir me trouver une nouvelle femme. » Ricana-t-il, faisant signe à ses hommes que le moment était venu de retourner au navire.

 

Le Black Pearl,  

Entrepont

 

Angelica laissa échapper un soupir nerveux en reconnaissant le paysage qui les entourait. Elle aurait reconnu les eaux bordant Isla Sinistra entre mille. Bientôt, elle naurait plus à faire semblant davoir pardonné, et plus, Jack. Pas plus quelle naurait à obéir à la sale garce blonde après laquelle Sparrow courrait outrageusement sous son nez, ajoutant ce nouvel affront aux précédents.  

Un bras joueur se glissa autour delle et Angelica se crispa brièvement avant de se détendre C’était la dernière fois. 

« Angie… Souffla Jack à son oreille, pressant son bas ventre contre ses fesses

- Tu n’en as pas encore assez ? Demanda-t-elle mi-figue mi-raisin.

- De toi ? Jamais mon ange… » Répondit Jack en glissant sa main dans l’échancrure de sa chemise.

Angelica esquissa un sourire pâle tandis que les mains de Jack continuaient leur caresse et l'agaçaient d'un geste qu'elle aurait trouvé délicieux s'il avait été fait par un autre que le pirate qui commençait à sérieusement lui porter sur les nerfs. Et cela d'autant plus que son appétit pour les choses de la chair paraissait ne plus avoir de limites depuis qu'elle s'était offerte à lui la première fois.

La bouche de Jack glissa dans son cou et il lui mordilla le lobe de l'oreille avant de parler. 

« Tu as l'air tendue trésor. » Murmura-t-il. 

Angelica se retourna et lui offrit le sourire le plus faux qu'elle était capable de faire.

« Un peu... Sans doute parce que nous approchons... »

Jack referma ses bras autour d'elle et jeta un regard négligent aux lumières d'Isla Sinistra qui scintillaient à l'horizon dans la nuit au ciel dégagé.

« Mais notre plan est bien au point, nous allons le prendre à revers dans l'impasse que tu nous as indiqué et nos soucis seront terminés. » Triompha-t-il.

Angelica lui adressa un sourire lumineux cette fois tout en se demandant avec ironie si Jack avait toujours été aussi stupide.

« Tu as raison. Répondit-elle en l'attirant contre elle. Et je crois que nous avons assez parlé de lui.

- Tout à fait d'accord mon ange. Approuva Jack en se laissant tomber sur un tonneau vide. Viens la ma belle. »

Angelica ne se fit pas prier et s'installa sur lui, leurs bouches se rejoignirent pour un baiser vorace, la jeune femme se retint de mordre la langue qui l'explorait. La respiration hachée, Jack tira sur sa chemise dans le but évident de la lui ôter au plus vite et Angelica leva les bras pour lui faciliter la tâche. La chemise retombait sur le sol lorsque la voix d'Elizabeth s'éleva derrière eux. 

« Ne pouvez-vous donc pas cesser de vous exhiber ainsi ? » Ragea-t-elle.

Angelica sourit, amusée et se retourna, exhibant sans gêne sa poitrine nue.

« Si vous cessiez de nous espionner vous en verriez moins ... à moins bien entendu que ce soit précisément ce qui vous excite. Nous regarder faire ce que vous désirez si clairement, est-ce le cas Miss Blondinette ? »

Le visage d'Elizabeth s'emplit de fureur tandis qu'elle se contenait à grand peine.

« Désolée de vous décevoir Angelica mais je ne vois rien désirable ici. Lâcha-t-elle avec tout le mépris dont elle était capable. Je pensais juste que Jack était assez disons gentleman pour emmener ses conquêtes à l'abri des regards des autres hommes. J'ai eu tort J'aurais dû me douter qu'il était incapable de se conduire comme un homme bien. Ironisa Elizabeth. Je vous laisse. » Ajouta-t-elle d'un ton indifférent en tournant les talons.

Jack soupira lourdement tandis qu'Angelica le regardait avec rage. 

«  Je déteste cette fille.

- Ne t'occupe donc pas d'elle trésor.. ». Souffla Jack en l'attirant toutefois à l'abri des regards.

Angelica se laissa tomber sur un sac de jute et sourit en se représentant le calvaire qu'elle n'allait pas tarder à faire vivre à Elizabeth tandis que Jack s'abattait sur elle avec un gémissement, dédaignant comme à son habitude toute forme de préliminaire pour s'enfoncer en elle sitôt son fut ôté.

Le Black Pearl,  

Quelques heures plus tard

 

Un léger sourire aux lèvres, Jack se leva souplement, prenant garde à ne pas réveiller la forme endormie à ses côtés. Avec une habilité due àl'habitude, il se rhabilla en silence et remonta sur le pont. Son sourire s'élargit en découvrant qu'à l'exception de la barre, ce dernier était désert. Sans attendre il se dirigea vers Gibbs qui tenait fermement le gouvernail. 

« A combien sommes-nous de l'île ? Lui demanda nonchalamment Jack en s'emparant de la barre.

- Proches. Répondit Gibbs. Nous n'allons pas tarder à la contourner pour piéger Blackbeard.

- Je vois... Va donc me chercher du rhum Gibbs et prends en pour toi, je te relève pendant ton absence.

- Merci capitaine. » S'enthousiasma Gibbs avant de filer, profitant de cette soudaine générosité sans se poser de questions.

Jack le suivit du regard avec un sourire ironique au coin des lèvres avant de se pencher sur la barre sitôt quil eut disparu. 

« Désolé ma belle. » Murmura-t-il d'un ton réellement navré en tirant sans pitié sur une des pièces de bois de la barre qu'il avait pris soin de fragiliser quelques jours plus tôt.

Au bout d'une poignée de secondes d'efforts, la pièce céda, rendant du même coup impossible toute possibilité de guider précisément le navire et Jack se dirigea d'une démarche chaloupée vers les canots et s'empressa d'en mettre un à la mer.

Lorsque quelques minutes plus tard Gibbs revint, serrant contre lui deux bouteilles de rhum il eut la surprise de trouver le pont désert. Voyant cela, le second haussa les épaules et déboucha l'une des bouteilles puis revint se poster à la barre sans faire attention au manque de répondant de cette dernière. 

 

 

Isla Sinistra,

Quai

 

La sentinelle qui gardait l’accès au Queen Anne’S Revenge regarda l’homme s’approcher et pointa sans sourciller son pistolet vers lui.

« Rentre chez toi. Ordonna-t-il

- Je ne crois pas. Répondit l’homme. En revanche ce que je crois c’est que tu vas te dépêcher de monter à bord pour dire à ton capitaine de ramener ses fesses ici. »

 

La sentinelle éclata de rire.

« Sais-tu au moins à qui tu parles imbécile ?

- A un matelot qui n’a pas plus beaucoup de temps à vivre si Blackbeard apprend que tu m’as renvoyé. » Répondit calmement l’homme.

L’homme secoua la tête.

« On ne dérange pas le capitaine.

- Il sera content de me voir… »

La sentinelle hésitait sur la conduite à tenir lorsque Davies passa sa tête au bastingage.

«  Que se passe-t-il ici ? »

 

L’homme sourit.

« Ah enfin du gradé enfin si on peut dire ça comme ça… Va dire à ce bon vieux Ed de se ramener en vitesse.

- Un fou Monsieur Davies. » Commenta la sentinelle, attendant l’ordre de tuer l’importun.

Davies sourit légèrement mis en joie par son escapade à la taverne.

« Et qu’est-ce qui te fait penser que le capitaine viendra te parler ? »

L’homme sourit.

« C’est simple… Dis-lui que je suis là et tu verras qu’il va se ramener. »

 

Davies hésita puis demanda avec ironie.

«  Et qui dois-je annoncer ?

- Jack Sparrow. Le Capitaine Jack Sparrow. Répondit ce dernier en insistant sur le capitaine. Dis-lui que j’ai un marché à lui proposer… Et fait vite… J’ai pas toute la journée. 

- Jack Sparrow… Répéta Davies, surpris.

- C’est-ce que j’ai dit. Susurra Jack. Le Capitaine Jack Sparrow pour être précis … »

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